V. 998. Creuze. Ce nom lui fut donné dans le combat des
dieux.
Nous voyons ici une toute autre légende que celle d'Hésiode,
et avec un caractère beaucoup plus antique, car il se rattache
aux premières luttes des Grecs dans le nord-est de la péninsule,
quand ils n'avaient pas encore envahi le Péloponèse, n'avaient
l'imi]itioii de la mer. Noos croyons quMl s'agit du lac Triton près da petit Syrte relié jadis à la mer par on canal ai^oard'hoi desséché. Compares les Argonautes d'Apoll. Rhod. rv, 1673, sq.
1) Euripide donne la légende athénienne, c*e8t-à-dire ionienne, celle qni dot depuis nne haute antiquité former une partie de la mythologie pélasgo-ionienne. Nom Terrons plus tard à quelles réminiscences de la haute Asie semble se rattacher cetle erojanoe.
2) Dans l'original Aeoc.
pas encore été en contact avec les colonisateurs et lés écumeurs de mer Phéniciens et SjTiens.
Nous avons émis plus haut notre opinion que les géants comme les nymphes, comme les Erynnies nées du sang d'Ouranos et de la Terre, sont des symboles des vieilles races autochtones, de leur culte des esprits, de leurs coutumes et de leur droit criminel. La Méduse qui apparaît chez Hésiode comme fille d'une Théogonie étrangère, apparaît dans le récit d'Euripide comme la soeur des géants et des n}inphes, appartenant au même ordre, d'idées et peut-être comme nous le verrons plus tard apparentée aux plus antiques traditions et symboles importés du haut du Pamir et du Tibet. Nous nous trouvons sûrement devant une confusion de légendes accidentellement analogues qui créées séparément et venues de pays différents sont venues se fondre en Grèce comme se sont fondus et embrouillés les m>*thes de Persée, mythe demi astronomique, demi héroïque ; de l'Hercule phénicien et de THercule pur Grec; du m}the s>TO^uphratique astronomique rattaché au myihe populaire grec des travaux du personnage représentant la force et le travail collectif de toute une nation.
En revenant au mythe de Méduse et'aux serpents caractéristiques qui IVntourent nous ne pouvons ne pas repéter qoe le serpent pour les Ar} as védiques ou brahmaîques ou Zoroastriques est toi^ours le représentant d'une race ennemie, qui pratique la magie et qu'il faut combattre à outrance. La repétition du même smbole dans les branches dHine race, dénote certainement Tantiquité de ce syml)ole et nous oserons ravouer la tète de Méduse dans la tradition la plus antique , où elle est en&ntée par la terre« mms rappelle un antique symbole de la hante Asie: «ne tète environnée de serpents *).
I) V»5«i c i d iMt iu )M «CrdopM CMtttnKtran». Nms totobb qmt le syn- M# Ml 4lrr Ito «ntt^i<'« quoi^a âi^joiirdli«i mmu le l e ti e»? »» dan les sjm-
Il n'y a pas de doute que les plus anciens habitants de la Thébalde, les Ektènes dont le roi fut le célèbre Ogygès (Paus. IX, 5, § 1) qui sont détruits comme une partie des Phlégyas par une peste^ les Hyantes et les Aones qui habitaient la Thébaïde quand Cadmus entra en Béotie avec une troupe de Phéniciens (Pans. id. ib.) appartiennent à ces races autochtones qu'on embrassait sous la dénomination de serpents. C'est le serpent tué près de la fontaine qu'il gardait en IBéotie comme un autre serpent gardait l'antique oracle à Delphes en Phocide. Et les descendants des dents semés du serpent, les Spartes, non seulement partagent le pouvoir avec les Phéniciens, mais encore finissent par chasser Cadmus et finissent par régner en Béotie, il est vrai comme race mixte, née du sang d'une fille phénicienne et d'un Sparte indigène.
Nous devrons revenir encore à cette importante légende à propos de l'introduction du culte de la vigne contre lequel réagissait un parti purement indigène à la tète duquel était un descendant sparte, c'est-à-dire appartenant aux races qui révéraient les Eurynnies, ces divinités qui «détestaient le vin» et les nymphes auxquelles on ne faisait pas de libations avec le vin, comme nous l'avons vu plus haut.
Nous compléterons encore l'aspect de la Grèce, quand les villes grecques étaient environnées encore de tribus demisauvages, — par un récit de Pausanias qui en citant des légendes locales nous donne en même temps un tableau fidèle de la marche des événements par la force desquels les brigands, les races de serpents, se mêlaient peu à peu aux Grecs et acceptaient leur genre de vie. Nous verrons encore comme dans certaines contrées on trouvait encore des troupes de fanatiques sauvages ou peut-être des sociétés secrètes de sauvages qui se vengeaient de leurs compatriotes grécisés qu'ils regardaient comme des traîtres.
L'indigène Pélasge, son fils Lycaon encore anthropophage, (ou qui en tout cas sacrifiait des enfants),' Nyctimus le fils de
Lycaon, étaient encore maitres indigènes de l'Arcadie; ce dernier à une fille, nommée Gallisto, qui est aimée par Zeus. De Gallisto et Zeus nait Arcas, qui donne son nom à TArcadie et est le représentant de la race mixte , issue des Grecs et des femmes indigènes^). Gallisto est métamorphosée en ourse et est enlevée au ciel, ce qui semble simplement indiquer que la femme indigène disparait et devient grecque par ses moeurs et ses habitudes. •
«Arcas introduit l'agriculture, que lui enseigne Triptolème .... et apprend à son peuple l'art de cuire le pain, la manière de confectionner des habits et leur enseigne le parti qu'on peut tirer de la laine». (Paus. VIII, 4, § 1).
Le fils d' Arcas se marie à une dryade, qui semble être une femme indigène ; son petit fils, Aepytus, est tué à la chasse par un serpent^) qui d'après notre conviction est un représentant de ces restes fanatiques de sauvages qui habitaient les bois de PArcadie et se révoltaient contre les innovations grecques et surtout contre leurs compatriotes qui se mettaient à la tète de ce mouvement progressif. Nous avons vu plus haut qu'une société de sorciers habitait encore du temps du général Pausanias à Phigalia en Arcadie (Paus. in, 1 7, § 7).
Pour en finir avec les pillards et les brigand, restes, comme nous le croyons, de ces races dépossédées qui reculaient devant la civilisation en luttant contre elle, nous sommes très-enclins à voir un soulèvement des races indigènes dans le mythe singulier des Aloades, nés de Poséidon, qui «avaient fondé Ascra en Béotie et les premiers avaient sacrifié aux Muses sur l'Hélicon». (Pans. IX, 29, § 1). D'après le récit d'ApoUodore (I, 7, § 4) ces deux frères, Otus et Ephialtes, croissaient chaque jour d'une coudée
1) Voyez Paosanias Vin, ch. 3 et 4. Comparez la tradition de la naisHUiee des Scythes (agricoles) des amours de PHercule Grec colonisateur, avec la fiUeserpent (Hérod. IV, 8, 10). Les Scythes nés de ces amonrs étaient, censés apparentés anx Grecs.
2) Paosanias IV, 4, § 4.
(iwiX®<) ^^ largeur et d'une toise (opyiAot ^*) en hauteur. A neuf ans ils avaient atteint une hauteur de neuf toises et étaient larges de neuf coudées. Alors ils résolurent de guerroyer contre les dieux, transportèrent le mont Ossa sur r01}inpe et posèrent le Pélion sur l'Ossa et menaçaient d'atteindre le ciel au moyen de ces montagnes ^. Ils voulaient encore verser la mer sur les montagnes et faire de la mer la terre ferme et transporter la mer sur le continent. Ces frères, Otus et Ephialtes, voulaient prendre pour épouses Artémis et Héra; ils lièrent Ares (le dieu de la guerre) mais Hermès le délivra. Artémis employa une ruse pour être délivrée des Aloades. Elle se changea en biche à Pile de Naxos, où se trouvaient les Aloades, et un jour qu'ils étaient à la chasse, passa comme un éclair entre les deux frères qui s'entretuèrent en lançant leur javelots à cette biche.
Cette légende des géants qui croissent vite, veulent faire la guerre aux dieux, veulent avoir pour épouses des déesses et s'entretuent mutuellement, peut certainement comme le pense Creuzer') représenter allégoriquement les forces du sol nées par la coopération de l'eau-Poseidon *), mais nous croyons que ce récit peut aussi avoir la signification d'un soulèvement rapide ou d'une invasion par mer (la légende est Béotienne) de quelques
1) A peu près six pieds, la distance entre les bouts des doigts des deux bras étendus à droite et à gauche.
2) On sent que c^est une amplification poétique, qui n'a rien de réel. Il semble aussi que ce mythe parut quand TOlympe exploré par les tribus védiques qui habitaient près de cette montagne n'était plus l'habitation des dieux, qui demeuraient déjà au ciel.
8) Symbolik III, pp. 89—40. Creuzer remarque que les Aloades sont les fils d'SXcix; 8 Paire à battre le blé.
4) Lenormant (Origines de l'Histoire I, p. 866) d'accord avec Preller (Qriech. Mjth. 2 éd. v. I, pp. 79—81) range le mythe des Aloades parmi les mythes qui ont trait aux origines de l'histoire des hommes. Il les rapproche des néphilim, de l'aire à battre le blé, et voit dans les Aloades les premiers agriculteurs en cherchant aussi à les rapprocher des traditions euphratiques sur la tour de Babel. Nous osons croire que les Aloades sont un mythe local Grec et de date assez basse. L'agriculteur védique n'avait jamais osé se soulever contre les dieux; de plus l'Olympe, l'Ossa, le Pelion donnent une teinte toute locale à la légende.
peuples de race indigène, dont le but principal était en faisant la guerre aux Grecs d'enlever des femmes grecques et de bouleverser les états fondés par les 'races védiques. Ces peuples périssent par suite d'animosités entre eux, semées à ce qu^il pai-ait par l'astuce des Grecs. Ce mythe pourrait sous ce point de vue être relié aux traditions sur les brigands d'Ëubée, les Phlég}'as, ou peut-être même aux paroles de Dionysios adressées à Cadmus dans les Bacchantes d'Euripide (v. 1331, sq.) quand il lui prophétise qu'il régnera sur les peuples d'Illyrie, qui seront fort et célèbres, mais qui périront quand ils entreprendront une expédition pour piller le temple où rend ses oracles Apollon.
