‹ Promenades en NorvègeChapitre 43 sur 72 · PARTIE DU GEIRANGERFJORD (voir p · texte numérisé non relu

PARTIE DU GEIRANGERFJORD (voir p

pour être entraîné, mais assez léger pour être remué par le mouvement de l'eau. Perpétuellement agité, ce bloc usait peu à peu la partie la plus molle du rocher sur laquelle il reposait, et y perçait un trou ordinairement circulaire, dans lequel, poussé pai* la cascade qui s'y engouffrait, H exécutait une danse, qui ne cessait qu'au moment où la pien*e elle-même était enfin usée ou la cascade tarie.

17J I noM.'AADI.S F.\ NOIlVKCr:.

Ces j)iiil.s, (fiii souvciil ;illcij4ii;ii(iil une pioroiidiiii- énorino, sonl appelés Manniles di- (iénnls. Il y en a hcaucoiip cii Norvège, eu Aliciiia^iK'. cl iiiOnic eu l-raiice.

\'()ilà ee (pie nous expliquait Monsieur le curé de I^M-gen, autorité non eoiileslée dans celte spécialité, l^^t moi. jetais heureux de l'écouter religieusement pour nie l'aire oublier mou escapade. Mais laissons les Marmiles de (léauls; il y a bien aulre chose à voir.

AU GEIRANGERFJORD

TE ne crois pas ([uil y ait eu Europe un panorama plus grandiose que celui qui s'ouvrit tout à coup devant nous.

Des montagnes géantes, argentées par la neige et les glaces, se dressent devant nous, à droite et gauche, à perte de vue. Nous tâchons d Cil dégager le Flydalshorn, le Yindaashorn, le Saathorn, le Grindalsnibba. le Laushorn, le Blaahorn. Entre les montagnes blanchissent en haut des gjÈaciers, tandis qu'en bas s'abritent de riantes et verdoyantes vallées. Quant aux cascades, grandes et petites, impossible de les compter.

Et notre route? On prétend que, dans toute l'Europe, on ne trouverait pas sa pareille. Voyez là-bas, tout au fond, à 3.000 pieds audessous de vous, là où convergent ces deux séries de montagnes aux parois tranchantes comme des rasoirs, marbrées de cataractes ; voyezvous ce petit miroir qui reflète toutes ces splendeurs? C est l'extrémité du Geirangerfjord, c'est la mer, qui après avoir brisé et change en presqu'îles et en îles cette armée de montagnes ({ui s'élancent vers le ciel, est venue ici se reposer.

Nous aurions à faire 6 kil. en ligne droile. Eh bien! la route en mettra 15. Elle dessinera, en descendant de terrasse en terrasse, d'innombrables circuits, s'accrochant à des parois qu'on dirait inaccessibles, rampant au bord dj précipices dont nous avons de la peine

i:\THI-: Hl UC.KN KT AAI-KSIM).

à voir \c loiul, enjambant gorges et cascades, < iilivcroisant ses lacels à différents étages, exécutant des zig-zags à faire dresser les cheveux sur la lèle.

Nous descendions au trot, car si les Norvégiens ont peu de nerfs, leurs chevaux n'en ont pas du tout; nui précipice, nul pont vertigineux, aucune courbe, aucune cascade ne les impressionne; on n'a qu'à les laisser filer. Mais nous, en arrivant à Marok. au bord du Gei-

HEI.LESYLT (voir p. 174).

rangerfjord, nous étions tout étourdis par ce que nous avions vu, et pai' rincessant bruit des cataractes. Lorsque, bien tard dans la nuit, Morphée nous reçut dans ses bras a l'excellent hôtel Union, l'orchestre des cascades se mêla à nos rêves.

Il est évident que là aussi il faudra un jour établir plusieurs stations, sur certains points où la vie est plus concentrée, et qu'il nous faudra fonder une station fixe à Aalesund.

Nous décidâmes de nous diriger directement sur Aalesund, ta capitale de tous ces fjords.

171 i'iu)Mi:.\Ai)t:s i:n noiwîcgk.

Après notre <léjcuincr, un pclil baleaii îi yapcur nous prit ù bord pour nous jucncr jusciu'à Ilcllcsylt, au fond du Sundelvfjord, dont le (l(Mranf*erljord est un embranchement. Le Sundelvfjord lui-même est un embranchement dn ^rand Norddalsfjord, ({ui fait suite au Slynffsfjord, au Nordfjord et au Storfjord; ce dernier fjord enfin débouche directement dans l'Océan.

