LE NOUVEL HOPITAL DE BERGEN
JusQUE-L.\nos Sœurs avaient dû, faute de ressources pour construire un hôpital, se contenter de soigner les malades à domicile. A peine reçu par mes chers coopérateurs de ]Bergen et installé par les bonnes Sœurs, j'allais apprendre jusqu'à quel point ces zélées auxiliatrices avaient déjà su gagner les sympathies de la population.
i;mhi: chhistiama i:t ukiuihn.
Une (lôpulaliou ûc incck-cins vijil donc nu' lioiivcr cl nie dcinaiuli», avec les plus vives instances, de fonder un Jiôpital.
« — Impossible pour le inonieiU, loin- dis-je. Le terrain nécessaire, nous l'avons bien ici. à côté de noire église; mais il a maintenant
PLAN DU NOUVEL HOPITAL SAINT-FRANÇOIS (voir p. 129).
une valeur de 50.000 francs, et pour construire un hôpital qui fût en rapport avec la valeur de ce terrain et avec une population de près de 70.000 Jiabitants, il nous faudrait un capital d'au moins 120.000 francs; et nous avons à peine 2.000 francs. »
« — Faites un emprunt sur votre propriété, me répondirent-ils.
128 l'UOMENADES i:\ NORVÈGE.
Nous VOUS j*ar;iiilissous (|U(' vous 1 auiTz cl ([uc les recellcs du nouvel hôpital suriiroiil ji payci- les iiiU'iTls cl ;i amollir le capilul à bref délai. La yiilc ii a i)as d liùpilal convenable. Tout le monde viendra chez les S(eurs, laiil par néccssilé (jue par sympiilhie. » Comme je ne [)()uvais |)as me détider, ils ajoulcrenl: « — Tenez, Monseii*ncui\ i)()in- vous prouver ({uelle confiance nousmêmes nous avons dans ralïaire, et comment nous apprécions vos religieuses, nous ;i<>us ol'lVons à leur louer a nos frais une maison pour y installer une clinique provisoire, jus([u"à ce que le nouvel hôpital soit terminé. Xous mettons comuie seule condition, qu'elle recevra le jiom de « clinique catholique ».
Je fus vraiment touché en voyant cette générosité chez des protestants, et je leur promis de traiter la cpieslion avec mon Conseil.
Le lendemain j'eus une tentation terrible. Un spéculateur vint nous offrir d'acheter notre propriété, y compris l'église 3aint-Paul, pour 500.000 francs! On démolirait le tout et on y construirait des maisons modernes, le quartier étant devenu, depuis qu'on avait acheté le terrain pour peu de chose, le quai'tier noble de la ville. Quelle tentation !
Nous irons nous loger dans un quartier moins élégant, nous y construirons église, presbytère, hôpital, et il nous restera du pain sur la planche !
Mais je nie souviens que le bon Père Stub. enfant de la ville de Bergen, converti au catholicisme, devenu religieux Barnabite, supérieur provincial de sa congrégation, puis missionnaire en Norvège et à Bergen Jusqu'à la fin de ses jours, a parcouru l'Europe pendant des années et des années pour recueillir de quoi acheter ce^errain cl y construire cette belle église et ce presbj^tère. Je me rappelle que, lors de sa mort en 1892. le roi et le gouverneur nous accordèrent d'emblée pt gratuitement la permission d'enterrer son corps derrière le chœur de sa chère église, en ajoutant que ce noble fils de Bergen avait sacrifié sa vie pour sa ville natale, pour lui donner ce qu'il croyait être le plus grand des trésors, sa religion.
i.Miu: ciMusTiAMA i:t hkik.en. \'2\i
VA je yendrais cette église? .le vendrais le corps de notre Père StiibV .le laisserais démolir le sanctuaire du Très-Haut? Jamais! Ce sérail une profanation. jU'slons i)auvres. mais restons .catholiques!
Le bon Dieu est riche, il saura bien nous procurer de quoi construire notre hôpital. En cela nos prêtres, nos Sœurs et moi, nous élions d'accord dès le premier moment.
lit le boji Dieu ne nous a pas abandonnés. Après m'être concerté avec qui de droit, nous contractâmes un grand emprunt. Ce fut à la fête de saint Joseph, 19 mars 1898.
Oh! comme nous avons [)rié ensemble, missionnaires et Sœurs, avant de signer les obligations ({ui engagent la mission pour une somme si énorme! Mais tout était bien pesé, et alors nous pouvions espérer que saint .losepli nous serait un bon père.
Le même jour nous 'ouâmes une maison pour y ouvrir la «clinique catholique » provisoire. Dix-neuf mois plus tard, le 22 octobre 1899, j'inaugurais le nouvel hôpital, qui est déjà occupé jusqu'à la dernière place. Dieu seul sait ce qu'il m'a coûté de travail et d'angoisse, ce que les esprits de ténèbres ont suscité de difficultés pour ruiner cette œuvre du Seigneur, présage de tout le bien que cette maison est appelée à produire.
Fromenades en Norvège.