‹ Promenades dans ParisChapitre 61 sur 70 · LE BOULEVARD BONNE-NOUVELLE · texte numérisé non relu

LE BOULEVARD BONNE-NOUVELLE

découvrait la cantatrice Marie Sasse — la future créatrice de l'Africaine à l'Opéra — chantant dans un infect beuglant « le café Moka » en compagnie du grand artiste Darcier.

Des bureaux de tabac, des brasseries, des négociants en corail, des marchandes de chansons et des débitantes de brioches chaudes emplissent des sacs, déchaînent des pianos mécaniques, hurlent d'ineptes couplets, versent des bocks... puis la rue s'enfonce, sinueuse et sombre, entre deux lignes de maisons ventrues, crasseuses, noires et rébarbatives, dont quelques-unes, hérissées de barreaux, de grilles ou fleuries de fer forgé ont conservé un étrange cachet de vétusté. Dans le haut de cette rue montueuse s'ouvre, entre deux lourdes colonnes de pierre, le portail sévère de l'église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. La rue de la Lune, la rue Beauregard et la rue de Cléry dégringolent vers la porte Saint-Denis, à ce point resserrées qu'on se demande avec stupeur comment on peut loger dans les dernières pièces qui viennent en s'effilant terminer chaque étage.

On y demeure cependant et le patron qui débite ses demi-setiers au numéro 97 de la rue de Cléry — une étroite maison qui s'avance comme un cap entre les deux rues qu'elle termine — est en droit d'avoir pris pour enseigne : « Au Poète de 93 — Vins et Liqueurs, maison meublée », car c'est là qu'habita André Chénier avant d'aller se faire arrêter à Passy chez ses amis Pastoret. Une fois pris, il était perdu, Collot d'Herbois,

Barère et Billaud-Varenne n'étant pas gens à épargner le satiriste qui avait si gaillardement cinglé de ses vers

Ces bourreaux, barbouilleurs de loisl

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