ARC DE TITUS
Ce petit arc de triomphe si joli fut élevé en l'honneur de Titus, fils de Tempereur Vespasien ; on voulut immortaliser la conquête de Jénisalem; il n'a qu'une arcade. Après l'arc de triomphe de Drusus près la |)orle Saint- Sébasti<-n, eelui-ci est le plus ancien de ceuiL que l'on voit à Rome; il fut le plus élégant jusqu'à l'époque fatale où il a été refait par M. Valadier.
Cet homme est architecte et Romain de naissance malgré son nom français. Au lieu de soutenir Tare de Titus, qui menaçait ruine, par des armatures de fer, ou par un arc-boutant en briques, tout à fait distinct du monument lui-même, ce malheureux l'a refait. Il a osé tailler des blocs de travertin diaprés la forme des pierres antiques, et les substituer à celles-ci, qui ont été emportées je ne sais où. 11 ne nous reste donc qu'une cofne de l'arc de Titus.
Il est vrai que celle copie esl placée an lieu même où était
l'arr niM^iti. H li**» Im vrHiH» (|iii iirtifiil riut^rkttr iW b |ii*' (Mil h/' iifiiM'r%«''t». (!hu? iiiliuiiif? a ^, ctfUttiû%ii mhh itrrr^ ilii Ikmi ht' Vil; iiMÎ*) ri' |»niH'<% ilf^a fort %i<îu«, irriJt<|«iit n'^ilfiiHiaii i|ii<' il'iiiM' ri*^nur4iïmi ordiiiain*, <'t U* i:drâmà(Mf hmUi im* |Mil ri'fMMi'r ail |Mrtl riHroicrsulf*, qui |ir<>lé|^<rail, iUi N, VniiMiirr.
llriiriMiMf iM'iil* l<? iiMMiiiiiif*fil t\ut* ium% |>lf?uroiM ^il «M bbbl<* l'ii lofil tiuii nrvM tU* irioiii|»lM* i*U^'^'% imi riioitiiiMr^ Tiiijiiii a Aiiroiic 1*1 à ï^mht'Ui,
Lt'H Un%'rt*\U*(% ili* l'iirr di* Tlliii» miiii d'un travail êttcék ê*l i|fii fi<* ra|i|irlli' |mliit \v (lui di* lu umÏAiuvt* riHiiiiir i^i i l'are du (lamMiM'l, l/iui dit I!i«h tmH'ndifffii n^préMfnt^ TU dauH M)u l'Iiar inMiiiplial, aUi*li'? di* qualrit ('\H*\Hn\; H eit uilliiMi iU* M't» lirii'ui», Milvî di* HOU itniu;<\ i*t |>rotég<f |iar yti*uu* i\u M^ial. Drirli^ri' riMU|H*nMir ou a|i<*r<;oit ttui' vM iliii di' lu uiuiu drolli* \um* mu* niuromu* Mir «a îéu*, i»i Af l^aurlii* licul uu ruuii'uu tU* |mlud<*r ullunlfA la hn\év, Ut h irlii'liliii t*Hl |dan* vin-Zi-vin i*%i )duM (:urtt(!UfriHli<|U(« ; ou y v li'h di'poiiilli'tidii liMuplt'di* Jminuh'Ui |ioi'Ii'm'h l'ii trioiuiduf : rahdi'lidin' d oi a M'pl hiaiirtii'H, la laitiHi' qui coiili^uail llvirn Haci'i^*!, la Lalilr d or, t*U'.. L<'h prlil^H li({ur(?H di* lu fr ( ()ni|)li''lairul I riipliralioii du inontiuicnl. On dinliii^ui* tnutt la ftlaliir coimImm* du Jouidain, I1imi\i* de la JudiV, portai* | lU'U\ liouuurH.
0*1 air ('tail (M'Ui* KUi' M'H diMix l'a(;ad(*H dr quatn* i.oloui ('ouipoMlrh cauuclf'CH, (|ui MuiliMialrul uut« (tornlrlut (*xtréin lui'Ul ^i('lu^ (^u(*l<|urH diltltanli rcgardml 1<*h vif!loiri*ti <*u bi ndirU (|U(* 1 ou voil ici rouuiir Ich pluH lirllcs qui <*xiKU*ui HoUM\ Ou hiqipoM* que ii^l an* a M i*W\i\ à TilUH pur Trnjt (lul, uviM* Ha uiodohlic (U'dluulns uc M'etil pan uuuunt^ dt riuM'i'ipllou que Wtii voit Hur Taltiqu», du v.tiU* du OolyM^i*; la haUM rU ù v.m%i^ tïv m Mi*\vU^ H d<* na urdili' Hiuipllcil
Vfyi' mv ifiii i-fisa-âSUM f.
La qualité de âixv^ àoÊÊÊèt à Ttt> jhmmkv ^«n^ oc ikihii- Deut loi a elê éleré afiYS sa WMt. 0» ^(^, «i «lâim ilir b oûte de b porte, b %iiiy àe et p^Mid Woiic rr\i^ de b )ge ; il est assb sur on ai^.
Ce monument efaaniiaoi n'a qoe ^in$l-ctiMi |Med$ d demi e haut, vingt et un de bn:e et quatoine pîeds d'épaissettr. Les ir&ces exlérienres ëiaieut de mariNre |M»itdiqtte ; b |ùem^ e Tivoli ou travertin, avait été employée pour certaines |v»res de rintérieur. Vous savez que b Voie Saciée passait sous st arc.
