‹ Promenades dans RomeChapitre 12 sur 27 · LA MADONE · texte numérisé non relu

LA MADONE

Continue ton chemin, je te le permets.

On allait voir, dans la charmante église de Sainte- Sat (du mont Âventin), une grosse pierre que le diable lança haut de la voûte à saint Dominique pour l'écraser; mai? pierre fut détournée, et le saint miraculeusement garanti, n'cit pourrait bien cacher une tentative d'assassinat.

Il n'y a pas un siècle que Ton montrait à Saint-Sylvej (al campo Mar%o) le portrait de Jésus, fait, disait-on, pai Sauveur lui-même, et qu'il envoya au roi Abgarus. Eu» rapporte les lettres d' Abgarus à Jésus-Christ, et de Jésus-Ch à Abgarus; mais il ne dit rien de l'image ^ On prétend < Jean Damascène en a parlé.

L'arche d'alliance, ainsi que la baguette de Moïse, c< d'Aaron, et une partie du corps de Jésus-Christ, se trouvai à Saint- Jean-de-Latran. On montrait dans l'église de Sain Croix de Jérusalem, qui est presque vis-à-vis, de l'autre c (le la grande route qui conduit à Naples, une des pièces d'

* J. Roiskii Eœercitatiom» de imaginibw Chriati.

FROMENAhKS DANS ROME. l.V.

i^ent que reçut Judas, la lanlenie de ce traître, et la croix %\\v laquelle fîil crucifié le bon Larrou.

San-Giaconio Scossacavalll possédait la pierre sur laquelle Jésus-Christ lut circoncis, on vopil Tempreinle d'un des talons du jeune enfant: celle pierre était sur Fautel de la Présentation.

On consentait, sur lautel de Sainte-Aune, la table de marbre qui avait été préparée pour le sacrifice dlsaac.

L'impéralrice Hélène, mère de C(mslan(iu, envoya ces reliques avec Tordre de les placer dans Saint-Pierre; mais, quand le char qui les portait passa devant Saint-Jacques, il fui arrêté par une main invisible, et les chevaux presque renversés du contre-coup. De là le nom de Scossacavalll donné à Saint- Jacques, qui eut les reliques.

Les livres qu'on lisait habituellement à Rome vers 1720 soni presque aussi curieux que les miracles que Ton croyait à la même époque. Pour se souvenir d'une bibliothèque, il faut parcourir un de ses volumes. Demandez d'un air fort sérieux, à la bibliothèque du palais Barberini ou à celle du Vatican :

Les Conformités de saint François avec Jésus-Christ ;

\a^ Psautier de la Vierge:

VÉvangile éternel,

Quant à la Taxe de la chancellerie apostolique, ou a houle de ce livre, et on ne le montre pas aux étrangers, pour peu qu'ils aient Tair moqueur. Mais vous le verrez à Florence sans difficulté. Il est intitulé : Taxa camei'x seu cancellarix apostolicss. Les écrivains les plus célèbres par leur impiété ne peuvent s'empêcher de rendre hommage à la finesse d'esprit et à la logique à la fois délicate et profonde qui guide les casuistes dans la déduction de leurs raisonnements. Beauc(Aip d'historiens à la mode pourraient prendre des leçons de logique chez ces écrivains ecclésiastiques si négligés aujourd'hui.

J50 iKlIVRKS OK STKNDHAr..

^ Aiusi que chez les philosophes arabes, la donnée primitive (les raisonnements de ces gens-là n'est peut-être pas assez prouvée ; mais on ne peut trop admirer la force et la profondeur avec lesquelles ils en déduisent des conséquences.

J'oubliais le miracle de sainte Marie-Majeure : on y conserve une des images de la Madone peintes par saint Luc, et plusieurs fois on a trouvé les anges chantant les Litanies autour de ce tableau.

6 décembre. — Nous venons de visiter les antiquités du quartier des Juifs. C'est le pape Paul IV, Garaffa (ce vieillard napolitain qui de bonne foi se croyait infaillible, et craignait d être damné s'il ne suivait les mouvements secrets qui lui ordonnaient de persécuter), qui commença à vexer les juifs ( 1 556). 11 les obligea d'habiter le Ghetto, ce quartier sur les bords du Tibre, près du Ponte-Rotto, maintenant si sale et si misérable. Les juifs furent forcés de rentrer dans le Ghetto à vingt-quatre heures (c'est-à-dire au coucher du soleil); Paul IV voulut qu1ls vendissent leurs possessions, et ne leur permit d'autre négoce que celui des vieilles bardes. Ils furent astreints à porter un chapeau jaune. Grégoire XIII donna à ces inesures un complément raisonnable : il obligea un certain nombre de juifs à écouter tous les samedis un sermon chré lieu.

Malgré toutes ces vexations, et bien d'autres qui me fe* raient passer pour jacobin si je les rapportais, telle est Taduiirable énergie avec laquelle ce peuple malheureux tient encore à la loi de Moïse, qu'il n'a pas laissé de niultiplier beaucoup. Les juifs ont un précepte qui leur ordonne de se marier au plus tard à vingt ans, sous peine d'être tiaités avec (ipprobre et comme gens vivant eu péché.

Tout cet ensemble de persécutions inventé par le pape Ga^

raffiai était tombé eo désuétude sous le règoe de raimable cardinal CoDsalvi ; mais depuis la mort de Pie VH tout a recommencé : les juifs sont enfermés dans leur Ghetlo à huit heures. ÂTant-hier, au spectacle, ou nous a (ail observer que le parterre était entièrement rempli, parce que c*étail le jour où les portes du Ghetto restent ouvertes jusqu'à di\ heures (ou deux heures et demie de nuit, le soleil se couchant actuellemenl à sept heures et un quart. Les venti-quftttro (les vingt-qualre heures) changent ions les quinze jours. Le parti rétrograde tient beaucoup à cette façou peu commode de faire sonner les horloges ; l'autre manière s'appelle alla francew.

Frédéric lisait ce soir V Histoire de la liUérature romaifie de M. Baefar. n nous raconte plusieurs usages des Romains des premiers siècles. Pendant longtemps la main de fer de la nécessité éloigna de Rome toute espèce de luxe. Frédéric parie arec éloge des omrrages de MM. Dorow et Otfried Muller sur rancienne Étrurie.

8 décembre 1827. — Ordinairement , les étrangers maudissent les restes du temple d'Antoniu le Pieux, quoique ces onze cotonnes forment peut-être la plus belle ruine de ce geiu% qui existe à Rome. On y a construit la douane. Là est conduit le nianieiu*eux étranger qui arrive ; et, pour peu que trois ou quatre calèches aient précédé la sienne, et qu'elles soient remplies d'Anglais, dont le spleen saisit l'occasion d'une querelle avec les douaniers, on peut fort bien attendre deux ou trois heures. Vous Cacherez -vous? That is the question.

Non, Torgueil déplacé des Anglais sera pour vous comme ri%Tesse d*im ilote pour un Lacédémonien. Non, vous sougerez à cette masse de patience que vous avez mise à part avant de vous présenter dans ce pays de petites vexations et de petits despotes. Je vous conseille d'aborder un douanier

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il'uo air rianl, et de lui donner nn paul (rînqaanie-deux een — limes). Touché d*une si grande générosité et de votre air gai # cet homme sera utile al signor Francese. Ce nom, lié à celu/ de Napoléon, est encore d'un poids immense en Italie. Ah! si nos ministres sauraient exploiter l'héritage de ce grand homme, quelle influence ne donneraieutnls pas au roi de France en sachant distribuer aux plus dignes, comme le fit Louis XIV, vingt pensions de cent louis et trente croix !

Pendant que votre voiture attend son tour à la douane, montez chez madama Giacinla, à vingt pas de là, et choisissez une chambre. Vous y serez à deux pas du Corso, du libraire Cracas, où on lit les journaux, et de la Trattoria delV Armellmo (de la Belette), où je me réfugie quelquefois pour éviter la fatuité française et les Anglais, porteurs de grandes moustaches, qui paiplent les environs de la place d'Espagne.

Je vois encore d'ici Tair de supériorité polie du comte D. N., auquel, à sa prière, au moment où il partait pour Rome, j'avais indiqué ma modeste madama Giaciula. En m'en parlant à son retour, le comte avait l'air de Louis XIV à qui l'on eût proposé de monter en coucou. Car enfin, puisqu'il faut l'avouer, une chambre fort propre chez madama Giacinta ne f;oûte que deux francs.

