I.E CYCLOPB
Qu’est devenu Saturne , à la barbe d’argent?
Les jours coulaient en paix sous son règne indulgent.
NÉMÉSIS
Prends des pensers nouveaux dans un nouvel empire.
LB CYCLOPB.
Sous des maîtres nouveaux tout s’altère et s’empire.
* NÉMÉSIS
Quand Saturne est vaincu, partage le butin.
LB CYCL0P8.
Qui? moi? changer d’autel quand change le destin? h Ah (sis.
Vertu de l’âge d’orl
LB CTCLOPB.
Siècle enfant du blasphème I hAmbsis.
Jupiter seul est libre.
LB CTCLOPB.
Il ne l’est pas lui-même.
hAmbsis.
Hél cervelle d’airain I oracle du passé!
Va, prophète boiteux, les cieux t’ont devancé.
Ta sagesse immobile amuserait notre âge.
( La terre engloutit let Cjclopes. ) Retourne dans Lemnos visiter ton ouvrage.
( A Prométhée. )
Mais toi , qui dans ton sein possèdes l’avenir,
Le présent trop étroit ne peut te contenir.
Pasteur des songes d’or et dieu des éphémères, Convoque autour de toi la troupe des chimères,
Sur ton vaste trépied , qui supporte le ciel, Prophétise des jours d’or , de lait et de miel.
Gonfle ton sein d’orgueil; souris à qui t’opprime; Renais sous le vautour, messager de l’abîme;
Et si tu veux encor, pour délier tes mains,
Appelle à ton secours tous les pâles humains.
PROMÉTHÉE, seul.
O terre! vents ailés, conducteurs des otages 1 Sources des flots amers, monts vêtus de nuages, Fleuves 1 et toi, soleil, qui vois tout sous les cieux Oh ! voyez ce qu’un dieu peut endurer des dicuxl Dites si la victime au temple est assortie;
Le temple est l’univers , Prométhéc est l’hostie ,
Et Jupiter tyran le sacrificateur.
Au supplice divin je présente le cœur.
Jupiter, nourrisson delà chèvre Amallhée,
Sur les monts a cloué les pieds de Prométhéc.
Je le sais. Qui le nie? Oh! puissent dans mon sein Par avance, tarir les pleurs du genre humain 1 L’herbe sèche est livrée aux fureurs de la flamme : Puisse ainsi V» douleur s’assouvir sur mon amc ,
Et les maux à venir, que de loin je prévois,
Contre moi réunis, se hâter à ma voixl Je suis content; j’ai fait ce que je roulais faire.
Mon œuvre parlera si mon cœur doit se taire.
Dieux sourds, voyez ! je ris; que sert de m’en cacher? Car, de ces mfimes mains qu’enchaîne le rocher , Tout un monde est sorti qui vous hait et qui m’aime. Peuples, tribus, cités, filles du diadème, Espérances, désirs qui repoussent le frein,
Est-ce trop les payer de ces deux clous d’airuin 1 Non , non , je le Yeux bien , serrez encor ces chaînes ; S’il se peut , j’y consens , inventez d’autres peines.
Je suis content, vous dis-je ; et des Olympiens Je reconnais ici la marque à ces liens.
O supplice éternel 1 éternité de vie 1 O douleur 1 6 plaisir que le vautour m’envie I
PBOMÉTHÉE.
Quel souffle a fait trembler la source au foud des bois? Dans mille bruits confus je distingue une voix,
Non pas la voix de l'homme aux pures harmonies , Dont le cœur fait vibrer les cordes infinies ,
Mais sans ame, enchaînée aux pensera des roseaux , Et traînant avec soi l’impur limon des eaux,
La voix de l’Océan qu’apportent les orages.
(J l'Océan.)
Pcrc des flots amers, du fond de tes rivages,
Que me vient annoncer ta langue de Titan?
l’ocbih.
C’est pour toi que s’émeut l’ame de l’Océan.
Le rocher lf plus dur cède à ma longue étreinte.
Oh > gémissons ensemble ; et que puisse ma plainte
TBOMÉTHÉE ENCHAINE. 93
Du destin amollir les inflexibles loisl Que tes fers sont pesans I
PHOMéTHéB.
Va I les maux que tu vois Sont les moindres de tous ; car, semblables aux Y&trcs, L’œil peut les mesurer.
l’océan.