Après avoir fait quelques |)as vers le Colysée, nous avons u sur la droite Tare de Constantin. La masse de ce luonulent est imposante et belle : il a trois arcades comme celui u Carrousel, avec lequel nous lui avons tix>uvé beaucoup de ipports ; il est orné sur chaque façade de quatre colomies annelées de jaune antique et d ordre corinthien qui portent es statues.
n est évident que GousUuUiu a eu la bassesse do faire arrauer en son honneur cet arc de triouii)he qui avait élé élovc \k 'rajan. On explique ainsi la beauté du plan général, qui fait isparate avec la pauvre exécution de plusieurs détails. Le caaclère romain, brisé et avili parle règne d'une suite de nionsres) trahissait son abaissement par la décadence des arts. Ce lonument fut élevé vers Tan 526; T inscription annonce qu'on
voulu célébrer la victoire remportée par Constantin Hur (axence.
Loren^ino de Médicis, celui-là même qui tua le duc AlexuU' re tans avoir eu T esprit de convoquer un gouvernement qui
328 ŒUVllES DE STENDHAL.
|hU réorganiser la liberté, crul s'immorlaliser en faisant enlever (le nuil les léles des Iniit statues de barbares prisonniers de guerre qui sont plaeées au-dessus des colonnes de Tare de (]onstanlin. Les tètes que nous avons vues aujourdliui sont donc niodornes; un nommé Bracci les fit sous Clément XII, d'après des modèles antiques, dit-on.
Tous les bas-reliefs de Tattique et les buit médaillons placés de chaque côté au-dessus des portes latérales, sont d'une rare beauté. (]es bas-reliefs représentent des guerres, des chasses et autres actions de Trajan. Les autres sculptures de cet arc de triomphe annoncent la barbarie qui s'emparait de Rome eu Tan 326 de notre ère.
L'intérêt historique ou de curiosité nous a portés à examiner ces mauvais bas- reliefs, moins menteurs que des livres. On y voit Constantin qui prend Vérone, sa victoire sur Maxence, son triomphe; on le voit parler aux Romains réunis dans le Forum, du haut de la tribune aux harangues. Deux médaillons qui représentent le char du soleil et celui de la lune sont plus soignés.
M. Raphaël Sterni nous a fait reconnaître qu'il faut attribuer au siècle de Trajan les deux grands bas-reliefs que Ton voit sous l'arcadtî principale ; seulement ils ont été gâtés par les sculpteurs employés par Constantin, et qui voulurent adaptera I leur héros des bas-reliefs relatifs aux aciions de Trajan, et qui semblent la continuation de ceux de l'attique.
Lorsque ce monument était à demi enterré, ces sculptures , furent gâtées par les passants. Ce n'est qu'en 180i, sous •, Pie Vil, (|U(î VAii arc a été dégagé, ainsi que celui de Septinio Sévère: ils se trouvent placés maintenant comme au centro , d'une peiito cour (;n coulre-bas, laquelle est environnée d'un nuu' de soutènement de huit ou dix pieds de haut. ,
M. Demidoll' avait le projet d'étendre jus(prici sa jjjranilo
>péralioD relative à renlèvement des terres qui couvreni le ^^orum. Il voulait déterrer tout ce qui se trouve entre Tare de ritus, le temple de Véaus et de Rome, la basilique de Goa- ^antin 'd'une part, et de l'autre le Golysée et Tare de Coustantiu.
Sept des colounes d'ordre corinthien qui ornent ce monument sont de jaune antique; la huitième est d'un marbre tirant sur le blanc. Sept des statues des rois barbares prisonniers de guerre sont en marbre violet et appartenaient à Tare de Trajan. La huitième, qui est en marbre blanc, est un ouvrage moderne de l'époque de Clément XU, qui restaura cet arc de triomphe. On nous a fait voir une petite chambre dans l'attique.
Nous sommes allés lire la vie de Trajan à l'ombre d*un petit bois d'acacias planté par les Français à quelques pas d'ici. Elle nous a tellement intéressés, que nous sommes revenus à l'arc de triomphe pour examiner en détail les bas-reliefs qui rappellent les actions de ce grand homme.
Le premier, à gauche du spectateur qui vient du Golysée, réprésente l'entrée de Trajan dans Rome ; le second est relatif à la voie Àppienne restaurée par lui ; le troisième à une distribution de vivres faite au peuple; le quatrième à Parthomasiris, roi d'Arménie détrôné par Trajan.
Le bas-relief carré, placé vers les jardins Farnèse, nous montre, ainsi que celui qui est vers le Gœlius, la victoire que Trajan remporta sur Décébale, roi des Daces. Les autres basreliefs carrés représentent la découverte d'une conspiration t^tée par le roi Décébale, Trajan qui donne un nouveau roi aux Parthes, cet empereur qui fait une allocution à ses soldats, et enfin le sacrifice solennel qu'on appelait Suovetau-
Les huit bas-reliefs ronds placés de chaque côté sur les pelles arcades représentent des chasses et des sacrifices offerts
par Tiajan à Mars, Sylvain, Diane el Apollon. Il parait qi cet arc avait des ornements en porphyre el en bronze. C suppose qu'il était couronné par un char triomphal eu bronz< attelé de quatre chevaux et dans lequel Constantin était plac« Le charmant arc de triomphe du Carrousel peut donner ui idée de tout ceci *.
Quels que soient les outrages que les ouvriers employés p: Constantin aient fait subir à ce monument, qui d*abord fi destiné à un grand homme, if nous semble qu'il doit toujou: servir de modèle. Il est singulier qu'une chose aussi inuti fasse autant de plaisir; le genre de Tare de triomphe est ui conquête de Farchitecture.
J\om, 1*"' juin 1828. — L'empereur Adrien avait une ver table passion pour l'architecture ; c'est ce que montrent bie les vestiges de la fameuse villa Adriana, sur la route de Ti voli. Il y avait fait bâtir des copies en miniature de tous le édifices célèbres vus par lui dans ses voyages. Ou reconnut d son temps qu'il n'y avait plus de place dans le mausolée d'Au gusle pour la cendre des empereurs. Adrien saisit celte occa sion de se bâtir un tombeau ; le souvenir de ce qu'il avait vi en Egypte eut sans doute beaucoup de part à cette résolutiou 11 choisit la partie des immenses jardins de Domilia qui ctai la plus voisine du Tibre, et cet édifice fut la merveille de soi siècle.
