EF DU MIDI
Après avoir examiné le côté du nord, nous avons traversé réglise, en passant devant les cinq portes d'entrée. La forme des fenêtres qui sont au-dessus est trop mondaine, et toute celte façade intérieure est à refaire. Pie VI l'a gâtée en y faisant placer deux horloges, l'une française, et l'autre italienne (qui, au coucher du soleil, marque toujours vingt-quatre heures).
Le plafond de Téglise est resplendissant d'or, comme la galerie de Compiègne ; ce sont des rosaces et des caissons en stuc doré. Nous avons remarqué, au-dessus des grands arcs qui communiquent de la nef principale aux uefe latérales, un
gnind nombre de statues dans lesquelles on a cherché la beauté grecque, arrangée comme il le fallait pour plaire au seizième siècle, c'est-à-dire que le sculpteur a réuni à Fexpression de la force et de la justice celle de la volupté. Ce lambris doré avec magnificence fait de Saint-Pierre la chapelle d\m grand souverain dont la puissance se fonde siur la religion, et non pas une église catholique. Ne trouvez- vous pas que le seul genre gothique est en harmonie avec une religion terrible, qui dit au plus gi^\ud nombre de ceux qui entrent diuis ses églises : Tu seras damné? Saint-Pierre convenait parfaitement à la cour élégante d'un pape homme d'esprit, tel que Léon X. Les papes les plus bigots qui depuis y ont fait travailler n'ont pu lui (aire perdre ce can\ctère de beauté mondaine et courtisanesque. La prière, dans Saint-Pierre, n'est pas rélan du cœur vers un juge terrible qu'il faut fléchir à tout pri\, c^esl une cérémonie à remplir envers un être bon et indiflerent pour bien des choses.
Toutes ces idées, présentées à nos compagnes de voyage, u^ont point passé sans opposition. Je prie le lecteur de se souvenir que je ne fais que Toffice d'avocat gâterai; je propose des motifs de conviction. J'invite à se méfier de tout le monde et même de moi. L'essentiel est de n'admirer que ce qui a fait réellement plaisir, et de croire toujours que le voisin qui admire est payé pour vous tromper : par exemple, monseigneur D***, qui dînait hier à côté de moi, chez M. rdÉdlKissadeur de Russie, et nous vantait avec ferveur Tadministration de la justice criminelle à Rome (peu de mois après il a été fait cardinal). Je demande pardon pour le parler bref et en quelque sorte tranchant. Souvent trois mots mis au lieu d*un adouciraient la forme j mais porteraient cet itinéraire à trois volumes.
La pi'emière chapelle à gauche en entrant dans Saint- Pierre, le long du mur méridional, est celle des fonts bapiis-
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maux ; cesi une superbe couque de porphyre de douze pieds ^ de long Hur six de large qui contient Teau consacrée; elle fut longtemps le couvercle du tombeau de Fempereur Othou II, mort à Rome en 983. L'ornement, assez ridicule, en bronze doré, a été exécuté en 1698 sur les dessins de Fontana. Ou voit autour de celte urne trois mosaïques médiocres : colle du milieu représente Jésus-Christ baptisé par saint Jean; c'est la copie d'un froid tableau de Charles Maratte. Pendant les premiers siècles du christianisme, ou ne baptisait à Rome qu'à Saint-Pierre et à Saint-Jeau-de-Latran.
Eu s'avançant vers le fond de l'église, on rencontre à gauche le tombeau de Marie Sobieski Siuart, reine d'Angleterre, morte à Rome en 1755. Ou a essayé ici une chose qui semble fort raisonnable aux gens d'esprit, tels que d'Alembert, Chanifort, etc., mais qui produit toujours un mauvais effet. Le portrait de la reine d'Angleterre, exécuté eu mosaïque, est placé au milieu d'ornements sculptés. Au-dessous de ce tombeau se trouve la porte de l'escalier qui conduit à la grande coupole et sur les combles de Saint-Pierre.