Nous suivions donc l'étroit Geirangerfjord dans toute sa longueur. Parfois une cascatelle nous tombait sur la tête en pluie fine.

Notre aimable capitaine montrait les endroits intéressants.

« — Voyez-vous, par exemple, celle belle ferme suspendue là-haut à une hauteur de 1.500 pieds? C'est la ferme de Skaggeflaa. Vous ne croiriez jamais que là, entre ces deux parois à pic, dont l'une monte jusqu'au ciel tandis que l'autre descend directement dans la mer, il y a une terrasse avec des champs et des prairies. Aucun senfier n'y conduit. Il y a quelques années seulement, on n'y pouvait arriver que par une échelle. Quand le propriétaire la retirait, ni gendarme, ni huissier ne pouvait l'atteindre, et comme il a dans son petit royaume tout ce qu'il lui faut pour vivre, aucun blocus ne l'effrayait. Voulait-on monter quelque chose de lourd, c'est un gros fil de fer long de 500 mètres et attaché à une roue qui effectuait le Iransport. Dans les derniers temps le gouvernement a forcé le propriétaire à construire une sorte d'escalier, mais qui oserait s'y hasarder? Dernièrement cependant une jeune Anglaise, piquée par la curiosité, tenta l'aventure. Elle atteignit en réalité la ferme; mais, lorsqu'il s'agit de redescendre, elle n'en avait plus le courage. Que faire? Le fermier lui proposa de la suspendre au fil de fer pour la descendre. Refus énergique.

« — Eh bien, dit-il, mets-toi dans cette caisse, et je te porterai en » bas; mais, si tu bouges, je te lâcherai, et tu ne reverras plus jamais » le brouillard de Londres. »

» Un geste impérieux du bonhomme acheva son discours. Miss Smith se laissa donc enfermer dans une malle. Le vigoureux campagnard mit la précieuse charge sur son dos, et sans sourciller alla la dé-

ENTRE BERGEN ET AALESUND

poser dans sa barque. Miss ne retournera plus le voir, soycz-cu sûrs. »

Nous arrivâmes juste pour le dîner à Hellesylt. petit nid de touristes dans un site grandiose, où débouche une seconde route venant de Falejde sur le Xordfjord, et d'où part le chemin qui doit nou.s mener par le fameux Xorangsd;d à Oeie. Décrire tout ce que cette vallée eut à nous montrer de sauvage, les flancs escarpés et les blanches cimes du Trj'ggestadnakken, du Staven. du Kjeipen, des

'rn^LÎ^^lXS^- 1-'

LE NORAKGSFJORD (\Oir p. 1 76

Smorshredtinder. du Middagshoru. du Klokseggen. ce torrent qui tantôt disparaît dans des souterrains, tantôt se précipite en fureur au fond dun lac: les énormes amas de blocs tombés des flancs des montagnes, les misérables huttes à demi creusées dans le roc et qui servent aux pâtres de refuge contre les avalanches et les chutes de pierres, décrire tout cela, cest impossible. Cela se regarde, s'admire, se peint, mais ne se décrit pas. En le voyant, nous n'osions presque pas en parler, de peur de profaner ces tableaux par des paroles incapables de les rendre.

A AALESUND

Ari\i:s nous être rcix)sés à Oeie, à l'hôtel Union, situe piltoresquenient au bord du Norangsfjord, un autre bateau à vapeur vint nous prendi'e pour nous promener à travers le Norangsfjord aux murs compacts de granit, à travers le Jormidsljord aux murailles hachées et aux pyramides d'une hardiesse incroyable, et enfin à travers tout un archipel d'îles jusqu'à l'important port de mer Aalesund, où nous rejoignons la grande ligne des bateaux qui desservent les côtes entre Bergen et Trondhjem.

A Aalesund je retrouve en même temps Jes régions décrites antérieurement dans ma Tournée pastorale en Norvège (p. 172).

Comme notre exploration, proprement dite finissait à Aalesund, notre confrère de Bergen nous quitta pour regagner son cher troupeau.

Pour ce qui regarde Aalesund, centre intellectuel et commercial d'une immense population, c'est la première station fixe à laquelle nous devons songer Dieu sait quand ce sera possible! En avant vers le Nord! -

Page 1