Sur une base carrée, dont chaque côté avait deux cent cii^ quante-lrois pieds de long, s'élevait la grande masse ronde d mausolée^ dont vous ne voyez plus maintenant que ce qu'il été impossible de détruire. Les revêtements de marbre, le
^ Voir les dctails de sa conslruction dans les Mémoires de M. d Beausset.
corniches admirables, le ornements de tous les genres ont été brisés. On sait seulement que les vestiges de la base carrée ont existé jusqu'au huitième siècle.
L'immense tour ronde que nous voyons aujourd'hui était comme le noyau de rédifice. Elle se trouvait environnée d'un corridor et d'un autre mur qui faisait façade : tout cela a disparu. Au-dessus de cette partie ronde s'élevaient, suivant Tusage» d'immenses gradins, et l'édifice était couronné par un temple magnifique, aussi de forme ronde. Vingt-quatre colomies de marbre violet formaient un portique autour de ce temple; enfin, au point le plus élevé de la coupole, était placée la pomme de pin colossale qui a donné son nom à l'un des jardins du Vatican, et que nous y avons vue. C'est dans ce tombeau de bronze que furent déposées les cendres d'un des hommes les plus spirituels qui aient jamais occupé un trône. 11 fut passionné comme un artiste, et quelquefois cruel. Si Talma avait été empereur, n'eût-il pas envoyé à la mort l'abbé Geoffroy? Adrien avait longtemps habité l'Egypte, et trop pour sa gloire. Le malheur qu'il y éprouva lui nuit plus aujourd'hui que ses cruautés. Il pensa avec raison qu'un tombeau tel que celui dont nous examinons les restes informes était plus élégant qu'une pyramide; mais les pyramides durent encore, et toutes les causes se sont réunies pour réduire le plus beau tombeau qui ait peut-être jamais existé à ce qu'on appelle maintenant le fort Saint-Ange ou le Mole Adriana,
Aujourd'hui on aperçoit au-dessus de quelques bastions fort bas une masse ronde de cinq cent soixante-seize pieds de tour, laquelle est surmontée de bâtiments assez irréguliers, et terminée par une statue de bronze de dix pieds de proportion;
Quand Aurélien renferma le Champ de Mars dans Tenceinte de Rome^ il se servit dh mausolée d'Adrien pour former ce
qii*ou appellerait aujourd'hui une télé de pont sur la rive droite du Tibre. Il y ouvrit une porte appelée Cornelia, qui n a été fermée que sous Paul lll.
Procope nous a laissé la description du tombeau d'Adrien tel qu il Tavait vu. De son temps, la partie supérieure était déjà privée de ses colonnes; la nouvelle religion les avait transportées à la basilique de Saint-Paul hors des murs ; mais Procope vit encore le revêtement de marbre et les ornements sculptés qui décoraient le reste du tombeau.
En 537 , les Goths assaillirent à Timproviste la porte Cornelia ; les troupes de Bélisaire renfermées dans le fort voisin mirent en pièces les ornements de marbre pour les lancer sur les assaillants. Après cette grande dévastation, le tombeaa d'Adrien porta plusieurs noms, et entre autres celui de Timmortel Grescentius, qui voulut rendre la liberté à son pays. . Gomme le marquis de Posa de Schiller,' comme le jeune Bru- f tus, Grescentius n'appartenait pas à son siècle; c'était m homme d'un autre âge. Notre révolution s'est chargée de fournir un nom à cette espèce d'hommes généreux et malhabiles à conduire les affaires : c'était un girondin. Pour agir sur les hommes, il faut leur ressembler davantage; il faut être plus coquin.
Grescentius, assiégé par l'empereur Olhon, se confia à la capitulation qui lui fut offerte par ce prince; il sortit de sa forteresse et fut immédiatement conduit au supplice. Après que la mémoire de ce grand homme eut péri, sa forteresse fat appelée la maison de Théodoric.
Au douzième siècle, on la trouve désignée par le nom de château Saini-Ange, probablement à cause d'une petite église située dans la partie la plus élevée et qui était dédiée à saint Michel. On voit dans Thistoire que les chefs de faction qui tour à tour s'emparaient du pouvoir se regardaient comme
bien établis dans Rome lorsqu'ils étaient maîtres de ce fort; souvent il Ait occupé par les papes.
En 1493, la foudre mil le feu à une certaine quantité de pondre qu'on y gardait. Alexandre VI répara le dommage et imgmenta les fortifications, ce dont bien lui prit, car, lors de l'entrée de Charles VIII, si le fort Saint- Ange n'avait pas été considéré comme difficile à enlever, ce pape scandaleux eût ité déposé, ou plus simplement mis à mort. Trente ans plus ;ard, le fort Saint- Ange rendit le même service à Glémeut VII. ?aiil m l'embellit; enfin le cavalier Bernin, que nous retrouvons partout, mit les fortifications extérieures 4ans l'état où >n les voit aujourd'hui. Nous avons remarqué, il y a peu de loors, à Givita-Vecchia, que, même au milieu des choses utiles de l'architecture militaire, les Italiens savent conserver une beauté et un style que l'on ne retrouve jamais dans les ouvrages de Vaid)an, probablement fort supérieurs sous d'au- Ires rapports.