Nous avons revu le plus aimable des chefs-d'œuvre de Canova ; c'est le tombeau de Jacques III, roi d'Angleterre, et de ses deux fils, le cardiual d'York et le Prétendant, époux de cette spirituelle comtesse d'Albauy qui fut aimée d'Alfieri. Le roi d'Angleterre actuel, Georges IV, fidèle à sa réputation du {gentleman le plus accompli des trois royaumes, a voulu honorer la cendre de princes malheureux que de leur vivant il eùi envoyés à l'échafaud s'ils fussent tombes en son pouvoir. La l'orme de ce tombeau est un peu gothique. Sur une plinthe on voit les bustes des trois Sluarts en demi-relief, traités d'une manière un ]»eu efféminée, et qui rappelle l'absence totale de caractère que l'on remarquait chez ces hommes, sans doule les plus malheureux de leur siècle.
Au-dessous de ces busles, un grand bas-relief représente la porte d'un tombeau, et aux deux côtés deux anges dont, en vérité, il m'est impossible de décrire la beauté.
Vis-à-vis est un banc de bois sur lequel, en 1817 et 1828, j*ai passé les beures les plus douces de mon séjour à Rome. C'est surtout à rapproche de la nuit que la beauté de ces anges parait céleste. Ils me rappelaient le souvenir de la Nuit du Corrége, à Dresde. En arrivant à Borne, c'est auprès du tombeau des Stuarts qu'il faut venir essayer si l'on tient du hasard un cœur fait pour sentir la sculpture. La beauté tendre ei naïve de ces jeunes habitants du ciel apparaît au voyageur longtemps avant qu'il puisse comprendre celle de V Apollon du Belvédère, et bien longtemgs avant qu'il soit sensible à la sublimité des marbres d'EIgin. Comparés à la statue de Thésée, ces anges sont presque un portrait. C'est contre ces anges que se déchaîne le plus la haine furibonde de certains hommes qui, pour le malheur des arts, se sont faits sculpteurs. Que ne se faisaient-ils fabricants de draps ou banquiers ! ils seraient arrivés plus vite à l'opulence.
Le tableau en mosaïque de la seconde chapelle est une présentation de la Madone au temple. Les mosaïques de la coupole sont des copies d'après Charles Maratte, qui est aux grands peintres ce que les tragédies de la Harpe sont à celles de Voltaire.
Je ne dirai rien des petites coupoles ovales qui ser\'ent d'ornement aux nefs latérales de Saint-Pierre ; après tout, il vaut mieux qu'elles existent. Elles font l'effet d'un médiocre accompagnement de basse sous un beau chant.
Nous nous sommes arrêtés longtemps devant le tombeau d'Iunocenl Vill, Cibo, mort en 1492 ; il est de bronze, et montre l'exactitude un peu sèche dont on se piquait vers la fin du quinzième siècle. Cela vaut bien mieux que l'ignorance pré-
extcutëcs d'après certaines parties des fresques de Michel- Ange à la Sixtine; ici on les verrait ; mais on m'a sifQé ce matin, comme je proposais cette idée à mes compagnons de voyage. Presque toutes les statues placées dans Saint-Pierre sont ridicules ; M. Rauch de Berlin en ferait de meilleures.
Le vestibule a trop Tair mondain ; il y faudrait absolument quatre grands tombeaux, c*est-à-dire le souvenir de la mort mêlé à celui d'un grand homme. Quelle belle idée pour la i*eligion !
Il manque dans Saint-Pierre un orgue digne d'un tel vase.
Saint-Pierre, éclairé au gaz et par une seule masse de lumière placée au-dessus du grand autel, présentera peut-être un jour un spectacle dont nous n*avons pas d*idée. Mais de quel mot profane viens-je de me servir? Présenter un spectacle! Uélas ! les beaux jours de Saint-Pierre sont passés ; pour y avoir du plaisir, pour y trouver une émotion profonde, il faut d'abord être croyant.
Les combles de Saint-Pierre et l'église souterraine mériteni fort d'être vus, mais je n'ose retenir le lecteur plus longtemps. Je sacrifie vingt pages de petits faits qui m'intéressaient beaucoup en les écrivant.
