MISSIONNAIRES ET LAPONS
■p)LUT à Dieu que nos pauvres I.'apons fussent aussi accessibles à ■' notre action que les bohèmes!
Du christianisme, les Lapons n'ont pour la plupart que le baptême et les préjugés protestants contre le catholicisme. Il y a encore chez eux une infinité de pratiques païennes. Leurs superstitions dépassent tout ce qu'on peut imaginer de plus absurde. Ainsi celui qui, au printemps, entend le premier chanter un oiseau, s'attend à être couvert de
LE NORD DE LA NORVÈGE
boutons et (reczémas. Celui qui dcrîuii,'c uni' pie, se ressentira de sa Tengtnuu't'. Lorsqu'un hibou se perche sur le toit d'une hutte, lors-
JEUNES LAPONS AVEC LEURS RAQUETTES (voir p. 248).
qu'on voit une flamme bleue au-dessus d'une tente, c'est un présage de mort. Lors d'un mariage, celui du jeune couple qui entre le pre-
2 18 l'HOMICNADliS EN NORVÈGE.
niioT à ri'f^flisc ou mol le premier sa cuillère dans la « bouillie de la iioco », mourra cfjaiemenl le premier. Avant de boire de l'eau d'une soui'ce ou d'uiie rivière, il faut faire une prière poui* conjurer le mauvais esi)iil (h' la source ou de la rivière.
11 n'y a pas (jue les Lapons qui soient superstitieux. Les vrais Norvégiens ne leur cèdent en rien sur ce point. Aussi lorsque ces braves protestants, en parlant de notre loi et de nos cérémonies, nous accusent tle superstition, il nous est facile de leur répondre, en lem* mettant sous les yeux les pratiques ridicules et les idées saugrenues qu à chaciue instant on rencontre chez eux, même dans les classes supérieures,
11 n'y a pas longtemps, dans un discours public, le prince Bernadotte lui-même ne craignit pas de fixer la date de la fin du monde en s'autorisant de certaines voix mystérieuses, entendues, disait-on, en Laponie. L'heure fatale sonna; des villages entiers attendaient « l'ai'rivée du Seigneur »; femmes et hommes avaient mis des vêtements blancs et tenaient en main leur lampe à pétrole pour recevoir le divin Epoux et l'aicoompagner au ciel. Naturellement il n'arriva pas, et la déception fut bien grande.
Ce que nous pouvons faire pour nos Lapons est bien peu de chose. Dans toute la Laponie proprement dite nous n'avons que trois prêtres. Vous devinez jusqu'où peut s'étendre leur action. Ils font leur possible pour instruire ceux qui viennent à la station. Mais il faudrait pouvoir les suivre dans leurs pérégrinations perpétuelles, devenir nomades avec eux, et c'est ce que nos missionnaires, qui ont à desser- A'ir des stations fixes, ne peuvent pas encore faire, au moins pas autant qu'ils le voudraient.
Du reste, il faut avoir la foi forte et la peau peu tendre pour vivre, même quelques jours seulement, sous un toit lapon. D'abord la propreté est une vertu inconnue des Lapons, et toutes les fois qu'on revient d'une visite chez eux, il faut se mettre immédiatement à faire la chasse à certain gibier peu intéressant.
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Mais l étranger est traité avec une hospitalité exquise. Aussi longtemps qu il est dans une hutte ou sous une tente, la cafetière ne ({uittc pas le foyer au milieu de la hutte. En son honneur, toute la famille met du sucre dans le café. Madame prend d'ahoi-d le gros morceau (le sucre commun, en mord sa part et le passe au prêtre, qui suit son exemple. S'il fait des compliments, madame reprend le sucre, en mord un second morceau et le jette dans la tasse du prêtre: « - Tu ne dois pas te gêner, prêtre; fais tout comme chez toi. » La grosse question, c'est de le loger. Les Lapons comprennent qu'il ne peut pas coucher pêle-mêle avec eux et les chiens. Dans l'île de Magerœ, dont le Cap Nord fait partie, il y a plusieurs catholiques. Quant notre curé de Hammerfest va voir ses paroissiens, on construit une chambre exprès pour lui. On renverse une barque, il rampe sous ce toit improvisé, se couvre de son plaid, met son voile de moustiques sur sa figure et dort comme un bienheureux.