L'ADOUCISSEMENT DES MŒURS
ment et moins profondément dans leur système nerveux.
Il suffît de lire quelques anciens procès-verbaux de torture pour se rendre compte de l'insensibilité extraordinaire de certains patients. Assurément, et quelle qu'en soit la cause, la chair humaine, depuis plusieurs siècles, s'est sensibilisée, et pareillement l'imagination humaine.
Une langueur s'est répandue sur l'humanité, assez semblable à celle qui, à un certain moment, accabla les Romains. Mais, doués tout de même d'un fond de dureté, c'était par la mort qu'ils échappaient à la souffrance. Nous avons recours aux anesthésiques. Le chloroforme, l'éther, la morphine ont été des agents puissants dans l'évolution de notre sensibilité ; mais ce sont des causes récentes. Il y en a de plus anciennes, qui sont sans doute permanentee ou périodiques. S'il est également difficile de les trouver ou de les imaginer, du moins en voit-on assez clairement les effets.
Les mœurs ont pour base et racine la sensibilité. C'est pourquoi il sera plus sérieux de dire, — au lieu de : adoucissement des mœurs, - — évolution de la sensibilité. *