Grotta-Ferrata, 2 décembre. — Avant-hier nous sommes |i venus à Rome tout exprès pour voir les Grâces, groupe célèbre de Canova. Voici la traduction d'une lettre que j'ai volée à madame Lampugnani, cette femme si naïve, si fière, si belle ei si jeune ! Celte froideur étonnante qui augmente le charme de sa figure n*esl pas celle qui montre l'impossibilité des passions, mais leur absence. Rien ne semble digne de donner de l'émotion ^ Envoyant tant de beauté et tant d'impassibilité
1 Ce caractère est souvent joué en Angleterre, par exemple; mais il ne proHnil d'effet qu'autant qu'on le croit sincère.
grande comme une église, est séparée du reste de Saint-Pierre par des glaces ajustées entre les barreaux de fer de la porte. Elles préservent du froid les vieux prêtres qui viennent chanter ici les louanges du Seigneur, et les soprani qui les aident de leurs aigres voix. La voûte est ornée magnifiquement, on dirait par un sculpteur grec, tant on y aperçoit de figures nues qui se détachent en blanc sur un fond d'or. Ces ornements outragent à la fois Fesprit et la lettre du christianisme ; mais ceux qui ordonnèrent ces figures à Giacomo délia Porta, mort vers 1610, n*en savaient pas davantage. Les convenances n'avaient pas encore fait ces tristes progrès qui, aujourd'hui, confinent dans le genre ennuyeux les artistes qui travaillent pour TÉglise.
Le dimanche matin, vers midi, on voit réunies devant cette porte de fer beaucoup de jolies Anglaises donnant le bras à . leurs tristes maris. Ces messieurs ont d'énormes moustaches. Les étrangers finissent par se connaître tous de vue. Les castrats de 1820 sont pitoyables; Rome a grand besoin d'un pape ami des arts, autrement on n'y viendra plus. La seule belle voix de ce genre était à Dresde il y a six ans ; aussi y avait-il toujours foule à la messe du roi.
En face de nous, au fond de la nef que nous suivons, on distingue de loin une mosaïque assez bien exécutée, d'après la Transfiguration de Raphaël. A cause de l'absence de clairobscur, on ne distingue pas le sujet d'aussi loin que celui de la Communion de saint Jérôme; mais le grand nom de Raphaël enlève l'admiration, et l'effet produit est magnifique. Ce n'est qu'en 1758 que cette mosaïque a été placée ici.
Nous avons remarqué en passant le tombeau de Léon XI, Médicis, qui occupa la chaire de saint Pierre pendant vingtsept jours, en avril 1605. Lorsqu'il était cardinalice pape avait été envoyé par Clément Vïlï au roi de France Henri IV, pour
14« ŒLVIIKS I)K STKMiHAL.
ri^e^ïiir Ae sch iiiaiiift la raUfication de* condilioni au vrii deêquellen le mini'$iége lui accordait VaHolulion de» censures. Le ba»-relief qui r(?préiM*nte cette misMon du cardinal de Médicif( vM de TAlgardc, sculpteur, qui, plac<* dan» une école num% mauvaine» u*<*ût pa» été mm talent». Il a (ait les troi» %iskHii** obligée* de (;e tomlieau.
Ohii d*Innocent XI, Odeficalcbi, mort en 1080, e»t d'un MTulpteur bourguignon, Etienne Monol. Ui ban-relief est relatif à la levée du HÎége de Vienne par les Turcs.
PCouH arrivouH û la cliapelle Clémentine, ainsi nommée de (!lénte!it VIII, qui la (il construire. U mosaïque de Tautel, diaprés André Sacchi, représenti! un des miracles de saint Grégoire le Grand, dont h* corps est placé près de là.
