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2()S I'11(»mi;nai)i:s i:.\ nohvi.c;!:.

l'oiiiNii (•(>|)(n(i:inl (|iic ma |)clilc sdur Nciiillc encore iirv accoiiipn^iicr, C/csl (|ii illc y a eu de .^raiulcs l'i-aycurs. Je vais vous ra- ( oiilci- les Tails.

l'ii dimanche, nous axions célébré, an milieu de nos sympalliicjues l)aysans. la sainle Messe et le Sa! ni. Moi j'avais oriicié et prêché, elle avait eiianlé.

« — Julienne, lui dis-je. jirorilons dc> la soirée pour faire une petite excursion dans la montagne. Il y a encore t)eaucoup de Traiscs, et les myrtilles sont déjà mûres également. »

C'est accepté. Elle nie confie la cafetière traditionnelle, tandis qu'elle loge dans son petit panier tout ce qu'il faut pour un souper champêtre. Bientôt, nous gravissons les sentiers escarpés de nos chères montagnes. A nos pieds le lac, bordé d'îlots, encadré de riantes prairies et de jolies fermes; tout autour de l'horizon se montrent des cimes élincelantes dans leur parure de neige. De temps à autre mie petite pause, i)our reprendre haleine et pour cueillir en même temps notre dessert parfumé. Nous voilà arrivés au terme. Tout niotre répertoire de cantiques norvégiens,, français et allemands a été égrené, en attendant que la cafetière, suspendue à une branche d'arbre audessus d'un foyer improvisé, veuille bien bouillir. •

Le souper est terminé, les grâces dites. Monseigneur s'accorde mie petite sieste et Mademoiselle s'éloigne pour se faire une nouvelle provision de myrtilles.

Tout à coup, j'entends un appel désespéré. D'un bond j'atteins la crête du rocher qui m'empêchait de voir ce qui s'était passé. Ma pauvre sœur est étendue dans la bruyère et pousse ^des cris à fendre l'âme, tandis que j'aperçois, mais sans pouvoir le distinguer, un animal, qui gagne le large avec une vélocité stupéfiante. Ma chère sœur se calme et tâche de se relever; mais pâle comme la mort, elle tremble à faire pitié.

« — Julienne, qu'est-il arrivé? »

« — Ah! ah! » fait-elle sans pouvoir dire un mot.

CH(F.UR RESTAURÉ DE lA CATHÉDRALE DE TRONDH.IEM (voir p. 203).

Pfomenades en Norvège,

m: ciiiiisriAMA a tuondiuim. ma noMsnALEN. 211

Vile je cours chercher hi cafelière il lui eu achuiiiistre une bonne tasse. Celle infusion loni(iue hii reml la parole: i

« — Voici ce (jui est arrivé, lui cucillanl des myrtilles, j'ai mis le pied sur (juclque chose de vivant, qui s'est mis à grogner, ù gigoter, à sauter, et moi je suis tombée de frayeur. Ahl ah! »

Elle avait tout simplement réveillé un lièvre cpii, à l'ombre de la bruyère, faisait sa sieste tout comme moi.

On s'imagine le reste. Pauvre Julienne, pauvre lièvre!

J'ignore les résolutions prises par le lièvre à la suite de cette avcntm'e; il s'est enfui trop précipitamment pour me les communiquer; mais Mademoiselle m'a fait part des siennes, me déclarant que rien au monde ne la ramènerait dans un pays hanté par de tels monstres.

Il me restait cependant quelque espoir. Notre frère, vicaire général du diocèse de Dacca, au Bengale, nous écrivit, en 1899, que son évêque l'enverrait en Europe pour les affaires de sa mission, et l'avait engagé à profiter de l'occasion pour aller se retremper en NorA'ège.

« — Dis donc, fit ma sœur, après avoir lu cette lettre, si nous remmenions à Selbo, où l'air est si bon? Et puis, toi-même, tu voudrais certainement voir le nouveau clocher et les nouvelles cloches de notre chapelle? »

« — C'est très bien; mais, tu sais, il y a les monstres! »

« — Monstre toi-même, qui ne penses pas à mes petits gamins et à mes petites filles de Selbo ! Si nous n'y retournons pas bientôt, ils deviendront païens. »

Et voilà comment le « zèle apostolique » rend héroïques même les âmes les moins courageuses.

Notre cher frère arriva donc Tété passé, tout miné par les fièvres du Bengale. Quelques semaines suffisaient pour le faire revivre. Ma sœur se promettait des merveilles d'un séjour de convalescence à Selbo. Quand ils partirent, comme mon devoir m'appelait dans les régions arctiques, je fis à mon frère des adieux pour l'éternité; le Bengale est si loin de la Norvège! Huit jours plus tard, j'administrais la confirmation à Hammerfest, à plusieurs centaines de lieues de

2V1 l'UOMJi.VADHS A- .\(>HVi:(iI!. i

Si'Ibt). A'[i»\vs II' service, on iiic l'cmil une dépêche: «" Frère à lu morl Iléiiiorrhiigie ;iHieiise. .Iiilieiinc. » Gmiid Dicii! et moi au l)oul du niDude, lx)rc('' de visilei* eiicoie plusieurs slalioiis! Mais le devoir avanl loui:

lùiiiu les. visites pastorales sont leniiiuées, et je l'evieiis en toute hfde vers Selbo. Mon Irèie \n un jx'u mieux, mais garde encore le lit: lua pauvre sœ-ur est brisée [k\v la laligue et les veilles. Ces chagrins, surveiianl après lanl dagilalion. et ce voyage forcé m'occasionnèrent une terrible eongesliou cérébrale (pii laillit m'enlever, et yolKi notre petite sœur entre les lits des deux frères, qui étaient à peine cji état de parler, au bord d'un lac dans la montagne, loin de tout médecin!

Glière enfant, jamais vos frères, l'un retourné maintenant en pleine santé au Bengale, l'autre moins Jjien rétabli, mais remis sur pied^ n'oublieront, ce que, pendant ces jours de douleur, vous avez-fait pour eux!

Et voilà ce qui lait que Selbo n'a plus tant d'attrait pour ma sœur.

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