BOULEVARD BONNE-NOUVELLE
La rue de la Lune. — La rue de Cléry.
Presque chaque jour, hélas ! Paris voit disparaître quelque souvenir de sa merveilleuse histoire; aussi convient-il de veiller jalousement sur les rares vestiges subsistants des décors où se déroulèrent nos drames nationaux. Parmi les plus évocateurs, il faut compter le carrefour de vieilles rues, étroites, hautes et sombres, qui dévalent eu pente raide vers la porte Saint- Denis, au-dessus de la rampe de pierre dominant le boulevard Bonne-Nouvelle. Ce terrain est aujourd'hui nivelé; il n'en allait pas de même autrefois et la pente semblait raide à gravir.
C'était d'ailleurs un des coins les plus pittoresques du boulevard; en 1671, la Ville de Paris y avait érigé une superbe porte monumentale que nous admirons encore, trophée des conquêtes de Louis XIV en Allemagne. Les Parisiens se plaisaient à venir >le dimanche
flâner en famille dans ces larges avenues vallonnées, plantées de beaux arbres verts, bordées de débitants de boisson, de guinguettes à danser, de maraîchers, de jardiniers-fleuristes, où les enfants pouvaient courir sans crainte, les rares voitures faisant un détour pour éviter la montée au haut de laquelle on jouait si gaiement au cochonnet, le long des murs bas du cimetière Bonne- Nouvelle, à l'endroit même où s'élèvent aujourd'hui le théâtre du Gymnase et le restaurant Marguery. Ce n'est qu'en 1832 que fut élargi et nivelé le boulevard Bonne- Nouvelle.
L'élargissement supprima la rue Basse qui passait près la porte Saint-Denis, devant l'emplacement occupé actuellement par un théâtre cinématographique, et, du même coup, emporta la boutique d'un perruquier dont l'enseigne fut célèbre; elle représentait l'infortuné et chevelu Absalon accroché par les cheveux à une branche d'arbre pendant que le farouche Joab le perçait de sa lance ; dans le bas, se lisaient ces quatre vers macaroniques :
Ici contemplez la douleur D'Absalon pendu par la nuque !
Il eût évité ce malheur S'il avait porté perruque.
De l'autre côlé du boulevard, vingt petits métiers ont envahi aujourd'hui la base des vieilles maisons du xvme siècle qui terminent la rue Beauregard et la bizarre rue de la Lune, où, sous le second Empire, un dilettante