La croisée nutridionale, ainsi que celle du nord, est terminée en cul de four, (U)mnie disent les architectes. On y voit \o fameux Crucifiemenl de saint Pierre du Guide ; c*est une copie en mosaïque de ce tableau célèbre que les victoires d'Italie avaient amené à Paris, el que Waterloo a renvoyé au troisième élagt; <lii Valif^an. Le Guide, rempli de l'idée des statues grecques, n'a pas donné ù son saint Pierre le corps d'un porlefaix. (l'est sonvenl le défaut du Guerchin et des autres grands peintres de l'école <le Hologne.
L\'iiit(;l à gauche présenle un tableau de Spadarino. C'est sainli^ Vahh'ie qui apporttr sa télé à sainl Martial, évêqiie, pendant qu'il céli'hre la uHîsse. On peut s'arréler devant le lahleau voisin : sainl TlioinaH veut loucher le côté de Jésus- Christ (je suis toujours surpris que ce grand acte de philosophi(^ Hoii repréHenli' <lans les églises). Cette mosaïque est faite d'après un tahh^au de M. Cammuccini, que Ton regarde à Rome <oniine h» plus grami peintre vivant. Ses ouvrages sontils comparables è ceux de MM. Gérard, Gros, Delaroche et autres illustres Français ? On dit que M. Cammuccini a beaucoup
uidéà la réputation de M. Tborwaldsen, et que M. Thorwatdsen n'a pas nui à la réputation de M. Cammuccini. La diplomatie fait la moitié du talent des artistes modernes.
En avançant vers le fond de Téglise, on remarque» entre deux colonnes de granit noir, une porte toujours ouverte ; elle conduit à la sacristie bâtie par Pic VI.
Nous sommes arrivés ensuite à un effroyable tombeau. Un énorme squelette de cuivre doré soulève une draperie de marbre jaune; c'est le dernier ouvrage du Bemin. Là repose Alexandre VII, Ghigi. Le pape est à genoux; on le voit entouré de figures de femmes qui représentent la Justice, la Prudence et la Charité. Le Bemin avait osé montrer la Vérité dans toute la simplicité de son costume ; on Ta revêtue d'une draperie de bronze.
Je ne nierai pas qu'il n'y ait ici \m certain feu d'exécution qui attire les regards du peuple. J'ai souvent vu devant ce tombeau huit ou dix paysans de la Sabine arrêtés bouche l)éante. Mais ce qui est fait pour toucher le vulgaire révolte mes amis. Voici la grande difficulté des arts et de la littérature au dix-neuvième siècle. Le monde est rempli de personnages que leurs richesses appellent à acheter, mais à qui la grossièreté de leur goût défend d'apprécier. Ces gens sont la pâture des charlatans. Les succès qu'ils font étouffent la réputation du peintre homme de talent. Ueureux cet homme de talent s'il ne devient pas envieux et méchant! 11 faudrait prendre son parti et travailler pour le gros public ou pour the happy few. On ne peut plaire à la fois à tous les deux. Je dirais aux artistes : Les Mémoires d'une contemporaine ont trouvé d'abord un bien autre succès que les pamphlets de Courier.
Les paysans de la Sabine, après avoir considéré l'énorme squelette doré du tombeau d'Alexandre VII, retournent dans
leurs montagnes bien meilleurs calholiques. Voilà un effet que notre clergé de France n'entend point lorsqu'il proscrit la musique et les beaux-arts; les plaisanteries de Voltaire lui font trop de peur. Il faut que le peuple respire la religion par tous les pores M Avant qu'on défendît le Requiem de Mozart à Saint-Sulpice, j'y voyais des gens fort peu dévots.
Sous le tombeau d'Alexandre Vil est la porte qui ouvre sur la place Sainte-Marthe. M. le cardinal Spina nous disait avanthier qu'il faut entrer dans Saint-Pierre par cette porte; le premier coup d'œil est plus singulier. Voilà une idée anglaise.
Près de là est un mauvais tableau de Vanni, qui représente la Chute de Simon le Magicien. Le sujet de ce tableau n'étant pas admis officiellement par l'Église, on ne l'a pas traduit en mosaïque.
