‹ Promenades litte?raires, 2 se?rChapitre 17 sur 23 · CLAUDE D ESTERNOD · texte numérisé non relu

CLAUDE D ESTERNOD

Mille farceurs et mille masques,

Sur leurs petits tambours de basques,

Te chanteront en leur planplans;

Le frifri de nos lichefrites

Et le gloug-lou de nos marmites

En bouilleront plus de mille ans.

Régnier, Bertheiot et Sigongne (i) Et dedans l'hostel de Bourgogne Vautret, Valerant et Gasteau, Jean Farine, Gautier Garguille Et Gringalet et Bruscambille (2) En rimeront un air nouveau.

Souris en leurs tendres cassines, Pitois, belettes, martes, foynes, Et les chats en leur miaou, ^ Les oyseaux en leur tirelire, Nous entendrons chanter et bruire Tes prouesses sur le filou.

Tu es plus fine, vieille drogue.

Que Moregard, cet astrologue Qui fit jadis un roi en Pair.

Tu es plus fine que la Brousse Et queCésard, qui va en housse Dans le sabat, comme un esclair. . .

Cette verve burlesque se maintient pendant trois cents vers, et, à vrai dire, r Espadon tout entier, même — et surtout ~ quand l'image devient lupanaresque, sonne en le plus amusant cliquetis de mots et d'évocations bizarres. Dans ce genre, il faut citer encore la prosopopée du Juif errant :

(i) Voir plus loin les notes.

(2} Acteurs, pitres ou chanteurs populaires.

Je me nomme le Juif errant ; Je vais de çà de là courant, Mon logis est au bout du monde :

Tantost je suis en Trebisonde Et puis soudain chez le Valon.

Ma teste aussi n'est pas de piom, Car je suis né dessus la lune.

Je vis au soir le roy de Thune Et aujourd'huy le prestre-Jan,..

Je suis un homme de toute heure j Ores nouveau^ ores ancien.

Ma patrie est où je suis bien.

Son étrangeté parfois tourne à la bouffonnerie ; ainsi le récij de la consultation qu'il a du requérir d'un médecin, — lequel

Escorche la langue latine

Gomme un boucher fait un mouton.

On n'en peut guère indiquer que le passage où il maudit la « haquenée » coupable,

Qui a donné plus de véroles Que l'océan n'a de sablons.

Femmes ou filles, bourgeoises ou damoiselles, il las aime toutes et les méprise toutes, et voici son opinion en une strophe fort curieuse :

Amour, tes plus douces paroles Et tes aubois (i) sont les pistoles.

Si tost que ce soleil reluit,

(i) H[autbois.

CLAUDE d'eSTERNOD

L'on voit trembler les pucelages, Gomme pendant les grands orages Les arbres tremblent jour et nuit (i).

Il est d'une fécondité rare en images bizarres. Que les femmes préfèrent les actes aux mots :

Car au regard des damoiselleg, Les paroles ce sont femelles Et les effects hommes d'Etat.

Entêtement des femmes ] elles disent :

Et quand bien nous aurions du lait dans les mamelles, Nous prouverons encor que nous sommes pucelles.

Il nous montre une dévote

Qui porte un habit fait d'hymnes et d'oraisons... Son poil entremêlé, comme le grisouris.

Est l'habitation des bienheureux esprits.

Si d'Esternod avait voulu brider sa « phantaisie » et s'appliquer au langage à la mode, il eût, tout comme les autres poètes de son temps, estimés des professeurs de littérature, ordonné de placides odes amoureuses, témoin ces quelques vers d'un Prélude adressé à Galiste :

Toutes les fables sont muettes Et les Gontes du temps jadis Ne m'ont fait croire au paradis

(i) Cf. La Fontaine :

La clef des coffres-forts et des cœurs est la même.

Sur la cime où vont les poètes. Je n'ai bu jamais à 'la piste D'Apollon ni de ses neuf sœurs ; Et si j'ai gousté des douceurs.

C'est sur la bouche de Caliste.

Le nectar que j'ai pour remède Et pour amorce à mes fureurs Passe Teau de ces discoureurs Et la boisson de Ganimède . . .

