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LA RIVE GAUCHE

Un des gros chagrins des Parisiennes fut toujours de ne pas connaître Paris : de là des regrets charmants, d'exquises lamentations. « Oh ! monsieur, que je voudrais avoir vu la Bièvre !... Il y a, paraît-il, encore d'étonnants hôtels dans le Marais ?. . . Qu'est-ce donc que la rue Geoffroy-l'Asnier ?... et l'hôtel Scipion? — Je suis navrée d'ignorer tout cela, mais que faire avec les visites et les maudites couturières, et les modistes, et Ritz, et Rumpel... et mon jour ? » Ces plaintes se terminent généralement par la résolution de monter aux premiers matins de printemps dans les breacks de l'agence Gook et de visiter Paris comme de simples étrangères.

Je songeais à ces aimables curieuses par une tiède journée d'avril, alors qu'une sorte de buée mauve estompait Paris, et tandis qu'une bande d'Anglais

s'apprêtait à envahir le Panthéon. Le barnum qui leur servait de guide bredouilla quelques mots explicatifs : « Soufflot... 1791... Voltaire... Marat... Victor Hugo... » puis le cortège débraillé s'engouffra à grands pas dans la solennité du monument ; et je pensais combien il serait amusant de remplacer ce monsieur, débitant des lieux communs et de faire gracieusement les honneurs de ces vieux quartiers, pleins de souvenirs, aux jolies Parisiennes qui se plaignaient si fort d'ignorer l'histoire du beau Paris dont elles sont le charme I

Évitant soigneusement la légende trop connue duPanthéon : Clovis, sainte Geneviève, l'Invasion normande, l'abbaye ruinée, incendiée puis reconstruite par les Génovéfains, les moines ligueurs, on leur raconterait en trois mots Louis XV malade à Metz, tremblant de mourir, ordonnant à la suite d'un vœu le relèvement de l'antique église dédiée à la patronne de Paris et affectant en 1755 aux travaux de reconstruction, une partie de l'argent provenant des trois loteries qui se tiraient mensuellement. Les plans de Soufflot sont adoptés, la butte se couvre d'échafaudages et les Parisiens s'enthousiasment pour ce superbe et majestueux monument qui modifie l'antique silhouette de leur cité ; mais des tassements, des lézardes se produisent et l'admiration se change en une folle terreur. Des bruits sinistres circulent : « L'édifice va s'effondrer, entraînant dans sa chute tout le vieux quartier de la Sorbonne! » Craintes vaines. On étaye les murs, on construit des remblais, Paris respire enfin,

mais le malheureux Soufflot, désespéré, meurt de chagrin en 1781 sans pouvoir achever son œuvre, ce qui n'empêche pas l'Assemblée Constituante de désaffecter l'église et, en 1791, de la consacrer au culte des grands

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