En est-il encor d’autres
Que les yeux ne voient pas et qu’on ne peut toucher ? Où sont-ils donc?
PROMÉTDÉB.
Ecoute) Au flanc de ce rocher, De ce mont de douleur mon flanc use la pierre,
Et du vautour repu la nuit clôt la paupière.
Mais dans un cœur meurtri les désirs invaincus,
Mais les rêves trompés qui ne s’endorment plus , Mais l’orgueil , mais l’espoir, imprévoyantmensonge , Le regret aflamé qui lui-même se ronge,
Surtout le souvenir qui renaît chaque jour ,
Ah! dans mon sein, voilà, voilà le vrai vautour; C’est lui qui sur mon ame étend une aile noire ,
Et qui, jamais repu, ne se lasse de boire Au fond du cœur tari les invisibles pleurs.
l’océan.
Les dieux ont pour toi seul inventé ces douleurs.
Que m’épargne le ciel , et ton rire et ta joie ,
Et ces flots d’amertume où ton ame se noie)
Mais pour te consoler, que peuvent tous mes flots? De ces chaînes faut-il limer les durs anneaux?
Que veux-tu que je fasse ?
FROMÉTHÉB. •
Ah ! parle-moi des hommes.
9 lt PROMÉTIïÉE
Où sont-ils? que font-ils à cette heure où nous sommes?
Au seuil de la cité le foyer brille-t-il?
Craignent-ils Jupiter et son épais sourcil?
Vont-ils semer l’épi sous le soc des charrues? Redisent-ils inon nom ? Heureuse, dans les nues, L’hirondelle qui passe et s’assied sur leurs toits I A leur table nourrie elle écoute leurs voix,
Et suspend ses petits au berceau des empires.
Si je pouvais, comme elle, au chant des saintes lyres, Voir des peuples nouveaux surgir les fondemens, Entendre des cités les sourds vagissemens ,
Toucher un sol ami, me mêler à la foule,
Suivre des nations le torrent qui s’écoule;
Pasteur, si je pouvais, debout, près du foyor,
Des vieillards saluer le sceptre hospitalier,
Et des chants du matin recueillir la rosée.
Oui , je serais heureux plus que dans l'Élyscc I Dussé-je de ces biens ne jouir qu’un seul jour ,
Mon esprit à jamais bénirait ce vautour.
L’océsx.
Plus changeansque mes flots, sous mon tridentd’ivoire, De ton nom les humains ont perdu la mémoire.
Onde toujours émue, ils vivent un moment, D'écume et de vapeur se gonflent aisément,
Et d’éphémères bruits emplissent mes rivages. J’efface, en me jouant, leurs mobiles images.
Un songe , un rien les berce. Ainsi qu’un sable impur, Je rejette leurs vœux dans mon gouffre d’axur.
A leurs projets dorés j’oppose mes flots blêmes. Ombres des nations, lois, prières, blasphèmes,
Et demi-dieux errans au fond des noirs vaisseaux , Me pèsent dans l’orage autant que mes roseaux.
Cependant, à l’autel, les peuples te renient,
Et les meilleurs de tous même au foyer t’oublient. Faut-il en dire plus? ou des maux que je sais T’épargner le poison?
PBOMKTIIÊB.
Achève 1 Je me tais.
ï.’océiîf.
Aux dieux tes ennemis ils portent leurs offrandes. L’autel se couronnant de serviles guirlandes ,
A l’idole affamée ils présentent le miel,
Et d’un épais encens obscurcissent le ciel.
Toujours dans le plus fort ils voient la providence : De ton immense amour voilà la récompense.
PBOMÊTBÉE.
La récompense est dure, et les Ilots de tes mers Jamais n’ont amassé de poisons plus amers.
Mais les dieux, que font-ils? Dans leurs apothéoses,
N a-t-on pas sur leurs fronts vu s’effeuiller les roses? Sont-ils ce qu’ils étaient ? plus jeunes ou plus vieux? Et le ver du sépulcre entre-t-il dans les cieux ?
Dis! parle! De leur chute est-il quelque présage?
Les douze Olympiens changent-ils de visage?
L’ocÉax.
Heureux qui sur les dieux a fondé son appui!
