‹ Prométhée, Pandore et la Légende des siècles; essai d'analyse de quelques légendes d'HésiodeChapitre 5 sur 5 · Des dieux: Cronos et Rhéa tous deux avec la signification · texte numérisé non relu

Des dieux: Cronos et Rhéa tous deux avec la signification

du temps qui ne s'arrête jamais (v. 453 — 506 de la Théogonie).

5. Des hommes: Japet et ses fils (v. 507 — 520; 535 — 557 de la Théogonie).

1) L« lôgende d'Apkrodite (t. 168--SÛ6) est mf légende séparée aftis ^ui est eacteTêe pour ainsi dire dans la légende cosmofoniqne, an moyen des derniers Ters ^307—210^ de la grande légende.

Et enfin les parents ou germes

6. Des facultés morales de l'humanité, facultés sur lesquelles sont basées les sociétés humaines, savoir Thémis comme sentiment du devoir, de l'ordre, de la justice et Mné* mosine le souvenir, qui devient mère des Muses qui embellissent la vie. (v. 53 — 54 de la Théogonie et comp. le second mariage mystique*) de Zeus v. 901 — 906 de la Théog.)».

Plus bin la légende cosmogonique nomme comme fils d'Ouranos et de Gaea des phénomènes purement physiques *) qui n'ont pas le caractère abstrait du premier groupe: ce sont les Cyclopes célestes et les Hécatonchires qui symbolisent les phénomènes électriques et les nuages ou peut-être les tempêtes et les inondations *). Peut-être ne sont ils frères des Titans que parce qu'ils sont censés exister de toute éternité?

Mais il nous suffit de nous arrêter au premier groupe des Titans aînés pour saisir l'idée d'Hésiode et sa manière d'agir en groupant ensemble les principes des phénomènes physiques et les souvenirs pour ainsi dire titaniques des hommes.

Aussi n'hésitons nous pas d'affirmer que l'apparition de Japet entre les Titans *) n'entrave en rien notre point de vue

1) Nous arrêtons l'attention da lecteur qne dans les Ters 876—923 de la Théogonie Hésiode enamére sept mariages de Zens qui ont un caractère symbolique et mystique: 1. arec Métis la sagesse; 2. Thémis Tordre; 3. Enrynomé, la mère des Grâces; 4. Demeter la terre productive, le sol fertile; 5. Mnémosyne dont nous avons parlé; 6. Leto, une conception du beau ciel du midi, mère d'Apollon et d'Artémide; 7. Héra, sous le point de vue de la déesse de la famille légitime,

2) Q^on remarque Texpression du v. 697 de la Théogonie TiTV)vaç x^viouç; titanes terrestres Donc dans la Titanomaehie il ne s'agit pas des titans célestes, mais de forces terrestres.

3) Maury, Histoire des Religions, etc., v. I, p. 354, comparez p. 84 et voyez Creuzer's Symbolik, v. III, pp. 58—59, 98. (1842).

4) Nous avons vu dans le ch. XIV qu'une légende faisait de Gronoe le roi des béats, une autre le relegnait au Tartare. Hésiode au v. 851 de la Théogonie semble reléguer Gronos dans l'abîme (mais ne parle pas de Japet) et dans la légende des âges le fait roi des béats. Du reste nous nous ren4pus compte de ee que Cronos est relégué dans Tàblme dans la Titanomaehie: là c'est une force naturelle; mais comme dieu de l'antique race, comme force raisonnable et morale il est le roi des bienheureux. Dans l'&bime c'est le temps.

qui est que la Titanomachie est une lutte des forces de la nature contre le principe de l'ordre dans la nature représenté par Zeus, mais que la Gigantomachie n'a pas ce caractère et est purement une légende ethnique ^).

Il n'y a aucun doute que les Romains avaient certainement confondus les Titans et les Géants; il suf&t d'ouvrir Hyginus à sa préface généalogique des ses fables pour voir comme les Titans et les Géants sont entremêlés, car les Géants et Encelade se trouvent à côté de Coeus qui est censé être leur frère et Japet est nommé deux fois parmi les fils de l'éther et de la terre, et les fils de la terre et du Tartare. On voit bien que le sens du mythe est perdu.