Sur l'autel de saint Léon le Grand on voit, entre deux colonnes de granit rouge oriental, un bas-relief de l'Algarde, que quelques personnes regardent comme son chef-d'œuvre. Saint Léon détourne Attila, roi des Huns, de continuer sa marche vers Rome, en lui montrant saint Pierre et saint Paul irrités contre lui. Il ne faut pas se souvenir du même sujet traité par Raphaël. Je ne conçois pas en vérité comment M. Gicognara a pu faire des grands hommes de tous les tristes sculpteurs qui ont rempli l'intervalle entre Michel-Ange et Canova. Ce sont d'habiles ouvriers dans le genre de M. l'abbé Delille, et rien de plus. Plusieurs ont bien connu la coupe du marbre comme lui la coupe des vers. Je me rappellerai toujoui*s avec plaisir la description de la Pèche à la ligne par M. l'abbé Delille. On trouvera de même quelques jolies petites statues de l'Algarde. Bien des gens préféreront la Pêche à la ligne au récit de Cinna :
Jamais contre un tyran entreprise conçue, etc.
La médiocrité de tous ces sculpteurs vantés par M. Cleognara ne vous semble-t-elle pas confirmée par le tombeau d'Alexandre VllI, Otloboui? De Rossi a fait le pape en bronze, la Religion et la Prudence en marbre. Le bas-relief qui représente une Canonisation faite par Alexandre YllI en 1G90 a beaucoup de réputation. Est-ce là le nxème art que celui qui a produit les tombeaux des Médicis à Florence?
Après ce tombeau on arrive à celui de Paul III, et au fond de réglise, dont maintenant nous avons fait le tour.
Une réflexion triste domine toutes les autres. Le gouvernoment des deux chambres va parcourir le monde et porter l<' dernier coup aux beaux-arts. Les souverains, au lieu d(* songer à faire une belle église, penseront à placer des fcuids en Amérique pour être de riches particuliers en cas do chute. Les deux chambres une fois impatronisées dans un pays, jo vois deux choses : V elles ne donnerout jamais vingt millions pendant cinquante ans de suite pour faire un monument comme Saint-Pierre ;
2^ Elles amèneront dans les salons une foule de gens fort estimables, fort honorables, fort riches, mais privés par leur éducation de ce tact fin nécessaire pour les beaux- arts. Je souhaite à ceux-ci de pouvoir se tirer de ces trois malheurs.
Si jamais Ton voulait finir Saint-Pierre, il faudrait remplacer tous les mauvais tableaux par des mosaïques exécutées d'après V Assomption et le Saint Pierre du Titien, la liésurreetion du Christ d'Annibal CaiTache, la Sainte Cécile de Raphaël, le Martyre de saint André du Dominiquiu (fresque à Saint- Grégoire, à Rome), la Déposition de Croix du Corrége (au nuisée de Marie-Louise, à Parme), la Descente de Croix de Daniel de Volterre (à la Trinità de' Monli à Rome), etc., etc.
Je préférerais à beaucoup de ces tableaux des mosaïques
f4n (KllVnRS DK RTBNnilAr.
e\iculé*t d'MprèA ccriAliion partie» den (h^ de MkiMi' Ange à In SUlinoi Ici on Ioh verrait ; rnnU on m 4 wltÙé ce ttUh (in, comme! Je pro|ioftnh celle \â6o h men rompagocm* étf voyage. Presque ionien len hlnlnen pinciW dan» Haini-Pfmr' M>nt rldlcnlcH ; M. Dandi de Derlln en ferait de melllmireft,
liC vi*»(lhnle a trop Tnlr mondain ; il y faudrait abftolaimni qnalre griuid» (ontheanx, c*eHl-à-dirc le iiouvenlr de la mari méifi (I celni «rnii grand liomme. Quelle belle idée pour la n" llgion !