Le geôlier du fort Saint-Ange nous a fait remarquer plusieurs petits passages dans l'épaisseur du mur de cet immense tour ronde. Les anciens y avaient placé des tombeaux, ou bien ils servaient de communication entre les divers étages. C'est ici qu'Innocent XI a pris Fume de porphyre où il repose à Saint-Jean-de-Latran. Par les ordres de Paul III, on orna de pdntures et de stucs le portique qui est situé du côté de la campagne. Ce pape, voulant justifier le nom donné à cette forteresse, fit placer au sommet de l'édifice une statue de marbre représentant un ange tenant à la main une épée nue. Cet ouvrage de Raphaël de Monteluppo a été remplacé, du temps de Renoit XIV, par une statue de bronze qui fournit cette belle réponse à un officier français assiégé dans ce fort à une époque ÔB nos guerres d'Italie : « Je me rendrai quand l'ange remettra son épée dans le fourreau. »
iWi ango a Tair iiaif «rtiuo JiMiiic flilc de dix-huil ans, et ne cherche qu'à bien roinectn» m)u v\¥k*. daiis le fourreau.
Cette statue e«t du Flamand WauM'hefeld. Ou trouve dans le HalcHi dcH peintureH de Pierin del Vaga; et, lorsque ccrtahie» (iiand»re8 ne (u»iit pas oecu|Hk*H par des prisonuicn» d'État, le geùlier fait voir quelques |H*tiles fresqu(>s d(; Jules Roniaio. La présence d'un prisonnier d'importance n'a pas permis qa*oo nous les montrât.
r/est un archevêque égyptien qui a^ dit-on, mystifié la cour de Rome, et, h son tour, a été pi|)é par le gouveniement napo* litain ; rarchevéque avait pris |)our confident un Jésuite.
C'est du haut du rliAteau Saint-Ange que, dans les soirëei des 28 et 20 Juin, fêles de saint Pierre et de saint Paul, protecteurs de Rome, on tire un des plus beaux feux d^artlflce que j'aie jamais vus. Le bouquet est composé de quatre mille cinq cents fusées. L*idée de ce feu est due à Michel-Ange.
Je me garderais d'en Jurer. On frémit quand on songe à ce (|u'il faut de rechercher pour arriver à la vérité sur le détail le plus fiilile.
L(^H jours (!(*. fête, on hisse à des mâts placés sur les fortifications, le long du Tibn^ de grands pavillons aux couleurs brillantes, le. vnil les agile mollement; rien n'est plus Joli. Nous avons retrouvé cet usage à Venise, sur la place Saint- Marc, et dans tout le pays vénitien.
On nous a dit que le fameux Harbone, chef de brigands, était dans le château ; mais jamais hr gcùlicr n'a voulu répondre, à nos (piestioiis sur 1rs carbonari qui s'y trouvent renfermés. A la fi(;vn; prés, qui peut les allrindre en été, ils ne sont I)as mal ; i)n'sque tous sont lond>és dans une excessive dévoliou. La vue (piils ont du haut de leur prison est magnifique t'i ii\'\U\ pour changer en douce mélancolie la tristesse la plu.4
colérique. On plane sur la ville des tombeaux ; cette vue enseigne à mourir.
Cadono le citti, cadono i regni, E r nom d' essor mortal par chc si sdegni.
Tasso,
Quoi de plus ridicule qu un homme qui se présenterait avec vingt mille firancs dans sa poche pour acheter le Louvre? Voilà les conspirateurs.
Quand nous faisions des questions sur les carbonari, le ge(^ lier, qui voulait gagner la mancia, nous parlait des galériens qui sont sous sa garde. Ceux que le ministre de la police (monsignor gobematore di Roma) veut favoriser sont employés à balayer les rues. Ces malheureux, avec leurs chaînes broyantes, forment un spectacle hideux qui nous attriste tuus les matins, quand nous traversons le Corso. Nous nous sommes trouvés au château Saint-Ange comme ils rentraient. Le ge6> lier nous a fait remarquer le mari de la célèbre Maria Grazzi, dont les traits se trouvent répétés dans la plupart des tableaux faits à Rome de notre temps, et notamment dans les admirables ouvrages de Schnetz. Cette femme ne songe qu'à obtenir la liberté de son mari , qui réellement est en prison par un malentendu. Dans son simple bon sens , elle ue peut comprendre qu'il soit regardé comme coupable. Il était alla nuichia\ il lut une amnistie à la porte d'une église; il se rend chez lui pour faire sa soumission ; le délai fixé par Tamnistio était expiré depuis quelques heures, el on le met dans les fers comme s'il eût été pris les armes à la main.
Le geôlier nous a montré le corridor qui communique du palais du Vatican au château Saint-Ange ; il a plus de quatre cent vingt mètres de long, et fut élevé par Alexandre VI sur
Tancien mur de la cité Léonine ^ Pie IV fil faire dans ce mur, lorsqu'il étendit cette partie de la ville, les grands arcs que Ton y voit aujourd'hui. Enfin, par ordre d'Urbain VIII, ce corridor fût isolé des maisons voisines.
Le plaisir de sentir un petit venticello ponentino bien frais, qui régnait à cette hauteur, nous avait arrêtés sous le portique situé dans la partie la plus élevée du fort Saint-Ânge, Paul nous a surpris agréablement en faisant servir des glaces. Frédéric nous a lu le récit du sac de Rome, nos yeux dominaient une partie du champ de bataille.