Il reste d'intéressant à noter dans l'œuvre du seigneur de Franchère la Satire du temps à Théophile. Attribuée souvent à un poète nommé Courval ou à un sieur Nicolas Bezançon, elle est bien plus probablement de l'auteur de V Espadon, mais d'un d'Esternod vieilli et assagi, qui ne retrouve un peu de verve que pour défendre ses amis littéraires. Elle est curieuse en ce qu'elle rapporte les opinions qui couraient dans les cénacles de (( jeunes » vers 1619. Après avoir loué le grand Théophile,

Esprit hermaphrodite, esprit qui se fait voir Dans ses doctes escrits vray démon de sçavoir,

il commence le chapelet des critiques que profèrent contre les maîtres tous ces a rimasseurs »,

Ghampig-nons avortés des humeurs d'une nuit, tous ces imberbes sots qui

Comme de jeunes ours sont conduits par le nez.

CLAUDE d'eSTERNOD

Voilà se que disaient les « jeunes ours » :

Ils disaient que Malherbe emperle trop son stile,

Supplément coustamier d'une veine fertile,

Et qu'ayant travaillé deux mois pour un sonnet

Il en demande quatre à le remettre au net;

Que ses vers ne sont pleins que de paroles vaines

Et de la vanité qui bout dedans ses veines. . .

Ilsblasment, desgoutez^ l'iris de Delingendes (i),

Disent qu'il estoit bon pour faire des lég^endes,

Et que trop familier, vuig-aire et complaisant,

Pour se rendre plus dur il parle en paysant. . „

Disent que Saint-Amant (2) ressemble le tonnerre,

Tanstot voisin du ciel et tanstot de la terre;

Que les vers de Hardy (3) n'ont point d'égalité,

Que le nombre luy plaist plus que la qualité,

Qu'il est capricieux en diable, et que l'Estoile (4)

Prend un peu trop de vent qui enfle trop sa voile :

Qu'il se hasarde trop, et que, mauvais nocher.

Il ne cognoit en mer n'y coste n'y rocher.

Ils disent, quant à moy (5), que je n'ay point d'estude,

Que tantost je suis doux et tantôt je suis rude;

Que Ronsard est pédant, et que tous les auteurs

Qui furent de son temps n'estoient/qu'imitateurs ;

Qu'ils ont tout desrobé d'Homère et, de Virgile,

Ils n'ont pas seulement espargné l'Evangile.

(i) Né à Moulins, mort en 1616. Il s'agit ici des Changemens de la bergère Iris, poème en cinq livres, tout en strophes de six vers de huit syllabes, dédié à la princesse de Conti.

{2) Cf. Les Grotesques.

(3) Alexandre Hardy, Parisien (i56o-i63o).

(4) ïClaude deLestoile, sieur de Saussey, mort en 1662. On trouve ses vers dans : Recueil des plus beaux vers de Malherbe, Racan^ etc. (1627) ; Nouvelles Muses des sieurs Godeau^ Chapelain, etc. (i633) ; iftt^es illustres de Malherbe, Théophile^ etc. (i658).

(5) D'Esterfîod.

Mesme ils disent de toy (i) que ton esprit malsain

S'extravag-ue souvent au cours de son dessein ;

Que Garnier (2) sentie grain reclus, et que Porchère (3)

Mercenère au profit, met sa muse à l'enchère ;

QueCygoïgnes (4), Régnier (5) et l'abbé de Tyron (6)

Firent à leur trespas comme le bon larron :

Ils se sont repentis, ne pouvans plus mal faire. . ,

Disent que Maileville (7) avecque sa Glytie,

Divin, métamorphose une rose en hortie;

Jappent après Racan, envient son renom :

Trouvent son vers barbare autant comme son nom;

Que Gombault (8) embrassant la façon d'Italie,

Par son Endimion a délaissé Thalie ;

Que Nasse (9) est un censeur et qu'il n'est satisfait,

Tant il est plein de vent, que de ce qu'il a fait. . v

(1) Théophile.