Ce qu’ils étaient hier, ils le sont aujourd’hui.
Pendant que sur ton roc ce vautour te dévore ,
Ils recueillent en paix les roses de l’aurore;
Sur l’ivoire, cuvant l’ivresse du nectar,
Ou penchés & demi sur l’essieu de leur char,
Ils te raillent d’en haut; et sur ton front ^u/plîe De leur coupe trop pleine ils épanchent la lie. ’
De l'aveugle avenir, enfin, qu’espères-tu ?
Les dieux possèdent tout.
PROMBTHBB.
Excepté l’inconnu.
1,’oCÉiIT.
Voilà donc quel trésor te gardent les chimères I Oh I laisse cet espoir aux fils des éphémères.
Le présent seul est tout, et le reste n’est rien.
Les dieux sont tout-puissans dans le mal et le bien. Adore de leurs mains l’éternelle merveille.
Au cri de la cigale ils inclinent l’oreille;
Tu devrais les prier I
PROMÉraÉE.
Qui ? moi , prier les dieux?
Autrefois je priais, quand je croyais aux cieur.
Que de fois à genoux (il m’en souvient encore)
Au pied des monts dormans que saluait l’aurore , Effeuillant des grands lis les fronts purs et sereins. Vers un ciel inconnu j’ai tendu mes deux mains 1 Un son, une vapeur, un rayon de lumière,
Tout en moi devenait oracle, hymne, prière.
Alors, au moindre écho mon ame répondait;
Un océan d’amour de mon cœur débordait, [mes, Sur quels sommets ombreux, dans quels arides chau- Où n’ai-je pas porté mes fragiles fantômes?
Berceau des songes d’or, dis, qu’es-tu devenu?
Tout était dieu pour moi dans un monde inconnu. J’aimais , j’adorais tout , sans choisir mon idole ,
Et chaque jour au front portait une auréole.
Mais ces lèmps ne sont plus; d’autres jours ont suivi. Trop souvent vers l’Olympe en extase ravi.
Ôigttizec
L’Olympe a repoussé mon crédule génie,
Et la faute est aux dieux si mon cœur les renie. Pourquoi dans ma pensée en vain les rappeler ?
A des fantômes sourds je suis las de parler.
Le croiras-tu ? Malgré ee vautour qui me ronge , Souvent sur ce rocher je doute si je songe,
Si devant l’avenir le présent qui s’enfuit N’est pas un mot, un rêve , évoqué par la nuit ,
S’il est vraiment des dieux, si Jupiter lui-même N’est pas, au fond du temple, un vain nom, un Lias- Par l’immense univers au hasard répété, [phème, Un faux voile étendu devant l’éternité?
Qui sait ce que demain peut enfanter la terre?
Ne me demande pas d’éclaircir ce mystère.
Mais, enfin, il sullit. Pour des cieux plus puissans, Dans le fond de mon cœur je garde mon encens. l’océax.
Ainsi , pour l’avenir , thésaurisant d’avance ,
La pâle illusion fait toute ta science.
Ces clous d’or et d’airain ne t’ont rien enseigné.
Le ciel eût pu t’aimer, mais tu l’as dédaigné.
Tout croit à Jupiter, les cieux, la terre, l’onde. Insensé ! Penses-tu, plus sage que le monde,
Toi seul avoir une ame et des yeux pour tout voir? Dis-moi? Que t’a servi ton sublime savoir?
A-t-il pu seulement dénouer cette chaîne?
Ah! loin des visions où l’avenir t’entraîne,
Sous le joug du plus fort ramène tes esprits.
Jupiter te vendra le repos à ce prix. [faîte.
Vois! sousson char poudreux les monts courbent leur Moi-même, humiliant mon front dans la tempête, Serpent aux mille anneaux , je rampe sous h s dieux.
Veux-tu seul aujourd’hui lutter contre les deux?
L’uni vers est soumis.
psouAthé*.
Mais non pas Prométhée.
Val du monde aisément la grande ame est domptée. Toi-même , que faut-il pour enchaîner tes flots?
Un peu de sahle et d’or sur un lit de roseaux. Qu’cst-il besoin de plus? Un zéphyr te gourmande.
A l’alcyon soumis quand ton maître commande ,
Aux caprices d’en haut, toi, tu peux obéir.