Il mampie daim Saliu-riern; un orgue digne d'un t<d vaae«
Saint-IMerre, (k;lairi* au gax et par une aeule maMie de lamiêro placide au-deHtiUH du grand autel, présentera pettt4trr un Jour un M|iectacle dont mm n'avona paa d*ldée. Nala àe quel mot profane vleim-Je de me itervir? Pré$enUr un »pecUtcUÎ \\v\m ! le» beaux Jour» de Haint'Pierre »ont pa»»é» ; pour y «voif du plabir, pour y trouver une émotion profonde, Il faut dV bord être croyant.
I^*» crmible» de Saint-lMerre et régll»e »outerraine mt'^'itetu f(»rt d'(>lre vuh, iiiaK Je n*oM; retenir le lecteur plu» longtemp». Je Macrille vingt |inge» de petitn failn qui m'int/?re»»aient beati' coup en le» écrivant.
(Uuttih'Vf.t\nhth, *i iMcembre. — Avant-bler non» Mimrne» venu» a Home tout expri^» pour voir le» (irâreH, groupe célèbre de Canova, Voi(!i ta traibiction d'une lettre que J*ai volée k mailame f^ampugnani, cette fi'mme »i naïve, »i i\h(*^ »i belle et hI Jeune ! dette froideur étonnante qui augmeiitit le cbarme de »a figure n'e»t pa» celle qui montre rimpo»»ibilité iU^ pa<^ »ion», mai» leur ab»ence, \\\m ne »emble digne de dfuimrr de rémotion*. Envoyant tant de beauté et tant d1mpa»»ibilité
* cMncUtn e*i tKmfent Jmi^ m Sn%\(ti(trfêt pur (tftnfAf: mi»« il ne priMnil tVcffH t\n*imUnî qn'rm \f^ etoH nïwhf*
pour UMil ce qui esl commiui,^ l*èlre le plus calme ne peut se défendre d'ua momeot de rêverie. Après ce portrait de i>eiutre, voici soD esquisse du cheM'oeuvre de Canova :
« Carissima Soretla,
< Je n ai pas rencoutrë, dans tout notre voyage d'Italie, do statue qui m'ait fait Timpression du groupe des trois Grâces do Canova. Ces charmantes sœurs ont beaucoup plus d'esprit qu'aucune des Vénm que nous connaissons^ ce groupe esl d'ailleurs d*une décence parfaite. Les trois statues sont do grandeur naturelle; la diférence d âge est bien marquée.
< Les trois sœurs, légèrement enlacées dans les bras Tmio de Tautre, sont représentées dans un de ces moments de joie et d'amitié vive et folle que Ton trouve, loin des regards des hommes, chez les jeunes filles d'ailleurs les plus retenues. Le sculpteur est indiscret de les avoir ainsi' représentées; mais c'est la faute de Fart, et non pas celle de ces jolies sœurs. U\ plus jeune des Grâces demande à sa sœur aiuée un baiser que celle-ci lui refuse, et que la seconde essaye de lui faire obtenir*.
« En considérant ce groupe du vrai point de vue, on aperçoit de face l'aînée des Grâces, et les deux autres sont vues de profil. Le bras droit de l'aînée des sœui's est abandonné sur l'épaule de la seconde et s'y repose avec amour, tandis que de sa main gauche elle presse doucement la taille de la plus
^ Reniai*(]ue du irdductcor. 11 fallait une sensibilité exquise pour que la grâce pût naître, et en même temps une action extrêmement peu importante; autrement, puisqu'il y a sensibilité profonde, la passion aurait paru, et la grâce n'eût plus été qu'accessoire, comme dans les divines madones du Corrége. Rappelez-vous les fresques et le musée de Parme, ou mieux encore celui do Dresde.
148 (KUVHES IIK STENDHAL.
jeuiK» et loiiipère ainsi la rigueur du refus quelle lui faiiëproQver. \a} seul Caiiova ;ui monde était digue de faire cette main qui protège et caresse tout à la fois. L'atiiée des Grâces, qui, dans rinteuliou du sculpteur, doit dernier Tidée de la grâce noble, a un air de raison et de majesté que tempère une beauté touchante.