(2) Non pas sans doute Robert Garnier, mort depuis plus de trente ans, mais Claude Garnier, gentilhomme parisien, ami de Desportes et de Vauquelin des Yvetaux, auteur de : les Royales Couches

; TAmoar victorieux (1609); la Muse infortunée (1621^), etc. Il fit de beaux vers d'une forte concision :

Fléchirais- je aux corbeaux,avoué par les cygnes? (3 Non Porchère d'Arbaud, mais Laugierde Porchère, mort nonagénaire en i653; ses vers se trouvent dans l'Académie des modernes François (1699); le Temple d'Apollon (t6ii); Cabinet des Muses (1619), etc.

(4) Sig0ênes, poète licencieux dont on trouve les vers dans : Cabinet satyrique; Délices satyriques (1620) ; Parnasse satyrique, etc. Mort en 161 1, gouverneur de Dieppe.

(5) Mathurin Régnier.

(6) Desportes, abbé de Tyron,

{7) Claude Maileville, Parisien, mort en 1647» Ses poésies parurent en 1649, chez Courbé.

(8) Jean Ogier de Gombauld, poète huguenot, mort très âgé en 1666. Son Endymion, roman, est de 1624.

(9) Inconnu. Il y eut un Rasse des Neux, médecin et bibliophile, dont on sait quelques vers burlesques.

CLAUDE D ESTEIINOD

Rien n'évite leurs coups. Ils disent que Bartas (i) La terre avec le ciel emmoncelie en un tas ; Qu'il veut parler de tout et que sa poësie Est aujourd*huy, sans plus^, toute rance et moisie. .

Et pour clore réouméralioUj d'Esternod fgit

profession de foi, dévoile ses goûts de poète :

Chaque sorte de vers demande un style à part, Selon la gravité qu'un sujet lui despart. Sot le musicien dont la note est pareille, Puisqu'un son varié contente mieux Fpreille . Tantost la fluste est propre et tantost le haut-bois. Le cerf du premier coup ne rend pas les abois ; Il courte il se repose : ainsi la poésie Diverse esg-aie mieux l'humaine phantaisie.

Tel est Fabrégé de VEspadon satyrique^ — abrégé infidèle^car les traits obscènes ont dû t'être épargnés,

p : Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère .

D'Esternod pourtant ne voulait qu'être vrai et moraL et c'est peut-être mal que d'ombrer ainsi la moitié de sa face; il avait de grandes prétentions: celle de tracer de la pointe de son espadon (2) «un

(1) Guillaume Salloste du Bartas-

(2) Le frontispice du volume représente un Satyre brandissant une lourde épée, ou espadon. Il n'est, dit Henry Fagot :

// n'est personne qui n'admire De voir dans la main d'un satyre , VEspadon^ comme je Vy voy^ Et que l'antiquité le die S'il s'est veu dedans l'Arcadie Un satyre armé comme toy.

épitaphe immortel » ; de rendre, « avec sa généreuse flamberge, le monde net d'ordures, comme Hercule la terre des monstres ». Ainsi s'est-il exprimé avec un naïf orgueil dans sa dédicace à un inconnu. Ces illusions, des contemporains les encouragèrent : Nicolas Faret, Jacques Mauginelle, Henri Fagot, le sieur de Boissat prônèrent r Espadon. Boissat dit :

Espadon digne de mémoire, Qui, profitable à son ouvrier, Sers plus de burin pour sa gloire Que d'instrument pour son mestier, Jamais ton atteinte n'est vaine ; Mais tu frappes avec douceur, Puisque la trempe est Hippocrène Et un poëte ton fourbisseur.

D'Esternod eut toute licence de faire imprimer ses vers, car il vivait dans un temps où les hommes étaient libres de s'avouer hommes, où chacun écrivait sous la responsabilité de sa conscience, disait franchement sa pensée en tels termes qu'il lui convenait ; l'autorité, après avoir lu des satires dont la plus douce entraînerait aujourd'hui de rigoureuses prisons et la flagellation hypocrite des môniers, — que d'Esternod haïssait ferme, — délivra cette cédule au libraire :

CLAUDE d'eSTERNOD

(( Permission. — Il est permis au sieur Jean L'Autret d'imprimer ce livre intitulé V Espadon satyrique, avec defFences en tel cas requises. — Fait à Lyon, ce 25 avril 1619. — Du F AjjzET, lieutenant pai^ticiiUer. »

Et c'était juste, car il s'agissait d'an homme de talent, d'un poète qui a pu dire de soi-même, el nul ne l'en démentira :

Sans dérober d'autruy fig-ure ny méthode, Suivant mon sens commun, je travaille à ma mode.

