‹ Promenades dans RomeChapitre 13 sur 27 · I. il · texte numérisé non relu

I. il

IKS ii:i VhKS DK STKMMIAL.

lili* r:ir:i\:iiM\ <*oiii|m»s(?(* de «M^>t |H*rtM)iiiieft, qn»lrc :uk>rciille« Hoiiiaiiis (»( lr<»iH l4*s exèrn'iil. Qtioi que dise ma raison, leur "oiiviMiir 1110 UhicIk* profoiidf'iiHMil.

Il paniil qiir 1rs Romains, tant qu'iU fiiriMit hrigamls ctsaw rossi* à la vcillr de |M*rir, roiislniii^aipnl liMirs hâtiiiicnls avec drs lroiif!s d<^ diôiif qu'ils arracJiaieiit dans la forêt au miliei (!<• ia(|ii<'llo ils vivaifMil. De là le fort graud nombre d*inceiidies qui délriiisirenl surcessivcmcnt les monumcnls élevés sur le moiitCaiMtoliii.

Il n'est pas au (rentre de Roiiu* une Uiise de terrain qui D*ail étfi o(reu|N'e suectessivemeut par eiiiq ou six é<iifices également (rélèbres, et il faut Uuite l'assurance d'un savant pour décider que tel fragnuMit informe appartient plutôt au siècle des Tar- (piins qu*à celui des (vracques.

b)rs4pu', Tanpiin TAncien faisait creus<*r l(»s fondements <lu I UMupie de Jupiter, on trouva la tète d'un certain Tcdus avec ' les cliairs encore fraîches. Oet incident si extraordinaire frappa it; peuple; on cousiilla les augures, qui ne manquèrent pas de répondre i\\u\ cette UHe, caputf annonçait clairement que ce lien serait la capitale du nnmde. Ainsi ce mont, appelé d'abord Saturnins parce que Saturne y avait régné, ensuite TarfieHii |)arc<; que Tarpt^ïa, jeune Romaine qui trahissait son pays, y avait été tu('><> par les Sabins, |)rit enlin le nom de Caititoliuin, Ibriné des deux mots latins capHl Toli (tête de Tohis).

Telles sont les fables conviennes au sujet du (lapitoh», si cher à l'orgueil romain. Probablement on croyait à ces fables du U*mps de Tite-Live tout autant cpraujourd'hui ; mais on se serait perdu (Ml osant écrire la vérité, ou, si quelqu'un l'a fait, son manuscrit a été détruit. Le sénat, qui (exerçait U* pouvoir sacerdotid,ne se serait pas coiil(;nté de mettre à l'index Tiicrivain irréligieux. Alors, être irréligieux c'était être antipatriote, fr'es^à-dire un lionmie exécrable tramant la ruine de sa patrie.

Le célèbre icmple de Jupiier Capiioliii occupait le sonimel oriental de la colline (où il a été remplacé par la sombre église d'Ara Cœtt et le sacré Bambino). Tarquin le Superbe fit construire ce temple pour accomplir le vœu fait par Tarquin TAncieu dans un moment critique où les Sabins étaient sur le point de détruire la peuplade romaine. Cette ville devint la maîtresse du monde parce que, pendant plusieurs siècles, il a été évident, pour chacun de ses habitants, qu'il fallait èlre brave et prudent, ou périr. Les patriciens inventèrent la religion pour dominer les moments de colère du peuple. Deux ou trois fois l'Etat fut sauvé à cause du respect que ce peuple avait pour le serment,

n faut que, dès ces temps reculés, les monuments aient parlé fortement à Fimagination italienne, disposée aussi par sa mobilité à croire aux miracles, car, dès que les patriciens de Rome eurent un peu de loisir et d'argent, ils bâtirent des temples, mais-ils ne voulurent point de prêtres. Voilà le irait remarquable de la politique romaine. Apparemment ils élaienl éclairés par ce qui se passait chez leurs voisins les Étrusques.

!•' janvier 1828. — Le temple de Jupiter Optimus Maximus,- sans cesse recommandé par les patriciens à la vénération du peuple, dura fort longtemps, puisqu'il ne fut rebâti que par Sylia (Fan de Rome 671); il fut renouvelé par Vespasien et refait par Domitien. Denis d'Haï ycarnasse dit qu'après la restauration de Sylla il avait deux cents pieds romains de long et cent quatre-vingt-cinq de large; sa façade était au midi, vers le Tibre. Cet édifice devait paraître d'une grandeur immense aux Romains des premiers siècles, dont la maison consistait en une seule chambre recevant le jour par une petite ouverture au-dessus de la porte. J'ai retrouvé celte façon de bàlir dans nie d*lschia.

mi ŒUVRES DE STENDHAL.