S. Les Mes constmcteiirs.
Nous devons encore indiquer les débris de souvenirs parmi les Grecs de quelques antiques tribus, qu'ils nommaient les Cyclopes, qui étaient habiles à constniire des murs et des édifices en entassant des pierres non taillées sans ciment ou mortier.
Dans la Théogonie d'Hésiode (v. 1 40) les Cyclopes célestes sont évidemment des phénomènes électriques^), les éclairs, le tonuère, les foudi'es de Zeus, ce sont eux qui les forgent. Cependant d'un autre côté les débris et les restes des murs nommés cyclopiques, par les Grecs même, nous font soupçonner que parallèlement au sjmbole d'un phénomène physique, il y avait une tradition sur l'existence d'une race d'hommes qui à Tinstar des cyclopes célestes furent nommés cyclopes terrestres, par suite de l'identité des arts et des métiers que ces homonymes étaient censés pratiquer. Nous ci*oyons même que le mythe des cyclopes célestes apparut plus tard que la tradition sur les races
1) C^est ropioion deCrenzer Symb. III, 58 et de Maary Hist des Relig.
monophtalmes, habiles dans l'art de la construction et dans l'art de forger le fer^), qui demeuraient jadis dans le Nord de la Scjrthie ou de la haute Asie et dont les descendants furent connus des Grecs quand ils arrivèrent seulement au Péloponèse. Il est très-probable que le symbolisme poétique s'empara plus tard du nom d'une race habile à certains métiers pour exprimer un certain fait physique. Du reste il est très-difficile de décider cette question de précédence entre le mythe céleste et la tradition. Peut-être les Arimaspes d'Hérodote (IV, 13) qui semblent repeter une tradition très-antique, venue comme nous le pensons des steppes de la haute Asie, avec les races védiques, ce peuple qui avait un seul oeil et qui demeurait sur les limites des terres occupées par les griffons qui gardaient l'or (lisez les races métallurgiques) peuvent être rapprochés des cyclopes ethniques de la légende grecque. Ce qui semble donner incontestablement un caractère ethnique aux Arimaspes monophtalmes, c'est qu'il y a un soupçon de géographie réelle dans le récit d'Hérodote. Les Arimaspes, plus loin les griffons et au de là des giîffons dit-il les Hyperboréens qui certainement avaient une existence réelle et de plus étaient non seulement des Aryas, mais des Aryas védiques parlant la môme langue que les Grecs, comme nous l'avons vu en parlant des traditions du temple de Delphes. (Comp. Paus. IX, 27, § 2).
La légende des cyclopes doit dater d'une haute antiquité et dut être née dans la haute Asie, car nous trouvons parmi les races finnoises des traditions évidemment apparentées, à cette légende des forgerons célestes et terrestres, ce qui nous ramène encore au berceau commun des races Indo-Européennes et des races Finno-Mongoles ^).
1) DaDS le Nord de la Grèce les immigrants védiques ne trouvèrent que l'âge de bronze. Comp. la légende des âges.
2) La Calévala offre beaucoup de traditions congénères à ce monde mythique grec qui est . arrivé jusqu'à nous dans l'amalgame de toutes les traditions et de tous les cultes. Mais en examinant minutieusement les récits de la Calévala et en
Cependant les cyclopes terrestres des Grecs étaient non des forgerons mais des constructeurs par excellence; ils maniaient les pierres non taillées et en formaient des constructions énormes en les entassant les unes sur les autres sans mortier. Ils devaient certainement appartenir à ces tribus ou à cette race antique dont les constructions en pierre et les monolithes gigantesques sont dispersés sur la surface de la terre et nous plongent dans rétonnement à la vue de ces masses immenses et des forces prodigieuses qu'on dut employer pour les poser ou les construire.
Les Cyclopes grecs appartenaient-ils à la période qui avait précédée Tinvention des métaux, et étaient-ils entrés en Grèce sans connaître la métallurgie que leurs frères pratiquaient dans la haute Asie, dans les montagnes de TOural et de l'Altaï? Ou plutôt les Cyclopes n'étaient-ils pas la masse du peuple dont les Telchines, les Dactvles, les Corvbantes. les Curetés étaient les sa^"^ les sociétés sécrètes qui faisaient un mvstère de leurs connaissances de la métallurgie et la fonte des métaux?
Ce simt des questions auxquelles nous ne saorons rêpraidre, quoique nous penchons pour la dernière de ces suppositions.
Que les anciens nVnvisageaient pas les Cyclopes c<Mnme on mythe, mais qu^ils les regardaient comme une race très-réelle
W« oMft^iftnuii «TYV' K-rs^ rèdts de U TkêtfOtte freci%«c^ W«lfs Vw miiiNttt «le k OftkT»!» FiuK«s« $« npprvcàm dn rMW aoK^T^Ji^aeSw Par «xif«|iH le aiTÛie des CTrltOf^s ««leiin et •e rtlie «a m^iW dlhkin»» i|«i wreste le ftr (rej^ei le chttft V. pL 4â et 45 de U trtolwtW* nfessstf d^ule ptftie de k C^lertU par Gnutt^ds^ 1861» S* VMtr^ Là nfttwMMaate de Tewscita «lec le FtoaMbèe fret tcèbAxt II <i XXIT. ^ 3s^ ±£$^-4V Lk <àuA» de \a KftfeNML ^ <v>aB»mii x^« 1^ ^t -^ k dewtftW de Tttftkm du» le «Mt» (J^ ^^ ^ lemiaa: «(«£ ktv'^rxsx rJtf»» *^** d\%fdM« et d^Af ilàea dwi § :î; nu \ § ^ i: T 4:«si|ità rj^traM de k tèMft <è. XX ^ ir^ ^ù r»f|f«etie k <ry«»w dr W ^N*a ;mr^ «MM rvci^r^w diàt ^y^nsitr «u
d'hommes, vivant sur la terre est prouvé positivement par les paroles de Strabon (VIII, 6, § 11, f. Causab. 373) qui en parlant des Cyclopes constructeurs de Tiryns les nomme yao-Tspoj^etpa;, c'est-à-dire employant leur bras pour leur estomac ^), car, dit-il «ils se nourrissaient de leur métier». On voit qu'on a devant soi une tradition sur les restes d'un peuple pauvre, qui était obligé de travailler pour vivre et auquel on ne saurait adapter aucun symbolisme mythique.
Strabon plus haut (id. ib. § 2, f. 369) attribue à ces Cyclopes la construction d'antiques labyrinthes et de passages expressément fait pour enduire en erreur dans des grottes dites cyclopiques près de Nauplia.
Et Thucydide dans sa description des peuples de la Sicile (L. VI, § 2) nomme parmi les plus anciens habitants de cette île les Lestrigons et les Cyclopes, — non comme êtres fabuleux, mais comme nom de races.
Du reste les savants de nos jours, comme par exemple le vénérable Creuzer, ne se refusent pas de voir dans les Cyclopes un nom de peuple, indépendamment de la signification symbolique de ce mot comme phénomène physique. Il dit dans sa Symbolique (I, p. 11):
«Le Periégète (Pausanias) cite très à propos les paroles d'Homère*), qui nous obligent de reconnaître dans les géants et les Cyclopes des êtres humains».
1) Nous u^avons pu trouver une autre traduction pour ce mot. Amédée Tardleu transcrit simplement le mot grec.
2) Pausanias dit (VIII, 29, §3): «Homère ne parle pas des géants dans riliade, mais dit dans TOdyssée que la flotte d'Odyssée (Ulysse) fut attaquée par les Lestrigons qui certainement ressemblent plus aux géants qu'aux hommes (ordinaires)» Pausanias cite POdyssée (X, 120, sq). Plus loin Pausanias tyoute: «Le roi des Phéaciens dit que les Phéaciens sont parents des dieux comme les Cyclopes et le peuple des Géants (Odyssée VU, 208). Par là il donne à comprendre que les Géants étaient de nature mortelle, et non de la nature des dieux. Il le dit encore d'une manière plus claire dans les vers: (Odyss. VII, 59—60). «Eurymédon était jadis le souverain des géants audacieux, mais
Plus loin en revenant au vers 205 du chant VII de TOdyssée où Homère dit que les Phéaciens, les Cy dopes et les Géants sont parents dos dieux, Creuzer remarque que «Homère nous a conservé dans ces mots une ancienne tradition sur les trois anti- (lucs peuples primitifs (von drei Urvôlkern), qui probablemont étaient apparentés entre eux, quoiqu'ils pouvaient se distinguer par leur intelligence et leur manière de vivre ....
10 tableau dessiné par Homère dans l'Odyssée (IX, 106, sq.) nous indique qu'il regardait les Cyclopes comme un peuple sauivagew.
Dans une note (Symbolik v. I, p. 12) Creuzer fait une renwrque très-juste qui vient à Tappui de notre point de vue.
11 dit:
«Dans la pin^ie épique des Grecs, les plus anciennes divinités comme ces nicos primitives (solche Urstamme) sont toujours déiKnntos sous dos formes peu attrayantes». Creuzer indique aussi que les Silènes «fils de la Terre» devraient être comptés )>armi les races antiques. Nous compléterons cette pensée en rappi'lant que l^iusanias (Xh 24. § 6) dit que les Silènes étaient une race mortelle, et raconte qu'on lui avait dit qu'il y a des tombeaux dos Silènes près de Pergame et dans le pays des Hébrtnix.