Ovide dans les Fastes (v. 35 du livre V) donne mille bras aux géants et dit qu'ils voulaient entasser les montagnes, quand Jupiter les foudroya. Ceci ressemble certainement à un symbolisme des forces de la nature, mais Hésiode ne conuait pas de Géants Hiliochires, ce ne sont dans la Théogonie que des hommes à haute stature armés de lances et ApoUodore en racontant le combat de Géants ne dit pas autre chose qu'ils avaient au lieu de pieds des queues de serpent, ce que nous ramenons dans cette étude au symbolisme des races indigènes nées de la terre.

Est-ce la Gigantomachie (ou ce qui nous en reste) d'un écrivain Alexandrin du lY siècle de notre ère, qui écrivait à Rome, Claudien qui pourrait changer notre manière d'envisager le mythe des Géants, quand ses précurseurs avaient déjà perdu l'intelligence du mjiJie.

£t cependant même Hyginus dans son Astronomica '), — (quand il cite Eratosthène qui florissait au UI siècle avant notre

1) Pour De pas nous repeter nous renvoyons à ce que nous avons déjà dit, an § IX de cette étude à propos de Méduse qoi apparaît dans la guerre des géants comme alliée de ces derniers, envoyée par sa mère la Terre. Comparez notre citation de l'Jon d'Euripide dans le § YII et voyes encore ce que dit an sujet des serpents Maury, Histoire des Religions I, pp. 140^141.

S) Astronomica, 1. II, § XXIII, Cancer; t. p. 66, ligne 6 de Tédition de Bonté; Leipiig, 1875.

ère, en racontant le rôle qne joua Tânon dans la guerre des Géants) n'arait pu avoir en vue un m>^he naturaliste, ou l'ânon serait complètement déplacé.

Quoique nous n'aimons pas à citer Diodore de Sicile nous devons néanmoins indiquer que dans son li\Te lY, § 21 il parle du combat d'Hercule contre les géants des champs Phlégréens en Italie, combat qui du reste n'est qu'une répétition de la légende de la péninsule Chalcidide, de Pallèue près d'Athènes (sur la route de Marathon), et de l'Arcadie.

Si en Italie elle prend une teinte vulcanique, ce n'est que grâce à la contrée qu'on désigne comme lieu du combat, la Solfotara près de Pozzuoli. Nous insistons sur le point que la Titanomachie n'a jamais voyagé, or la légende qui voyage est un fait qui se reproduit à plusieurs endroits, et ce fait est facile à comprendre, c'est la lutte de la race civilisatrice aux prises avec les indigènes qui sont toujours des géants nés de la terre.

Pour en finir avec tous les géants, nous ajouterons que pour nous les Aloades, comme nous le disons au ch. VIII de cette étude sont aussi des représentants des races indigènes pillardes, qui entouraient les Grecs et non des réminiscences lointaines dont nous ne trouvons que de faibles indices.

Peut être Japet (mais non ses fils) et l'âge d'or dans le Gan- Eden, sont-ils les seuls souvenirs qui furent apportés du haut du Pamir. Les autres traditions bibliques purent arriver assez tard par la voie de la Phénicie et de la Palestine, et nous avons vu dans le cours de cette étude que la tradition du déluge en Grèce était certainement copiée du texte hébreu, car un Grec, Apollodore 1^1, 7, § 2) n'aurait jamais dit caisse, XàpvaÇ au lieu de dire navire, s'il n'avait pas religieusement copié quelque texte (l>robablement dans Phérecyde).

Nous terminerons par une observation générale que la Grèce était comme une coupe dans laquelle se déversaient des idées et des formes nées dans des mythologies très-diverses. Mais le Grec avec son imagination vive, sa conception facile, son esprit sys-

tématique, généralisatetir et raisonneur, n'a jamais su conserver les traditions et les ni}i:hes dans nn état de pureté primitive. Il dut toujours y mettre de son esprit et en tirer ses propres déductions. Aussi trouvons nous en Asie parmi les peuples moins doués que les Grecs des réminiscences beaucoup plus pures et plus vivaces des traditions primordiales.