« Je trouve plus de pliysiononiie et de mouvement à la seconde; sa tôle, toute sa personne, sont remplies d'expression; son sourire et son regard s|)irituel caressent comme ses jolies mains; avec Tune elle essaye de faire baisser la tète à sa sœur ahiée. Du reste, comme elle ne demande ni ne refuse, elle est dans Tattitudc du repos, une jambe passée devant Tautre. 11 y a dans cette pose une aisance, un abandon qui est presque de la volupté; une nuance de plus, et les hommes y verraient peut-être 1 habitude de la coquetterie.
« .L» troisième Grâce a quelque chose de renfonce; mais ce n'est point Tair étourdi, c'est Tingénuitc tendre. Elle a posé avec une aimable confiance sonf bras droit sur Tépaule de sa sœur ainée, et de sa maui gauche, qu'elle appuie légèrement sur la poitrine de cette sœur chérie, elle la presse de lui acrorder le baiser qui fait le sujet de Faction. De cette main s'échappe un voile léger qui achève la peinture morale de la Grâce si différente de la Volupté, et cache une partie des charmes (le la sœur aînée. Le torse un peu penché de la plus jeune des sœurs donne une admirable variété au gi*oupe, et ne laisse voir que ses jolies épaules point trop maigres, ce que demandait cependant le très-jeune âge de cette aimable fille.
« Peut-être cette longue description vous fera-t-elle regarder avec phis de plaisir la gravure de ce groupe que vous trouverez dans ma lettre. Remarquez que lors<iue Ton est au point de vue, rensemble présente tous les détails de la plus parfaite des femmes.
« L'intérêt de ce petit drame, la plus jeune obtiendra-t-ellr un baiser? est suffisant pour animer la scène, mais point a^sez vif pour faire oublier les formes, etc., etc. *. »
3 décembre. — Je viens d'entendre prononcer d'une manière délicieuse ces jolis vers latins :
Tu semper amoris Sis memor, et cari comitis ne absccdat imago *.
Val. Flaccus.
Ils ont été adressés à Frédéric par un de nos amis allemands qui retourne chez lui, et que nous sommes allés accompagner jusqu'au Ponte-Molle. Je l'aimais tant, que je croyais occuper la première place dans son cœur. Mais j'ai bien vu, au ton des adieux, que Frédéric était le préféré. Il a raison.
5 décembre 1827. — La vérité tiisie et crue sur beaucoup
1 C'est ainsi que^ dans ce qae les Français appellent une comédie do caractère, le Misanthropey par exemple, l'intrigue est suffisante pour animer la scène, mais point assez vive pour faire oublier la peinture ni le développement du caractère bourru d'Alceste et de la coquetteri< de Gélimènc. ^ Il va sans dire que cette explication n'est point dan^ la lettre de la belle Milanaise, à laquelle je crains bien d'avoir fait perdre toutes ses grâces en l'abrégeant. L'italien ose être passionne. Malgré le manque d'unité, cette langue vivra, car elle fournit des paroles à la musique, et elle ose exprimer naïvement la passion. L'italien parlé se compose de huit ou dix langues absolument différentes. Le patois milanais n'est compris de l'habitant de Gênes que par la ressemblance qu'il peut avoir avec l'italien écrit, qui n'est en même temps la langue parlée qu'à Rome, à Sienne et à Florence. Dans la seule ville de Naples on G(^mpte quatre langues différentes. Il y a ici de la sensibilité et pas de vanité. En Italie, on ne songe au voisin que pour s'en méfier ou le hoir.
* Del nostro amore c dol caro compagno, dch ! non ti fugga la rimembranza.
IjO (KUVHKS de STKiNDUAL.
(le chose» ue se reucoutre à Paris que daiis la eunversalioii (le quelque vieil twoné dliuuieur acariÀire. Toul le reste de la société se plaît à jeter un voile sur le vilaiu côté de la vie. L'excès du déguisement devient quelquefois ridicule parmi les {;eus qui ont eu le malheur de naître très-nobles et très-riches; mais eu général cette manière de représenter la vie fait le eliarme de la société française.