Gomme les Napolitaius d'aujourd'hui, les Romains passaient leur vie eu plein air. T^e temple de Jupiter était probablement environné au nord et au couchant par un précipice de dix ou douze toises, ce qui le rendait facile à défendre. La façade était formée par un portique de trois rangs de colonnes; un portique semblable, mais appuyé seulement sur un double rang de colonnes, régnait sur les troLs autres côtés et servait d'abri contre les ardeurs du soleil et contre la pluie; on s'y trouvait réuni naturellement, comme dans nos campagnes les paysans se rassemblent le dimanche sons le portail de l'église paroissiale.

C'est devant ce temple, centre de la religion et de la grandeur des Romains, que les généraux vainqueurs venaiant &ire un sacrifice en actions de grâces pour leur victoire ^ C'est là tout le triomphe ; cérémonie qui mit l'émulation parmi les patriciens et empêcha ces aristocrates de tomber dans la torpeur, comme ceux de Venise. Le triomphe introduisait habilement dans le gouvernement de Rome le grand élément du gouvernement représentatif, Yopinion publique.

Le temple de Jupiter Optimus Maximus existait encore eu son entier du temps de l'empereur Uonorius, l'an 400 de noire ère. L'église de Rome comptait déjà une longue suite de

1 J'ui apporté à Rome le Tite-Live de M. Dureau Delanialle. Une Iraductioa jolie cl quelquefois bien plaisante est placée vis-à-vis ao ICKlc qui a l'avantage d'être imprimé en a««es gros caractères. Il tant avoir un Gibbon, homme dont le style impatiente, mais qui a Térila* bicmcnl lu len originaux et qui fait un rapport impartial. On peot prendre la traduction anglaise de Niebhur, l'ouvrage de M. Micalistf V Italie avant les RomuinSf Florus, Suétone, et les Vies des Romains par ce rhéteur, prêtre spirituel et hypocrite, que nous appelons le M Plutarque. Montesquieu était gentilhomme, il n'a jamais osé âétrirltf lettres de cachet ni demander les états généraux, souvent même, à propos de Rome, il se moque do son locleur; à cela près sa Grandeur i» Romains osl admirahlo.

i'HOMENADKS 1)A!SS KOME. l!H

IKipes. Quelle avait élé leur ]>olitique à legard du temple le plus vénéré de Tllalie? Stilicon le dépouilla d'une partie de ses ornements. Genserie, eu 455, emporta la moitié des tuiles 4e bronze doré qui le couvraient. Toutefois ce temple célèbr<* eusiail encore du temps de Cbarlemagne, vers Tan 800. Mais, an onzième siècle, on trouve tout à coup dans.rbistoire qu'il est entièrement ruiné. Quelle force a renversé tant de colonnes? Par quelle raison n'a-lH)n pas voulu changer, au ■myeo d'une cérémonie expiatoire, un temple païen en église chrétienne? Il était peut-être trop célèbre et trop aimé des peuples.

L'église des Capucins est formée de colonnes inégales, ramassées de côté et d'autre; mais l'ignorance des premiers chrétiens les a disposées à peu près comme ils les voyaient rangées dans les temples et les basiliques des païens ; c'est ce que l'on remarque dans toutes les églises de Rome qui ou( des colonnes.

8 janvier 1828. — Après avoir essayé de nous figurer ce qu'était le Capitule antique, nous sommes revenus au pied di' la statue de Marc-Aurèle. Elle occupe le centre de la pctilc place eu forme de trapèze arrangée pur Mielicl-Auge daii> Vlntennonlium, Ce fut Paul III (Parnèse) qui, vers l'an 1540, fit élever les deux édifices latéraux, qui me semblent sans caractère, quoique de Michel- Ange. Il fallait en un tel lieu deux façades de temples antiques. Rien ne pouvait être trop majestueux ni trop sévère, et Michel-Ange semblait créé exprès pour une telle mission. Paul III renouvela la façade du palais du sénateur de Rome, qui occupe la pente du mont Gapitolin, vers le Forum.