Le 5 mai 1527, lé connétable de Bourbon parut dans les prés devant Rome, le long de la muraille qui s'étend entre le Vatican et le mont Janicule ; il fit sommer la ville par un trompette. Clément VII, dont la conduite dans ce grand événement ne fut qu'un mélange ridicule d'extrême timidité et de vanité puérile, renvoya ce trompette avec arrogance. Il fit ordonner au comte Rafgone, qui accourait pour défendre Rome avec cinq mille fantassins et un petit corps d'artillerie, de changer de direction et d'aller joindre la grande armée qui venait de Toscane. Gomme le connétable se présentait devant les murs de la partie de la ville où est Saint-Pierre, quelques hommes sages eurent Tidée de couper les ponts afin de se défendre derrière le Tibre, si le Borgo était forcé. Clément VU s'y refusa avec hauteur, et leur prudence passa pour lâcheté et fut eu butte aux railleries de sa cour. Il donna ordre aux gardes des portes d'empêcher que rien ne sortît de Rome. La route de
^ Un corridor semblable a été élevé dans Florence par la méfiance de Médicis : il doime au souverain un moyen facile de se réfugier du palais Pitti au Palazzo Vecchio. Mais les Toscans sont le peuple d'Europe le moins susceptible de révolte. Ils jouissent encore en 1829 du gouvernement sage et juste du ministre Fossombrone. Quelle difl'"rence pour l'Italie si ce {rrand homme n'avait que quarante ans !
Naples était eocore libre, ainsi qiie celles de Frasoati, de Ti* Yoliy etc. Par Frascati, ou iKwvait facilement gagner des forêts inaccessibles.
Le pape voulut que Ton déchargeât de grandes barques sur lesquelles on avait placé beaucoup d'eficts précieux.
L*année qui menaçait les murs était forte de quarante mille hommes. Beaucoup de soldats étaient des Alleniands luthériens, et avaient en exécration Rome et sa religion. Le connétable lui-même, qui portait les armes contre sou pays, sen~ tait qu'il était profondément méprisé; une victoire éclatante pouvait seule le relever à ses propres yeux et aux yeux des autres.
Le 6 mai au matin, il conduisit ses troupes à l'assaut contre kl partie du mur de Rome située au couchant de la ville, entre le Janicule et le Vatican. A peine Tattaque commencée, il crut voir que ses fantassins allemands se portaient mollement au combat; il saisit une échelle etTappuya lui-même contre le mur. Il avait monté trois échelons lorsqu'il fut atteint d'une balle de mousquet qui lui traversa le c6té et la cuisse droite ; il sentit aussitôt que le coup était mortel, et ordonna à ceux qui Tentouraient de couvrir son corps d'un manteau» afin que ses soldats ne fussent pas découragés ; il expira au pied du mur pendant que l'assaut continuait.
La mort du connétable fut bientôt connue des soldats, ils étaient Ibrieux; mais on leur résistait vaillamment; les Suisses de la garde du pape défendaient le mur d'enceinte avec une bravoure héroïque. Une batterie placée dans Rome, sur le haut de la colline, prenait de flanc les assiégeants et leur tuait beaucoup de monde. Malheureusement, au moment où le soleil se levait, il survint un épais brouillard qui empêcha les artilleurs de bien diriger leurs pièces; les Espagnols profitèrent de cet instant pour entrer dans la ville au moyen de quel-
ques petites maisons atteuant au mur. Au même moment, les Allemands y pénétraient aussi (i*un autre côté, les assaillapts avaient perdu alors un millier d'hommes.
En entrant dans la ville par deux endroits, les soldats du connétable de Bourbon se trouvèrent avoir coupé une partie de ce qu'on appellerait aujourd'hui la garde nationale de Rome. Ces jeunes gens qui avaient marché sous les ordres de leurs cnpo-rioni (chefs de quartier), furent tous massacrés sans pitié, encore que la plupart eussent jeté leurs armes et demandassent la vie à geniNix K
Benvenuto Cellini, qui se trouvait ce jour-là au château Saint- Ange, et probablement dans le lieu où nous sommes, a laissé un récit curieux de cette journée et de celles qui la suivirent. Mais il est un peu gascon et je ne le crois guère. Pendant que Ton se battait. Clément VII était en prières devant Fautel de sa chapelle au Vatican , détail singulier chez un homme qui avait commencé sa carrière ^par être militaire. Lorsque les cris des mourants lui annoncèrent la prise de la ville, il s'enfuit du Vatican au château Saint-Ange par le long corridor dont nous avons parlé cl qui s'élève au-dessus des plus hautes maisons. L'historien Paul Jove, qui suivait Clément VII, relevait sa longue robe pour qu'il pût marcher plus vile, et, lorsque le pape fut arrivé au pont qui le laissait à découvert pour un instant, Paul Jove le couvrit de son manteau et de son chapeau violet, de peur qu'il ne fût reconnu à son rochet blanc et ajusté par quelque soldat bon tireur.
Pendant cette longue fuite le long du corridor, Clément VII apercevait au-dessous de lui, par les petites fenêtres, ses su-
1 Guichardin, liv. XVIII, p. 14; Paul Jove, Abrégé historique^ liv. XXIV, p. 14; Vie de Pompée Colonna, par Paul Jove, p. 172; et tous les historiens contemporains.
jels poursuivis par les soldais vaiuquenrs qui déjà se répandaient dans les rues. Ils ne faisaient aucun quartier à persunue et tuaient à coups de pique tout ce qu'ils pouvaient atleinilre ^
Après avoir gagné le château Saint-Auge, le pape aurait eu le temps de s'enfuir par le pout voisin, qui éUiit sous la protection de Tartillerie du fort; il aurait pu eutrer dans la ville, la traverser rapidement, et, sous Tescorte de ses chevau-légei*s, gagner la campagne et quelque lieu de sûreté : mais la peur et la vanité en faisaient un imbécile. On calcule que, dans cette première journée, sept ou huit mille Romains furent massacrés.
Le Rorgo et le quartier du Vatican furent immédiatement saccagés ; les soldats tuaient et violaient ; ils n'épargnèrent ni les couvents, ni le palais du pape, ni Téglise de Saint-Pierre elle-même. Ils eurent à livrer un petit combat pour s'emparer du quartier de Trastevere. Les habitants, si féroces encore aujourd'hui, ne soutinrent point leur réputation en défendant leors maisons. Les soldats de l'empereur parcoururent rapidement la rue de la Longara; enfin, Louis de Gonzague, à la tête de l'infanterie italienne, entra le premier dans Rome proprement dite par le Ponte-Sisto.