Pour on revenir aux C>clopos constructeurs, nous citerons oncoiY Orouior »^Symb. v. K p. 6r qui en parlant des constructivnis cyolopiquos dit qu Viles )H>rtaiem dans Tantiquité le iKnu do Ovustniotions pôlasgiquos ou ogygesques. c'est-à-dire d*mK^ Antiquité immémoriale^^.
i \^st à 00 gouro do ovnisinictîons qu'appartiennent les murs
«it t«; V<fti«»^tt^ U tJiïSf t\ àt Ijk ititrxcti^s ie $«x pcaple impie. • <t i* $* F'**r^* yeTi*».
^Kt *^ju>Mî ?^ri i^tTt** >fcr *^ 7^$:*. Y:x>fi r^». IX^ X § -.
de Tiryns qui ét^nt construits pour le roi Proetus par les Cyclopes ^), et les ruines de Mycène qui con^stâient en murs et une porte surmontée de lions, qu'avait vu Pausanias^.
Pausanias (II, 25, § 7) décrit ainsi la construction des murs de Tiryns.
«Le mur qui est un reste du travail des Cyclopes est formé de pierres non taillées entassées les unes sur les autres. Chacune de ces pierres est de telle grandeur que même la plus petite ne pourrait être déplacée par la force d'un seul mulet. De petites pierres sont aussi de toute antiquité placées dans les intervalles des grandes pierres pour leur serdr de lien».
On a trouvé les restes de constructions semblables dans plusieures localités de la Grèce et de Tltalie. Elles ont toutes le même caractère: ce sont des masses d'énormes pierres entassées sans aucune maçonnerie ni ciment, mais on distingue trois manières qui indiquent un certain progrès de cet art. La première manière est celle dont parle Pausanias très -correctement; la seconde, trouvée dans l'Etrurie ressemble à la première avec la diflFérence que les grosses pierres semblent être adaptées l'une à l'autre avec plus de soin; enfin la troisième que nous avons trouvé à Mycène présente un essai de tailler grossièrement les pierres en leur donnant une forme carée oblongue et de les poser en couches horizontales*).
Il est probable qu'il faut compter parmi les constructions cyclopiques les soi-disant trésoreries que plusieurs savants regardent comme des tombeaux^). Pausanias (II, 16, § 5) parle de la trésorerie d'Atrée et de ses fils à Mycène, dont la principale s'est conservée parfaitement jusqu'à nos jours. Le même auteur parle
1) Apollodore II, 2, § 1 ; Pausanias II, 16, § 4.
2) Homère dans l'Iliade (II, 559, 569) parle de Tiryns et de Mycène en les nommant des villes bien fortifiées.
3) Comparez là-dessus l'excellent article dans le Smith's Dictionnary of Greek and Komans Antiquities ad voc. Ma ru s.
4) Voyez Mûller's Arch&ologie der Eunst §§ 48, 291.
(IX, 38, § 2) de la trésorerie de Minyas à Orchomène (en Béotie), et ce qui est curieux (IX, 36, § 3) semble rapprocher dans un passage les constructions de T Orchomène de la Béotie avec les murs de Tiryns d'Argos.
«Les Grecs, dit-il, aiment à s'étonner des merveilles des autres peuples .... et cependant personne ne parle des murs de Tiryns et de la trésorerie de Minyas qui sont dignes d'admiration».
On dirait que dans la pensée de Pausanias ces constructions appartiennent à la même période et sont l'oeuvre d'une même race d'hommes.
Il est probable que tous ces antiques autochtones, tous ces Urvôlker, comme les nomme Creuzer, étaient habiles à élever des édifices en pierre non taillée, comme étaient habiles à manier et à transporter d'énormes blocs de rochers les races préhistoriques qui ont dispersé sur la surface du globe les constructions dites mégalithiques ^), qui, dirait-on, leur servaient à faire l'essai de leurs forces physiques et de leur intelligence, et étaient un commencement de discipline des masses qui ne purent appliquer leur force pour agir en commun qu'à la condition de se soumettre à la volonté d'un seul ou d'une corponUion.
Cependant il y a un fait digne à être remarqué, c'est que les cyclopes du Péloponèse ne se bornaient pas à élever des mui-s d'enceinte , mais qu'ils étaient encore habiles à ciseler la pierre. Ceci ressort de deux témoignages de Pausanias qui dit (II, 16. § 4) en parlant de la porte de Mycène: «il y a des lions làdessus» et puis sans transition aucune: «KuxXcÛTrcov oè xac ToOra izyoL iivat Xà^suTiv)). — «On dit que pe sont les travaux des CycloïK^s». Et plus loin (II, 20, § 5) en parlant des curiosités
1) Sur ces coDStnictions Toyei Nadaillac, Les premiers hommes etc^ 1831, T. I. pp. 2S. 2>0, sq.: 392, sq., et pâssim. Comp. Tay]or*s Anthropologj 1881; ch. X; Dwellings. pp. 229, 232 etc.
d'Argos il dit que près dn sanctuaire de Gephisus il y a une tète de Méduse faite en pierre: <cet cette tète, dit-on, est le travail des Cyclopes».
Il n'y a du reste aucune impossibilité que ces constructeurs en pierre furent arrivés à force de travail et sous l'influence des phéniciens qui depuis longtemps fréquentaient le Péloponèse, ou sons l'influence de la civilisation Cretoise, à tailler la pierre et à ciseler des figures d'hommes et d'animaux reproduisant les modèles que d'autres races, plus développées avaient crées. Il ne faut pas oublier que cette race d'habiles tailleurs en pierre dut résider longtemps dans la contrée et put s'emparer des légendes qui naquirent après que les Achéens eussent envahi la contrée. Ceci peut être le cas de la légende de Méduse, dont la tête entourrée de serpents put être reproduite assez tard, vers la fin de la période achéenne.
Mais nous oserons faire une supposition bien plus hardie.
Nous avons vu plus haut qu'il existait deux légendes de la tète de Méduse, dont une semble avoir une origine africaine ou africo-phénicienne, l'autre conservée par Euripide, semble une tradition du Nord et comme nous le croyons doit appartenir aux antiques traditions de la haute Asie.
Que le lecteur nous permette une petite disgression:
On sait qu'une tête entourée de serpents est un symbole fort commun dans l'Inde et surtout parmi les Buddhistes. Nous rappellerons encore au lecteur sans développer ce sujet, mais en nous bornant à citer l'opinion du grand Eugène Burnouff, de Wassilieff et d'autres savants qui se sont occupés du Bouddhisme, qu'il est impossible qu'un mouvement si grandiose comme la révolution religieuse du Bouddhisme fut produit sans un long travail de la pensée humaine qui l'avait préparé. Gautama n'était que la dernière expression, l'expression incarnée de beaucoup de siècles de souffrances et de méditations. Nous ajouterons encore que le Bouddhisme n'avait pas crée les emblèmes dont il se servait; il les avait trouvé toutes faites et depuis des temps immé-
morials^): c'est ainsi que la roue sacrée, le trident durent depuis la plus haute antiquité exprimer certaines idées au milieu de certaines races et furent acceptés du Bouddhisme parce que c'étaient des symboles généralement compris. Parmi ces formes symboliques il faut remarquer surtout les célèbres Naga, ces têtes environnées de serpents ^) qui semblent dès une haute antiquité désigner une race particulière d'une autre origine que les Indiens- Aryas, (race redoutée par ces derniers) et qui s'identifient avec les races ennemies des Aryas.
Quelle que fut la date si disputée de l'apparition de Chakya- Mouni, nous croyons que les emblèmes et les croyances du Bouddhisme existaient depuis longtemps parmi les races tibétaines voisines et ennemies des Arjas de la haute Asie, quand ils se rencontraient encore sur le versant septentrional du Hindou- Koush.
Ces Nagas, sont avant tout des magiciens qui donnent la pluie, des sorciers, des médecins, et cette croyance existe encore parmi les populations du Cachemire, du Tibet et de l'Ouest de la Chine comme nous avons eu l'occassion de le dire plus haut.
Nous devons ajouter encore une observation. Hésiode ne conuait pas de tête de Méduse entourée de serpents, (v. Théog. V. 280 — 282). Il ne sait rien de cette tête placée comme épouvantait sur l'égide. Quand il parle de la Méduse phénicienne elle n'est pas un objet d'épouvante, elle est un objet de commisération: elle est la pauvre souffrante, «gravia perpessa»; «Xuypà TcaOoOo-a». Encore ne l'a-t'on pas assez remarqué que dans Hésiode Athène n'est pas armée de l'égide^). Hésiode
1) Comparez entre autres les pensées lumineuses sur le siget du glaive tournoyant rapproché du tchakra indien dans les Origines de l' histoire de Lenormant y. I, p. 133.
2) Voyez là-dessous Fergusson's Tree and serpent worship^. (éd. de 1873). Texte pp. 47—49; 56, 246—248, etc. et figures pp. 58, 78, etc. and Plates: 56, 75, 87, fig. 6; 91, f. 2; 98, etc.
3) Nous écartons comme de raison le Bouclier d'Hercule, où Athéné manie l'égide V. 340.
nomme il est vrai Zeus atyto/oç (Théog. 735, 920 etc.) mais nuUepart le bouclier en peau de chèvre de Zeus n'est orné d'une tète de Gorgone. Les seules armes que nous voyons dans les mains de Zeus sont les foudres. (V. la guerre des Titans et le combat contre Typhoeus vv. 687 — 693 et 853 — 854 de la Théogonie). Et les Cyclopes ne lui forgent aucune autre arme que les foudres et les tonnères (v. 141 de la Théog.).
Cependant Homère connaît l'égide manié par Athène et quelquefois par Apollon ^). Dans la description de l'égide, qui semble plutôt un bouclier comme celui d'Achille, qu'une peau de chèvre, — il parle de la tête de Gorgone placée sur l'égide, comme d'un épouvantail terrible. (II. V, 741). Est-ce la Méduse que nous nommons phénicienne, et qui est un objet de commisération pour Hésiode??
