‹ ProméthéeChapitre 8 sur 26 · I.’oracle n’en sait rien. N’interroge que toi · texte numérisé non relu

I.’oracle n’en sait rien. N’interroge que toi

UBSIONB.

Si t’aliîmc eit muet, interroge la nue.

A ta réponse encor je reste suspendue.

PIOHÈTHÉE.

Espère.

h festons.

11 est trop tard; les mots sont superflus.

Reprends ce froid limon.

PHOMÉTIIÉB.

Il ne m’appartient plus.

(Uéiione meurt.)

lb en oeo n.

Dieu-prophète, vers toi se hâte la sibylle.

Sur le trépied, c'est toi qui , dans son cœur d'argile, Suscites l’avenir.

C’est toi qui, dans la nuit, éveilles les présages. Dans le présent tu vois ensemble tous les âges,

Ainsi qu’un souvenir.

Des grottes des Persans, des bois de Thessalie,

Des monts où sont assis les trépieds d’Italie ,

Nous t’apportons nos pleurs.

Par notre bouche entends la plainte de la terre; Tout gémit ^rec toi; mais quel est le mystère Caché dans tes douleurs?

Qui finira te* maux, ô père de* oracles?

L’avenir saura-t-il enfanter des miracles,

Ou les dieux sont-ils sourds?

De l’esprit immolé nous touchons les blessures.

Mais toi , sous le vautour, épiant les augures, Vois-tu de meilleurs jours?

PROHÉTHÊB.

Filles de l’avenir, à vous je me confie.

Sur l’autel du passé puisqu’on me sacrifie ,

Avant que du vautour renaisse le festin ,

Aux entrailles d’un dieu vous lirez le destin. Sibylles, approchez. Ne craiguez pas ma chaîne. Que douce est votre voix , et douce votre haleine I Hésione, en naissant, était semblable à vous.

Ainsi ses longs cheveux flottaient sur ses genoux. Ainsi, dans ses discours, avide d’harmonie,

Sur sa lèvre abondaient le lait et l’ambroisie.

Mais d’abord, répondez! Que font les nations? Qu’adorent eu passant les générations?

Le monde a-t-il trompé l’espérance des sages?

Que voit-on dans les cœurs? Racontez les présages. CnCEDR.

Si tu veux, nous dirons les présages des vents,

Des déserts de Memnon les sépulcres mouvans,

Le pic-vert échappé des ombres de Dodone,

Et l’autre sibyllin que l’oracle abandonne.

Mais comment raconter ce qu’on voit dans les cœurs ? Incurables regrets, oracles de douleurs,

Tortures, visions, chimères étemelles,

Qui pourrait dénouer tant d’énigmestaouvelles? Comme toi, dévoré par la haine ou l’amour,

108 PROMÉTIIÉE

Chaque homme a ton Caucase et nourrit son vautour.

Au moment où le cœur s'étudie à sourire,

L’oiseau de Némésis en secret le déchire.

Dans le sein altéré que tes mains ont pétri,

Sous le limon impur la prière a tari.

Les hymnes ont perdu leur divine rosée ;

F.t les morts pleins d’effroi repoussent l’Elysée. Connais-tu sur ce roc le doute au front hagard,

Qui, nourri de serpens et courant au hasard,

Met sur un coup de dé la fortune du monde?

Connais-tu le néant qui sur un mot se fonde,

La vide illusion que mine le savoir,

L’attente aux yeux d’airain que suit le désespoir? Ahl l’homme les connaît, si le dieu les ignore. L’augure te fait peur. J’en sais d’autres encore.

Dans la nuit on entend les peuples soupirer,

Et sur leurs trônes d’or j’ai vu les rois pleurer.

J’ai vu des cieux nouveaux dans les regards des fem- Le croiras-tu? Le pain ne nourrit plus les âmes. [mes. Mnis loin du champ fertile où mûrit le froment, L’ame dans les déserts cherche un autre aliment. L’esprit, nouvelle idole ébranlée à sa base, S’écroule en blasphémant sur l’homme qu’il écrase. Sans savoir ce qu’on cherche , on s’agite , on gémit ; Comme un tombeau d’airain le ciel même frémit. Dans le même moment tout s'affirme et se nie;

Le dieu semble céder à l'infernal génie.

Temps avare et prodigue, où , le front dans le ciel, La foi manque à l’idole, et l’encens à l’autel.

De ces signes nouveaux connais-tu le langage?

Tant d’oracleAnuets , tous enfans de notre âge, Dis-nous, qu’enseignent-ils? le monde est-il trop vieux?

Cependant les trépieds se taisent; et nos yeux Vainement sur les monts attendent les auspices.

PBOMÉTHÉB.

