LA DERNIÈRE MODE » DE STEPHANE MALLARMÉ
Traduction d'une affiche des Folies Bergères (déjà perce le futur et momentané critique dramatique de la Revue Indépendante^ pour qui le verbe^ sur les planches, vient sottement obscurcir les symboles du geste), « Folies-Bergères : Tout : les oiseaux, le tatoué, Lira et Némia, les tziganes, et le caniche gymnaste ; que dis-je ! une opérette, un équilibriste ; les éléments d'une pièce en cinq actes, mais, ô joie! restés à Tétat d'éléments! »
Il ne dédaigne pas de mettre la main aux menus, recommande des cigares qui se dénomment : « Reffalia-Limona-Principe-de-Galles » et des cigarettes, (( Petits canons roses au dubèque aromatique » ^ D'étranges recettes suivent. C'est la fantastique analyse du .G^omèq/^^'^;/^, effroyable mélange de jambon, poulet, crevettes, homard, crabes, huîtres, tomates, citron, riz, piment, etc. C'est le créole Moulongtaniy dont, vers Noël, il révèle le secret, afin d'ajouter à l'antique solennité familière du réveillon « quelque chose commue d'étranger et de moderne ».
On retrouve M . Mallarmé jusqu'en cette pharmacie :
« Sirop pour guérir le rhume. — Si vous voulez, Madame, dont la toux est légère ou très forte,
ne pas troubler par ses accès la fête qui se donne dans trois jours, ou n'inquiéter pas à la maison votre entourage familier, prenez : Mousse de Corse (lichen gélatineux), lichen d'Islande, racines et fleurs de guimauve, lierre terrestre, capillaire, coquelicots (au total, chez l'herboriste, la valeur de dix sous); jetez dans une bouilloire et versez beaucoup d'eau, faites bouillir et réduire, ajoutez un bon quart de sucre, et faites encore réduire, le temps que cela passe d'un état gélatineux à un état sirupeux... »
C'est ensuite un onguent contre les engelures, spirituellement enseigné, puis cette conclusion : « Voyageur, je notai (écrites alors, qui sait? et publiées, maintenant, à coup sûr pour la première fois) ces deux traditions populaires de pays humide^ la Hollande, froid, la Norwège... »
Cette brusque fin de phrase n'est- elle pas comme une signature? Ainsi, en d'autre prose:
« Voici, sans attenter à son intégrité, tiens, une monnaie. » Et en des vers :
Fantôme qu'à ce lieu sou pur éclat assigrie 11 s'immobilise au songe froid de mépris Que vêt parmi l'exil inutile le cyg-ne.
(( Ordonnance, celle-ci et celle-là, de bonne femme ? Certes ; et que la digne personne qui me les dicta,
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expérimentées depuis des âges dans sa famille, aimerait à voi^^nommer ainsi, n'était un sentiment de respectueux souvenir qui m^impose de les signer à cause d^elle: une aïeule. »
En ces conseils sur les fleurs, inutiles, « Une corbeille dejardin au mois d'août )),le poète échappe entièrement à la formule :
(( . . . Une vraie corbeille de plein été sera celle qui tirera de la nature même de ses plantes Taspect poudreux, vaincu et pâli par la chaleur que doit avoir toute chose à cet instant.
(( Tel ce que revêt lapremière plate-bande à droite, à qui entre au parc (de la Muette) par Tavenue de la Reine-Hortense.
« La lassitude entière dePheure est exprimée par la Centaurea candidissima^ feuillage pâle et mat, presque blanchi de poussière, et négligemment le même sur ses deux faces chiffonnées. Tout l'effet de la corbeille se passe entre cette plante et une autre, VObelia Erinens^ qui, .sèche et délicate, elle, avec ses fleurettes d'un bleu dur, va, par des interstices, de la bordure ovale se perdre vers le sommet du tertre. Ton principal: terne ; le raviver maintenant, quelques taches, brusquement et simplement rouges et de feu, sont nécessaires : voici le Pelar-
gonium Diogène (rouge), dont les cinq pétales, consumés et un peu défaits, font aussi place à la feuille du Coleiis beauté de Vilemore, vineuse et verte, et comme atteinte déjà par l'automne. Tout cela jeté sans un dessin précis rencontre une harmonie qui se fait toute seule et brave, habilement parée de leur teinte, les midis et les après-midis d'août. . . »
Les Chroniques.^ uniformément signées a Ix », donnent un Mallarmé tout à fait à Taise, et qui ne s'impose nul déguisement que celui de la signature. Oa'il parle de la littérature, ou du théâtre, ou des riens actuels, c'est toujours avec ce perpétuel inattendu donnant à son style la valeur d'un paysage d'octobre que des nuages, courant en haut de minute en minute, modalisent.