Certes, mille fois non ! S'il y a un symbole qui serait accepté par les Grecs comme épouvantail, se serait sûrement cette antique tête entourée de serpents, créée par l'imagination des peuples de l'Asie centrale, qui était l'emblème des ennemis des Aryas védiques et qui certamement dans la légende racontée dans l'Ion d'Euripide par Creusé est le même symbole des ennemis des Aryas qu'enfanta la Terre, et qui envoya ce monstre à l'aide des Géants ses autres enfants, qui étaient attaqués par les Grecs. En acceptant cette signification de la tête de la Grorgone on s'expliquerait facilement son apparition sur le bouclier d' Athène : se serait le trophée d'une victoire, sur un ennemi qu'on identifierait avec l'emblème d'une tête entourée de serpents. Mais quel sens présenterait la tête de la Méduse lybienne')?
Nous avouons donc que nous osons supposer que la légende racontée par Creusé dans l'Ion d'Euripide sur la naissance du
1) Iliade II, 443; V, 785—742; XV, 229.
2) Nous dirons par parenthèse qne la Méduse Lybienne prit place sur Tégide d'Athène beaucoup plus tard quand ses légendes revinrent en Grèce de Cyrène, colorées d'une teinte africaine parmi les Doriens de la Cyrénaiqne.
monstre la Gorgone environné de vipères, que la Terre avait produit pour venir en aide à ses fils les Géants du champ de Phlègre, n'est qu'une réminiscence antique des Nagas apparentés aux races dites nées de la Terre, et dont le symbole la tète entourée de serpents fut transportée en Grèce soit par les races antiques du sol, soit par l'immigration védique. Dans l'un et l'autre cas la population des Cyclopes qui se nourissaient du travail de leurs bras, comme le dit Strabon, reproduisait un symbole fort connu de l'antiquité, qui du reste put être confondu, — et plutôt au Péloponèse qu'ailleurs, — avec une autre légende phénicienne très analogue de forme mais très-di£férente de signification, de celle qui fut importée du fond de l'Asie centrale par les races qui en tiraient leur origine.
En parlant des constructeurs, nous ne saurions passer sous silence des légendes d'un autre caractère qui ont eu cours au Nord de la Grèce, mais qui semblent se relier à ces mêmes traditions sur les races antiques, les Urvôlker de Creuzer, qui savaient transporter et mouvoir des immenses blocs de pierre pour eu former des édifices. Le lecteur comprend que nous voulons parler des constructeurs célèbres, Orphée et Amphion qui font mouvoir les pierres par le son de la musique').
Nous croyons qu'il faut s'arrêter avec beaucoup d'attention à cette dernière tradition et chercher un sens réel à ce récit, car il faut avouer que toutes les explications données par les philosophes et les poètes sur l'influence de la musique comme cause de l'adoucissement des moeurs, etc., ne suffisent pas pour expliquer l'origine de la tradition même, et sont plutôt des spéculations postérieures.
Nous nous arrêtons sur une phrase de Hyginus qui nous semble donner le véritable sens de la tradition.
1) Voyez la légende d'Orphée dans la Bibliothèque d'Apollodore I, 3, § 2; et voyez les Argonautes d'Apollonius Rhodius I, 26—81. Comparez l'ode XU d'Horace. — Sur Amphion voyez ApoUodore m, 5, § 5.
En énumerant les Argonautes dans la Fable XIV, v. 14—15, (éd. Bunte, p. 45, Lipsîae 1856). Hyginus décrit ainsi le rôle ou les devoirs d'Orphée: «celeuma dixit Orpheus». Celeuma est le mot grec xâXeufxa, qui veut dire mot d'ordre, et particulièrement cette espèce de chant monotone qui sert à régler le mouvement des rameurs. — Quand nous voyons ces monuments gigantesques, ces énormes rocs que mettaient en mouvement et en place les peuples préhistoriques, quand nous nous trouvons en face de ces dolmens, cromlechs, menhirs, ces pierres «qui virent», nous nous demandons quels sont les moyens qu'employaient les forces réunies des masses énormes d'hommes, qui à peine connaissaient les premiers éléments de la mécanique, pour manier ces poids immenses et les placer là où ils voulaient les placer, et nous devrons admettre que le chant monotone, qui sert à régler la mesure du mouvement commun des ouvriers, dut être inventé comme le premier moyen de réglementer et d'utiliser une force collective, et nous croyons que la tradition qui nous raconte qu'aux sons de la voix d'Orphée et plus tard de la lyre d'Amphion les pierres se posaient en ordre, n'est qu'un souvenir lointain de ces races qui avaient inventé le chant mesuré, servant à employer la force collective à un but déterminé.
Les Cyclopes du Péloponèse comme les ouvriers d'Orphée en Thrace et d'Amphion à Thèbes, durent former des associations d'ouvriers ^) qui entreprenaient en commun des travaux de construction, en employant cette même méthode, qui n'était qu'un souvenir d'une invention qui se perd dans les ténèbres de l'âge néolithique et peut-être paléolithique.
Il n'y a pas de doute qu'Orphée et Amphion appartiennent aux races antiques, ceci ressort des légendes qui les entourent.
Orphée est d'origine thrace^), Amphion et Zetus sont nés
1) L'artcl rasse, corporation d'ouvriers, habitués à travailler en commun peut donner une idée de ces associations.
2) Voyez sur ses moenrs Les Métam. d'Ovide X, v. 83—85.
d'une nymphe Antiope et de Zeus. Du reste leur lignée est obscure, mais ce que nous remarquerons c'est que Zetos est pasteur ^), tandis qu'Amphiou est le célèbre constructeur de la citadelle de Tbèbes, qui se marie à Niobé, la fille du cannibale Tantale ; tous leurs enfants périssent sous les coups d' Artémis et d'Apollon, en punition de Tirrévérence témoignée aux dieux (lisez «grecs» '^). On sait que Niobé devient pierre, comme tous géants et les nains des contes').
Amphion lui-même d'après le récit de Hyginus (f. IX, in fine) périt sous les floches d'Apollon, parcequ'il «voulait chasser le dieu de son temple». Nous rappelons ce que nous avons dit au sujet de Delphes, et il est évident que la tradition avait en vue une tentative des prêtres des races antiques de ressaisir le siège de l'antique oracle chamanique de leur culte. Il n'y a pas de doute qu'entre Amphion et Apollon il y a lutte, et nous rattachons sans hésiter les légendes d' Amphion comme la légende d'Orphée, — qui a donné son nom aux mystères, — aux antiques traditions des races non-védiques.
C'est aux mêmes i*aces que nous rattachons les célèbres architoctes, Tn>phonius et Agamède, qui ont construit le temple à Delphes et le trésor de HjTius (v. Pans. IX, 37, § 5). On sait que Trophonius avait un temple souterrain avec on oracle de son nom près de Lebadée et du lac Copaîs, comme le dit Pausanias (IX, 39, § 5).
Le mémo autour en parlant des deux statues qui se trou- ^"aiout dans une caverne et qui tenaient en main des bâtons entourés do sonHMits, hésite à décider, si elles représentent Asclépîos et Hygiée, ou Tn^phonius et Hercyne, car dit-il «les ser-
U P^ui'^ire n>$t«co qu\inf Autre forme de b légende des KenUuri oo piqueurs de uore^ia.
d) Vovet ApoU. m. \ § 6: Diod. Sic. IV, 74: Hyginus F. VII; MéUm. dWide L Yl. ch. 2,
$^ I^et gt'Auts et les n^ns sont presque tmgoars des qvbolet d*aitiques mors; les pw mi ^re s des nces g«emère% les sectniti des nret ■iiilliigii|wes.
pents conviennent tout aussi bien à Trophonius qu'à Asclépios» (id. ib. 39; §2).
Le lecteur saisit le lien qui unit toutes ces traditions sur la divination, la médecine , l'art de la construction avec tous leurs emblèmes dans une conception générale des races autochtones.
En revenant aux cyclopes d'Argos nous devons faire fece à une objection.
Strabon dit (VIII, 6, § 11, f. Causab. 372) que les cyclopes constructeurs de Tiryns furent appelés de la Lycie, mais ApoUodore n'en dit mot, et nous croyons que l'autorité du mythographe doit précéder en ce cas l'autorité du géographe. ApoUodore (II, 2, § 1) raconte que Proetus, chassé d'Argos par son frère Acrisius, le père de la célèbre Danaé, revient à Argos de la Lycie à la tête d'une troupe armée et occuppe Tiryns «qui — dit Apollodore, — fut entouré pour lui d'une muraille par les Cyclopes». Il n'y a pas le moindre indice dans ApoUodore que les cyclopes fussent venus de Lycie et il semble au contraire que Proetus trouve dans le pays même de l'Argolide des ouvriers-cyclopes qui travaillent pour Proetus à la construction de ce mur. De même nous ne trouvons aucun indice dans Pausanias que les Cyclopes fussent des ouvriers venus de quelque autre contrée.
Il est très-possible, comme l'indique Rowlinson, que la Lycie était une contrée habitée par un peuple d'origine aryenne quoique non apparenté aux Grecs ^), et que cette contrée ayant reçu sa civilisation de la Syrie, avait d'habiles architectes^) et ingénieurs et nous admettons voloûtiers qu'ils purent tracer pour Proetus le plan de l'enceinte de TjTins et de Mycène, mais nous appuyons sur ce que le mode de construction, la manière de
1) Voyez dans THérodote de Rowlinson la note au sujet de Hérodote 1, 173 et PEssay XI, § 6, dans TAppendice du premier livre d'Hérodote.
2) Les architectes de Syrie avaient bien su construire le célèbre tombeau 4'Alyatte. Voyez Hérod. I, 93, et Hamilton's Aaia l^Iinor 1, 145, sq.
poser les pierres non taillées qui se retrouve non seulement en Grèce mais en Italie, et qui reçut le nom général de mode de construction cyclopique, dut appartenir à une population indigène du Péloponèse, et il n'y a aucune raison de supposer que cette manière de construire des édifices ou des murs, qu'on retrouve dans difierentes parties de l'Europe, fut originaire de Lycie.