11 ne reste du temple d'Antonin le Pieux que onze colonnes de marbre grec cannelées et d'ordre corinthien ; elles ont trente-neuf pieds six pouces de haut et quatre pieds deux pouces de diamètre. La base est attique et le chapiteau onié de feuilles d'olivier.

Quoique très-endommagée par les incendies, cette ruine est magnifique. Ces onze colonnes formaient une partie latérale (lu portique qui entourait le temple. Tâchez de vous les figurer ainsi ; ouhlioz Tignoblo douane, et voyez le reste du mo- IHimoiil u»l qu'il exista pour les Romains, Si vous êtes aceoii-

PROMENADES DANS ROMK. iWJ

lumé aa\ dë<^ratioDS magnifiqaes que M. Sanquirico fait poiii le théâtre de la Scala, à Milan, les ruines de Rome vous feront beaucoup plus de plaisir ; vous pourrez plus facilement von ^ figurer ce qui manque y et faire abstraction de ce qui est.

Je vous demande, pour une ruine, ce qu1l faut fain? enpn'»sence de presque ions les porteurs de grandes réputations; la plupart, hélas ! sont aussi des ruines.

Tout près du temple d'Antonin se trouve Téglise de Sainl- Ignace. Le grand peintre Dominiquin avait fait deux dessins ; un jésuite prit la moitié de chacun de ces dessins, et cV>( aiusi que nous est venue Féglise actueUe, commencée en 162ri et finie en 1685. L'intérieur est riche plutôt que beau. An poste d'honneur, au-dessus des grands piliers de la croisée, un jésuite a peint deux assassinats tirés de la Bible.

10 décembre. — A côté de l'église des jésuites est le collège Romain ; vous me prendriez pour un salirique bilieux et malheureux si je vous expliquais le genre des vérités qu'on y enseigne. Je crois qu'il a fallu une bulle pour permettre d'y exposer, mais seulement comme une hypothèse, le système qui prétend que la terre tourne autour du soleil. Josué u'a-l-il pas dit : Sta sol, soleil, arréte-toi? De là cette fameuse persecation de Galilée sur laquelle on meut même aujourd'hui, eu 1829. La vérité ne se trouve que dans deux gros volumes in-4®, imprimés autrefois, et qui n'ont été mis en vente qu'il y a peu d'années à Florence. Je les ai trouvés chez M. Vieusseux, libraire et homme d'esprit, éditeur de VAntologia, le meiOeur journal d'Italie. Cette revue est soumise à la censure, mais en revanche elle est écrite avec conscience, chose unique peut-être sur le continent.

An collegio Bomano on nous a montré une collection complète des as romains. Comme nous faisions la conversation eu

véritables bonnes gens, et que nous avons souvent parlé del gran Parigi, un de nos guides nous a fait des histoires à son tour. Sa méfiance romaine s'est adoucie parce que nous sommes Français.

« C'est ici, nous a-t-il dit, qu'a été élevé le jeune Marchesiuo délia Genga (qui régnait en 1828 sous le nom de Léon XII, qu'il prit à son avènement parce que Léon X avait donné à sa iamille la terre de la Genga, près Spolette).

a Dans ce collège, continue notre guide, un homme fort habile prédit au jeune Marchesino, alors assez pauvre, que par la suite il serait pape. Voici pourquoi : les enfants faisaient une procession à Tinsu des professeurs; ils portaient sur un brancard la statue de la Madone. Le Marchesino délia Gonga, ayant une figure belle comme celle d'une femme, avait ('*té choisi pour remplir le rôle de la Madone. Tout à coup on ru tend venir un professeur; les élèves qui portaient le brancard prennent la fuite, et la Vierge tombe. D'après certaines règles de prédiction connues de tout le monde à Rome, et qui fm*ent appliquées par l'homme habile, le lendemain chacun dit dans le collège que l'écolier qui était tombé du brancard en faisant le rôle de la Madone serait pape un jour. » Cette histoire nous a coûté quatre paoli, et vous semblera ridicule par son peu d'importance si, lorsque vous la lirez, Léon XII n'est plus pape.

En revenant dans la rue del Corso, nous avons vu le palais Sciarra, d'une architecture fort agréable. La galerie de tableaux de ce palais étant située au midi et bien éclairée, nous l'avons réservée pour un jour de pluie. Il fîuU, au contraire, aller au palais Doria, naturellement obscur, à onze heures, nu jour de beau soleil.

Rien de plus curieux, pour qui aime la peinture, qu'une ancienne copie de Raphaël faite par un bon peintre. La galerie

PROMENADES DANS UOMK. iGl

Sciarra est fière de la copie de la Tramfiguration attribuée à Momu Yalentin (bon peintre français, mort jeune en 1652). On voit ici des ouvrages de ce Garofolo, élève de Raphaël, dont le palais Borghèse a trente-deux tableaux et la galerie Doria les plus grands ouvrages qui existent. Cet homme a de la sécheresse, de la dureté, mais de la grandeur et de la simplicité, choses si rares depuis le seizième siècle. Les ouvrages du Garofolo ressemblent aux tragédies médiocres du grand Corneille. On voit à la galerie Sciarra, des Barroche, des Guide, des André del Sarto, des tableaux d'innocenzo da Imola, copiste de Raphaël, et de ce Sacchi, dont il y a cinquante ans on voulait faire un grand peintre, je ne sais pourquoi. Rien n\^sl étonnant comme un charlatanisme lorsqu'il est tombé; sous re point de vue, Thistoire de plusieurs de nos grands hommes de 1829 sera curieuse à lire en 1850. Moi qui vous parle, j'ai vu M. Esménard tenant Tétat de grand homme et plus prôné que ne Test aujourd'hui M. ***. La dernière salle du palais Sciarra possède un portrait par Raphaël, peint en 1518, deux ans avant sa mort; la Vanité et la Modestie y tableau célèbre de Léonard de Vinci, inférieur à sa réputation; une Décollation par Giorgion, rival du Titien, qui mourut d'amour à trente-quatre ans. Le froid Titien mourut de la peste à quatre-vingt-dix-neuf ans. Nous avons admiré, nos compagnes de voyage surtout, une Madeleine y ouvrage sublime du Guide. Sur la fin de sa vie ce grand homme devint joueur et faisait quelquefois, quand il était pressé par ses créanciers, jusqu'à trois tableaux en un jour.

On passe devant plusieurs palais, dont les façades, pleines de style, n'ont besoin, pour faire beaucoup d'effet, que d'une rue plus large. On arrive au palais Doria, qui jadis appartenait à la famille Pamphili, enrichie par le pape Innocent X, vers 1650.

Ce palais, fort grand, est moins remarquable par Tarchitecinre, qui date du dix-septième siècle, époque de décadenre, que par sa superbe galerie de tableaux. Nous ne nous y sommes arrêtés qu'un instant; nos compagnes voulaient, ce matin, voir de Farchitecture ; elles prétendaient la comprendre.

Vers la fin du règne de Louis XIV, du temps de madame de "Sévigné, quand les ouvrages de la Bruyère, de Descartes et de Bavle étaient dans toutes les mains, le duc de Mazarin et la duchesse de Guise faisaient couvrir de plâtre les statues qui leur appartenaient, et brûler les tableaux qu'ils trouvaicni indécents. Sous Louis XIII, un M. Desnoyer, sous-ministre, qui voulait de Tavancement, fit couper en morceaux la Léda du Corrége. Nous avions au Musée un tableau de ce grand peintre, qui a disparu vers 1816. Où est-il?

Le prince Pamphili, qui vivait en 1688, était fort riche et fort jeime ; les jésuites le pressaient vivement d'entrer dans leur société. Ce pauvre jeune homme se décida à faire mettre des chemises de plaire à un grand nombre de magnifiques statues antiques dont il venait d'hériter de son père. Il fit barbouiller une fameuse Venus du Carrache. Quelques années j)lus tard, il devint amoureux, se maria et renvoya les jésuites; il fit 6ter le plâtre qui voilait ses statues; mais malheureusement les maçons avaient rustique le marbre, afin que le plâtre pût prendre.

Avant-hier, à la galerie Farnèse, on nous a montré un petit habillement de fer-blanc, placé, il y a quelques mois, sur toutes les statues, afin de plaire à un grand personnage. Ce ; sont en général des vieillards qui possèdent les palais elle:» galeries de tableaux, et il est à craindre que le retour éfï sévérité ecclésiastique que Ton éprouve à Ronu» en ce iîM>-| ment ne soit fatal à plusieurs objets d'art.