Pour faire connaître une réimpression d'André Ghénier ;
« Comme ce fut l'adorable usage de certaines personnes très riches d'attacher, autour de leurs • bras, à la faveur d'une monture du xix® siècle et d'y mêler aux pierres précieuses quelques rangées admirables de médailles antiques ou de camées, c'est de même qu'on a de tout temps laissé, auprès des morceaux absolus et définitifsd'André Ghénier,
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des vers inachevés, frustes parfois, divins toujours, accusant le profil d'une idée naissante. »
Et à propos d'un livre de vers intitulé le Ha" rem :
«... Par une loi supérieure à celle qui, chez les peuples barbares, enferme véritablement la femme entre des murs de cèdre ou de porcelaine, le poète (dont rautoritéen matière de vision n'est pas moindre que celle d'un prince absolu) dispose avec la pensée seule de toutes les dames terrestres. Jaune ou blanche ou cuivrée, leur grâce est soudain requise par lui, quand il se met à l'œuvre; elle vient former les flottantes figures animant les livres... Secret, ô mes aimables lectrices, maintenant divulgué, de ces heures vides tout à coup et sans cause, et de ces quasi absences de vous-mêmes, auxquelles vous succombez quelquefois : unrimeur quelque part songe à vous ou à votre genre de beauté. »
Couple, adieu, je vais voir Tombre que tu devins.
Un des derniers fascicules de la Dernière Mode contient^ sous le titre général de « Figures d'album », la traduction de la Mariana de Tennyson. C'est le seul travail ouvertement avoué et signé :
Stéphane Mallarmé : poème charmant et où non plus qu'Edgar Poe, si bien revêtu de français par les mêmes et subtiles mains, Termite de Fîle de Wight n'est ni trahi, ni affadi, comme c'est l'usage. Dernière strophe (i) :
« Le moineau pépiait sur letoit, le lent tic-tac de rhorioge et le bruit qu'au vent faisait le peupher, confondait tous ses sens: mais, le plus ? elle maudit l'heure où le rayon du soleil gisait au travers de la chambre, quand le jour percha vers son bosquet occidental. Alors elledit: a Je suis très morne, il ne « viendra^as » ^dit-elle; elle pleure : « Jesuis très lasse, oh ! Dieu ! »
Si plein de surprises, ce journal unique doit être lu jusqu'en ses rubriques en apparence les moins tentantes. Des a Conseils surl'éducation », imprimés sur la couverture, renferment cette jolie page :
« Outre les livres faits pour être avant tout des livres, il y a des volumes composés de lignes souvent parfaites que l'inspiration dissémine au long d'une existence : l'existence brisée, les lignes survivent recueillies par une pieuse sympathie. Tels le Journal, pensées et correspondances de Joséphine
(i) Le poème eatier, revu par M. Mallarmé, a été réimprimé dans un des premiers fascicules du Mercure de France (juin 1890).
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Sazerac de Liniague, morte en 1878. Cette âme, qui m'apparaît très supérieure encore aux brefs fragments laissés par écrit de sa pensée, revient toutefois presque entière aux yeux de quiconque les lit attentivement^ non moins dans les blancs divisant le texte que [dans le texte lui-même... Excellente lecture que celle de ce recueil pendant les années qui suivent la première communion... »
Telles sont les ultima verba — en cette occurrence — de Técrivain ingénieux et parfait entre tous. La Dernière Mode^ hélas! tombe aux mains d'une femme qui en a fait la banale revue liis» toriée de sottises dont il n'y a que trop d'échantillons. Ils avaient du moins, au cours de leur brève existence, ces fascicules bleu-rêve^ prouvé qu'armé de style on peut imprimer sa griffe, même à une recette d'officine, même à la description technique d'une robe, même à la rédaction d'une réclame ou d'une annonce.