Incapable un seul jour d’aimer ou de haïr,
Jamais des fiers penserstu n’as connu l’ivrease,
Des désirs infinis la coupe enchanteresse,
Ni la félicité de n’obéir qu’à soi,
De périr dans son œuvre et d’imposer sa loi.
Moi , je connais ces biens que Jupiter réclame.
Au faîte des douleurs je règne sur mou ame.
Sous l’ongle des vautours, d’espérance enivré,
Je fais et je défais l’avenir à mon gré.
Pendant que l’univers sourit à l’esclavage,
Moi seul je reste libre; et par-delà cet âge,
De ces liens d’airain mon esprit s'affranchit,
Et voit sous d’autres dieux le monde qui fléchit.
Je foule sous mes pieds le présent qui me brave ;
De ce sommet désert mon ame, sans entrave.
S’élance et se mesure avec l’immensité.
Tous les cieux sont à moi. Sublime volupté 1 Mes pensera de géant, comme un chœur d’Euménides, Loin d’ici m’emportant dans les royaumes videa. Grandissent avec l’ombre ; et quand l’horreur me suit, J’entends mes pleurs tomber sur le front de la nuit. J’écoute , dans mon sein , l’approche des tempêtes.
J'épie au flanc des monts le signe des prophètes;
Et sans jamais attendre ou la nue ou les vents,
Je trouve dans mon cœur des oracles vivons.
Voilà tous mes plaisirs : en as-tu de semblables? L'ocâss.
Insensé J Comme une eau qui se perd dans les sables, Sa raisou s’est perdue au milieu de ses maux.
PBOMtTllÉE.
Conserve ta pitié pour tes frêles roseaux.
Ce que tu n’entends pas, tu le nommes folie; Caressant sous la vague une ombre ensevelie.
Adore, sans penser, les dieux que tu connais.
Us plaisent au limon; le limon les a faits.
Pour la dernière fois nous conversons ensemble. Soupirant et priant dans chaque flot qui tremble. Balbutie après moi la langue du chaos.
Tu n’entends plus la mienne. A des pensera nouveaux Elle prête des sons qu’a médités la lyre.
x’oc ikTX.
Malheureux 1 Chaque instant redouble son délire.
PBOMBTRÉV.
Un peu d’humilité siérait aux immortels,
De leur père Saturne, arraché des autels,
Quand l’anathème ardent pèse encor sur leurs têtes- Pour éviter le trait lancé par les prophètes,
Que Jupiter tonnant se confie à ses chars.
Qu’il brandisse en ses mains l’éclair aux mille dards I Sourcilleux, qu’il menace et gouverne à sa guise I Ses jours passeront vite et son bonheur s’épuise.
, L’ocfciH.
Ainsi, de l’univers tu veux changer la loi I Adieu I Tu restes seul. *
PKOKÉTHÉK.
Le droit reste arec moi.
n'océAa.
Le droit est au vainqueur; la défaite est le crime.
PROMETS fil.
Où donc est la défaite?
l’océas.
Où donc est la victime ?
PROMKTIIEE.
La victime est ornée ; elle boit le nectar?
Son aigle , à ses genoux , la réveille trop tard. Comptant tous les momens qui lui restent à vivre , Dans la coupe d’Hébé la victime s'enivre,
Et d'un reste d’encens épuise la vertu.
La victime est au ciel. Dia*moi, la connaia-tu?
Digitizecfby Ce
(Hésione paraît dans le fond de la vallée; apres avoir essayé de gravir le» rocher* qui la n Iparent de P rométhée , elle s'arrête épuisée dans un ravin.)
PROMÉTHÉE, DÉSIONE.
PIOMÉTUB8.
A l’abîme, en grondant, le Titan fait an signe.
La nuit vient. Tout se tait... mais comme un chant de Quand le cygne sacré sc prépare à mourir, [cygne, Et qu’il voit de son lac le flot divin tarir,
De la cité des pleurs quel murmure s’élève ?
Il frappe mon esprit d’un invisible glaive.
Qui donc, si ce n’est l’homme, atrouvé dans son cœur, Sous son fragile espoir, cet hymne de douleur? Quoi 1 sitôt des vivans l’allégresse est paftée I Ah I voix trop bien connue 1 écho de ma pensée
Qui suscite en mon sein le démon du remord 1
C'est des fils du limon le premier chant de morti
Hision.