Ahl l’avenir n’est plus parmi les sacrifices,

Avec le sang fumant des boucs et des brebis;

Sur l’aile du pic-vert, de l’aigle ou de l’ibis ,

Il ne prend plus l’essor au-devant des empires. Souvent même il est sourd aux volontés des lyres. Les banquets s’apprêtant aux seuils des nations.

On ne le verse plus dans les libations.

Il est tout en nous-même à l’heure des miracles,

Et c’est la mort des dieux qu’annoncent vos oracles.

LB CHOEUR

Comment, et depuis quand les dieux sont-ils mortels?

PROHÈTOBB.

Depuis que sur la terre ils vivent des autels.

LB CUOEUK.

Blasphème 1 est-il doue vrai qu’en secret, Proiuétbûc, Le prophète chez toi ne cache que l’athée?

Comme le vent de Crète on dit que la douleur De son haleine aride a desséché ton cœur.

C’est sur toi maintenant qu’il faut verser les charmes.

VROHBTBBB.

Pour d’autres que pour moi, vierges, gardezvos larmes. lb ciiao R.

L’impie en a besoin.

FROuàTiiiu:.

L’impie est loin de moi.

N LB CUCBU R.

Sur quel étrange autel as-tu porté ta foi ?

vrombtubb.

Écoutez , à la fin , ce que mon cœur oêie rmc.

Trop longtemps j’ai caché l’espérance en son germe.

Il faut me dévoiler tout entier , ou périr.

u CH CEO R.

Que va-t-il révéler?

PROBtTBÉB.

Tous vos dieux vont mourir.

Mes yeux ont vu déjà deux races immortelles Tour à tour usurper les voûtes éternelles.

Au noir chaos j’ai vu Saturne succéder;

Saturne à Jupiter à son tour dut céder.

A qui va Jupiter céder l’aigle suprême?

Je le demande aux cieux. Est-ce là mon blasphème ? li en CEO B.

Par qui doit Jupiter perdre la royauté?

PBOlféTH&B.

Par les conseils dorés de sa malignité.

Bientôt mieux enseigné, lui-même pourra dire Quel est le meilleur lot: l’esclavage ou l’empire.

Oui f croyex-moi, les dieux ont aussi leur vautour, Qui jusque sur l’autel les poursuit à leur tour...

Ne le voyex-vous pas qui, d’une aile immobile Couvrant le toit du temple et chassant la sibylle, Sur l’Olympe répand l’inexorable deuil?....

C’est lui ! des immortels prépares le cercueil. Vierges, entendex-vous le cri de la prêtresse?

Le loup a dévoré Diane chasseresse....

Apollon, qu’as-tu fait de tes flèches d’argent?

Vois! dans Corinthe un dieu plus diligent Sur l’autel inconnu transporte la Pythie.

Pourquoi d’Argos le temple a-t-il croulé?

De Delphes maintenant l’oracle balbutie....

L’herbe croît^sur l’autel que Neptune a foulé.

LE CHŒUH.

Comme un courtier tans frein dans les champs d’O- Où l'oracle menteur eraportc-t-il l’impie ? [lympie. Où va-t-il renverser son char ?

Au désert il l’entraîne où le vautour habite.

Parmi les noirs serpens que l’Euménide irrite.

Il change en venin le nectar.

Heureux qui met un frein à ses vastes pensées I Il suit des nations les limites tracées;

Partout il marche dans la paix.

Il voit tout l’univers qui lui rit et qui l’aime.

Son oracle aisément s’explique de lui-même ,

Et son dieu ne trompe jamais.

PBOMKTBÉB.

Et depuis quand le mien trompa-t-il la sibylle ? Vierge , prête à ma voix une oreille immobile.

Mes augures sont vrais; tu l’avoûras demain.

La terre est le trépied , l’oracle est dans mon sein. Un démon inconnu soulève ma paupière.

Et l’Erébe se change en un flot de lumière.

LS CUOBCB.

Malheur à qui prévoit l’avenir de trop loin 1 Le temps, au pas tardif, est sourd à son génie.

En vain il prend d’abord l’univers à témoin.

En sursaut éveillé, l’univers le renie.

PBOHSTUÉH.

Changez, changez le sceptre en un serpent d’airain. Aux prophètes nouveaux j’enseigne le chemin.

Les devins de Chaldée ont noué leur ceinture.

Des promesses du ciel iis fout leur nouftiture.

Je les vois... Au désert, quel dieu vont-ils chercher?..

La Terge a fait jaillir la source du rocher...

Dans ce buisson ardent quelle flamme pétille?

D’un peuple de pasteurs l’innombrable famille , L’encensoir à la main , entoure le foyer Qu’attise un dieu-géant penché sur le brasier.

LB CBCEUK.

Où sont-ils ces nouveaux prophètes?