Cest encore Paul 111 qui a (ait transporter ici, de la place qu'elle occupait près de Saintr4ean-de-Lâtran, l'admirable

slatiic équestre de Marc-Aurèle Antoniu. G*est la meilleure statue équestre en bronze qui nous soit restée des Romains. Les admirables statues des Balbus, à T^aples, sont de marbre. Pour l'expression, le naturel admirable et la beauté du dessin» la statue de Marc-Aurèle est le contraire de celles que nos sculpteurs nous donnent à Paris. Par exemple, le llenri IV du pont Neuf n'a Tair occupé que de ne pas tomber de cbeval. Marc-Aurèle est tranquille et simple. 11 ne se croit nullement obligé d'être un charlatan, il parle à ses soldats. On voit son (îaractère et presque ce qu'il dit.

Les esprits un peu matériels qui ne sont émus toute la journée que par le bonheur de gagner de Targent ou par la crainte (l'on perdre préféreront le Louis XIV au galop de la place des Victoires. Quoique je ne voulusse pas passer ma vie avec ces sortes de gens, cependant j'avouerai sans peine qu'ils ont tout à fait raison. L'action courageuse qu'ils accomplissent est la base du bon goût, louer hardiment ce qui fait plaisir; de là mon admiration pour M. Sinioud, de Genève, qui plaisante le Jugement dernier de Michel-Ange.

L'immense majorité des voyageurs pensait comme M. Simond, mais n'osait pas le dire.

H n'en est pas de même quant à nos statues. Mous sommes sans rivaux dans notre admiration.

Un prince ami des arts pourrait essayer de placer une copie en bronze du Marc-Aurèle de Rome dans quelque coin du boulevard. Cette statue semblerait d'abord froide et sans grâce à nos gens d'esprit de Paris. Par la suite, à force de la voir louer dans le journal, ils l'admireraient.

La patrie de Voltaire, de Molière et de Courier est depuis longtemps la ville de l'esprit ; mais le pays entre la Loire, U Meuse et la mer ne peut sentir les beaux-arts. Pourquoi? il aime le joli et hait Y énergie,

D'où vient celle haine ? Peul-êlre de ce que les nerfs sonl montés sur un ton diflëreut deux ou trois fois par jour par un dimat trop inconstant. Qui peut aimer le Corrége à Paris lorsqu'il fait un vent de nord-est? Ces jours- là il faut lire Benthani et Ricardo.

Des trois édifices qui décorent le Capitole moderne, celui qui se présente en fi^ce est le palais du sénateur de Rome, élevé vers l'an 1390, par le pape Bonifoce IX, sur les fondements du tahularium de Catulus.

En 1390 on ne songeait guère au beun: avant do penser à vivre agréablement il faut être sûr de vivre. Boniface IX cherchait à bâtir une forteresse. A la même époque, ou un peu auparavant, le Golysée servait de château fort aux Annibaldi. L'arc de triomphe de Janus Quadrifrons, cet admirable tombeau de Gecilia Metella (que nous avons vu dans la campagne, sur la route d'Albano), et beaucoup d'autres monuments antiques étaient employés comme forteresses.

Le premier pas que fait l'esprit de l'étranger qui aime les ruines (c'est-à-dire dont l'âme un peu mélancolique trouve du j[)laisir à faire abstraction de ce qui est et à se figurer tout un édifice tel qu*on le voyait jadis quand il était fréquenté par les hommes portant la toge) , le premier pas que fait un tel esprit, dis-je, est de distinguer les restes des travaux du moyen âge, entrepris vers l'an 1300 pour servir à la défense, de ce qui fut construit plus anciennement pour donner la sensation du beau; car, dès qu'ils ont du pain et un peu de tranquillité, les hommes de nos races européennes sont amoureux de celle sensation du beau.

C'est à l'aide du petit nombre de colonnes subsistant encore dans une ruine que l'on se figure ce qu'était le monument ancien. Chaque petite circonstance de ce qui reste fait une révélation. Mais, pour entendre la voix de la vérité, qui dans ce

J94 (KITVUKS ])K STENDlfAL.

cas parle si bas, il ne faut pas êlre étourdi par les déclamalions et le Phébus de Tesprit de système. Les êtres qui ne sont pas faits pour ce genre de sensations trouvent de la froideur dans tout ce qui est raisonnable.

Gomme, en visitant le Gapitole moderne, nous cherchions aujourd'hui des plaisirs d'architecture, nous ne sommes entrés dans les musées (ouverts deux fois par semaine, le jeudi ('t le lundi) que pour reconnaître que dans le bâtiment à gauche du spectateur se trouvent le Gladiateur mourant, la Vénus du Capitole, le buste de Brutus et autres chefs-d'oeuvre que nous avons vus à Paris (les tètes romaines ont une proéminence au-dessus des oreilles; c'est Tactivité militaire).