Nous croyons donc que ce fut la population indigène d'Argos qui dut fournir les corporations ouvrières qui travaillaient en commun aux sons de leur chants mesurés-, posant les pierres énormes des murs de Tirvns, de Mvcène ou de Lvcosure suivant l'art qu'ils avaient hérité de leurs ancêtres.
î. RW, DWer et ses Ions.
En tâchant d'embrasser d'un coup d'oeil tout ce que nous venons de dire au sujet des races antiques de la Grèce et des traces qu'elles ont laissées dans les coutumes et la religion de la Grèce historique, nous pensons que partout oii nous trouvons l'existence des autels particulièrement dédiés à Gaea la Terre et des oracles antiques nous sommes sûrs de nous trouver sur un sol foulé par ces races préhistoriques. De même là où on révérait les esprits, les njmphes, les dr}'ades, les ondines, les espritsserpents (comme à Sosipolis en Elide) et le dieu Pan, là où on ne faisait pas de libations de vin comme sur l'autel des Erinnyes, on se trouve au milieu des débris d'une population indigène et de son culte des esprits d'une haute antiquité. De même là où on trouve des réminiscences de l'invention du feu, là où brûle un feu inextinguible, où on révérait la mémoire de Prométhée, du Titan, de Phoronée, où on adorait un dieu chtonique ou igné comme à Dodone et à Lemuos nous avons devant nous des débris de souvenirs et de cultes étrangers à la race dominante des Aryas védiques.
Là où nous trouvons des légendes sur la lutte des Géants
contre Zeus, et des réminiscences des populations guerrières, cruelles, pillardes comme les Phlégjas, les Cyclopes de l'Odyssée, les Lestrigons, les Ektènes, les Centaures, les peuples de TlUyrie, les brigands Eubéens etc., etc., nous sommes sûr de nous trouver au milieu des populations indigènes demi-sauvages, vivant de rapines.
Là où on conservait le souvenir des Cyclopes constructeurs en pierre non-taillée, des Silènes et des Satyres qui formaient la suite dé Pan et où on montrait leurs soi-disant tombeaux, on se trouve au milieu de la population indigène aux moeurs douces et paisibles.
Là où on recite des légendes sur les centaures médecins, les serpents médecins, les serpents maîtres de la science de la divination, des serpents gardiens des sanctuaires, des serpents conducteurs, des serpents qui défendent des enfants, des médecins qui sont poursuivis par Zeus qui craint cet art, nous nous trouvons devant des débris de l'antique culture, devant cet ensemble de connaissances que les aborigènes de la Grèce avaient hérité de leurs ancêtres de la haute Asie.
Enfin là où nous rétrouvons des indices de la pratique de l'anthropophagie et des sacrifices humains, là nous voyons des restes de ces populations qui n'avaient pas reçu d'éducation védique *).
Toutes ces tribus hétérogènes, en partie du même sang Arya que les Grecs, d'autres probablement touraniennes (dans l'acception la plus vaste de ce mot), amvées avant les Grecs sur le sol classique de la péninsule, formèrent le sous -sol de la nation classique des Hellènes, et exercèrent une certaine influence sur
1) Nous nous abstenons, et par cause, d^introduire dans cet aperçu les sociétés métanurgiques qui quoique venues de la haute Asie, durent à ce quUl parait passer par le pays des Chalybes et la Colchide par la voie de la Syrie, de PAsie Mineure, de Crète, de Lemnos pour arriver en Grèce. Et cependant le Prométhée d'Eschyle nous fait comprendre que la métallurgie était un art des populations dont il était le représentant.
les croyances et le développement des Grecs, qui cependant avec leur intelligence et leurs forces morales supérieures engloutirent dans leurs fond commun de savoir et de science toutes les traditions, tous les cultes, tout le savoir, toutes les connaissances techniques des races indigènes et des races voisines et donnèrent à tout cet amalgame de croyances et de connaissances un vernis hellénique, élevant au-dessus tout le drapeau védique du respect dû à la famille, de l'idée d'ordre et de l'horreur de toute cruauté.
Nous verrons ci-dessous que ce furent eux, qui furent les créateurs de la vie agricole et rurale de la Grèce.
Nous revenons à la légende de Prométhée.
Cette légende sous la forme, sous laquelle elle est arrivée jusqu'à nous, et surtout telle qu'elle nous est présentée par Eschyle, dessine un des moments du développement de l'humanité. Cette légende en représentant la somme des connaissances des tribus demi-sauvages, dont avaient hérité les Grecs, traçait encore selon l'idée d'Eschyle la voie au moyen de laquelle les races non-védiques devaient arriver à une fusion complète avec les Hellènes et leurs croyances.
Ces tribus védiques se regardaient toujours comme ayant les seuls la possession du véritable sentiment religieux; ayant trouvé dans la bouche des races non-védiques des traditions de leur passé et une certaine légende d'un être mystérieux, père des inventions, ils s'en emparèrent pour en créer cet apologue dont le meilleur et le dernier interprète fut Eschyle, apologue qui n'est déjà dans cet auteur qu'une leçon philosophico-religieuse, dont la pensée principale semble être qu'après la première période de la vie religieuse, pendant laquelle les jeunes peuples expriment leur amour et leur reconnaissance au Dieu créateur de la nature si belle, si terrible, si sublime, — commence une seconde période d'inventions et de révolte contre les dieux, par suite de l'arrogance et de la suffisance des inventeurs, qui sont sûrs de se passer de l'aide suprême des dieux.
Cette idée de révolte contre les dieux et d'indifférence religieuse^) est incamée dans Prométhée.
La troisième période du développement religieux correspond à la troisième partie de la trilogie d'Eschyle ; Thumanité commence à comprendre qu'elle doit s'humilier devant les dieux, ce qui du point de vue grec était identique à la nécessité pour les races autochtones de se fondre avec les Aryas védiques et de se soumettre aux dieux qu'ils adoraient.
Cette fusion des peuples au culte différent s'opéra principalement au moyen des mariages mixtes au sujet desquels nous remarquerons que le mariage du Grec avec une femme d'origine indigène était un fait journalier et ordinaire. Ces mariages comme nous l'avons vu sont caractérisés par de certaines expressions et symboles qui ne laissent pas de place au doute sur ce sujet.
Ce sont ou la descendance par la mère d'une nymphe comme dans la naissance du divin Tirésias, ou les amours de Zeus avec la fille du roi indigène Callisto, mère d'un individu de sang mêlé qui devient l'eponyme de l'Arcadie, ou le fait significatif d'une différence *de culte religieux entre les hommes et les femmes comme dans le bois de Pyrée (entre Sicyon et Phlia) où les hommes sacrifient à Déméter, et les femmes dans le sanctuaire des nymphes.
Mais dans les cas évidemment très-rares des mariages entre les individus mâles d'origine autochtone et les femmes grecques, ce maiîage est presque toujours entouré d'une légende, ou qui insiste sur le malheur qui accompagne ces mariages (Terée Philomèle et Procné), ou qui dessine la femme grecque sous
1) Les Aryas aujourd'hui comme jadis ne pouvaient souffrir Tindifférence en matière de religion: cette insouciance au siyet de Texistence de Dieu et de Timmortalité de Tàme, forme le fond des croyances bouddhistes et en général de tous les peuples jaunes de la haute Asie. Ceci fut le plus grand reproche qu'adressaient lei Aryas védiques aux Daysions comme nous le verrons dans la légende des ftges (voyez le second ftge).
Taspect d'une divinité dont s'empare par la ruse Tindigène guidé (les conseils du sage de sa race (Pelée et Thétis et le centaure Chiron). Dans ce dernier cas la femme gi*ecque donne naissance à une lignée de héros ^). De plus la femme grecque à le talent de gréciser définitivement la race: et ceci nous ramène au mythe de Pandore dont nous parlerons plus loin: nous remarquerons ici seulement que sous le point de vue de l'indigène le mariage avec une Grecque est un malheur, car il est la causé de la disparition des vieilles croyances, coutumes, et même de la race dans son individualité.
Pendant cette période de fusion des races et de la régénération de la population de la Grèce au moyen des mariages mixtes, nous trouvons encore de traces d'autres influences. Après la rencontre hostile de cultes ennemis dès le commencement, nous voyons s'établir des relations des paix entre les religions hostiles ou plutôt entre les ministres de ces religions. Pendant cette période se produit le travail des généalogies pronnciales par les bardes de famille et le travail syncrétique de la fusion des croyances au moyen des oeuvres généralisantes des poètes et des mythogi'aphes.
Nous avons déjà parlé de l'intéressante recontre qui à l'air d'un concile ou d'un congrès entre les prêtres des cultes antagimistes, dont le résultat fut un fait réel incontestable, une coutume exprimée par Hésiode en ces mots:
«Ex illo vero (tempore) immortalibus super terra genei'a hominum adolent ossii alba odoratis in aris». (Théog. V. 550 — 557).
Dans cette légende de Prométhée luttant de ruse contre les dieux, il est certainement le représentant de la partie de la populatiim qui ne voulait pas donner la meilleure part de la chair du Sîicrifioe aux préti'es; sous le nom des dieux sont évidemment
1) On n'a p»s assoi remarqué le fait qaWchUle est fort parce qu'il eat le proiiuit du croisement des races: obsenation que durent depuis longtemps faire les peuples.
compris les représentants de ces familles grecques, comme les Enmolpides, les Lycomèdes, les Cephalides etc., etc. (comp. Maury, Rel. II, 387, sq.) qui avaient hérité de l'influence de ces chantres célèbres les Richi dont plusieures familles ont été célèbres comme les Brigou, les Tritou, les Ang}Ta, les Atarvan, les Soumitra, etc. (Comp. V. de S* Martin, Géographie du Véda, p. 150, sq.).