Recevoir une telle gazette et à mesure la lire, au jour de sa date, joie que j'envie à ceux qui, en
1874, s'y délectèrent fmais toute la saveur ne s'est pas évaporée, et la valeur littéraire demeure intacte. Quand la Dernière Mode lui échappa, Mallarmé
fut très affecté. 11 se croyait peut-être sur le che-
PROMENADES LITTÉRAIR.ES
min de la fortune, qu'il rêva parfois d'atteindre avec une ingéniosité naïve. Une lettre qui fait partie des papiers d'Albert Mérat, à la Bibliothèque Nationale^ témoigne du désarroi où le jeta la faillite de son rêve. Il écrit, le 29 janvier 1876 : « Mon cher Mérat...
(( J'ai été volé de toute la besogne faite par moi au Journal de Modes où vous aviez été assez charmant pour me permettre de vous reproduire,
« Je ne sais au juste entre les mains de qui va tomber cette feuille, mais tout me fait croire qu^elle va servir à de vagues chantages/ à des mariages et à d'autres combinaisons.
« Refusez donc à tout prix votre collaboration, gratuite du reste, si une personne inconnue vous demandait la faveur personnelle que vous m^avez faite : dépositaire de noms d'amis, j'ai naturellement, lors de la cession du journal, interdit qu'on s'en servît sans moi et je vous prémunis contre toute entreprise mauvaise. Toutefois une ligne de réponse de vous me donnerait quelque force, en supposant qu'on veuille passer outre mes précautions.
(( Au revoir, cher ami; passez ce mot, qui n'est du
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reste qu'une circulaire, à Valade, afin de me dispenser de le recopier à son intention,.. « Au premier jour et bien à vous^
(( Stéphane Mallarmé. »
Ses relations avec Mérat étaient très anciennes. Les mêmes papiers nous en donnent la preuve. C'est sortir bien illogiquement du sujet, mais la lettre est si jolie ! Voici, ayant reçu les Chimères^ ce qu'il écrivait à Albert Mérat, le 6 mai 1866, de Touroon«sur-Rhône. Le papier est élégamment estampé de son nom en lettres rouges, et Fencre est bleue.
((... J'ai, avant de vous parler de votre beau volume, à vous remercier deux fois. D'abord comment avez-vous pu vous souvenir d'un absent? Noos nous étions si peu rencontrés, assez, certes, pour que s'éveillât ma sympathie (que mon isolement et les rares heures où je vois ceux parmi lesquels je devrais être forcent à être pénétrante) mais la vôtre? à vous qui voyez passer tant de vivants et de fantômes?
« Ma rêverie avait été consumée par la lampe des nuits d'hiver, quand je reçus vos vers; et une promenade n'aurait pu restaurer aux objets entrevus
leur réel ni poétique aspect. Le printemps, derrière ces carreaux, me semblait à des millions de lieues. La lecture heureuse de votre livre m'a rapatrié avec ce ciel lointain, je commence à sentir encore les parfums, et saurai me remettre au travail avant quelques jours.
« Voilà mon double remerciement. — Permettezmoi maintenant de vous dire comme ces Chimères m'ont ravi. Cette poésie me donne l'impression d'un treillis délicat et net tendu sur un azur connu, et que j'aime ; ce qui n'exclut pas de longuesfleurs sortant de Tenlacement avec grâce, et apportant du caprice à ces contours et à ce ciel.
(( Ce ciel, peut-être, sera plus créé un jour. Vous me pardonnez ce léger désir, que je n'écris que parce que je sais qu'il est tout en votre pouvoir. Un autre encore, il y a des passages où je préférerais un beau vers à une belle strophe... »
On ferait un bien joli petit volume avec les pages élégantes de la Dernière mode : on en ferait un très beau avec la correspondance de Stéphane Mallarmé. Oui nous donnera cette joie?