LES GRANDS SUCCÈS DE THÉÂTRE

AU XVIÏe SIÈCLE

Quel rapport y eut-il, au siècle classique, entre le mérite d'une pièce de théâtre et le succès qu'elle obtint près du public? Les histoires de la littérature française ne donnent aucune indication sur ce point; ces louables ouvrages, pressés de fixer pour l'utilité des candidats les caractères du beau universitaire, ne s'arrêtent pas à scruter Tanecdote, même la plus instructive. Cependant l'anecdote, qui est un fait, a un intérêt à quoi ne peut prétendre le jugement du meilleur professeur. On a dit que la meilleure histoire de France serait un recueil critique des textes de l'histoire de France ; la meilleure histoire Httéraire est la collection des œuvres de la littérature française, mais la partie critique serait formée des plus sérieuses anecdotes; et j'appelle anecdote les trois lignes d'un registre qui nous disent que BritaanicuSy joué le i5 décembre

1669, ^^^^^ représentations et que VAlcibiade de Gampistron, joué le 28 décembre i685,^ en eut vingt-neuf et peut-être onze de plus encore, si Ton en croit Fauteur lui-même. Le public du xvii^ siècle, plus restreint et plus solide que celui qui nous éprouve, n'était pas plus infaillible : il ne représente que fort mal la postérité. On s'est donc donné la peine de relever, dans des ouvrages particuliers, quelques titres et quelques chiffres. Cela peut faire plus utilement réfléchir qu'un gros traité sur l'incertitude des jugements humains.

Le plus grand succès du grand siècle, le seul qui approche de nos grands succès démocratiques, échut à une tragédie, Timocrate, de Thonias Corneille (i656), tirée de l'histoire d'Alcmène, dans Cléopâtre^ le roman de La Calprenède. Elle fut jouée un hiver entier et les comédiens s'en lassèrent, avant le public, après 80 représentations. Cela équivaut sans doute à trois ou quatre cents représentations de nos jours; Timocrate est assez exactement à tous les points de vue, à celui de la décadence aussi, le précurseur de Cyrano de Bergerac.

LES GRANDS SUCCES DE THEATRE

Une comédie, le Mercure Galant de Boursault (1679)5 approcha de ce succès et même l'atteignit si Ton encroitia tradition anecdotique, mais il faut sans doute défalquer du chiffre total les 18 de la reprise de i683; reste 62 (i).

Loin après ces deux triomphes assez ironiques, viennent :

La Devineresse ou les Faux enchantements ou Madame Jobin, comédie par Th. Corneille et de Visé (1679) : 47-

Andromède^ tragédie, par P. Corneille (i65o):

Esoue àla ville^ comédie par Boursault (1690) :

Le Malade imaginaire^ comédie-ballet (2), par Molière (1673) : /f2.

Circé, tragédie avec des machines, par T. Corneille et de Visé (1675) : 4^-

Sganarelle ou le Cocu imaginaire, comédie (3), par Molière (1660) : 4o.

(1) Les chiffres en italique indiquent, jusqu'à la fin de l'article, le nombre des représentations d'une pièce.

(2) Interrompues à la quatrième par la mort de Molière, le 17 février, les représentations reprirent le 4 mai, Rosimont faisant Ar-

(3; Cf. la Cocue imaginaire^ par F. Donneau, comédie non représentée, imprimée en 1662, in-12.

Le Chevalier à la mode y comédie (i), par Dancourt (1687) : ^o.

Crispin musicien^ comédiepar Hauteroche (i 674)5

Aicibiade, tragédie, par Campistron (i685) :

Psyché, tragédie-baliet en vers libres, par Molière et Corneille (1672) : J^.

L'Ecole des Femmes, comédie, par Molière

La Toison d/or, tragédie mêlée de danses et de musique, par P. Corneille (1661) : 3o.