Ces poëtes inspirés qui expliquaient la volonté des dieux, exerçaient une grande influence sur la société élevée dans les principes védiques, mais il parait que la ruse des populations indigènes, ou peut-être leur force seule décida le résultat de la latte contre les dieux ou prêtres védiques. Il est vrai que plus tard, — (il est raisonnable de supposer que ce ne fut qu'après que le culte védique eut gagné du terrain) — on donnait aux dieux le quart de l'animal sacrifié ^). Ceci ressort non seulement des écrivains postérieurs (Comp. les citations d'Alfr. Maury, Rel. Il, p. 110, sq.) mais encore peut-être des vers 337 et suiv. du poème d'Hésiode «les travaux et les jours».
Il est très-difficile de suivre pas à pas le travail compliqué de la fuaîon des croyances qui se rencontrèrent sur le sol de la Grèce, ma^s il nous semble qu'il faut chercher la base du travail des auteui(s des Théogonies, non seulement dans les légendes populaires)^ mais encore dans les généalogies fictives qu'on composait poury;^^ glorifier certaines familles en les rattachant à la race des dieu£' Il nous semble qu'à l'instar des récits des migrations et des gierres de certaines familles Polynésiennes, que conservent dans lejars récits les harépos'), dans l'antique monde grec nous devonf/supposer des bardes locaux qui chantaient les exploits et
1) Voyei sur l'importance qu'on attachait à là part offerte en holocauste et celle qui reyenait aux prêtres le LéWtique VU, 28—85 et comp. Dent. X; Toyez encore l'Histoire des In'titntions Mosaïques de Salvador (dans la trad. allemande I, 60, 188; III, 114).
2) Compares Quatrefages les Polynésiens, p. 49; comp. pp. 148, 147, 149, 169 etc., etc.
la généalogie de la famille régnante, qni le regardait comme nn serviteur de la famille et subvenait à tous ses besoins.
Il est très-probable que c'est par suite de cette poésie locale, héraldique pour ainsi dire, que nous rencontrons cette multitude et cette diversité de légendes généalogiques et de récits mythologiques qui nés dans diverses parties de la Grèce sont le plus souvent en contradiction entre eux.
Nous sommes loin de nier la théorie de Max Mflller qui suit la filiation d'une expression ou d'un mot qui change de signification et qui devient mythe par suite de la perte du sens primitif qu'exprimait jadis ce mot. Mais cela n'exclut pas la possibilité de ce que le mythe naissant reçut sa dernière expression dans la bouche du poëte local , qui le fixe dans la pensée du peuple par son chant poétique et par la généalogie qu'il y rattache, en s'appuyant sur ce mot devenu mythe.
En examinant la mvthologie des Grecs, nous devons convenir qu'elle est construite en grande partie sur des tableaux généa^ logiques des familles qui prétendaient descendre des dieux. Il semble que selon la contrée où on révérait particulièrement Tune ou l'autre des nombreuses divinités qui étaient venus de contrées différentes (soit de l'Egypte, soit de la Syrie, de rAiie Mineure oà étaient les di\inités des indigènes de la Grèce) on fidsait descendre les familles régnantes de ces dieux ou de ces iéesses qui étaient regardés comme les protecteurs de la contrée. ^Mais nous voyons dans tous ces récits le cachet déjà apposé des Grecs dans la suprématie du D}iis ou Zens d'origine védique, mais qui représente déjà une généralisation du dieu suprême des Grecs comme des Pélasges, car non seulement il avait saglairti le Zeus de Dodone ou le Zeus chtonien, avait écar|é le dieu solaire de la PhénicieM qui comme nous le soupçtenons fort avait dgà un pied en Grèce, ce qui ressort du
l) Le dira aolaira Phéucm Mclaaitk-Hercak deviiil le Ht dt Fi narmle ne à Thèbe».
SanGhoniathon ^), mais encore il était Texpression d'une antique divinité commune non seulement à tous les Aryas, mais encore à toutes les races de la haute Asie, savoir le Ciel, qui avec la Terre était regardé comme le couple primordial de tous les dieux et des hommes et qui pour cette raison dans la théogonie des Grecs, ces grands généralisateurs et fusionistes de toutes les croyances, est placé à la tète de toutes leurs généalogies des dieux comme représentant les temps les plus antiques.
Mais en se substituant à toutes les divinités suprêines rêve* rées sur le sol grec, Zeus gardait néanmoins son caractère védique, comme dieu de Tordre, du bien, de la charité, de l'hospitalité, dieu des suppliants et de la justice. De plus il s'associa au lieu de Dioné (le féminin de Dyaus) une divinité d'origine pélasgique (Maury, Hist. des Rel. I, p. 78), mais ayant reçu un caractère éminemment védique comme déesse protectrice de la famille pure et respectée, la Héra, certainement un équivalent de Ipa la Terre, comme l'avait déjà vu Eckermann, (Lehrbuch der Mythologie etc., U, 36).
C'est ainsi que le Grec dans son travail sjucrétique pouvait imposer à toutes les races de la Grèce son culte, dont le couple suprême Zeus et Héra n'était qu'une modification des antiques divinités qu'invoquait Prométhée, précipité dans l'abime (v. 1091 — 1092) dans la tragédie du grand connaisseur des légendes antiques, Eschyle:
1) Voyez dans la Preparatio Evangelica d'Eusebius, 1. 1, c. VI, les paroles de Philo de Byblus: «ils (tes habitants de la Phénicie) élevaient lenrs mains yen le ciel en les tendant au Soleil, qu'ils regardaient comme le seul dieu, maître des deoxi en le nommait Beelsamin, nom qui parmi les Phéniciens signifie, maître du de], maH parmi les Qreeê est identique à Zeus» (Cory's Fragm. éd. of 1876, p. 5).
2) «0 ma mère mon culte! Ciel, commune lumière, où roule Pimmensltétl Pmdt tout ce que nous disons de Zeus et de Héra de leur origine, de Zeus lumière du ciel lumineux, de Héra la Terre et de ce couple primordial commun à presque toutes les races, royes Maury, Hist. des Rel. t. I, pp. 59, 67, 76, 78 et Croyances et légendes p. 17, sq.
Il est raisonnable de supposer que le travail généralidateur des poëtes qui avaient crée le système entier de la Théogonie grecque fut la dernière main mise à l'oeuvre après que les généalogies et les légendes provinciales furent créées, et après que les dieux étrangers comme Hermès et Poséidon, les dieux chtoniques et ignés, Tlstar ou TAstarté phénicienne, les esprits et les nymphes des Pélasges, le dieu comique Pan aux pieds de bouc de l'Arcadie et le boiteux Héphaestos de Lemnos eurent trouvé lebr place dans l'assemblée olympique et purent entrer comme associés ou comme accessoires dans ie système qui embrassait tous les cultes et toutes les divinités.
Si nous retraçons l'origine de toutes ces légendes nous verrons que les légendes cosmogoniques sont venus de l'Asie, et particulièrement de la Phénicie probablement par la v<He de Chypre et de Cythère \) les mythes naturalistiques et les emblèmes des phénomènes de la nature arrivent directement de leur patrie védique ; les généalogies des familles régnantes attachées à ces mythes se forment dans diverses localités de la Grèce, et sur toute cette agglomération de légendes et de traditions nous voyons encore entés des récits purement allégoriques, oeuvre éridemment des poètes et des philosophes, auxquels le peuple n a aucune part.
Au milieu de cette agglomération de généalogies, de légendes, de croyances, de traditions, de mnhes, de pensées allégori* ques et de jeux de mots, les poëtes généralisateurs cherchaient à trouver un âl conducteur, ou à le créer là où U manquait complètement, et nous voyous un essai de ce genre dans la Théogonie
Compares sur Z«iu-I>3riis*DT«as Max MiilUr Lact. ma Um Se of I^Bgwiie, T. II» pp. 410 9q.; 46S» N*; (Miiioa de ISTS) tc aor Hén Craaaer'a Sjsbalik, m, p. àia» (I84àl
1) Héaiode daas aa Théogonie il90— âOO^ iadifae cette Toia, wêê» e» rewreraaat Tordre de la marche. Xous reMunqoenMis oacare que la Icyda d^Aphrodite aal accolée à la légeAde cwagoaigue qui Mt aaaa coatiedit d'origiae pliéajai— ne. (Voir du reste notre aaalrse d^Uësicde en rasseV
d'Hésiode ^), cousue de pins de trente légendes parmi lesquelles dot naturellement trouver sa place la légende des races autochtones, quoique dans une version grécisée, légende qui parlait dé leur ancêtre Japet, commun du reste à tous les Aryas, de Ménétée révolté contre les dieux, de Prométhée l'inventeur et le bienfaiteur de l'antique humanité, et d'Epiméthée qui se courba devant les races védiques et subit leur influence. — Cette légende dans la version autochtone pleurait probablement, — ce que du reste nous pouvons voir même dans la version grecque, — la perte des croyances antiques, des antiques coutumes, et de l'antique liberté, rappelait à la mémoire les grandes et importantes inventions des races antiques , et se lamentait sur la perte de son individualité, qui disparaissait au moyen des mariages mixtes (Epiméthée) et par l'oubli des antiques coutumes.
Mais la force des circonstances et surtout la force morale des races à l'éducation védique jointe aux bienfaits de l'agriculture introduite par ces races, aidèrent à la disparition du culte et de l'organisation sociale pélasgiques, en les remplaçant par la société aux formes grecques, quoique dans plusieurs localités de la Grèce le peuple se souvenait longtemps de ses légendes antiques, qui le reliaient à son passé mystérieux.
La victoire définitive du Zens védique et de la terre (comme sol labourable), sur le culte des esprits et des dieux chtoniques et ignés est marquée dans la mémoire du peuple par la légende purement grecque de Déméter ou Gaea mater ^) la nouricière, et de sa fille Cora-Perséphoné. Cette dernière, déesse demi-grecque, demi-autochtone, qui descend dans les abîmes ténébreux et
1) Il est probable qu'an autre travail de ce genre fut fait par Phérécide de Syrofl. dont nous n'arons que des fragments.