Où sont-ils ces élus du ciel ,

Qui toujours, devançant les fêtes, Emplissent les coupes de miel?

Au fond de mes pensers funèbres,

Je ne trouve que les ténèbres;

Mon œil ne voit que des déserts.

Sur mon trépied qui sc renverse ,

La frêle espérance me berce;

De moi se raille l’univers.

Mon amc autrefois trop novice Croyait à scs enchantemcns.

Toujours l’augure était propice;

Des flots j’écoutais les sermens.

Aux cieux je prêtais des miracles;

Dans mon sciu prodigue d’oracles ,

Jamais les dieux n’avaient menti.

Mais aujourd’hui, dans mon ciel sombre, Trop souvent trompé par une ombre , L’oracle en moi s’eSt repenti.

tINB SIBÏLT.B.

Où sont, mes sœurs , tant de promesses Écritêa au livre divin ?

Où sont les fruits de nos tristesses ,

Et nos jours consumés en vgin ?

LH CHCEUR.

Ma sœur, du livre des présages

J'ai vu les plus heureuses pages Qu'emportait le souffle des vents;

Et sur le chêne de l'augure,

L'oiseau 6acré fait sa pâture Des espérances des vivaus.

PROMKTUÉB.

Le croirez- vous? mes yeuxvoientun autre Caucase... Sur le tombeau d'un dieu , vierges , semez des (leurs. O supplice inconnu 1 source immense de pleural Quel convive a d’absinthe empli ce large vase?

Près des maux que je vois , ahl que sont mes douleurs ?

Quel est sur la sainte colline Cet autre Prométhée à la face divine?

Le monde à Jupiter l’a-t-il sacrifié ?

Son père, quel est-il? dites , quel fut son crime ? Est-cc un Titan esclave ? un dieu crucifié?

O prodige 1 il bénit l'univers qui l’opprime.

Les cieux obéissons s’inclinent sous scs pieds,

Et des sommets sacrés sebranlcut les trépieds.

LE CHCEUR#

Mais ce Caucase, où peut-il être?

Où donc vois-tu, dans ce vallon ,

L’absinthe sécher et renaître Sous le prophétique aquilon?

Sur quelle cime inhabitée Gémit cet autre Prométhée Que nos cieux ne connaissent pas ?

A-t-il , d’une plus sainte argile

Créé la nouvelle sibylle?

Vers lui faut-il tourner nos pas ?

PllOMérHKB.

C’est de lui que bientôt viendra ma délivrance... L’archer de l’avenir lance au but l’espérance;

Le dieu des dieux est proche; il vient dans son orgue! I. Ouvrez, ouvres vos cœurs. C’est lui quifrappeau seuil. Sur un siège embaumé préparez-lui sa place.

Terre, sèche tes pleural toute douleur s’efface. Sibylle, de ton sein dissipe le trésor,

Et du livre sacré tourne la page d’or.

LM CUCKUR.

Sur les ailes de ta pensée,

Crédule encore malgré moi,

Mon ame s'était élancée,

Et prophétisait avec toi.

Déjà je caressais mes songes éphémères,

Quand la réalité , rencontrant mes chimères.

Soudain a soufflé sur mes dieux.

Jupiter n’est pas mort ; laissc-là l’espérance.

Dans ce nuage épais qui sur nous se balance ,

Je vois un habitaut des cieux.

us msn , à Promélhée.

Ravisseur du foyer, possesseur des chimères.

Déserteur de l’Olympe, appui des éphémères,

Qui du inonde à loisir refais ici les lois, '•*

C’est à toi que je parle 1 obéis à ma voix 1 Jupiter veut savoir d’où viennent tes oracles,

Quel est ce dieu nouveau si prodigue en miracles, Par qui doit en un jour notre empire finir,

Et quel est ce Caucase où tu vois l’avenir?

Augure, clairement fais parler les présages.

Consulte ta poitrine et réponds sans ambages.

Des paroles surtout ménage le vain flot;

Les dieux veulent la chose où l’homme veut le mot.

PKOHBTHÉE.

Dédaignant des mortels la voie accoutumée.

M6 rROMÉTHÉE

Ce discours tout rempli de vent et de fumée Est digne de l’Olympe et de son serriteur.

Nés d’hier, tous régnez. Déjà , dans votre cœur , Vous croyez posséder l’immuable Empyrée.

Mais quoi 1 n’ai-je pas tu de la cime sacrée Dans l’abîme tomber deux familles de dieux?

La troisième, aujourd’hui souveraine des deux, Honteusement suivra le chemin des ancêtres.

Disl me vois-tu trembler devant ces nouveaux maîtres? Loin de là; je les brave; ils ne sont pas les miens. Mais toi , reprends dans l’air le chemin d’où tu viens, Car ma bouche taira ce que tu veux entendre.

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