L'esprit lent, paresseux, une \ie inchangeable pendant des siècles ou pendant des milliers d'années, l'immobilité de l'état de la société, voici ce qui sauvegainie les traditions et ce n'est pas en Grèce que nous trouverions ces conditions de la transmission des traditions et des mythes dans toute leur pureté.

Nous différons encore de l'illustre savant par les mêmes raisons que celles que nous avons données dans l'appendice A.

Nous ne saurions adhérer à l'opinion que les âges d'Hésiode fussent la même tradition, ou même descendus de la même traditicm qui passa dans Tlnde sous le nom des quatre âges du monde. ^)

Il faut commencer par dire qu' Hésiode ne parle pas de quatre âges ou de quatre races d'hommes successives, mais de cinq âges ou de cinq races, car la race à laquelle il appartient est une race distincte de celle des héros. Si on veut bien ouvrir le poonie les Oeuvres et le Joui's on veiTa que les hommes des quatre âges sont successivement détruits, et pour dessiner cette destruction de la race, Hésiode emploie invariablement fe verbe xaX'jTTTco, cacher, cou\Tir.

Ainsi il dit des hommes de Tâge d'or (vers 121, 0. et D.):

«A'JTip èttciSy; tsOtc yèvc; xaTa yaïa xiAu-J/sv» Yerum postquam hoc genus^erra abscondit.

1 \ V. Histoire aucienne de TOrient. p. 27.

De l'âge d'argent, y. 140:

«A(>Tàp iittl xal toOto y^voç xaTà yaTa xaXu4«»

«At postquam hoc genus terra occultavit.»

Pour Tâge d'airain (vers 156) il emploie verbalement la même expression.

Enfin pour l'âge des héros il dit (vers 166):

«Ibi sane eos quidem mortes exitium occultavit:» alors, ajoutet-il, ils furent transportés dans un lieu de délices, etc.

Le lecteur voit que l'âge des héros n'a pas, strictement parlant, des descendants. Si les familles régnantes de la Grèce rattachaient leur lignée aux héros de cette période, c'est comme ils les rattachaient souvent aux dieux, mais la masse des mortels, le peuple auquel appartenait Hésiode, ne rattachait aucunement sa descendance aux héros de Troie et de Thèbes. Ce n'étaient pas les fils de la race d'héros, c'était une race nouvelle, comme toutes celles que la légende des siècles enumère.

Aussi le poëte s'écrie-t-il au vers 174:

«Pourquoi ne suis-je pas mort avant, pourquoi ne suis-je pas né plus tard».

Et plus loin il dit vers 176:

«vDv yàp Sy] yèvoç icTTi atôYjpeov»

«nunc enim jam genus est ferreum !»

Il n'applique pas cette épithète et ne saurait l'appliquer par le ton du récit aur héros du quatrième âge: donc c'est un cinquième âge qui prit place du quatrième, qui est complètement terminé. Du reste il suffit de citer l'Iliade V, 304; XII, 381, 447; XX, 287 et la comparaison qu'elle fait aussi entre les hommes de l'âge des héros et les contemporains de Homère, pour voir que dans la pensée des poëtes ce sont deux races distinctes.

Tout ceci nous amène à croire que si une tradition quelconque d'une succession d'âges fut importée en Grèce par des emigrants du Pamir, ce ne dut être qu'une vague réminiscence, que

nouM ne saunons rappockcr du système indien, et qui en tout cas |)rit une couleur pai'faitement locale, et incarna des souvenirs (ifreco-Pélasgiens, mais n'a qu'un très-faible rapport aux traditions primordiales, sauf peut-être l'âge d'or comme nous Pavons vu plus haut.

Pour ee qui est des autres âges nous renvoyons le lecteur à notre essai sur ce sujet § XIV.

(^)uaut aux ri^minisccnces des peuples de l'Asie, nous le répétons, ils ont toujours beaucoup plus fidèlement conservé les traditions que les Grecs, car un li\Te de basse date comme le Houndeliesch a plus de souvenirs bibliques que tous les anciens poMes do la Grèce, qui vivaient près de douze siècles avant la l'édnotion du Boundehesch.