Le Romain ne déguise par aucun compliment Yâpreté du réel de la vie. La société dans laquelle il vit est semée de trop de dangers mortels pour qu'il s'expose au risque de faire des fautes de raisonnement, ou à celui de donner de faux avis. Son imagination devient folle à chaque découverte d'un malheur inconnu. Elle veut tout voir d'un premier coup d'oeil, el ensuite tâcher de s'y accoutumer.
Ce respect pour la vérité et la permanence des désirs sont, ï notre avis, les deux grands traits qui séparent le plus le'Romah du Parisien. Paul disait fort bien hier : cette sincérité, )M)ui nous inusitée, de la société romaine, lui donne un premier aspect de méchanceté; elle est pourtant la source de la bonhomie Votre ami ne vous reçoit pas chaque jour avec une nuauc< différente. Cela troublerait la rêverie el le dolce far nientCy qu sous ce climat sont le premier des plaisirs, et le terroir ferlih dans lequel gerine la volupté.
L(;s iteuitles sont inintelligibles les uns poiu' les autres. L mot de bonhomie italienne vous w lait hausser les épaules cette bonhomie lue l'esprit.
(Juand il s'y appliquerait curieiisenienl toute sa vie, un Uomuin, honuue d'esprit, un Gherardu de Hossi> un K*\ n(i par viendrait jamais à se figurer l'étendue de la légèreté parisienne \ chaque moment, ne pouvant arriver à la vérité, il supposcv rait de l'hypocrisie dans l'objet de ses observations.
Madame N*** nous disait ce soir : Le plus grand phiisir di
▼oyageest peut-être Vétannemeni du retour. Je vois qu'il doune de la valeur aux êtres et au\ choses les plus insipides.
Ou ne pourra s'imagiuer counattre uu peu la Rouie aclU(*lio que lorsqu'on sera dans l'habitude d'avoir de fréquentes conversations avec des gens du pays. Il ne laul pas choisir ses iuierlocuieurs dans le primo ceto. Lès ge^is fort riches et fort bien élevés des pays étrangers ont à peu près les manières et le caractère des Français de la cour de Louis XV. On trouve chez eux une vanité très-susceptible, assez ordinairement de la politesse un peu lourde, du reste une absence presque complète de toutes les passions et de toutes les habitudes qui donnent une physionomie locale.
Nous leur trouvons le défaut do nous singer un peu. Un bourgeois milanais, dandy de son métier, portait l'épaule en dedans, parce que la dernière estampe du jtmrnal des modes de Paris avait cette f;mte de dessin.
Frédéric, l'homme sage de notre petite caravane, est parvenu à nous lier avec des bourgeois aisés, mais non pas riches. Nous n'avons pu obtenir que des négociants; car ceux des Romains qui vivent de leurs rentes éVitent par peur toute espèce de rapports avec les étrangers, qu'ils supposent toujours mal vus par leur gouvernement. Ils sont moins curieux et plus prudents. Tout ce qui tient au commerce ne se gène point pour maudire la façon de gouverner de Léon XII.
Uu des amis de Frédéric consent quelquefois à venir prendre une tasse de chocolat avec nous. C'est un Romain de la vieille roche, je veux dire un honnne dont le moral était formé avant 1797 et l'établissement de la républùjuc romaine. Quoique très-libéral au fond, il croit presque à un grand nombre de miracles. Son grand-père, qui l'a élevé, était entré dans le monde vers 1740, et y croyait tout à fait. '
Notre ami nous raconte que dans son enfance on allait voir
à Saint-Paul le fameux crucifix qui parla à saiote firigite; autre crucifix de saiute Marie Transpontine s'était entret plusieurs fois avec saint Pierre et saint Paul. Un jour, la 1 donc de Sainl-Gôme et Saint-Damien au Forum (cette ég singulière qui fut autrefois le temple de Bémus et de Romu reprit aigrement saisit Grégoire, qui passait devant elle s la saluer. Cette scène a été mise en vers latins Ml y a quel