Prométhée! aide-moi! mon bienfaiteur , mon maître! De mes jours consumés rallume le flambeau.
Un mal secret me ronge. O toi , qui m’as fait naître, Sauve-moi du tombeau !
D’abord, tu m’avais dit: Nais , et sois immortelle. Sur le vague avenir je fondais mon appui.
La terre souriait; moi, j’ai souri comme elle Quand ton soleil m’a lui.
Sans terreur je voyais se succéder dans l’ombre Les aînés de mes jours qui passaient en courant.
En vain ils tarissaient; sans en compter le nombre , Je puisais au torrent.
Voilà qu’à son foyer mon ame se consume ;
Les songes du sépulcre environnent mon front;
Et des astres éteints qu’aucun dieu ne rallume , Sortent de l’Acbéron.
Prométhée , entends-moi; sous mon mal je succombe. Emplis de jours nouveaux mon urne jusqu’au bord. De tes fécondes mains, donne-moi , dans la tombe, Un remède à la mort
PROMLTBÉE.
Que me demandes-tu î
C HÛSIONE.
Je veux renaître encore.
Digitize
Sous mes pas tout renaît avec la jeune aurore.
De ma lampe toujours prompte à se consumer , Sous mon souffle j’ai tu l’éclat se rallumer.
Quand l’amphore écumante a tari près de l'être,
J’ai d’nne onde nouyelle empli ses flancs d’albâtre ; Et moi , moi , je taris dans l’urne de la mort;
Et l’espérance , en moi , va s’éteindre d’abord. Descends! D’une eau sacrée emplis, emplis mon amr. De mon génie éteint riens rallumer la flamme. InTenteur du foyer, te supplîrai-je en vain?
PKOMÉrnÊE.
Je ne puis rallumer ton ame dans ton sein.
La tombe est plus savante, et l’essaîra peut-être.
HÉSIONE
Mais, s’il me faut mourir, pourquoi m’as-tu faitnaître? Et d’un rêve insensé pourquoi m’abusais-tu?
Rends-moi donc, aujourd’hui, le bien que j’ai perdu, Sur le seuil du cbaos le sommeil de l’argile,
Et l’éternelle paix dans son rase fragile.
L’espoir dormait alors dans l’ombre enseveli.
Mais comment retrouver le silence et l’oubli? Quand tu foulais bier l’autel d’un pied athée,
Te trompais-tu toi-même, A sage Prométhée?
PROHÉTHÉE.
Des liens de la mort nul ne peut t’arracher.
nÉSIOKR.
Eh! quoi! ce peu d’instans passés à me chercher, ' Des songes d’une nuit cette ombre qui a’eftacc;
Quoi ! ce cœur vide encore et qui déjà se glace ,
Des enfans du limon ce vague souvenir ,
Voilà tout le trésor qui se nomme avenir!
Oh ! que bien autrement l’espérance dorée,
Qui naquit avec moi de nectar enivrée ,
Au festin des vivons savait me convier 1 Le Dieu me souriant, tout parut m’envier.
Et maintenant, déjà, veuve sans fiançailles ,
11 faut chanter sur moi l’bymne des funérailles. Protcge-moi, mon Dieul
PHOM&THBE.
Mes deux bras sont liés.
HÉSIORE.
Hâte toi.
PBOHÉTÜÉB.
Vois I L’airain enchaîne aussi mes pieds.
nÉSIOKB.
Du moins si le sépulcre attend déjà sa proie ,
Si je dois la première ouvrir la triste voie.
Enseigne à mon esprit les secrets du tombeau.
Sur le seuil que verrai-je, en entrant, sans flambeau ? Dis! quel hôte m’attend dans sa demeure sombre?
A quel banquet avare ira s’asseoir mon ombre?
PROHBTllÉE.
De son obscur savoir le sépulcre est jaloux.
Ses secrets sont à lui. Je les ignore tous.
ÜÉSIORB.
O loi qui, d’un seul mot, m’as ravie à la terre, Apprends-moi qui je suis.
PBOMBTnÉI.
Pour moi-même un mystère,
HÉSIORE.
Mais tu sais d’où je viens. Où vais-je? dis-le-moi.
r PROBBTRÉB.