2) Voyes Creuzer's SymboHk, IV, 828 (1842). Remarquons encore que nous trouvons dans Hérodote V, 61, le surnom de Déméter Achaia. Nous croyons fermement que ce surnom est un indice de l'influence grecque de la première période dite Acfaéenne qui introduisit l'agriculture parmi les populations indigènes, et en cela nous différons du savant traducteur de Hérodote (v. note in loco in the Rawlinson's Herodotus).
mystérieux du moûde magique et métallurgique et qui remonte vers le ciel lumineux du printemps et de la Théograie grecque, qui est quelquefois identique avec Aphrodite la déesse de Tamour et de la reproduction, et le plus souvent Uécate-Perséphoné, la déesse des sciences occultes et criminelles, est le lien qui unit la Déméter grecque au vieux culte des Pélasges. Dans son développement postérieur (dans les sociétés Orphiques et DioQysiaques) Perséphoué apparaît comme la consolatrice donnant le repos et la paix et le bonheur de la vie d'ôutretombe, a ceux qui sont initiés à ces terribles mystères d'origine antique, prévédique, mais qui avaient reçu une nouvelle et large interprétation dans ces sociétés qui représentaient une époque de renaissance des vieilles traditions pélasgiques.
Mais cette dernière interprétation du mythe de Cî^a- Perséphoué est de date relativement nouvelle. Pendant le temps de la fusion des races c'est Déméter la Kourotrophos la nutrix puerorum qui est la déesse qui domine la situation.
On connaît la tradition, comme Déméter pendant s(m chagrin à l'occasion de la perte de sa fille enlevée par le dieu chtonique, Hades ou Aidoueus, s'arrête à Eleusis^), y reçoit Tho^italité dans la famille de Celeus, roi d'Eleusis (h}inne homérique à Déméter, v. 105, 184) et fait cadeau à Triptolème d'un char trainé par des dragons, et des semences (Apollod. I, 5, § 2; hymne de Callimaque à Déméter v. 21). Il règne une grande incertitude sur Triptolème^); on le regarde comme fils de Celeus,
1) Voyez le hymne homérique à Déméter et le hymne orphique XL à la Déméter Eleusinienne. Il est très-remarquable que dans les hymnes orphiques Perséphoné remplace tout-à-fait sa mère Déméter, conmie Terre en général et avec un caractère antique fortement prononcé. Ainsi eUe est la mère des Euménides (Eurynnies), la déesse de la fertilité et la mère d'Eabnlée, e'est-àdire de Dionysos ou Bacchns. Voyez dans le h. XXIX à Perséphoné les yers 6, 8 et 17 Pidentité de Déméter et de sa fille ressort aussi des rers 10 et 12 da hymne orphique XL à la Déméter d'Eleusis.
2) Voyez du reste Creuier's Symbolik, I, 154; III, 888, sq.; lY, 158, 271, 294 (1842); et consultez Maury Hist des ReL I, 223, aq.; 470, iq.; II, 821, sq.
ou de Rharus, ou de Cercyon, ou de Poséidon (Paus. I, 14). Mais la tradition la plus curieuse nous semble celle qui est conservée à la fin de son récit par ApoUodore (1. cit), qui cite Phérécyde comme autorité, et qui dit que Triptolème est le fils d'Ouranos et de Gaea, c'est-à-dire appartenait aux races autochtones auxquelles la grecque Déméter porte ses bienfaits. Musée chantait aussi que Triptolème était fils d'Ouranos et de Gaea, ainsi que le dit Pâusanias (1, 14, § 3).
Parallèlement à cette tradition nous rappelons un autre récit conservé par Paùsanias (I, 14, § 2), dans lequel Déméter reçoit l'hospitalité à Argos dans la maison de Pélasgus. Ici il y a confusion ou plutôt il est sousentendu que Pélasgus l'éponyme des Pélasges du Péloponèse, ancêtre des habitants de TArcadie d'après Paùsanias (VIII, 1) est le représentant de la même race à Argos, ce qui nous ramène à ce que nous avons dit plus haut des traces des anciennes populations de l'Argolide. C'est aussi à ces antiques populations que Déméter porte ses dons.
A Phliasia^) dit Paùsanias (II, 12, § 3) demeurait un autochtone Aras ... et plus loin (II, 14, § 3) en parlant des mystères de Déméter à Phlia, il ajoute de très curieux détails:
oDy saules^) arriva d'après ce que disent les habitants de Phlia après le règne d'Aras, car, disent-ils, Aras vivait du temps de Prométhée, le fils de Japet et il est plus ancien de trois générations que J^élasge l'Arcadien et que les soi-disant autochtones d'Athènes».
Nous arrêtons l'attention du lecteur sur ce que les mystères de Déméter appai*aissent trois générations plus tard qu'Aras l'autochtone , le contemporain de Prométhée , et nous remar-
1) Entre la Sicyonie, FArcadie et PArgolide.
S) Un habitant d'Eleusis qui, ^ disaient les habitants de Phlia, — avait importé les mystères de Déméter. Dysaules était un frère de Celeus et était dukssé d^Ëleysis par l'Athénien^ fils de Xuthus, Ion, commandant des troupes Athéniennes (Paus. II, 14, § I). (Dans Euripide Ion est fils de Creusa et d'Apollon).
queroûs encore que Dysaules est le frère de Geleus rSleosiiiien qui avait donné Thospitalité à Déméter. Nous rappellerons encore que Pélasge d'après la tradition (Paus. YUI, 1, § 1) avait instruit les Arcadiens de se nourrir de glands doux, mais n'avait pas in* venté ou introduit l'agriculture.
Près de Plilia au nord de ce lieu, à Sicyon, l'antique Mécone, nous trouvons une légende sur l'introduction de l'agricalture sous la forme suivante:
Pausanias (II, 5, § 5) après avoir raconté qu'Aegialens un autochtone qui demeurait à Sicyon avait pour fils Europs, pour petit fils Telchin, pour arrière-petit-fils, Apis^) etc., arrive à Leucippus un descaidant d'Aegialeus dans la huitième génération.
Une fille de ce Leucippus, Calchinia, devient mère par Posei^ don de Peratus, dont le fils fut Plemnaeus. Plus loin (id., ib. § 8) il raconte que tous les enfants de Plemnaeus mouraient en enfance: «jusqu'à ce que Déméter ne prit pitié de Plemnaeus: elle arriva comme une femme étrangère i Aegialea (iâcyon) et éleva à Plemnaeus un fils nommé Orthopolis».
La tradition ajoute encore un trait caractéristiqoe à cette légeiide, savoir que la fille d'Orthopolis devint Pâmante d'Apollon; lisez: Tinfluence des Grecs après nutroduction de Fagricullun^ se consolide par des mariages avec )es fiUes de la conuve.
Celle légende nous explique encore Tépithète ordinaire de Déméter xcvsctc^îc^. c'est-à-dire celle qui élève (noorrit) les garçons. Cette épiihète fut donnée plus tard à Hécate (t. Thymne iuterpi^lé dans la Théogonie d'Hésiode^ v. 452) quand
elle était identifiée avec Perséphoné et quand son culte empiéta sur celui de la Déméter antique.
Nous avons encore l'explication de cette expression nutrix puerorum dans le poëme les Oeuvres et les Jours de Hésiode, quand il insiste (passim) sur l'importance de l'agriculture pour assurer la nourriture de sa famille.
Aussi en parlant du sol nouveau de la terre en friche (veto;, novale) qui donne d'excellentes récoltes, il dit v. 464:
novalîs exsecrationum-expultrix liberorum placatrix
«Le sol en friche, sauveur du désastre, qui berce (ou apaise) les enfants».
Nous avons parlé plus haut du feu éternel qui brûlait dans le temple de Pan en Arcadie^). Ce temple était situé sur le sommet d'un monticule sur le versant duquel se trouvait un autel dédié à Poséidon comme père de Despoine, identifiée avec Cora-Perséphoné, la fille de Déméter.
Un bqis sacré à Despoine se trouvait au pied du monticule. Cette Despoine, fille de Déméter et de Poséidon, qui fit violence à sa mère sous la forme d'un cheval, fut élevée, d'après une tradition locale par un des Titans qui portait le nom d'Anytus. On offrait dans le temple de Despoine tous les fruits excepté la grenade^). Devant le temple de cette déesse se trouvaient des autels dédiés à Déméter et à la grande déesse, c'est-à-dire Rhéa ou Cybèle. Dans l'intérieur du temple on trouvait des images de Déméter et de Despoina. .
1) Voir Pansanias YIII tout le chapitre 37 pour ce qui suit.
2) La grenade comme symbole sacré des Orphiques semble être introduite en Grèce assez tard. Ce symbole jouait un rôle important dans le mythe de Dionysias de Phrygie qui métamorphose Atys en eunuque; il joue encore un rôle dans la légende de Cora-Perséphoné quand elle devient Pépouse du Dionysios des mystères. Il paraît que ce symbole vient en Qrèce de la Syrie, .ou de l'Asie Mineure. Voyez sur ce symbole Greuzer's Symbolik, II, pp. 875 — 877 et Maury, Hist. des Rel. etc., II, 858.
Tout ce récit indique un amalgame de cultes, parmi lesquels nous trouvons celui de Pan avec un feu inextinguible et un oracle (L cit.) une réminiscence d'un Titan, une adoration de Déméter et de sa fille qui ici en Arcadie semble être une antique déesse autochtone qu'on avait identifiée avec la fille d'une déesse grecque ').
