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suasîf, jamais homme ne promit rien avec de plus grands serments ni ne tint moins sa parole, et néaa/nûiijs ses tromperies lui réussirent toujours. » Oui, bsl-ce de l'ironie, est-ce un catéchisme de Va. rusft et de la duplicité à l'usage des Médicis qu'il vouJdit servir et auxquels il voulait montrer de quoi il était capable, ou bien n'est-ce pas tout simplement qu'il dit cela parce que l'expérience lui aenseigué que telle était la vérité? Machiavel ne méconnaît pas ia morale, mais il met la vérité au-dessus de/la morale. D'ailleurs il ne dit pas qu'il est bien de ne pas tenir sa parole, il dit que cela est utile, que cela vSt profitable. Son époque lui enseig^nait cela et d'autres époques aussi auraient pu le lui enseigner. Amelot fait reçnarquer qu'il écrit pour les rois, et que le commun des hommes aurait le plus grand tort de prendre Machiavel à la lettre, qu'un Alexan dre VI lui-même pourrait le trouver mauvais et le' ra['peler durement au respect de leurs cngagemenls. Il distingue soigneusement la morale politique de la morale de société, et si ce point de vue n'est plus théoriquement le nôtre, il faut convenir que, dans la pratique, les nations ne se comportent pas entre ellf^s comme les particuliers honnêtes se comportent entre eux. Machiavel n'est pas un théoricien, c'e.çt un observateur. Cependant, il n'est pas douteux qu'en dédiant ce livre à Laurent II de Médicis il n'ait eu le dessein de lui plaire et de lui four-
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nir les moyens de mieux assurer son pouvoir. Les Mcdicis d'ailleurs donnèrent un démenti à Machiavel, comme l'a fait remarquer Renan, et ils fondèrent leur domination sur de tout autres principes que ceux qu'il exposait. Un homme vraiment machiavélique aurait dû penser qu'il eût été difficile, môme à un Alexandre VI, de prendre pour serviteur l'apologiste de la fourberie. Cet homme si intelligent n'eut pas l'esprit de se méfier de l'hypocrisie universelle. Même à Florence, à cette époque il y avait au-dessus des partis une opinion publique. Les Médicis méditaient de s'allier avec la France: Machiavel se ferma la porte qui se serait peut-âîre ouverte devant lui. Le Prince fut une maladresse, et à tous les points de vue, car ce morceau (le morale politique détourna l'attention de ses ocuv.'cs purement iilléraires, dont l'originalité et la valeur profonde furent lony^temps méconnues. Cependant, voici la Mandragore sur notre théâtre et personne guère ne s'intéresse plus au Prince que comme à une curiosité historique.
Par la pensée comme par la forme, Machiavel reste une des incarnations les plus caractéristiques de la renaissance païenne. Il n'aime que les anciens et sa patrie, qu'il voudrait modeler aux coutumes du pag'anisme, plier à cette religion civile qui fut celle des républiques grecques et celle aussi des Romains. Dans une pa^e que cite M. Dubretou,
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ila l'air d'exposer une des idées capitales de Nietzsche sur la morale des maîtres et la morale des [esclaves. « Notre religion n'a glorifié que les hom- Imes humbles et contemplatifs, non les hommes 'd'action. Le christianisme met le souverain bieii dins l'humilitc, l'abjection, le mépris des choses humaines; les anciens le mettaient dans la grandeur d'àme, la force du corps, tout ce qui est apte à rendre l'homme fort... L'ensemble des hommes, pour aller en Paradis, songe plus à souffrir les coups qu'à s'en venger. » M. Dubreton note encore qu'il avait en profond dégoût ces condottieri qui, à leur dernière heure, u fout demander au pape de leurs péchés Indulgence plcnière ». Malgré cela il est certain qu'il se soumit pour mourir au formulaire chrétien. Frère Malleo assistait cet ennemi des fraêi. Il s'était mis également en règle avec la faculté en absorbant le matin même des pilules roboratives, qui figurent toujours dans le Codex sous le nom de pilules de Machiavel. A première réquisition, tout apothicaire vous les fabrique. Ses ennemis ne manquèrent pas de dire qu'elles étaient d'une formule aphrodisiaque, imprudence qui le jugula. Leur composition proteste contre cette fable: aloès, cardamome, safran, myrrhe, anis, bétoine, bol d'Arménie, modeste réconfort d'estomac. Machiavel était dyspepsique.