Dans rédifice qui est à droite et qu'on appelle le palais des Conservateurs f on voit une statue de Jules-César qui passe avec raison pour le seul portrait reconnu de cet homme célèbre qui existe à Rome. Tout près de là se trouve le buste de Ciinarosa S que le cardinal Gonsalvî,ami de cet homme célèbre, demanda à Ganova ; mais ce buste est placé de façon à ce qu'on ne puisse pas le voir. MM. les directeurs des musées de Rome méritent la palme du ridicule, même au préjudice de (^eux de Florence, qui ne permettent pas aux curieux de iW^ lor uu manteau Thiver dans leur galerie glaciale.

^ Le seul portrait ressemblant de Gimarosa appartient i la M^ madame Pasla. Il lui a été donné par une amie intime de ce homme, qui l'avait dessiné elle-même. Plusieurs personnes, qui néli tort bien connu Gimarosa, qui n'esl mort qu'en 1801, ont été de la ressemblance. Rien de plus rare que le portrait natf et d'un grand homme. Dans nos belles lithographies, on donne ofinri^ 1 à Washingiun lui-mâme. — Nos gens considérables de Paris di (icnl que leur portrait exprime surtout la^qualité qui l^r tnon^ i.'st, ce me semble, In maxime fund:inicntule do l'-irt du portrait: nos îrrands ronlomporaiiis pxposc's au Salon.

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PROMENADES DANS ROMK. i\)ô

10 janvier. — Oii trouve daiiA le palai» de» Conservateurs quelques excellents tableaux, entre autres la Sainte Pétronillr de Guerchiu, dont nous avons vu à Saint-Pierre la copie ni mosaïque.

Après avoir mis quelques baioques dans les petits sacs des prisonniers, qui nous assourdissaient de leurs cris, nous sommes montés au palais du sënateur pour voir la célèbre Louve de bronze frappée de la foudre (sculpture étrusque).

Nous parlerons plus tard des galeries de tableaux et des statues du Capitole.

Après avoir admiré la vue dont on jouit du haut de la tour, nous sommes descendus au Forum par la rue qui est à gauche, derrière la rue de Marc-Aurèle, et qui débouche vis-àvis de Tare de triomphe de Septime-Sévère.

11 parait qu'au septième siècle le Forum était encore dans toute sa splendeur; mais, en Tan 1084, lorsque les Gaulois de Breuuus vinrent de nouveau à Rome sous la conduite de Robert Guiscard, ce centre de la magnificence romaine éprouva le sort que les Cosaques avaient envie de nous infliger eu 1814. Ces édifices, si fameux dans tout Funivers, furent, précisément à cause de cela, dépouillés de tous leurs ornements, et, à ce qu'il parait, ruinés de fond en comble.

Par la suite, pour comble de misère, le Forum devint \v marché aux bœufs, et c'est sous le nom ignoble de Campo Vaccine, qu'il a été coimu jusqu'à l'époque des fouilles ordonnées par Napoléon.

Elles furent la suite d'une nouvelle conquête des Gaulois; il faut convenir que le courage guerrier de ce peuple a ravagé toute Tantlquité. La bravoure tient probablement à la Vanité et au ph\^\t de faire parler de soi; combien ne voit-on i)as de maréchaux de France sortis de la Gascogne !

Quand les Romains aetuèls nous rf^|jrôehent notre mauviUij

Iim (KrVRKS DK STRNnHAL.

g(>ûl eu fait iïwU, iiouh pouvou» leur n^poodre par le compli* iDHil que VirgiU* adretksa aux ancieus Romains :

Ricintont alii npiranlU moIHui en;

Tu n»|rt;re iiiiperio populos, Romane, mémento *.

Jïn., Ub. VI.

« Nos aucélreft, dÎHait Paul à de» Romains qui nous plaiselaieiil sur la laideur den rue« de Parift, nog ancêtres ont fait à Rouu^ deux iurursiouH eertatiies et dévastatrices, celle de Hreuuus et rell<^ de Robert GuJHcard; sous uu troisième Fran- (;aiH, le connétable de Bourbcui, Rome a été pillée, et les (ireft- (|ueK de Rapliaél ablniérs. Knfin, Ut ten'Ible droit de la guerre s'adoueissaul, les Frau(;ais, qui, eu 1798, {KHivalent pnidr sévèleuieutN. et N., véritables aHMisHius du général Dupliot, et (>\n'<'(T les veugeaiiecs les plus justes, S4> (umtenlt^rent d'un traité dt* paix. Les eliets-d'œuvre des arts furent plus ulilea à la Fraiiee (pie les têtes de quelques misérables; et le gëuéral des (iaidois sut cette fois dompter assez sa colère pour voir

Une émotion de curiosité qui* rien ne peut arrêter porte le voyageur à parcourir en entier le Forum. Nous sounnes rêve-

1 D'autres siuiront mieux que toi donner à l'Htrain toutes lei grfices de la vie. Pour loi, Hoiiiuia! 8ouviens-loi que ton lot est de gouverocr et de conqui^rir.

