‹ Promenades en NorvègeChapitre 63 sur 72 · GENS DE CIRQUE ET DE THEATRE · texte numérisé non relu

GENS DE CIRQUE ET DE THEATRE

JE ne puis songer sans étonnement au grand nombre de pauvres âmes étrangères à ce pays qui y ont itrouvé ou retrouvé la foi. Ainsi nous avons eu la consolation de recevoir à Christiania plusieurs Israélites faisant partie du personnel de cirques exotiques. Et comme si Christiania était devenue leur ville natale, ils continuent à nous

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écrire cl à nous ciilrclciiir de leurs lainillcs, de Icui's joies et de leui's peines. Plusieurs dentre eux sonl devenus de véritables apôtres parmi leurs collègues, et. lorsque leur troupe revient à (Christiania, ils nous amènent ceux qui .sont catholicjues, et nous signalent ceu\ qui ne remplissent pas leurs devoirs. Plusieurs fois déjà nous avons eu, au temp5 pascal, des connnunions générales de forains et dai-tistos de Ihéàtre, des premières connu unions et des confirmations solennelles de leurs enfants.

Les pauvres bohèmes, eux aussi, nous considèrent comme leurs amis, parce qu ils savent que, loin de les mettre à la porte, nous nous occupons sérieusement de leurs âmes.

Un jour, une troupe entière voulait se confesser à l'église de Saint- Olaf. Nous nous rendons tous, mes prêtres et moi, au confessionnal. Mais mipossible de leur donner labsolution; ils ignoraient les dogmes essentiels de la foi. Xous dûmes les renvoyer. Une heure après, la Irouçe entière nous relançait chez nous.

« — Monseigneur, me dit leur chef, nous voudrions recevoir le bon Dieu. Xous sommes catholiques; mais, en pays catholique, on nous regarde comme des mécréants. Cependant, nous aussi, nous avons des âmes et nous voudrions arriver au ciel. Vous, vous êtes des missionnaires, vous ne nous chasserez pas. »

« — Mais certainement non. Seulement, il faudrait avant tout que nous vous instruisions. »

« — Merci, merci! Dieu vous en bénira! »

Il fut convenu immédiatement qu'ils viendraient chaque jour. Nous les divisions entre nous par âge et par sexe, et, pendant trois semaines, ces braves gens vinrent chaque jour apprendre à sauver leurs âmes. Et quand ils nous quittaient, ils allaient ensemble à l'église pour prier le bon Dieu de leur montrer le chemin du ciel.

Les trois semaines passées, il y eut des confessions à entendre, des enfants à baptiser, des mariages à bénir ou à revalider. Pour la communion générale, nos Sœurs avaient revêtu de robes blanches et roses les petites communiantes admises pour la première fois à la table sainte. Enfm. j'administrai solennellement la confirmation à tous

vv,ux (lui avaient l'âge. Qu'ils étaient hcui*eux, et (fue nous éliona heureux nous-mêmes!

Depuis, Saint-Olaf paraît être devenu la paroisse de tous les bohèmes; les premiers néophytes auront sans doute raconté à tous leurs confrères qu'à Christiania on les accueillait charitahleinent.

Dès leur arrivée à la capitale, ils viennent à l'évêché:

« — Donnez-nous votre vaisselle à réparer; cela ne vous coûtera rien, car vous nous aimez. »

Et puis notre mission recommence, et nous nous félicitons de la confiance que ces gens nous accordent.

Que de fois, en adressant la parole aux élèves d'un séminaire, je leur ai dit:

« Quand vous serez dans le ministère, n'oubliez pas que les comédiens, les gens de cirque et les bohèmes ont comme nous une âme immortelle créée pour le ciel. Ne les chassez pas. Nous allons découvrir les lépreux pour les consoler, et nous refuserions notre secours à ces frères catholiques, qui vivent au milieu de nous? Si parfois ils ne valent rien, nous devons les remettre sur le bon chemin. Du reste, j'ai découvert parmi eux des âmes si belles, si pures, si parfaites, que j'ai dû baisser les yeux en les comparant à la mienne. »

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