On voit près du palais Doria les deux palais Bonaparte.

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armant sur la place voisine la vue est frappée par Taspeci d'une sorte de forteresse: r*esl le palais de Venise; il f^l bàli en 1468, avec des pierres du Golysée. Là résidait Faimalile cavalier Tand>roni, en sa qualité de direeteur des artistes allemands à Rome. LVnipereur d'Autriche s*est emparé de < c palais, qui appartint à la république de Venise jusqu'à sa chute, en 1798. C*est laque madame la comtesse d\\p|x>iiy donne ses jolis vendredis.

11 décembre. — Vis-à-vis est le palais de M. Torlouia, ihu de Bracciano, où ce soir nous sommes allés au bal *. De la cuiidition la plus \iilgaire, M. Torlonia s*est élevé, par sou savoirfaire, à la position la plus brillante. L'amour exclusif de Targent est, selon moi, ce qui gâte le plus la figure humaine. Li bouche surtout, exempte de toute sympathie chez les gens à argent, est souvent d'une atroce laideur. M. Torlonia est eurieiix à entendre lorsqu'il raconte Thistoire de la rivalité des jeunes princes romains qui sollicitaient la main de ses filles. 11 a une sorte de naïveté dans sou respect sans bornes pour Targeut. Pendant plus de dix ans il n'a pas osé venir habiter le palais où Ton dansait ce soir : une diseuse de bonne aventure lui avait prédit qu'il mourrait la première unit qu'il y coucherait.

Voilà des préjugés profondément enracinés. Rien de plus naturel, tout le monde apprend ici la théologie qui mène à tout ; et la physique mène en prison. M. Toriouia est le banquier de tous les Anglais qui vienuent à Rome, et fait des bénéfices énormes, en leur payant leurs livres steriing en éi'us

^ Ce riche banquier n'est plus. Il a i>uivi de près au lomltcau un hooime aussi haï que lui-mèiiie était envié. Léon XII est mort le 10 férrier et M. Torionia le 28. I.e célèbre père Fortis, pénéml «Ips jé- «iiites, les avail précédés de fort peu de jours.

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riMiiaiiih. (iliaque liivrr CHt égayé par quelque tiouveau conu^, où figurent, d*un vbté, la léftinerie du froid et tranquille bauquier, et de Taulre la grande eolêre de quelque riche Ânglain, qui M* plaint du change. En revanche, M. Torlonia donne à ses fiientK diii halH charniantH, dont Tenlré^^ ne nerait paH trop payée à quaranti^ franc» par léte. Ce jour-là il n*e«t plus avare.

Len quatre c6ti'*H de la cour de »on palai» Hout occupé» par une galerie magnifique et qui coniniunique à plusieur» vasten salouH, daiiH lenquel» on daiiM*. !>*» nufilleurH peiiiln*H vivants, MM. Falaggi, Oaininuecini, Landi, len ont orn(*H de peinture». Un Halon a éti* construit |M)ur placer d*une manière convenable le fameux groupe colo»»al de Canova, Hercule furieux lance Lycai dam la mer. Le» jour» de bal, ce grou|N3 e»t éf^lairé d*une façon pittoresque par de» nia»»<*» de lumière» placée» dan» de» |K>inl» indiqué» par Canova lui-même. Le» fêtes de M. Torlonia »ont plu» belle» et mieux entendue!» que celle» de la plupart de» »4)uverain» de TEurope. Il y a par exemple toujours as»ez de monde, et jamai» la foule inconunode d'un roui. Reiiiarquez-vou» au milieu des groupes, formé» par les plu» belles fi*unn(*s de TAiiglelerre et de Rome, un petit vieillard au regard inquiet, el (pii porte un gilel blanc trop long? C'e»t le uiallre du logis; il raconte sans doute aux étrangers quelque an(*i'd(»le d^'coiiouiie iiit<'*rieure. Par exemple, ce petit Portugais, à la télé si bien ïrmtft, et si pétillant d'esprit, M. le comte de F***, admirait, il n'y a qu'un moment, les glaces magnifiques placées vi»-à-vis VHercule de Canova. M. Torlonia annonce une anecdote. Ou fait cercle aut(mr de lui, et il entre dans ton» le» détails d'une nmt adroiUî, au moyen de laquelle il obtint de» marchands de glaces de Paris un rabais (le cinq pour cent.

11 se vélil encore plu» mal qu'à l'ordinaire, sa phy»ionomi<.* ))ril une teinte encore plu» misérable el plus ju've ; ainsi grimé,

PBOMKNADKS DANS HOMK. U^

il s<! présenta aux marchands de Parin, auxtiuoln il dit que ce banquier italien, si avare, le fameux Torlonia, Tavait chargé, lui pauvre miroitier de Rome, d'acheter des glaces à Londres ou à Paris. Il olTrait de payer comptant. CVst aiusi, poursuit le millionnaire triomphant, que j'ai arrache un rabais de cinq pour cent sur le prix le plus restreint que j'aurais pu obtenir en me présentant sous mon nom ; ce rabais de cinq pour cent fit une somme assez ronde. Et les petits yeux du banquier brillent de j oie et perdent pour un moment leur air inquiet.

Plus tard, vers les une heure, le duc de Bracciano parlait de ses fils au groupe où était la pauvre miss Bathurst. c Vn tel, disait- il en montrant l'ahié, je crois, est un nigaud; il aime les tableaux, les arts, les statues: je lui laisserai trois millions et deux duchés. Mais l'autre, c'est bien différent, celui-là est un homme ! il connaît le prix de l'argent ; aussi lui laisserai-je ma maison de banque, il raugmciiler», retendra, ei un jour vous le verrez, non pas plus riche que tel ou tel prince, mais que tous les princes romains pris ensemble; ei, s'il arrive à la moitié de la prudence de s(Mi pèn*, il fera son fils pape. »

(Gomme Font fait le banquier Rezzoïiico ou Agostino Ghigi. que Bandello peuit tort bien, Agostin(» était un homme d'esprit qui s'attacha à rendre plus heureuse, du c6té de l'argent, la position de tous les hommes de talent, ses contemporains.)

A deux pas du duc, la célèbre lady N^*^ était attristée de voir cette figure à argent. < Torlonia, disait-elle, ne^ devrait pas se trouver aux bals qu'il donne, les princesses ses filles en feraient les honneurs. Malgré soi, on fait attention à cette figure : on y voit trop qu'il est incapable de jouir des belles choses qu'il a réunies autour de lui, et cela en paralyse l'eff et. » Pour mol, dans tous ces propos, je vois beaucoup d'envie. M. Torlonia est Yhomme à /ir(7en< par excellence; il se

ir>«; «KUVRES DK STENDHAL.

moque de la loiiango et n'a pas de journaux à lui pour le vanter ; à la vériié, tout le monde se connaît à Rome, et le charlatanisme y est impossible. (Voilà pourquoi, s'il est un pays où Ton puisse encore espérer des artistes, c'est Rome.)

Nos compagnes de voyage avaient pris en horreur M. Torlouia, et d'abord ne voulaient pas aller à son bal. J'ai eu besoin d'une grande éloquence pour dissiper cette répugnance. Depuis le prince jusqu'au laquais, tout le monde parie ces jours-ci d'un jeune M. de Saint-Pri***, qui, vivant en étourdi et étant arrivé sans y songer au fond de sa bourse, vient de se brûler la cervelle pour sortir d'embarras. On ne manque pas de dire que Torlonia lui a durement refusé une avance de quelques milliers de francs la veille de sa mort, et le lendemain matin, dix minutes peut-être avant que le jeune Français ne se brûlât la cervelle, le banquier a reçu des fonds pour lui.

Cet homme, si jalousé, n'a eu aucun tort dans cette affaire. Il possède un véritable talent pour deviner les mouvements d'argent ou de denrées qui ont lieu dans cette Italie, appauvrie par la paresse de ses habitants, et bien plus encore par les règlements baroques que de temps à autre quelque intrigant adroit arrache à ses souverains. Par exemple, le pape Léon XII, qui dans sa jeunesse a été un homme aimable et rien de plus, vient de mettre un impôt très-cher sur les vetturini qui amènent à Rome les voyageurs, sans lesquels cette ville malheureuse n'aurait pas de quoi payer une messe. Ce soir, grande indignation là-dessus, vers la fm du bal. Tout ira mal ici jusqu'à ce qu'un pape ait l'esprit de prendre un banquier pour ministre des finances; mais l'usage veut que le trésorier de l'église soit monsignore^ c'est-à-dire prélat. Après quatre ans d'exercice, on ne peut point faire de cardinal sans qu'il n'ait un chapeau. On ne peut pas non plus le destituer sans le

(aire cardinal. C'est ^lînsi qu'un insigne fripon, mon depuis peo, obtint le cliapeau du temps de Pie VI.