* On trouvera une liste, assez pou complète, il est vrai, des olijits d'art enlevés à l'Italie en 1798, à la suite du troisième volume du voyage du président de Brosses : 1" Le président avait étudié l'antiquité en conscience; ^° son âme préférait le beau au joli; 3° il était trop bien né pour descendre au métier de charlatan} 4* il ne provoyait pas que ses lettres seraient un jour imprimées. Elles sont peu ^oAtées :

1^ Français, né malin, aime le vaudovjlli*.

PROMENAOES DANS ROME. 197

mis eosuile à Tare de Septime-Sëvère, que l*on rencoolre à la descenle du Gapitole.

Od sent bieo, à Vaspeet de ce moaument, la profonde raisoo qui dirigeait Tesprit des ancieus; on peut dire que chez eux le beau était toujours la saillie de Tutile. Ce qui frappe d'abord dans Tare de Septime-Sévère, c'est la longue inscription destinée à porter Thistoire de ses exploits à la postéritila plus reculée. Et cette histoire y arrive en effet.

Ce fut Tan 205 de Fère chrétienne que le sénat et le peupir romain élevèrent cet arc de triomphe en rhonneur de Septime- Sévère, de Caracalla et de Géta, ses fils, pour les victoires remportées sur les Parthes et autres nations barbares de TOrient. Cet arc .est de marbre pentélique, avec trois ouvertures. eonune celui de la place du Carrousel. 11 est décoré de huit colonnes cannelées, d'ordre comitosite; les bas-reliefs soin déjà d'une sculpture médiocre et montrent la décadence. Vers la fin de la troisième ligne de Tiuscription, et dans toute la quatrième, on voit que le marbre a été altéré. Lorsque Caracalla eut tué son frère Géta, il fit efîtacer son nom dans tous les monuments, et le fit remplacer par des mots qui ne faisaient point partie de l'inscription primitive. Un petit escalier de marbre, pratiqué dans l'intérieur d'un des piliers, conduit à la plate-forme, où l'on voyait autrefois les statues de Septime-Sévère et de ses fils Caracalla et Géta, assises sur un char de bronze, auquel étaient attelés quatre chevaux de front. Le char était enviroimé de quatre soldats, dont deux à cheval et deux à pied. En 1803, le pape Pie Vil fit enlever la terre qui cachait et conservait ce monument jusqu'à la hauteur de douze pieds.

Ici se présente le plus grand problème que la Rome moderne offre à la curiosité du voyageur. D*où sont venus ces dix à douze pieds de terre répandus sur le sol de la Rome antique ?

Cetto ièrrn couvre en partie la plupart des mohuiheiits, même ceu.v qui sont placés dans des lieux élevés. Ce ne soiit point (les débris de briques ou de mortier, c'est de belle et bonne terre végétale.

15 janvier. — M. Demidoff, cet homme singulier, si riche et si bienfaisant, qui faisait collection de tètes de Greuze et de reliques de saint Nicolas, avait à Rome une troupe de comédiens français, et faisait jouer au palais Ruspoli des vaudevilles du Gymnase. Malheureusement il se trouva un jour qu'un des personnages d*un de ces vaudevilles s'appelait Samt-Ange, otTon remarqua dans la pièce cette exclamation : Pardieu! (les circonstances offensèrent beaucoup S. Ë. monsei^eur délia Genga, cardinal vicaire (chargé par le pape Pie Vil des fonctions d'évéque de Rome). Plus lard, sous le règne de Léon XII, les acteurs de M. Demidolf, étourdis comme des Français, eurent le tort de donner des vaudevilles^ dont un des personnages s'appelait Saint-Léon. Enfin, une fois, une représentation donnée le jeudi ne finit qu'à minuit et un quart, empiétant ainsi un quart d'heure sur le vendredi, jour consacré par la mort de Jésus-Christ. Ces motifs attirèrent sur M. Demidoff toutes les vexations de la police (dans ce pays, elle a encore les formes terribles de Tlnquisition); et le Russe bienfaisant, qui faisait vivre plusieurs centaines de pauvres, et (lomiail deux jolies fêtes par semaine, alla s'établir à Florence.

