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LE PASSAGE DU COMMERCE

place, servant d'entrée au passage du Commerce et donnant accès au logis du grand conventionnel.

Notre maître V. Sardou, cet amoureux passionné de Paris, a longtemps vécu dans ce quartier, et sous ses magiques récits les souvenirs s'animent, les évocations se précisent : « C'est là, tenez, exactement à la place de la troisième voiture de la station de fiacres, que se trouvait la porte du logis de Marat, au numéro 20 de la rue des Cordeliers, à la suite d'une maison à tourelle ; Danton, son voisin venait l'y chercher pour l'emmener, cinquante mètres plus haut, au club des Cordeliers, » — à l'endroit qu'occupent aujourd'hui l'École Pratique de Chirurgie et le Musée Dupuytren ; — Marat se faisait attendre et, pour l'activer, Danton, tout en l'appelant de sa voix puissante, frappait avec sa clef contre la rampe de fer de l'escalier, cet escalier que gravit Charlotte Corday le 13 juillet 1793, à sept heures du soir, « vêtue d'un déshabillé moucheté et coiffée d'un chapeau à haute forme orné d'une cocarde noire et de trois cordons verts », avant de tirer la chaîne de fer qui servait de cordon de sonnette chez Marat ! Ces murs avaient retenti des clameurs de Simonne Everard et du commissionnaire Laurent Bas, hurlant l'assassinat de l'Ami du Peuple ({). Puis Sardou nous raconte, à mon très cher ami Lenôtre et à moi, sa visite au docteur Galtier qui en 1854 occu-

(1) Le citoyen Fualdès « demeurant rue Honoré » était un des jurés de jugement au procès de Ch. Corday. C'est lui qui fut assassiné dans les tragiques circonstances que l'on sait, le 18 mai 1817, rue des Hebdomadiers, à Rodez.

pait le logis non modifié de Marat;ilnous dépeint le petit cabinet long de 3 mètres, large de 2, où se trouvait le « sabot de cuivre » dans lequel le pamphlétaire prenait ses bains médicinaux ; le papier de tenture même était resté au mur, il représentait « des colonnes torses se détachant sur un fond blanchâtre » placé devant l'étroite fenêtre, à gauche de la baignoire. A la place même où s'était assise Charlotte Corday, Sardou avait pu reconstituer chaque minute du drame, et refaire, à l'endroit précis, le geste tragique delà vengeresse...

Que de souvenirs encore sur cet angle de place qu'ombrage la statue de Danton vis-à-vis la vieille maison portant le numéro 87 du boulevard Saint-Germain, où la femme Simon faisait des ménages ! C'était là que le 31 mars 1793 — au petit jour, à six heures du matin — les crosses de fusil des sectionnaires avaient résonné sur le pavé; au milieu des effarements, des cris et des protestations, on avait osé arrêter Danton, le Titan de la Révolution, l'homme du 10 Août ! — en même temps que place de l'Odéon, à l'angle de la rue Crébillon, on arrêtait Camille Desmoulins ! — « Bientôt nous viderons ce turbot farci », avait murmuré Vadier au Comité de sûreté générale; et Robespierre, dont la haine jalouse n'avai4 pas plus pardonné à Camille de l'avoir trouvé « sot, ennuyeux et brissotin » qu'à Danton sa menace « de le faire tourner au bout de son pouce comme une toupie », les avait « escamotés » tous les deux ! Une heure plus tard Camille et Danton se retrouvaient à la prison du

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