Il esl impossible de rien voir de plus distingué et de plus noble qae les princesses, filles de M. le duc de Bracciano. P^il-étre rougissent-elles un peu de la tournure de leur père. Je n'ai pas rencontré trois bals en ma vie supérieurs aux siens. On y trouve le confort réuni à une élégance suprême ; nos compagnes de voyage ont été forcées d'eu convenir, c Mais, mo disait Tnne d'elles, je vois errer autour de moi l'ombre de ce malhenreux SainlrPri***, dont la vie eût été sauvée avec la moitié de ce que coûte ce souper magnifique. — Madame, Cbamfort disait que, quand on va dans le grand monde, il faul tons les matins avaler un crapaud. »

1S décembre. — - La rue du Cours finit au mont Capitolin; Rome attend un pape ami des arts, qui, eu abattant quelques maisons, pratiquera une montée qui, toujours dans la direction du Corso, arrivera à peu près au jardin des Capucins, sous l'église d'Ara Cœli. Quand on est au bout du cours, entre les deux palais Bonaparte, on tourne à droite, et l'on arrive à la magnifique église del Gesù.

C'est la maison centrale des jésuites, là réside leur général.

A cause de l'élévation du mont Capitolin et de la dispositioii des mes, il fait assez ordinairement du vent près de l'église des jésuites. Un jour le diable, dit le peuple, se promenait dans Rome avec le vent ; arrivé près de l'église del Gesù, le diable dit an vent : c J'ai quelque cbose à faire là dedans, attendezmoi ici. » Depuis le diable n'en est jamais sorti, et le veni attend encore à la porte.

Cette église magnifique a été élevée en 1580, sur les dessins de Vignole; l'intérieur est fort ricbc; un peintre médiocre nommé Baeierîo l'a rempli de grandes fresques. 11 y a de la

ohaleur el un beau désordre daos le groupe des vices renversés par un rayon qui part du nom de Jésus. On remarque surtout Tautel à gauche, sous lequel repose, dans un tombeau de bronze doré, orné de pierreries, le corps de saint Ignace. Ce aventurier espagnol , rempli d'exaltation et un peu fou, mourut en 1556, et fut canonisé en 1622. Les généraux ses successeurs, et entre autres Lainez, homme à comparer, pour le talent, au cardinal de Richelieu, et même à saint Paul, ont fait les jésuites ce qu'ils sont. Je voudrais bien qu'un athée écrivit leur histoire sine ira et studio. Cette société n'est-elle pas Fune des plus remarquables, depuis celle instituée par Lycurgue, depuis celle instituée par Moïse? M. de Lalande disait: « Savez-vous pourquoi tous les prêtres du monde me prônent ? ('/est que je suis un athée-jésuite ! »

Ce sont deux Français qui sont coupables des exécrables sculptures que Ton voit auprès du tombeau de saint Ignace, MM. Legros et Théodon. En sortant del Gesù, on arrive bientôt à une petite place, de laquelle on aperçoit les trois palais placés sur le mont Capitolin, et le grand escalier qui y eouduit. Tout cela n'a rien de fort beau ; mais il y a des jours où l'on est ému par les souvenirs de l'histoire et par ce grand nom de Capilole.

15 décembre. — Mes compagnons de voyage sont déjàuu ])eu las (T admirer; chaque jour ils attendent avec impatience leurs lettres de Paris. J'ai le rare bonheur de passer ma vie avec des personnes d*un esprit fort aimable et du commerce le plus doux ; mais, dans ce qui me semble une belle fresque, elles ne voient encore qu'un morceau de mur enfumé.

U faut des études préparatoires pour le voyage de Rome. Ce qui ajoute au désagrément de cette fâcheuse vérité, c'est que tout le monde, dans la société de Paris, croit fermement aimer

PROME>Atli:S DA>S RUHE. WJ

le» bdan-arls et n'y coonatire. Cest par amoar pour le« lMfan\arts 4|Be Too Tient à Rome, et là, cet amour vous» abaudouue, el. nNHBe à rordinaire.b haine est sur le point de le remplacer.

La perfectioD de ces maudites études préparatoires, au%qoeOes il lant bien en venir après quelques jours d*bumeur, scnûl qœ Tieil apprit à voûr sans que le cerveau s*a[lhblât d«*^ p t qngés du maître qui enftiçfie à voir.

La poâle ani lettres, à Rome, est vers le milieu du Corsii. SOT radmbrable place Cokmna (ainsi nommée à cause de b cih looDeâevée en llMmnenr de Marc-Aurèle-Antoniu). Ce matin, à notre grand cbagrin, le courrier est en retard de buit benrcn. H il a été décidé de ne pas s*écarter des lieux où nous pou- %iios le rencontrer. D fallait trouver une course à (aire sur la roote <fai nord, par laquelle arrivent les lettres de France. !foii> sortis par b porte del Popolo. A deii\ milles de là avons trouvé le Ponte-Molle. C*est sur ce pont, appelé yul» Milvins, que Cicéron 6t arrêter les ambassadeurs allôbrofes (dauphinois), qui, dans Tintention de délivrer leur pay^ du joof des Romains, ou plutôt pour se lier avec b faction di>minanie, avaient conspiré avec Catilina. Nous avcHis cherché à recomallre le paysage placé par Raphaël dans b grande bataille do Vatican. Constantin battit son rival Na\eiice entre h* Ponte-Molle et le lieu appelé Saxa Rubra.

Eo 1^2, Jules 111 fut délivré des mains des Allemands \v ymr de Saint-André. Il fit élever par Viguole uu fietit temph*. rbeCHTceiivre d*élégance, eu rhonneor de cet apôtre. On h* iroore à gauche, eu revenant vers la porte drl Popolo. De b HM» sommes allés à b jolie cassine dite du pape Jule$. Rien de plos gracieux et de plus agréable à habiter en été ; mais î' fandrait ne pas craindre la fièvre. C'est ainsi que devrait être le Trianon à Versailles, fim compagnes de voyage en ont eu ridée ; c'est un progrès. (}uHqiie Anglais riche de^ rait pljcpr

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ihuis son parc une copie de cette villa, chef-d'œuvre de Balihasard Peruzzi.

Le palais voisin fut élevé par Viguole. On y voit des fresques de Zuccari, peintre médiocre, mais qui font plaisir à cause du lieu où ou les rencontre.

La porte del Popolo, quoique arrangée par Michel-Auge, esl peu frappatile; mais Féglise voisiue, Sainte-Marie-du-Peuple, est fort helle. Les tombeaux qu'on y voit furent élevés vei*s i'au 1540; c'était le siècle du bon goût. Le sac de Rome en 1527 avait dispersé les élèves de Raphaël; mais, dès que l'esprit des Romains put oublier les horreurs de la guerre et songer aux beaux-arts, ils revinrent aux idées qui avaient régné avec Léon X .

Vers l'an 1099, quelque homme adroit épouvanta le peuplt^ de Rome de l'ombre de Néron, mort seulement mille trente e^* un ans auparavant. Le cruel empereur, enterré dans le tom — beau de sa famille sur le Collis Hortulorum (mont des Jar — dins), aujourd'hui Monte-Piacio, s'amusait à reparaître de nuit pour tourmenter les vivants. Probablement à cette époque on ne faisait pas grande différence entre un démon et un empe^ reur romain, persécuteur des chrétiens. L'on ne manqua pas de bàlir la jolie église où nous sonmies, et Néron, effrayé, n'a plus reparu. Si vous aimez eu peinture la vénérable antiquité, cherchez dans la première chapelle à droite en entrant, et dans la troisième, des ouvrages du Piiiluricchio, élève du Pérugin et compagnon de Raphaël. Les tableaux de ce peintre (je parle de ceux de Rome et non des immortelles fresques de Sienne) sont plus curieux qu'agréables, ils inspirent ce qu'où appelle un inlcrèt liUiorique. Ou le retrouve encore ici à la voûte du chœur.

11 faut examiner deux beaux tombeaux du Sansovin. Le tableau de la chapelle qui est à droite du maitre^autel est d'An-

iibal Carrache; c est uue Assomption, Les deux kibleaux voisins sont de Michel-Ange de Ganravage ; ce graud peiutre fui un scélérat. L'avant-dcniière chapelle appartient à la famille du banquier Chigi, pour qui Raphaël peignit la Farnesina. Ou dit que cette chapelle Chigi fut élevée sur ses dessins. L'exécrable goût du dix-huitième siècle éclate dans le tombeau de la princesse Odescalchi-€higi.