La singulière circonstance militaire que nous avons vue à Paris en 1814 se présenta à Rome en 1527. Le jour même où Tannée du connétable emportait Rome, le comte Rangone, qui avait eu le bon sens de ne pas obéir à Tordre ridicule que Clément VII lui avait envoyé, était parvenu jusqu'au Ponte- Salario avec ses chevau-légers et huit cents arquebusiers. Si les ponts avaient été coupés et que la viUe eût tenu quelques heures, elle était sauvée par ce brave militaire. Une grande
*■ Voir dans Bandello la noavelle dont Shakspeare a fait sa charmante comédie de Ttoelfth Night.
armée marchait au secours de Rome, mais elle n'était partie de Florence que trois jours auparavant, et d'ailleurs le général commandant en chef était un ennemi personnel du pape.
Le fanatisme de la nouvelle réforme que professaient presque tous les soldats allemands fut la véritable cause des horreurs conmiises au sac de Rome, tant il est vrai que cette passion inconnue des anciens est la pire de toutes. Jamais rien de plus atroce n'a eu lieu en pareille circonstance. Plusieurs femmes et filles se jetèrent par les fenêtres pour éviter le déshonneur, dit rhistorien contemporain Jacques Buonaparli^S d'autres furent tuées par leurs pères ou leurs mères, et ces corps palpitants et ensanglantés n'étaient point à Fabri de la brutalité des soldats. Ils pénétraient dans les églises, se couvraient des ornements pontiûcaux, et dans cet étal allaient prendre des religieuses qu'ils exposaient nues aux regards de leurs camarades. Les tableaux d'église furent mis en pièces et brûlés, les reliques et les hosties consacrées répandues dans la boue, les prêtres étaient battus de verges et livrés aux huées de la soldatesque.
Ces horreurs durèrent sept mois, les soldats régnaient dans Rome et se moquaient de leurs généraux.
Les soldats espagnols se distinguèrent par leur avidité et leur cruauté. On observa qu'après le premier jour il arriva rarement qu'un Allemand tuât un Romain ; ils permettaient à leurs prisonniers de se racheter à très-bon compte. Les Espagnols, au contraire, brûlaient les pieds aux leurs et les obli-' gcaienl par des tourments prolongés à découvrir leurs richesses, ou à épuiser la bourse des amis qu'ils pouvaient avoir hors de Rome. Les palais des cardinaux furent pillés avec d'autant plus de soin, que beaucoup de marchands, à l'approche
* Itagguagliû slorico del savco di Uoina, p. 100 Coloniœ, 1756.
de Farmëe de Tempereur, avaient déposé leurs effets dans les palais des cardinaux partisans de ce prince; mais il n*y eut de grâce pour personne.
La marquise de Mantoue racheta son palais au prix de cinquante mille ducats; tandis que son fils, qui avait un commandement dans Tarmée impériale, reçut dix mille ducats pour sa part du pillage. Le cardinal de Sienne, après s'être racheté des Espagnols, fut fait prisonnier par les Allemands» complètement dépouillé, battu, et forcé de racheter de nouveau sa personne au prix de cinq mille ducats. Les prélats allemands ou espagnols ne furent nullement épargnés par leurs compatriotes. ^
Le cardinal Pompée Golonna entra dans Rome deux jours après la prise de cette ville, il venait pour jouir de Thumiliation de son ennemi Clément Vil. Une foule de paysans de ses fiefs arrivèrent avec hii : peu de temps auparavant ils avaient été barbarement pillés par ordre du pape, ils s'en vengèrent en pillant à leur tour les maisons romaines. Ils y trouvèrent encore les gros meubles.
Mais Pompée Golonna fut touché d'une profonde pitié quand il vit rélat dans lequel il avait contribué à précipiter sa patrie. 11 ouvrit son palais à tous ceux qui voulurent s'y réfugier; il racheta de ses deniers, sans distinction de faction, amie ou ennmnie, les cardinaux que les soldats tenaient captifs; il conserva la vie à une foule de misérables qui, ayant tout perdu dès le premier jour, seraient morts de faim sans lui.
Ces scènes d'horreur ont été décrites en détail par Sandoval, évéque de Pampelune, qui, de peur de déplaire à Gharle»- Quint, se contente d'appeler le sac de Rome une œuvre non sainte (obra no santa), Gharles-Quint, âgé seulement de vingtsept ans, mais qui comprenait qu'on ne peut combattre Rome qu'avec ses propres armes, lorsqu'il apprit les horreurs qui,
faute de contre-ordre de sa part, durèrent sept mois» fit une belle procession pour demander à Dieu la délivrance du pape, qui dépendait uniquement de lui Gharles-Quint. Ce trait d'habileté doit troubler le sommeil de certains prélats modernes.
L'évêque Sandoval rapporte qu'un soldat espagnol avait volé dans le Sanctus sanctorum de Sainl-Jean de Lalran une cassette remplie de reliques, parmi lesquelles se trouvait une petite partie du corps de Jésus-Christ, détachée par le grand prêtre dans la première enfance du Sauveur. Lors de la retraite de Tarmée impériale, le soldat abandonna cette cassette dans un village des environs de Rome.- En 1551, c'est-à-dire trente ans après, un prêtre la retrouva et se hâta de la porter à Madeleine Strozzi. Aidée de Lucrèce Orsini, sa belle-sœur, et en présence de sa fille Glarice, âgée de sept ans, Madeleine Strozzi ouvrit la cassette. Ces dames trouvèrent d'abord un morceau de chair encore toute fraîche de saint Valentin, une partie de la mâchoire avec une dent de sainte Marthe, sœur de sainte Marie-Madeleine.