M. DE HEREDIA ET LES POÈTES PARNASSIENS
La première livraison du Parnasse contemporain^ recueil de vers nouveaux, contient des poèmes de Théophile Gautier, de Théodore de Banville et de José-Maria de Heredia. C'était le samedi 3 mars 1866, date intéressante pour Thisloire de la poésie française. Ces trois noms, que beaucoup d'autres allaient suivre, représentaient les trois stades de Fart du vers, depuis Victor Hugo et aussi trois générations de poètes. Gautier était né en 181 1; Banville, en 1828; Heredia, en 1842.
Des cinq sonnets qui révélaient le nom d'un poète nouveau, d'un poète de vingt-quatre ans, trois ont été recueillis dans les Trophées, Tun presque sans modifications, les deux autres refaits, et on dirait gâtés, si M. de Heredia avait jamais pu, en le corrigeant, gâter un poème. Les corrections indiquent, cependant, que le poète était alors beau-
coup moins soumis aux règles sévères du genre parnassien qu il ne devait le devenir plus tard ; mais il possédait déjà cette perfection matérielle qui est le signe sensible de son talent sonore.
Les deux sonnets négligés renferment des allusions politiques , Tun à la tyrannie impériale en France^ Tautre à la tyrannie autrichienne en Italie. En devenant unvraiparnassien, unimpassible, M. de Heredia eut honte de ces faibles mouvements de sensibihté. On comprend moins bien pourquoi il a modifié ce beau vers qui se lisait dans la première version de la Conque :
En toi pleure à jamais îa voix sombre des mers,
et pourquoi il lui a donné cette forme banale : En toi gémit toujours la grande voix des mers.
Les corrections sont un piège où se laissent prendrent les amoureux de la forme : ils s'imaginent que la beauté d'un poème sera améliorée par quelques changements de mots. C'est quelquefois vrai, et plus souvent cela n'est pas vrai. Voltaire a dédaigné Tim des rares très bons vers qu'il ait trouvés : il figure dans les variantes à'Alzire,
On devrait se dire aussi que ce qui est fait est fait.
M. DE ITEREDIA ET LES POETES PARNASSIENS
Plutôt que de remanier sans cesse, il faut melUe la main à une œuvre nouvelle. Les peintres appellent les corrections des repentirs; en art, il n'est pas toujours bon se repentir et il vaut toujours mieux oublier. Je pense que le jour où on fera une édition critique des Trophées^ où l'on comparera les premières et les dernières versions de ces sonnets implacablement beaux^ on regrettera presque autant les corrections heureuses que les corrections maladroites. Verlaine nous a appris à aimer une certaine gaucherie et surtout un certain inachevé. Mais il n'était pas besoin de Verlaine : les productions de la nature sont là pour nous enseigner que la beauté a toujours un caractère particulier. La beauté est un excès. Ilnefautpas la confondre avec laperfection,qui estunemoyenne. Ce n'est que par soumission que nous feignons d'admirer les têtes impensantes de la statuaire grecque, aussi mornes dans leur perfection que les figures byzantines dans leur archaïsme, et qui ne sont, en somme, que des problèmes de géométrie résolus en marbre. Il n'est personne, parmi les esprits un peu dégagés du pédantisme de Técole, qui ne leur préfère les têtes de Uonatello et toutes ces faces réelles et vivantes qu'ont multipliées les
sculpteurs d'avant la superstition de la Renaissance. Les nymphes de Jean Goujon, qui ont les jambes trop longues, voilà la beauté dans l'imperfection. Raccourcissez-les, ces jambes, et la beauté sera devenue un modèle académique, ce qui est assez difTérent.
Les parnassiens se flattaient qu'entre leurs mains le vers français avait fait de très grands progrès ; mais ils croyaient aussi qu'il lui restait encore bien des mérites à conquérir. « Grâce à nous, disait M. Catulle Mendès, dans sa Légende du Parnasse contemporain^ qui avons définitivement vaincu les élégiaques et les débraillés, ennemis du rythme et de la langue, les pleurards imbéciles et les cyniques rieurs, enfants dégénérés du grand Lamartine et de l'admirable Musset, grâce à nous, qui avons proclamé et démontré la nécessité de ne pas compter sur l'inspiration seule, de l'exalter par le travail et de l'épurer par la soumission aux règles sacrées, grâce à nous les poètes nouveaux pourront se développer sans entraves. Nous avons préparé la besogne, ils l'achèveront... » Les poètes nouveaux sont venus : ils n'ont pas achevé la tapisserie, ils l'ont défaite. Horreur ! c'est du sein même du Parnasse de parmi les adorateurs chevelus de la rime riche
M. DE HEREDIA ET LES POETES PARNASSIENS
qu'est sorti Fimpertinent qui devait appeler la rime, « ce bijou d'an sou » !