Vers 1760, les artistes d'Italie ne valaient guère mieux qui* les nôtres. Du reste, Thumidité a gâté presque tous les tableaux. Le désir d*omer les églises de peintures s'empara des gens riches vers Fan 1500; mais il est heureux que depuis on ait eu ridée de former des galeries; une toile peinte à Thuile ne reste pas impunément deux siècles dans une église. Au sortir de Sainte-Marie-du-Peuple nous avons examiné Fobélisque placé entre la porte et le Gorso. On aperçoit de là, dans toute leur longueur, trois rues fort droites qui traversent de part eu part toute la Rome moderne, qui, comme vous savez, est bâtie dans le champ de Mars de la Rome antique. La plus longue, celle du milieu, s'appelle le Gorso, parce que de temps immémorial on y (ait des courses de chevaux, plaisir particulier au peuple italien et dont il est fou ; c'est comme les combats de taureaux en Espagne.

La rue de Ripetta, à droite eu entrant à Rome, conduit au port sur le Tibre. Les grosses barques qu'on y voit attachées viennent de Naples ou de Livoume La rue à gauche s'appelle del Babbuiuo. Le voyageur égaré se recouuait dans Rome au moyen de ces trois rues et du Tibre, qui court à peu près du nord au sud. Hais souvcul Ton se trouve dans une vallée tortueuse entre deux coUiucb ; alors le voyageur se dirige à l'aide d'une petite boussole placée derrière s;\ montre et d'un pelil plan de Rome grand comme la main qu'il Caut toujours avoir sur soi| ainsi que sou permis de séjour.

172 (ÈUVRES de STENDHAL.

L'obélisque de la place du Peuple est de granit rouge coi vert d'hiéroglyphes ; il a soixante-quatorze pieds de haut. ] mode, toute-puissante dans les sciences comme ailleurs, fs qu'eu 1829 on croit fermement à Rome aux découvertes hi) rogl3rphiques de MM. Young et GhampoUion. Le pape Léon )( les protégeait; car enfin un prince, au dix-neuvième siècl doit bien protéger quelque chose de relatif aux arts ou ai sciences. Croyons donc, jusqu'à de nouvelles découvertes, qi cet obélisque fut érigé à Héliopolis par le roi Ramessès po^ servir de décoration au temple du Soleil.

Les deux églises élevées par le cardinal Gastaldi à Tenir du Corso sont d'un effet médiocre. Gomment un cardinal n' l-il pas senti qu'il ne faut pas élever une église pour faire pe liant à quelque chose? C'est ravaler la majesté divine.

Ce sont pourtant ces Français, qui quelquefois font des ch ses si ridicules à Paris, qui ont construit ces rampes admirabl qui du niveau de la place du Peuple conduisent au sommet ( Monte-Pincio. Il faut tout dire : il y avait à Rome, vers 1810, i architecte du plus rare talent, Raphaël Stemi , et Rome et trop petite ville pour que Fintrigiie et les mensonges des joui naux puissent assigner un rang aux artistes.

La petite plaine qui couronne le Pincio est assez vaste pou offrir une promenade suffisante aux personnes eu voiture. A centre du jardin s*élève uii obélisque ; les arbres plantés pa ordre de Napoléon sont déjà grands. Du côté de la villa d Rapliaél le jardin se termine au mur d'enceinte de Rome, qi <*sl à hauteur d'appui et s*élève de cinquante ou soixante pied au-dessus de la petite vallée qui de la porte Pia descend à I > illa Borghèse.

Dès qu'on voit une promenade plantée d'arbres eu Italie, o peut être assuré qu'elle est l'ouvrage de quelque préfet frai vais. La promenade de Spolelte, par exemple, est due à M. Ra

PHOMENADKS DANS HOME. i'io

derer. Les Ilaliens modernes abhorrent les arbres ; les peuples du Nord, qui n'ont pas besoin d*orobre vingt fois par an, lis aiment beaucoup; cela tient à rinsiinci de celte race d*hommes née dans les bois.

Le jardin du Pincio n'est pas enteiré comme celui des Tuileries ; il domine de quatre-vingts ou cent pieds le cours du Tibre et les campagnes environnantes. La vue est superbe. Là, en hiver, vers les deux heures, on voit assez souvent les jeunes femmes de Rome descendre de leur carrosse et se promener ù pied ; c'est leur bois de Boulogne. La promenade à pied est ime innovation française. Les maisons d'éducation établies pour les jeunes filles par Napoléon commencent à changer les mœurs ; il y a plus de promenades et moins de sigisbées. On ne dit plus à un étranger : « Monsieur, vous ne pouvez pas être présenté en ce moment à la princesse une telle, car elle est irmamorata, » Un jour, au Pincio, je fus frappé de la tournure d*un homme remarquablement spirituel et un peu triste qui se promenait un gros bâton à la main ; c'est M. Jérôme Bonaparte; il fut roi, et commandait une division à Waterloo.

Le parti ultra de Rome a gâté la mémoire de ce bon Pie VII eu lui attribuant, par de grandes inscriptions sur marbre, tous les ouvrages de l'administration de Napoléon dans Rome. Gela nfa choqué ce matin au jardin du Pincio.

Eu avançant dans le Cours, on trouve le palais Ruspoli, dont le plus beau café de Rome occupe le rez-de-chaussée ; on est frappé de la magnificence des salles et de leur peu de propreté. Le travail d'essuyer une table de marbre vingt fois par jour est le pire des supplices pour un Romain; le Français des basses classes, au contraire, se plait dans l'activité. Différence de la race gauloise et de la romaine. Les Romains étaient beaucoup moins grands que les Gaulois et en avaient peur. Fort mécontents du café Ru8i>oli, nous sommes entrés

vis-à-vis, daiis l'église de San-Lorenzo-in-Lucina, où Ton voi 1111 beau crucifix aUribué au Guide. Là fiurent déposés les reste du Poussin. M. le vicomte de Châleaubriaud va lui faire éle \er uu tombeau. Nous avons été chassés de cette église pa l'oissiale par une mauvaise odeur bien prononcée.

Au coin de la place existait, dans le Corso, Tare de trioni |ihe de Marc-Aurèle, que le pape Alexandre VII fit barbare nient démolir eu 1660, afin, dit Tinscription, d'élargir la ru ((ui eût pu circuler tout autour. Le nombre de monument antiques détruits par les papes ou leurs neveux est fort consi dérable. On en rougit depuis quelques aimées, et les faiseur d'itinéraires ont ordre de n'eu point parler. Mais d'abor Alexandre VII croyait bieu faire,, et si les papes eusseut habit toute autre ville que Rome, auraient-ils pris dans leur jeu liesse le goût des beaux-arts, qui les porta, une fois parvenu au trône, à faire élever tant de monuments magnifiques? Nou voyons le palais Fiano, bâli vers Tan 1500 sur les ruines d'u palais de Domitien.

16 décembre. — La rue du Corso, envers laquelle Todeu de choux pourris, et les haillons aperçus dans les apparte ineuts par les fenêtres, m'a rendu injuste pendant deux ans est peut-être la plus belle de l'univers.

Un sentier dans une montagne peut être beau par la vu dont on jouit en se promenant. Le Corso est beau à cause de pierres qui sont rangées les unes au-dessus des autres. Le palais qui bordent cette rue ont beaucoup de style. Ce style e sublime et fort supérieur à celui de la rue Balbi de Gênes. R< gent- Street, à Londres, étonne, mais ne fait aucun ]>laisiT n'a pas de style. On voit des barbares fort riches, les premie hommes du monde pour le steam-^^igine et le jury, iiiaisq du reste ne sont sensibles qu'à la sombre mélancolie de l'a

PROMENADES DANS ROMK. I7r.

ehîlecture gothique, ou, ce qui revient au même, au monologue de Mamlet, tenant s\ la main le crâne d'Yorick.

La rue Saint-Florentin, quand on y entre par la rue Sainl- Donoré, et qu'on regarde la terrasse des Tuileries, peut donner quelque idée du Corso à Rome.