La princesse Strozzi prit ensuite un petit paquet sur lequel on ne lisait autre chose que le nom de Jésus. Aussitôt elle sentit ses mains s*engourdir, et force lui fut de le laisser échapper. Ce miracle ouvrit les yeux de Lucrèce Orsini, qui s'écria que le paquet contenait sans doute une partie du corps de Jésus. A peine eut-elle prononcé ce nom, que la cassette exhala une odeur suave et tellement forte, que Flaminio Anguillara, mari de Madeleine Strozzi, qui se trouvait dans un appartement voisin, demanda d'où provenait le parfum qui arrivait jusqu'à lui.
En vain l'on essaya, à plusieurs reprises, d'ouvrir le paquet. Enfin le prêtre qui avait trouvé la cassette eut l'idée que les mains pures de la jeune Clarice, âgée de sept ans seulement, auraient plus de succès. La sainte relique fut en effet décou-
PROMBNâDES I>MS ROME. 343
verte et placée ensuite dans Tëglise paroissiale de Galcata, diocèse de Givila-Castellana.
Une dissertation, réimprimée à Rome avec approbation en 4797, donne sor cette relique des détails que je n'oserais répéter. L'approbation d'un livre qui traite un sujet si délicat imNive que Tauteur ne s'écarte en rieu des opinions regardées comme orthodoxes par la cour de Rome. L'auteur discute le mot de saint Athanase, qui soutient que le Verbe divin cum omni integritate resurrexiL Jean Damascène avait dit, en parlant dn Verbe : Quod semel assumpsit, nunquam dvnisU, Ici paraît la théorie des quantités inâniment petites d'Euler, que Ton peut considérer comme nulles.
La première fois que nous passerons près de Galcata, nous irons voir cette relique unique au monde.
4 juin. — Hier, comme je visitais seul le palais de Monte- Cavallo, admirablement restauré, d'après les ordres de M. Martial Dam (intendant de la couronne à Rome sous Napoléon), j''ai été joint par M. l'abbé Golonna, auquel j'ai apporté une lettre de Naples. Il m'a parlé in confidenTM, preuve d'estime dont je ne me vante que parce qu'il est en un lieu où il se moque fort de la police. (Nous avons passé trois heures sous les ombrages charmants du jardin de Monte-Gavallo ; la femme du portier nous a fait d'excellent café.)
 la chute du gouvernement de Napoléon, Pie VII envoya à Rome un certain personnage qui se hâta de destituer les autorités établies par les Français; et de propos délibéré laissa Borne sans gouvernement pendant trente heures. Les citoyens honnêtes furent saisis de terreur. Heureusement la canaille de ce pays, la plus féroce du monde, car elle est façonnée par les moines mendiants, ne s'aperçut pas de cette belle occasion de massacrer et de piUer. Si les Transteverins et autres sans-
culottes de Rome eussent compris toute retendue de leur bonheur, ils auraient commencé par égorger les sept ou huit cents citoyens qui avaient accepté un emploi quelconque des Français. Ce peuple, alléché par le sang comme le tigre, eût massacré probablement tous les riches marchands, et ensuite il se serait enivré et endormi au coin des rues. Cette journée eât fait un beau pendant avec Tassassinat du ministre Prina, à Milan.
C'est cette hideuse canaille de Rome qui fut employée par les mêmes personnages, en 1795 et en 1795, pour assassiner M. Basseville et le général Duphot. Ce pauvre Hugues Basseville ne se doutait pas, en mourant, qu'il allait être immortalisé par Monti. Cet assassinat politique, célébré comme un haut fait dans lequel la victime a tort, a donné lieu à Tadmirable poème de la Bawigliana (égal ou supérieur à tout ce qu'a fait lord Byron) ; ce qu'il y a de plaisant, c'est que Monti était libéral alors et mourait de peur. H avait connu Basseville, loi avait offert des renseignements pour ses projets d'organisation libérale, et ne pensait pas un mot de ce qu'il écrivait. Qui le dirait en lisant ces vers magnifiques?
J'ose révéler celte anecdote maintenant que l'immortalité de ce grand homme a commencé. M. Horace Vemet a fort bien représenté dans sa Course de chevaux (la ripresa dé" Barberi), celte canaille romaine, à la fois hideuse et admirable par l'énergie.
Cette canaille est une contre-épreuve fidèle de la religion chrétienne, telle que l'entendent les papes. Quelle différence avec le bas peuple presque déiste de Paris, recruté parmi des paysans auxquels la vente des biens nationaux a donné de la probité ! La canaille de Paris était féroce en 1780. Je tiens de M. d'Agincourt qu'avant la révolution il y avait souvent des coups de couteau dans les bals du dimanche à la Râpée. Si
Ton tue dans le peuple maintenant, c'est par amour comnu* Olbello. Voir Tadmirable défense de M. Lafargue, ouvrier ébénisle, Pau, 1820.
Jk» journées (T anxiété, comme celle que je viens de révéler, changent le caractère d'un peuple. G^cst ainsi que les assassinats et les bourreaux font Téducation de la péninsule ibérique.
5 juin. '— J*ai retrouvé monseigneur Colonna à Téglise des SaintB-Ap6tres, devant le tombeau de Clément XIV, GanganeUi ; c'est le premier grand ouvrage de Ganova. Ce tombeau, placé au-dessus de la porte de la sacristie, est fort curieux pour l'histoire de son talent. Nous bavardons une heure en le regardant, nous admirons surtout la figure de la Tempérance. Canova commença sa carrière à Venise par imiter la nature avec tant de scrupule, que ses ennemis disaient qu'il moulait ses modèles au lieu de les copier: il travaillait à vingt ans, comme feu M. lloudon faisait des bustes. — Bel aigle antique sous le vestibule des SS.-A|>osloli ; petit tombeau érigé par Canova à Tun de ses protecteurs.