Addenda et Errata.

page 71. Il faudrait ajouter eu s'appuyant sur Hérodote IV. 33 que les dons envoyés à Delos sont enveloppés dans la paille de froment.

page 71 et 127. Il est utile d'attirer l'attention du lecteur que dans le hymne de Callimaque à Délos les blonds Arimasi>es sont identiques aux Hyperboréens. Comparez vers 280 au V. 291 et suiv.

page 80. Peut-être fiiudrait-il ajouter au sujet de l'erde Delphes que Wyttenbach, Bilhr et autres en s'appuyant de l'autorité d'Eustliatius. pensent que l'inscription sur le temple de Delphes n'était qu'un e, qui est la cinquième lettre de l'alphabet et dont la valeur numérique était cinq. Il était d'usage de prononcer cette lettre 61. Ceci est conforuie à ce que dit dans ce traité IMutarque (en plaçant ces paroles dans la bouche de son frère ) § 3 vers la tin :

.... «ils résolurent de consacrer (au dieu Apollon) la lettre qui est la cinquième dans les rangs et qui représente le nombre cinq».

page 134 — 135, 162. Hérodote IV, 189 prétend que l'égide vient de la Lybie et que Athèné avait emprunté les habits et la pean de chèvre des femmes de la Lybie. Nous sommes loin d'adopter toutes les vues de Hérodote qui prétend (II, 50) que tous les dieux grecs viennent de l'Egypte. Mais nous croyons que la dernière forme de la déesse Athèné se ressent de l'influence de la déesse Neith, adorée en Egypte comme en Lybie. Aussi l'égide des temps d'Hérodote qui se rapprochait parait-il des boucliers des femmes guerrières de la Lybie n'est pas l'égide de Homère et encore moins l'égide de Hésiode. Tous les chapitres 180—189 du livre IV de

Hérodote sont très instructifs. Les femmes guerrières des Auséens de la Lybie appartiennent (v. ch. 180) à une tribu où le hétérisme était l'organisation sociale et où la famille n'était pas constituée. Rapprochez les paroles de Hérodote de ce que nous disons sur les tribus avec le droit du ventre, auxquelles nous rattachons les Amazones, (v.pp. 162 — 164). Voici les paroles de Hérodote sur les Auséens : IV, 180. «Caeterum promiscue cum pecudum more coeunt, non una habitantes...... et sur l'égide:

IV, 189. Vestem vero et aegides quibus instruuntur Minervae imagines, a Libyssis adoptarunt Graeci».

Qu'on nous permette encore d'ajouter au sujet de la Méduse que Pausanias II, 21 raconte la légende sur sa beauté incomparable, est-ce la ropyety; xe^aXy; oetvoïo TrsXwpou, 0£tvY;T£, o-[jL£pôvYi T£ de l'Iliade V 741?

Lapsus calami. A la page 26 à la ligne 20 au lieu du renvoi à ApoUodore I, 7, § 2, lisez :

«Le scholiiiste d'Apollonius de Rhodes lui donne aussi» etc. La même citation d' ApoUodore I, 7, § 2 à la ligne 26 de la même page est juste.

Nous prions de corriger partout où au lieu des Erinnyes il est écrit Ervnnies.

Corrigez à la page 1 et lisez au lieu de Thétis le nom de la déesse-mére épouse de l'Océan Tcthys.

Nous ne croyons pas devoir relever toutes les fautes d'impi-ession qui se sont glissées dans l'ouvrage car le sens nuUepart n'est altéré et le lecteur les corrigera facilement: comme p. ex.: atteller au lieu d'atteler (p. 24); pris au lieu de prit (p. 30); charmé pour charmés (p. 34) emportées pour emportés, p. 179 etc. Peut-être la faute la plusgi'ave est celle qui se trouve à la première ligne de la page 117 où au lieu du verbe est, se trouve la conjonction et. Corrigez encore la dernière ligne de la p. 224 «les premiei's occupants du sol de la Grèce».

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