L'Ambigu cohiique, ou les Amours de Didon et d'Eiiée, tragédie avec des intermèdes comiques, par Montfleury (1678): 20.

L Inconnu, comédie, avec prologue et divertissement, mêlée de danses et de musique, par T. Corneille et de Visé (1676) : 28 ^

Régulas, tragédie, par Pradon (1688) : 28.

A ces pièces il faut joindre celles qui n^eurent

(1) On ne mentionne pas différentes pièces en un acte de Dancourt et d'autres. Les tragédies et comédies notées sont toutes en 3 ou 5 actes.

(2) Le chiffre est contesté, mais non le grand succès de cette tragédie. ,

LES GRANDS SUCCES DE THEATRE

d'abord qu'un petit nombre de représentations, mais dont le succès s'affirma à une proche reprise; et aussi celles, plus nombreuses, dont le succès immédiat, certifié par les contemporains, n'a pas laissé de traces précises. Une liste de ces comédies et tragédies donnerait les noms et les titres les plus inattendus, les plus obscurs, parmi les plus illustres :

Aimer sans savoir qui, comédie, par d'Où ville (i645).

Alexandre le Grand, tragédie par J. Racine (1666). .

U Amour caché par U amour ^ tragi-comédie, par Scudéry (i634).

Amphitryon^ comédie avec un Prologue, par Molière (1668).

Andromaque, tragédie, par J. Racine (1667).

Antigone^ tragédie, par Rotrou (i638).

LeBélissaire, tragédie, par La Galprenède (lôBg).

Bellérophon, itragédie, par Ouinault (1670).

Les Captifs, comédie par Rotrou (i638).

Le Cid, tragédie, par P. Corneille (i636).

Commode^ comédie, par T. Corneille (i658).

Corm/iéî ou le Silence, ou le jugement d'amour, pastorale, par Hardy(i6i4).

Demetrius, tragédie par AubryCiôSg).

Démocrite amoureux, tragédie, par Regnard (1700).

Le Déniaisé, comédie, par Gillet (1647)- Le Docteur amoureux, comédie, par Le Vert (i638).

Le Docteur amoureux, comédie, par Molière (i658).

Don Quichotte, comédie, par Guérin (i638). Etc., etc.

Après cette liste, véritable guide d'un lecteur adroit qui ne voudrait pas perdre son temps sur des sujets dédaignés par le public, ce juge souverain, il serait bon pour plus de précision de signaler les pièces connues qui n'eurent aucun succès, ou un succès restreint ou tardif, sans mesure avec l'estime qu'ils ont trouvée dans la postérité. Ce chapitre ne serait pas moins instructif que le précédent. .

V Avare, comédie, par Molière (1668).

Bajazet, tragédie, par J. Racine (1672). Le Bourgeois gentilhomme, comédie, par Molière (1670).

LES GRANDS SUCCÈS DE THÉÂTRE

Britannicas^trsigédie, par J. Racine (1669). Bon S anche d'Aragon^ comédie héroïque, par P. Corneille (i65i).

Les Femmes sçauantes, comédie, par Molière (1672).

Le Misanthrope, comédie, par Molière.

Phèdre et Hippolyte^ tragédie, par J. Racine (1677).

Au cours de ces recherches, on a relevé plusieurs titres singuliers, ou qui paraissent d'hier, ou jolis, ou qui témoignent de Tétonnante liberté d'allure ou de mœurs, de la fantaisie et de Timprévu qui régnaient à une période que Ton a voulu nous faire croire rigide et toujours à perruque et canons. Le théâtre du xvii« siècle va de la farce de carrefour à la tragédie biblique et de Tattellane à la pastorale pieuse, partout admirable et riche d'une sève qui éclate en extravagances de fleurs et de fruits. Il s'agit surtout de la période d'avant Racine. Pour cette liste on est remonté jusqu'aux dernières années du xvi^' siècle :

Adolphe ou le Brigand généreux^ tragédie, par Le Bigre (i65o).

La Bague de l'oubli, comédie, par Rotrou (1628).

Beauté et Amour, pastorale allégoriqne, par du Souhait (1596).

La Belle plaideuse, comédie, par Boisrobert

La Casaque, iarce, par Molière (i664).