Tous les enterrements de bon ton viemient y passer à In nuit tombante (à vingt-trois heures et demie). Là, au milieu de cent cierges allumés, j'ai vu passer sur un brancard et la tèi(' découverte la jeune marquise Gesarini Sforza, spectacle atroce et que je n'oublierai de ma vie, mais qid fait penser à la mon, ou plutôt qui en frappe l'imagination, el par là, spectacle forl utile à qui règne en ce monde en faisant peur de l'autre.

La rue du Corso est par malheur étroite et humide, à peu près comme la rue de Provence à Paris; elle est bornée au levant par une suite de collines.

Le palais Chigi a des défauts; mais, par sa masse imposante, il contribue à faire vivre le nom du fameux banquier, contemporain de Raphaël. Quel que soit un homme à millions, en employant les meilleurs sculpteurs et architectes de son siècle, 11 a une chance d'être immortel. Si Samuel Bernard avait fait élever à Paris une copie exacte du palais Famèse ou du palais Barberini, il serait connu autrement que par les jolis vers de Voltaire sur les trois Bernard; surtout si ce palais était situé au coin du boulevard et de la rue du Mont-Blanc; il donnerait du caractère à tout ce quartier.

On va voir au palais Chigi quelques bonnes statues grecques et cinq ou six tableaux des Carraches, du Titien et du Guerchin. Les étrangers réservent ce palais pour les joure de pluie. Nos compagnes de voyage ont été extrêmement frappées de deux petits ouvrages du Beruin, qui représentent la Mort et h\ Vie, La Vie est figurée par un bel enfant de marbre blanc, qui dort sur un coussin en pierre de touche. Vis-à-vis est une têle

i76 (EUVUËS DE STENDHAL.

de mort, aussi en marbre blanc, sur un coussin noir. Ceci rappelle bien le catholicisme; les anciens auraient eu horreur d'un tel spectacle *.

Au milieu de la jolie place voisine s'élève la colonne Ântonine; elle est composée de vingt-huit blocs de marbre blauc placés les uns sur les autres. Son diamètre est de onze pieds et demi, et la hauteur totale de cent quarante-huit pieds. A Taide d'un petit escalier fort incommode on arrive au sommet. L'ancien piédestal de cette coloime est enterré de onze pieds. Ce fut le grand homme Sixte-Quint qui la fit restaurer eu 1589. Il fit placer au sommet une statue de bronze dorée, nommée Saint-Paul.

Les bas-reliefs qui entourent le fût de la colonne sont relatifs aux exploits de Tempereur Marc-Aurèle contre les Allemands. Ces bas-reliefs, souvent imités de ceux de la colonne Trajane, leur sont bien inférieurs. La forme totale de la colonne Automne n'est pas bonne; elle fait le tuyau de poêle (terme d'artiste), mais l'ensemble de la place est fort joli. Comme nous examinions, avec nos lorgnettes, la statue du grand houine saint Paul, qui a remplacé celle d'un homme grand par ia bouté, le courrier de France est arrivé, et toutes nos idées d'antiquités se sont envolées. Nous avons couru à lapelil«i grille où, par protection (car tout est protection à Rome), nons avons obtenu nos lettres cinq minutes avant le reste du peu* [ pie. Nous avons dévoré les journaux de Paris, et jusqu'aux ' annonces de chevaux à vendre et d'appartements à louer.

21 décembre. — Voici quinze jours que nous sommes éveillés dès les quatre heures du matin par les piferari ou

^ Voyez à la galerie de Florence le beau Génie de la Mort. Canovii r{uoique irès^pieux, était révolté de ces grossièretés, d'autant pliii tf^ r.rabltid, qu'elles sont plus vraies) mais elles frappent rort<

joueurs de cornemuse. Ces geus-là dégoûleraieul de la musique. Ce soDl de grossiers paysaos couverts de peaux de mouloUy qui descendeut des nioutagnes des Abnizzes, et vieuueui doDDer des sérénades aux Madones de Rome, à Toceasion de la Nativité du Sauveur. Ils arrivent quinze jours avant Noël ei ne partent que quinze jours après: ou leur donne deux paoli (un firanc quatre centimes) pour une sérénade de neuf jours, soir et matin. Mais, pour être bien vu des voisins et ne pa<> encourir une dénonciation au curé de la paroisse, tout ce qui a peui^ de passer pour libéral s*abonne pour deux neuvaines.

Rien n est odieux comme d'être réveillé au milieu de la nuit par le son mélancolique des cornemuses de ces gens-là, il agace les ner& comme celui de rharmonica. Léon XII, qui en avait éprouvé Tennui avant de monter sur le trône, leur a fait enjoindre de ne pas réveiller ses sujets avant quatre heures. Au fond de chaque boutique, à Rome, on voit une Madone éclairée le soir par deux lampes. Il n>st pas de Romain, je croîs, qui n*ait aussi une Madone dans son appartement. Us sont fort atlachés à la mère du Sauveur ; et, quoique la police se mêle de protéger ce culte, elle n'est pas encore parvenue à diminuer la ferveur du peuple. J'ai \n des artistes, qui craignaient de passer pour libéraux, peindre une Madone à fresque sur le mur de leur atelier, et payer quatre paoli aux pifetari pour avoir deux neuvaines de sérénades. Le piferaro à qui j'ai eu affaire pour mon petit appartement m'a dit qu'il espérait rapporter chez lui trente écus(cent soixante-un francs), sonune énorme dans les Abruzzes, et qui lui permettra de passer sept ou huit mois sans travailler. Il m*a demandé si je croyais que ?¥apo1éon fût mort; il aimait ce grand homme évidemment; cependant il a fini par me dire : c S'il eût continué à être le plus fort^ noire commerce tombait à rien (amlava n terra), i 11 a beaucoup considéré nus pistolets totales dans ma

iO

178 (EUVRES DK STENDHAL.

chambre, comme signe de noblesse. Je Tai comblé d'aise lui permettant de les faire jouer. La physionomie du pifei est devenue tellement féroce au moment où il faisait le g de viser avec ces pistolets, que je Tai conduit à madame L pugnani. Il a eu le plus grand succès; on Ta fait dîner au baret voisin, et le soir il est venu répondre aux question ces dames sur son pays, sa famille, ce qu'il avait souffert ( les invasions des Allemands et des Napolitains, etc. Je fe un volume de nos remarques sur les réponses du piferan nous a dit une chanson que les jeunes joueurs de cornen chantent aux belles Romaines :

Fior di castagna, Venite ad abitare nella vigna, Che siete una bellezza di campagna.

Voici un couplet fait par un paysan, dont l'amie reeevail liommages d'un soldat français :

lo benedico il fior di camomiiU :

Gincchè vi siete data a far la Galla, Vi volto il tergo, e me ne vado in villa.

Fior di Gran-Turco :

Voi mi fate paura più deli' Orco, E credo ancor, che la fareste a un Turco.

Rien n'est mélancolique comme la cantilène de ces cb sons; plusieurs couplets ne sont pas trop décents. M. Vo prétend que Ton trouverait dans les poêles latins cette foi de chanson, dont le premier vers se compose du nom d' fleur, il pense que cette forme est antérieure aux Roma

Pour moi, ce qui m'en touche, c'est la musique, empre (l'une passion tellement profonde, et songeant si peu au y sin, qu'elle en est ennuyeuse. Qu'importe le voisin à Thon

PROMKNADKS DANS «OMK. 179

passionné? il ne voil dans la nature que l'inOilëlité de sa maliresse et son propre désespoir.

25 décembre 1827. — Nous revenons de Sainl-Pierre. La cérémonie a élé magnifique. Il y avait peut-être cent dames anglaises, dont plusieurs de la plus rare beauté. On a construit derrière le grand autel une enceinte tendue en damas rouge. Sa Sainteté nomme un cardinal pour dire la messe à sa place. On porte le sang du Sauveur au pape assis sur son trône derrière Tautel, et il Taspire avec un chalumeau d*or.

Je n'ai jamais rien vu d'aussi imposant que cette cérémonie ; Saint-Pierre était sublime de magnificence et de beauté: Teffet de la coupole surtout m'a semblé étonnant; j'étais presque aussi croyant qu'un Romain.

Nos compagnes de voyage ne peuvent se lasser de se rvcrier sur un spectacle si grand et si simple. Elles n'ont trouvt* que deux dames romaines de leur connaissance dans le b( t amphithéâtre préparé pour les dames, et encore ces Romaines conduisaient-elles à Saint-Pierre des parentes de province, venues à Rome pour la gran funzione.

Elle a été favorisée par le plus beau soleil et un temps fort doux. En vérité, en voyant Saint-Pierre paré de ses plus beaux atours, si gai et si noble, on ne pouvait se figurer que la religion, dont on célébrait la fête, annonce un enfer éternel et qui doit engloutir à jamais la majeure partie des hommes. Mulli stmt vocati; pauci vero electi.