Le Parnasse était une réaction naturelle et utile contre le romantisme sentimental, et son véritable initiateur avait été un romantique à demi-corrigé, Théophile Gautier lui-mêine. Il avait encouragé Théodore de Banville qui, dès 1842, avait donné ses Cariatides : lui-même réunit bientôt en un petit volume ses Emaux et Camées (1862); enfin parurent, en i853, les Poèmes antiques de Leconte de Lisle. Le romantisme sentimental était mort; le Parnasse allait naître, qui est un romantisme froid, impersonnel et hautain, surtout quand ses poètes sont Leconte de Lisle et M. de Heredia, son disciple. Ce mouvement nous délivra très heureusement des lacs poétiques aux flots harmonieux, des jeunes filles pâles au regard fatal, des jeunes hommes larmoyants, des faux désespérés dans le genre de celui qui exhale, dans la Nuit d'Octobre^ des plaintes si naïves. On représente quelquefois, à la Comédie-Française, ce dialogue chimérique où plane Fombre surannée de George Sand : c'est une poésie de décadence, et plus, de décrépitude, qu'on ne peut plus entendre sans malaise. Rien n'est plus choquant que ces pleurs et ces confidences publi-
ques. Il faut aller entendre réciter cela pour comprendre la nécessité de la réaction parnassienne : ce fut un mouvement de pudeur.
Quand M. de Heredia publia ses premiers sonnets, la réforme était accomplie. Il s'agissait de la faire connaître au public qui semblait, à cette époqucparticulièrement réfractaire . C'est à cettebesogne difficile que se voua tout d abord la précoce activité de M. Catulle Mendès. Après avoir fondé
Revue Fantaisiste, il imagina le Parnasse contemporain, La guerre suspendit leseftorts du groupe nouveau, mais dès que Fon se reprit à penser aux belles-lettres et à îapoésie, cinq ou six poètes nouveaux se trouvèrent tout à coup célèbres, au moins dans le milieu où se forge la célébrité des poètes. Tout cela n'est pas si ancien qu'on le croirait, puisque, après la mort de M. de Heredia, il en reste au moins trois, parmi ceux qui furent du premier rang, M. Mendès lui-même et MM. Coppée et Léon Dierx.
Après Verlaine et Mallarmé, qui jouirent de la faveur particulière des poètes symbolistes, c'est M. Dierx, que leur admiration salua entre tous. Dans Fhommage qui allait à Mallarmé, il entrait je ne sais quelle cordialité affectueuse qu'on ne
M. DE HEREDIA ET LES POETES PARNASSIENS
retrouve pas quand il s'agit de M. Dierx, phis lointain, d'ailleurs^et plus fermé. Le sentiment que Ton éprouvait pour M. de Heredia était pareillement plus respectueux que tendre. Son esthétique à la fois sévère dans la forme, éclatante dans la couleur, surprenait plutôtqo'elle ne charmait. Les muses nouvelles trouvaient aussi que cette sœur aînée avait le verbe un peu trop sonore : amies des nuances et des propos discrets, elles furent plus d'une fois intimidées; alors elles se réfugiaient dans un coin pour se réciter, Fune à l'autre, le Colloque sentimentaL La plus espiègle se mettait à déclamer, mais à mi-voix, ces anciens triolets qui font partie d'une fantaisie quipassait en revue toute l'assemblée du Parnasse :
Tout tremble : c'est Heredia A la voix farouche et vibrante^ Qu'en vain Barbey parodia.
Tout tremble : c'est Heredia, Heredia qu'incendia Un rayon de mil huit cent trente !
Tout tremble : c'est Heredia A la voix farouche et vibrante.
Ce Heredia, nous ne l'avons pas connu. Mais les Trophées nous ont conservé sa voix ; elle vibre toujours en ces pages où elle s'est fixée et métal-