Pendant qu'il habitait le palais Ruspoli, St. DeinidofT disait un jour eh ma présence que, voulant laisser un monument de son séjour à Ronle, il pourrait bieii faire enlever lès dix oo douze pieds de terre qui couvrent le pavé du Forum, dépuis le Gapitole jusqu'à Tare de Titiis. Le gouvemehienl mcttàii à sa disposition cinq cents galérienà, que M. Demidoff devait payer à raison de ciricj sons par jour. Il complaît que, peu-

PROMËNADKS DANS ROME. lUU

dant Hiiver, il aurait autaiil de paysans des Abbruzos qu'il en voudrait, en les payant dix sous par jour.

On calcula tous les frais le crayon à la main; la dépense lotale ne devait pas s'élever à plus de deux cent mille francs, y compris un canal poiu* conduire les eaux pluviales dans la Cloaca Maxima (vers Tare de Janus Quadrjfrons). Rome fut bien vite instruite de ce projet capital pour elle; il manqua, parce que le personnage d*un vaudeville s'appelait Saint-Léon; et ToM s'étonne de la haine du peuple de Rome I

23 janvier. — Ce malin, notre travail a commencé par \\^\\\inen du temple de Jupiter Tonnant, dont il ne reste que (rois colonnes. C'est le monument le phis voisin du mur antique du Capitole. L'empereur Auguste, voyageant de nuil en Espagne, un orage siu'vint, et l'esclave qui Téclairait fut tué par lu foudre. C'est en mémoire de cet événement qu'Auguste éleva ce temple. On voit encore un fragnienl d'inscription qui amionce qu'il fut restauré par les empereurs Septime-Sévère et Caracalla. On ne conçoit pas trop cette restauration, après une durée de moins de deux siècles. Les trois colonnes qui restent de ce beau monument appartenaient au portique; elles soutiennent un morceau assez considérable d'entablement. Ces colonnes caimelées et d'ordre corinthien sont de marbre de Carrare, que les anciens appelaient de Luui. Leur diamètre est de quatre pieds deux pouces et leur hauteur de quarante-six pieds; différents instruments de sacrifices sont sculptés en bas-reliefs sur la frise, qui, ainsi que l'entableipent, est d'une rare beauté.

Les Français ont découvert devant ce temple le pavé de la me antique, composé de blocs de lave basaltique. Cette rue. probablement leGlivus Oapitoiiims, était extrêfilement étroite, disiH>sition fori commode dans les piiiys où le soleil esl dange-

9ÛU ŒUVRES DK STENDHAL.

r<Mi\. Nous avons t'xamiuë, avec uue émolion d'enfaul sur lequel César et Brulus oui marché. La me était i devant le temple de Jupiter Tonnaut, que Tesealier d4 |K)ur arriver à riutérieur du temple avait été pratiqi les colonnes du portique.

2i janvier 1828. —Ces huit colonnes, que Ton ^ des restes du temple de Jupiter Tonnant, sont désigné nom de Temple de la Fortune. Un incendie détniisit c ment du temps de Tempereur Maxence, et le sénat 1 construire.

On voit combien, vers Tan 510, les arts étaient déjà à Rome. Les colonnes de ce portique ont toutes uu < difTérent; ce qui indique qu'il a été maladroitement avec les dé|K)iiil1es d'autres édifices. Les coloimes so dre ionique et de granit oriental ; quelques-unes on pieds de circonférence; leur hauteur, y compris le cl et la base, est de quarante pieds. Elles soutiennent i décorée d'un bas-relief représentant des ornemontji. L eeaux qui appartiennent au temple primitif sont d'i travail; rien de plus grossier, au contraire, que ce c fait h répoqne de la restauration.

IMus loin, dans le Forum, (m voit s'élever une color lée. Elle est de marbre, d'ordre corinlhien, et cannel qu'en 1813, celte colonne a passé pour appartenir ai de Jupiter Gustos. Le 13 mars 1813, une des dernières ordonnées par Napoléon conduisit les ouvriers jusqi scription placée à huit ou dix pieds sous terre, et Ton cette colonne avait été élevée en l'honneur de Pho Smaragde, exarque d'Italie, en l'année 608.

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PERPETVO A DO CORONATO TRIVMPHATORI

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