Nous avions élé obligés d'abandonner nos compagnes de voyage fort bien placées dans l'amphithéâtre à droite du grand autel. Les plaisanteries voltairiennes de Paul me faisaient mal ; je me suis accosté d'un monsignore de nos amis, grand latiniste, qui a voulu me convertir. C'était tomber deCharybde en Scylla.

Je lui ai dit, avec simplicité, pourquoi je riais, et, sans traii-

m) iKrVIlKS UK STKMMIAL.

MiÛMi. il s\*%i iiiih à lut* parler dt* TiU*-Uv«*. t Avoz-vihih rnuat f|iM*, iir»-t-îl tlU, f|iit» {'<*iit tronU^-liiiit aiiH a|)rètt la fiMidalkHi tic lloiiK*, il \ avait tMiiMirt' dt*s raiix hlagiiaiil<*H (*iitr« Ich vaAliiii*H? (Til. Liv., lil). I, cap. xwviii). Aprôs la prim* de V(*y(*s, l<* p«Mipl<* v4Mil quill4»r un lerriuùn* lualHain |M)ur aller liahi • 1er ha eouquAle. Il eu enl di^liMinië par les pralicieiw qui, à Vey<*Hjrauraieut paH pu \4>lerdeH terres. » (Voir le» iioten faiu*^ sur Tile-Li\e par Maehiavt^l.)

LeH peHleH u(Hul>reuHt*H qui dénoleut une populalioii kI active eC kI Hohre uuus neuddeut prouver que dès ce l4^mp»-là il y avail iei Varia cattiva, c llouudus, dis-je i\ uuuiHigiiore N., uuuiquail 4I4* prt'vuyanei», (»u plul6l il crul fonder Hur 1<* mont Palatin une villt* de deux ou lr4dH nnilt; liahitantH. Pour une \ill(* etMil fois plus grande, I(*h niontagnes voisim^s oiïraient deti hilualiiuiK bi(*n pivf(*ral)l(*H. - - Mais, nui n'^innul mon ami, qui n<»us tlil que du temps i\i\ Honudus ei^s beaux siti^H d(*s montagnes fuHs<*nt à sa disposition? La superstition lui 4)rdomiail proliabltnmnit de bâtir sa ville au lieu où il avait i*tt^ nourri, x

irailliMH's !<' mont Palatin (>tail uni* position forte eoinnu Vrnise. Lvs marais ipii r<Mivironnai(Mit di^venaient dang4*r(*u!^ à Iniverser à la moindn> crue du Tibre, (pii (piebpuM'ois s\*l(*ve de dix pieds en um^ nuit.

Mon ami m'a raconté des anecdotes ipii f(mt le plus grant linnneur à M. (lappcllari, moine bbuu*, di^puis cardinal.

Pour donner un(> jusli* idét; tlt^s mœurs, d4>s usag(*s (*t di* h politique ik Home, en 1710, je ne saurais mieux faire que dt lianscrire ici (pn^bpu'S passages extraits dt^s Mt^moires du ct*lèbre et spirituel aventurier (Casanova. 11 arrivait h Rome i ri\g<* lie dix-lmit ans et pourvu d(* quehpies lettres de rcctmimandation pour des personnages importants, ou jouissant «rui certain crédit dans la liault^ Hociété. (lasanova ne poss4*dait, er arrivant dans celte antique capitale du monde, que s<*pt paoli

PROMKNADKS J)ANS IlOMK. IMI

U\ paolo vaut cinquauUMiualre centimes ; donc, tniis francs soixante-dix-huit ceulimes les sept paoli.

ff Me voilà donc à Rome S bien nippé, passablement fourni d'espèces, monté en bijoux, pourvu de quelque expérience, avec de bonnes lettres de recommandation, parfaitement libre, et dans un âge où Thomme peut compter sur la fortune s'il '4 un peu de courage et une figure qui prévienne en sa faveur les personnes qu'il approche. J'avais, non pas de la beauté, mais quelque chose de mieux, un certain je ne sais quoi qui force ù la bienveillance^ et je me sentais fait pour tout. Je savais que Rome était la ville unique où l'homme partant de rien pouvait parvenir à tout. Cette idée relevait mon courage ; et je dois avouer qu'un amour-propre effréné, dont l'inexpérience m'empêchait de me défier, augmentait singulièremeut ma confiance.

c L'homme appelé :\ faire fortune dans cette antique capitale du monde doit être un caméléon susceptible de réfléchir toutes les couleurs de l'atmosphère qui l'environne, un Protée apte à revêtir toutes les formes H doit être souple, insinuant, dissinmlé, impénétrable, souvent bas, perfidement sincère, faisant toujours semblant de savoir moins qu'il ne- sait, n'ayant qu'un seul ton de voix, patient, maître de sa physionomie, froid comme glace lorsqu'un autre, à sa place, serait tout de feu ; et, s'il a le malheur de n'avoir pas la religion dans le cœur, chose habituelle dans cet état de l'àme, il doit l'avoir dans l'esprit ; souffrant en paix, s'il est honnête homme, la mortification de se voir contraint, de se reconnaître hypocrite. S'il abhorre cette conduite, il doit quitter Rome et aller chercher fortune ailleurs. De toutes ces qualités, je ne sais si je me vanlt» ou si je me confesse, je ne possédais que la seule complaisance :

» En septemHroi7^5.

182 (EUVRKS DE STENDHAL.

<!ar,du reste, jenVtais qu'un inléressant étourdi, un àsse: rlieval de race, point dressé, ou plutôt mal, ce qui es

ce Je commençai d'abord par porter au père Georgi la leti 0. Lelio. Ce savant moine possédait Testime de toute la et le pape ^ même avait pour lui une grande considéri parce qu'il n*aimait pas les jésuites, et qu'il ne se mas pas pour les démasquer, quoique les jésuites se crussent forts pour pouvoir le mépriser.

« Après avoir lu la lettre avec beaucoup d'attention, il i qu'il était prêt à être à mon conseil, et que, par conséc] il ne tiendrait qu*à moi de le rendre responsable, que ri sinistre ne m' arriverait, puisque avec une bonne coi rhomme n*a point de malheurs à craindre ; et, m'ayant ei demandé ce que je voulais faire à Rome, je lui répondi ce serait lui qui me le dirait.

«— Cela peut être; mais pour cela, ajoula-t-il, venc voir souvent, et ne' me cachez rien, absolument rien d ce qui vous regarde, ni de tout ce qui vous arrivera.

« — D. Lelio, lui dis-je alors, m*a aussi donné une pour le cardinal Acquaviva.

a — Je vous en fais mon compliment, car c'est un h qui, à Rome, peut plus que le pape.

« — Doîs-je la lui aller porter tout de suite?

« — Non, je le verrai ce soir, et je le préviendrai. Vec voir demain malin, je vous dirai où, et à quelle heure devrez la lui remettre. Avez-vousde l'argent?

« — Assez pour pouvoir me suffire au moins un an.

« — Voilà qui est excellent. Avez-vous des connaisse

« — Aucune.

« — N'en faites pas'sans me consulter, et, surtout n'all

^ Benoît XIV, Lamberlini.

PROMENADES DANS l^OME. 185

aux cafés, aux tables d'hôte ; et si vous voulez y aller, écoutez et ae parlez pas. Jugez les interrogateurs, et, si la politesse vous oblige à répoudre, éludez la question, si elle peut tirer à conséquence. Parlez- vous français?

« — Pas le mol.

c — Tant pis : il faut rapprendre. Avez-vous fait vos études?

«c — Mal, mais je suis infarinato au point que je me soutiens en cercle.

« •— C'est bon; mais soyez circonspect, car Rome est la ville des infarinati, qui se démasquent entre eux, et qui se foni constamment la guerre. J'espère que vous porterez la lettre au cardinal, vêtu en modeste abbé, et non dans cet habit élégant qui n'est pas fait pour conjurer la fortune. Adieu donc, ù demain.