Le Carnaval de Venise, comédie, par Dancourt (1690).

Les Charmes de Félicie, pastorale, par Montauban(i65i).

Les Deux Courtisanes, comédie, par Davost (Inconnue).

La Dame médecin, comédie, par Monfleury (1678).

Les Délicieux amours de Marc-Antoine et de Cléopâtre, poème dramatique par Belliard (1578).

Le Divorce, comédie, par Davesnes (i65o).

Les Eaux de Pirmont, comédie, par Chapuzeau (T669).

L'Ecole des Cocus, comédie, par Donmont (1661).

Elips, comtesse de Salbery, tragédie, par Flacé (1579).

LES GRANDS SUCCÈS DE THEATRE

Elmire^ ou Vheureme bigamie, tragi-comédie, par Hardy.

UEté des Coquettes^ comédie, par Dancoisrt (1690).

U Heure du Berger, pastorale, par Ghampmeslé (1672).

U Indienne amoureuse, comédie, par Durocher fi63E).

Les deux Pucelles^ tragi-comédie, "par Rotrou (i636).

Les Vendanges de Suresnes, comédie^ par Du Ryer (i635).

Les trois Visages^ comédie, par Villiers (i665).

On trouve dans le théâtre du xvu^ siècle plus d'un titre répété. C'est qu'alors on n'avait aucun scrupule à imiter, à reprendre et même à refaire, à démarquer une œuvre antérieure. De plus certains sujets semblaient si beaux ou si difficiles que c'était un signe de force de les aborder. Non seulement les mêmes titres se retrouvent, mais, sous des titres différents, les mêmes sujets. L'invention est l'exception. Inventer un sujets soin superflu, et même bizarrerie. A quoi bon, alors que tous les

sujets reviennent à beaucoup moins même des fameux Trente-six (i)? On jugeaitaussi que leplaisir pris à la singularité d'une histoire est un plaisir bas, bon pour le peuple qui se fait conter des contes. L'intérêt d'un roman ou d'une pièce de^ théâtre est dans le génie de l'écrivain. Ce qui importe, c'est la broderie, et non le canevas. De là :

7 Achille^ 5 Agamemnon^ 7 Alexandre^ 5 Annibaljl\. Antigone^ 5 Antiochus. 4 Bérénice^ 2 Cid, 6 Ciriis, 10 Cléopàtrej 10 Coriolan, 4 Cornélie, 3 David, 6 Didon, 5 Electre, 4 Esther, 5 Festin de pierre, 7 Hercule, 3 Iphigénie, 5 Manlius, 5 Méléagre, 2 Mithridate, 10 Œdipe, etc.

'Les genres, variés à l'infini, se répartissent en : tragédies, comédies, tragi-comédies, pastorales, pastourelles, bergeries, comédies pastorales, tragédies pastorales, fables bocagères, pastorales héroïques, églogues, pastorales comiques, pastorales sacrées, poèmes dramatiques, mystères, moralités, tragédies lyriques, tragédies burlesques,

(i) Cf. Pûlti, Les Trente-six situations dramatiques.

LES GRANDS SUCCES DE THEATRE

comédies héroïques, histoires, romans dialog'aés, dialogues, entretiens, rapsodies,, ambigus, farces, tragédies-ballets, comédies-ballets, ballets, divertissements, intermèdes, prologues, allégories, parodies.

Des auteurs, pour la même période au nombre d'un peu plus de 4oo, très peu Fêtaient de profession exclusive. Ils sont abbés, avocats, médecins, comédiens, aussi bien que peintres, officiers, apothicaires, selliers. Le théâtre en ce temps-là était une profession ouverte à toutes les bonnes volontés. Presque tous sont demeurés sans gloire et si obscurs que leur existence n'est souvent certifiée que par une ligne sur un registre ou dans un privilège. On en compterait une centaine qui eurent quelque valeur, au moins une lueur d'originalité. Les plus médiocres ne sont pas toujours entièrement méprisables, jusqu'au temps de Racine, en qui la langue poétique mourut dans une perfection stérile. La prose de théâtre se maintint plus longtemps; elle donnera encore, au xviu® siècle, ce chef-d'œuvre mésestimé : la Vérité dans le vin.

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