Nous parlons de rempoisonncment de ce pauvre honnête homme Ganganelli (1775) ^ En signant une certaine bulle, il dit : c Je suis perdu ! » Monseigneur Colomia me donne des détails singuliers, il me conte ensuite un autre empoisoiuiement digne du moyen &ge Je conçois maintenant pourquoi mon anecdote du duc de Chaulncs, surprenant Tabbé de Voisenon, à minuit, chez sa femme, et prenant bien la plaisanterie, semblait si absurde à Bologne; elle me valut la réputation de menteur effronté. Mais à quoi bon raconter des choses communes?
^ Voir la Vie de Seipion ilicct, évéque de Pisloja, par le savntit de Potter.
Nous venions de rencontrer un vieillard à figure singulière. « Tenez, voilà le remords^ m'a dit monseigneur G***; cet homme va laisser cent mille scudi aux prêtées. :» Un jeune peintre eu miniature voyait souvent une dame romaine de la plus haute volée; le mari n'y songea guère pendant six mois; enfin, il considéra que ce peintre, d'ailleurs fort habile, n'avait pas de naissance et ti' était protégé par personne.
Un jour qu'il faisait très-chaud, le prince mari offrit luimême un verre de Innonade au peintre. Ce jeune honune se sentit bientôt fort altéré, rentra chez lui, se mit au lit ; là, au bout de vingt-quatre heures, il fut saisi de vomissements si violents et de spasmes si atroces, que, couché sur le dos, les sérosités que la douleur arrachait de son estomac faisaient jet d'eau et allaient retomber au milieu de la chambre. Le médecin appelé ordonna de l'eau sucrée, partit à l'instant pour la campagne, ne reparut qu'au bout de quinze jours, et pendant vingt ans n'a pas prononcé le nom du peintre. Il va sans dire que la justice romaine considéra cette mort comme la plus naturelle du monde. Mais figurez-vous la femme du prince dinaut le lendemain avec son mari ! Voilà une femme qui peut lire le Dante, et le mari aussi. Heureux pays pour les poêles! En Angleterre la tristesse naturelle fait qu'on se tue trop vite. Rien n'est moins touchant qu'un homme qui s'est tué il y a vingt ans, mais un homme qui a passé ces vingt ans comme notre vieillard !
Beaucoup de poisons, connus à Rome en 1750, sont perdus; on ne trouverait plus, même à Naples, certains poisons encore en usage avant les guerres civilisantes de la révolution française.
Ce qui étonnera les ultra - français qui ont supprimé le divorce en 1815, c'est qu'avant la révolution il n'était point rare à Rome. A la vérité on n'y arrivait qu'après un procès scanda-
leux, et il n'était guère demandé que par des gens de la trèshaute société. L'babilude à cet égard était tellement enracinée, que lorsque les autorités françaises succédèrent à celles da pape» elles furent encore obligées de prononcer la dissolution du mariage d'un jeune Romain prétendu incapable, et qui huit jours après épousa sa maîtresse, dont il avait trois aifonts.
Monseigneur Golonna a récité ce soir à nos dames le sonnet dâicieux que fit Monti vers 1790, à l'occasion de l'arrivée à Rome d'une jeune et charmante Génoise, qui venait solliciter la résiliation de son mariage.
FER CELEBRE SGI06LIMENT0 DI MAtRIMONIO IN GENOVA
Su l'infausto Tmeneo piansc c rivolse
Altrove il guardo vergognoso Amoro ;
Pianse Peconditade, e a) ciel si dolse
L' onta narrando del tradito ardore.
Ma del f>inciullo Gitereo si volse
Giove dair alto ad emendar V crrorc ;
Vide r inutil nodo c lo disciolse,
E rise intanto il verginal Pudore.
Or 8ul tuo fato in ciel si tien consiglio
Ligure Ninfa, cd altra insidia ba tesa,
Per vendicarti di Giprigna il liglio.
E ben farallo, chè alla dolce imprcsa
Fia Bprone il balenar del luo bel ciglio
L' età che invita, c lasvclata ofîesa.
Les personnes qui aiment Tart de peindre les passions par des paroles comprendront bien, sans que je le leur prouve^ la différence du ton galant des madrigaux de Voltaire et de Voiture à la manière passionnée de Monti. Le rang de la femme aux charmes de laquelle on rend hommage entre pour beau-
coup dans les vers de Voltaire. On sent confusément, dans ceux de Mouli, que Tamour
Fait les égalités et ne les cherche pas.
Corneille.
Hier un Anglais marchandait un tableau ; il dit au peintre : « Monsieur, combien de jours ce tableau vous a-t-il occupé? — Onze jours. — Eh bien! je vous en donne .onze sequins; vous devez être assez payé à un. sequiu par jour. » L'artiste indigné replaça sa toile contre le mur et tourna le dos à Taris^ tocrate. Ce genre de politesse livre les Anglais aux charlatans. J*ai vu des tableaux achetés vingt ou trente louis et qui ne valent pas cent francs, ce qui m'a fort réjoui. Mais, dlci à un siècle, tous les tableaux d'Italie seront en Angleterre exposés sur de belles tentures de soie rouge. L'humidité du climat anglais sera bien contraire à ces pauvres chefs-d'œuvre.
«II n'y a pas cent ans, me dit M. Malo, jeune négociant français, qu'un ambassadeur s'approchaut d'un voyageur qu'il avait engagé à sa soirée : « Ah ! monsieur, lui dit-il, que j'ai « de pardons à vous demander ! Je ne vous ai pas prié de ve- « nir chez moi depuis six semaines que vous êtes à Rome; « on m'avait dit que vous étiez négociant, »
Ce même personnage recevait les Anglais, sur la présentation de leur valet de place. (Historique.)