«c Le soir, je soupai à lable d'hôte avec des Romains et des étrangers, observant soigneusement ce que m'avait prescrit le père Georgi. On y dit beaucoup de mal du pape et du cardinal ministre qui était cause que l'état ecclésiastique était inondé de quatre-vingt mille hommes, tant Allemands qu'Espagnols^ Mais ce qui me surprit, fut qu'on mangeât gras, quoique ce fât un samedi. Au reste, à Rome, on éprouve pendant quelques jours des surprises auxquelles on s'habilue bien vite. Il n'y a point de ville calholique où l'homme soit moins gêné en matière de religion* Les Romains sont comme les employés à la ferme du tabac, auxquels il est permis d'en prendre gratis tant qu'ils veulent. On y vil avec la plus grande liberlé, à cela près, que les ordini santissimi sont aulant à craindre que l'étaient à Paris les fameuses lettres de cachet avant la Révolution, qui les a détruites et qui a fait connaître au monde le caractère général de la nation.

m (KUVUËS l)fc: STENDHAL.

« Je me reudis à Villa Negruui ; et, dès que le cardinal (Âcq viva) m'aperçut, il s'arrêta pour recevoir ma lettre, laiss aller deux personnes qui se trouvaient avec lui. Ayant mis lettre dans sa poche, sans la lire, il passa deux minute ni'observer, puis il me demanda si je me sentais du goût p< les affaires politiques. Je lui répondis que jusqu'à ce mom( je ne m'étais connu que des goûts frivoles ; que pourtant n'oserais lui répondre que de mon grand empressement à e cuter tous les ordres qu'il plairait à Son Éminence de voul me domier, s'il méjugeait digne d'entrer à son service. —Ven me dit-il, demain à mon bureau parler à l'abbé Gama, auq je communiquerai mes intentions. Il faut, ajouta-t-il, que m vous appliquiez bien vite à apprendre le français : c'est i langue indispensable.

a Ensuite il me dorma sa main à baiser et me congédia.

a Je dtnai à l'hôtel à côté de l'abbé Gama, à une table d'i douzaine de couverts, occupés par autant d'abbés ; car, à Ror tout le monde est abbé, ou veut le paraître; et, comme il n' défendu à personne d'en porter l'habit, quiconque veut é respecté le porte, la noblesse exceptée, qui n'est pas dam carrière des dignités ecclésiastiques.

a Je me dirigeai vers laStradade' Gondolti, dans rint<

lion d'aller me promener, quand je m'entendis appeler. G'él l'abbé Gama sur la porte d'un café. Je lui dis à l'oreille (\ Minerve m'avait défendu les cafés de Rome.— Minerve, me pondit-il, vous ordonne d'en prendre une idée. Asseyez-v< auprès de moi.

«J'entends un jeune abbé qui conte à haute voix un fait, ^ ou controuvé, qui attaquait directement la justice du sai père» mais sans aigreur. Tout le monde riait et faisait éc

PROMENADES DANS HOME. Itô

aux cafés, aux tables d'hôte; et si vous voulez y aller, écoutez et oe parlez pas. Jugez les interrogateurs, et, si la politesse vous oblige à répoudre, éludez la question, si elle peut tirer à conséquence. Parlez- vous français?

« — Pas le mol.

« — Tant pis : il faut rapprendre. Avez-vous fait vos études?

« — Mal, mais je suis infarinato au point que je me soutiens en cercle.

« — C'est bon; mais soyez circonspect, car Rome est la ville des infarinati, qui se démasquent entre eux, et qui se fonl constammenl la guerre. J'espère que vous porterez la lettre au cardinal, vêtu en modeste abbé, et non dans cet habit élégant qui n'est pas fait pour conjurer la forluue. Adieu donc, à demain.

« Le soir, je soupai à table d'hôle avec des Romains et des étrangers, observant soigneusement ce que m'avait prescrit le père Georgi. On y dit beaucoup de mal du pape et du cardinal ministre qui était cause que l'état ecclésiastique était inondé de quatre-vingt mille hommes, tant Allemands qu'Espagnols^ Mais ce qui me surprii, fui qu'on mangeât gras, quoique ce fût un samedi. Au reste, à Rome, on éprouve pendant quelques jours des surprises auxquelles on s'habitue bien vite. Il n'y a point de ville catholique où l'homme soit moins gêné en matière de religion* Les Romains sont comme les employés à la ferme du tabac, auxquels il est permis d'en prendre gratis tant qu'ils veulent. On y vit avec la plus grande liberté, à cela près, que les ordini santissimi sont autant à craindre que l'étaient à Paris les fameuses lettres de cachet avant la Révolution, qui les a détruites et qui a fait connaître au monde le caractère général de la nation.

appelé Intermantium. C'est là que nous voyons aujourd'hui la place (lu Gapitole el la statue équestre de Marc-Aurèle ^.

Le sommet du c6lé du levant est occupé par TégUse d'Ara

Cœli, desservie par des moines de Saint-François. Ils sont en

l)ossessiou d*atlirer chez eux chaque année tous les dérots de

Home et des campagnes voisines, au moyen de Texposition

(l'ime poupée qu*on appelle il santo Bambino. Gel enfant de

lM>is d'olivier, magnifiquement emmailloté, repfêsente Jésus-

(]hrist au moment de sa naissance. Voilà ce qu'on feit en 18S9

pour accrocher quelque argent, au lieu révéré jadis par les

maîtres du monde comme le centre de leur puissance. C'était

le Capilole proprement dit des anciens. Le soihmet, qiii est du

côté du Tihre, plus élevé que l'autre, était la citadelle, Arx,

Le mont CapitoUn, environné de hautes murailles, n*ëtait

accessible que du côté de l'orient, où se trouvait le Forum.

dette forteresse formait la fin de la ville vers l'oceident et le

nord. Du haut de ce rempart élevé et du portique du temple de

Jupiter, la vue sur le Champ de Mars et le Monte-Mario devait

être magnifique. Mamtenant on arrive au mont Capitdifa par

l'occident et par l'orient, et toute la Rome moderne est au pied

du Capitole. Les Romains y arrivaient par trois chemins, CUim

Sacer, Clivus CapitolinuSt centum Gradns rupi$ Tarpeiês,

C'est dans Mntermontium que Romulus, manquant de soldats, ouvrit un asile pour tous les brigands des environs. Cw* iiommes courageux eçipruntèrent tous les arts et même la re* ligion h leurs voisins les Étrusques, peuples très-civilisés, cM lesquels les prêtres s'étaient emparés de tout le réel du |H)Utoir. Ou retrouve l'art de bâtir des Étrusques dans ce qui resie

Un sculpteur français, M. Falconnet, a fait un livre contre elle, ci (Ml passant injurie Mtcbel-Angé. Diderot promettait l'immortalitc à M. Falconnet, qui en faisait li; il y :i soiîkdntc ans de cold. Avéï-vodf j^niiiis tMitendu parler de M. Falconnet?

PROMENADES DANS HOME. I8j

Un autre y auquel on demandait pourquoi il avait quitté le service du cardinal B., répondit que c'était parce que rÉminenct* prétendait n'être pas obligée de lui payer à part certains sev- TÎces; et chacun de rire à volonté. Enfin, un autre vint dire à Tabbé Gama que s*il voulait passer Taprès-Hliner à Villa Medici, il le trouverait avec deux petites Romaines qui se contentaient du quartino. C'est une monnaie d'or qui vaut le quart d'*un sequin. Un autre abbé lut un sonnet incendiaire contre le gouvernement, et plusieurs en prirent copie. Un autre lut une satire de sa propre composition, et dans laquelle il déchirait l'honneur d'une famille. Au milieu de tout cela, je vois entrer un abbé d'une figure attrayante. A l'aspect de ses hanches, je le pris pour une fille déguisée, et je le dis à l'abbé Gama ; mais celui-ci me dit que c'était Bepiuo délia Mamana, fameux castrato. L'abbé l'appelle, et lui dit en riant que je Favais pris |M)ur une fille. L'impudent, me regardant fixement, me dit que, si je voulais, il me prouverait que j'avais tort ou que j'avais raison.

K A diner, tous les convives me parlèrent, et je pensais avoir convenablement répondu. En sortant de table, Tabbé Gama m'invita à prendre le café chez lui» et j'acceptai. Dès que nous fûmes tète à tète, il me dit que toutes les personnes qui composaient notre table étaient d'honnêtes gens. »

28 décembre 1827. — Nous sommes allés au Gapitole (demandez le Gampidoglio). Cette colline célèbre est située à l'extrémité méridionale du Corso. Parlons d'abord du Capitole antique, puis nous verrons ce qu'il est aujourd'hui.

La petite colline qui fut le centre de l'empire romain n'est

maintenant élevée que de cent trente-huit pieds au-dessus du

niveau de la mer. Elle avait deux sommets, l'un au levant et

l'autre vers le Tibre; entre les deux se trouvait un espace

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