Ce symbolisme de la fusion des cultes se retrouve, à ce que nous pensons dans l'image de Déméter près de Phigalia qui était représentée avec une tête de cheval, tenant dans ses mains des dauphins et une colombe , et avec des serpents dans ses cheveux (Paus, VIII, 42).. Nous avons vu que d'après l'opinion de Creuzer (Symb. III, 267) les dauphins dans le mythe de Palaemou-Melicerte sont un sjmbole des religions antiques pélasgiques. Dionysios dans le VIII hymne homérique métamorphose aussi en dauphins comme le remarque Creuzer (1. cit.) les navigateurs tyrrhéniens ou pélasges. Nous croyons que les sei'pents sont toujours une indication d'une race autochtone et d'un culte antique. Quant à la tête du cheval de Déméter il est très-probable que c'est un symbolisme de basse date exprimant comme l'eau — Poséidon sous la forme d'un cheval-torrent*) féconde la teri'e arable — Déméter.
Nous terminerons cet aperçu rapide des traces laissées dans le culte de la Grèce classique par le choc et ensuite par le rapprochement des Grecs védiques et des races autochtones par l'observation que Hercule ce mythe important multiforme, et à significations diverses semble (comme mythe ethnique) incarner l'idée de cette fusion définitive des cultes et des races, qui produisit un seul peuple grec; dont l'occupation principale était l'agriculture et dont la vie sociale se forma d'après les idéals
1) NoQS remarquerons avec Creuzer (Symb. III, 497, sq.) que De^oina, le féminin de Despote, veut dire simplement maltresse, Bonveraine.
2) Comparez le nom de la rivière Hippus (Strabon, XJ, Caus. 498, 600) rlTière rapide de la Mingrélie, traduit par le nom de Zenishalé avec la même signification.
védiques quoique modifiés par les circonstances et les influences diverses.
Hercule n'est pas seulement un mythe solaire, c'est aussi un navigateur phénicien à l'origine, plus tard grec, c'est aussi le représentant surtout de ce que les Grecs avaient achevés dans la contrée qu'ils avaient occupée.
Hercule, cette force collective, détruit les animaux sauvages et féroces (ApoUod. II, S, §§ 1, 4); il dessèche les marais (id. §§ 2, 6); il assainit la contrée (§ 5); il introduit au Péloponèse une race bovine qu'il va chercher en Crète, et une race de chevaux qu'il va prendre en Thrace (§§ 7, 8); il civilise les rivages de l'Asie Mineure et détruit la Troie Pélasgique de Laomedon (§ 9 ^^) î îl apporte en Grèce un arbre aux fruits d'or, jusque là inconnu (§11) après avoir fait un voyage à l'extrême occident (§ 10); il détruit le dernier nid de brigands sur le promontoire de Tanare (§12 ^^). Il tue enfin l'aigle qui tourmentait Prométhée enchaîné pour la seconde fois et qui fait enfin sa paix avec Zeus au moyen du médiateur Hercule le fils de Zeus, qui représente comme nous le croyons cette société déjà mixte qui commença à se former sur le sol Grec et qui engloutit définitivement les populations indigènes.
Hésiode transcrit dans sa théogonie cette tradition immédiatement après avoir enuméré les fils de Japet et avant de raconter la lutte entre Prométhée et Zeus, comme pour faire connaître d'avance la fin et l'issue de cette lutte qui se termina par une reconciliation que nous envisageons comme l'expression de la fusion des races et des cultes.
Nous regardons cependant cette légende comme distincte de Tantique tradition sur Prométhée et comme telle nous la séparons dans la Théogonie d'Hésiode de cette dernière.
1) La seconde Troie de ScUiemann.
2) Sont le mythe de Cerbère nommé le chien ou le serpent' d'Hadès qu'Hercule porte à la lumière du ciel.
n. La I We llrt Mirait Fron M.
(Théogonie, vers 621—633),
Kn analysant le «ivtlie de Prométhée et en étudiant la trilojrfo d'Eschyle nous avons déjà dit quelques mots sur la légende d*HonMile, on citant les vers 1020 — 1022 du Prométhée onchatné.
"NVolckor qui a traité à fond toutes les questions qui se rattachent à h\ trih^gie d*Eschyle, a encore, comme nous Tavons déjà dit M. iTconstruît sa troisième partie en prenant pour base \\\ légtnule on général et les fragments qui se sont conservés jusqu'à nos jours.
Il ost do toute nécessité pour Zeus qu*il connaisse le danger qui lo mouaco do jH^rdro Tompire: mais il ne peut le savoir qu'à wuditîon quo IVtnnéthéo fusse délivré de ces chaînes. (Voyez Ihvm. enchaîné. d'Eschyle, v, 167 — 177). Welcker indique*) qu'il y avîiît deux versions de cette prophétie : Tune est puisée diins U^ traditions dite des M>Tmidons: dans cette tradîti<m la pwphélio t^t aunoucôo ivir Thémis elle-même.
l/autn^ traditK>n quo suit Eschyle raconte que Thémis (Gaea) ;iiY;iit ci^ntîé s;îi pr\>phôtîe à s^>n lîls Pn>méthée, sons le sceau dn s^yrot. ivwr lui s^^rvir do mown de saIuî. Dans Tun et dans r^utiv cas ta tr^iKtîon scmWo avoir en vue la déesse NérCide Tht^îs. ivur ta |s>c?:?^^s;$î\hi de laquelle Zeus dispotait avec Posei- \K^. 01 qui aiu^si q^H' mnis t'avvms vu pins haut lApolL m. 13, § >* ihxn <^iK^iiHHU nHK\>iKt^ à Thotîï^ cvsK^ille par Prooiétliée'),
mais encore ordonne que cette déesse devienne l'épouse d'un mortel, parce que «son fils sera plus grand que son père».
Welcker pense que la troisième partie de la trilogie d'Eschyle devait se développer de la manière suivante:
Prométhée, précipité (dans la seconde partie de la trilogie) dans l'abîme, remonte à la surface de la terre, est enchaîné une seconde fois, et à ses premières tourments est ajouté la nouvelle douleur de l'aigle <cle chien de Zeus» (Prom. ench. v. 1020 — 22) qui lui déchire le foie. Prométhée dompté par la douleur apparaît déjà soumis et humble, comme il le prophétisait lui-même aux V. 511 — 514 du Prométhée enchaîné:*
«La destinée qui règle tout, dit-il, en a décidé autrement. Les tortures s'ajouteront aux tortures. A la souffrance je serai brisé. Alors seulement tomberont mes fers. Contre le Destin l'art ne peut».
Au commencement de la troisième partie il est visité par ses frères les Titans, qui devaient foimer le choeur de la tragédie. Nous ne connaissons pas la légende, quand et comment furent délivrés du sombre abîme les Titans précipités au Tartare dans la Titanomachie d'Hésiode comme dans la bibliothèque d'Apollo^ dore (I, 2, § 1) (v. 715—719) et que Homère dans l'Iliade (Vni, 479 — 481) ne connaît que liés au fond du Tartare. Même dans la seconde partie de la trilogie d'Eschyle (v. 220 du Prométhée enchaîné), nous lisons que «du Tartare les sombres profondeurs recouvrent le vieux Cronos avec les Titans ses alliés».
Cependant nous ne saurions rejeter les fragments autenthi-^ ques de la troisième partie qui indiquent clairement que les Titans délivrés de l'abîme devaient jouer un rôle dans la trilogie.
Nous avons encore sur ce sujet l'autorité de Pindare contemporain d'Eschyle*) qui dit (Pythique, IV, 291):
1) Pindare comme Eschyle est né rers la fin du YI siècle av. J.-G. et mort vers la moitié do Y. Pindare est né en 622, mort vers 442, a?. J.-C; Eschyle est né en 625 mort en 440 ar. J.*C.
iiTsim 6é Zeu; â(p6tT0(; TtTava;». «Zens Timpérissable a cepen** dant délivré les Titans».
Il semble qne la doctrine nouvelle de la délivrance des Titans dut apparaître vers le VI siècle, et nous soupçonnons qne l'Orphisme d'un côté, le Pythagoréisme de Tantre ne furent pas étrangers à l'introduction de cette doctrine conciliante, qui est née dans le cerveau des philosophes, des poètes et des écoles secrètes, mais n'a pas le caractère d'une tradition antique^).
Entre les Titans qui visitent Prométhée, vient sa mère Thémis-Gaea. Hermès apparait (d'après la reconstruction de la tragédie par Welcker) pour porter à Prométhée de nouvelles propositions de Zeus. Thémis et les Titans conseillent à Promé* thée de se soumettre à la volonté de Zeus. Alors apparait Her* cule qui reçoit de Prométhée des conseils au sujet des pommes d'or qu'il est envoyé chercher, et tue l'aigle, comme le fait est prédit dans les vers 772, sq.; 871 — 874 du Prométhée enchaîné dans les paroles de Prométhée à lo dont Hercule était le 1 3*** descendant. Nous avons vu encore plus haut qu'une des condi* tions de la délivrance de Prométhée était, qu'un immortel mourut pour lui, et que cette condition fut remplie par le divin Chiron^ centaure, lié à Prométhée par l'identité des races et du déve^ loppement social et intellectuel de ces races, que tous les deux représentaient.
Prométhée est délivré de ses chaînes mais doit porter la bague en fer avec une pierre enchâssée et une couronne de ligos.
Cette tragédie devait se terminer d'après Welcker (O. dt p. 53) par un banquet des dieux qui assistaient au mariage de Pelée et de Thétis (v. ApoUod. IH, § 4) et au milieu des immortels devait apparaître Prométhée comme admis à la société des immortels, mais portant les signes qui rappelaient ses malheurs et ses chaînes.
Si, comme nous avons essayé de le prouver, Prométhée représente le passé des races non-védiques qui perdaient leur
1) Comp. Appendice A Bar les Titans.
indiyidaalité au contact des Grecs, de même le mariage de Pelée et de Thétis, d'un indigène et d'une déesse dans la trilogie de Prométhée, dut être le symbole de cette fusion de races par les mariages mixtes, où la femme de race grecque à l'éducation védique est représentée comme déesse, et joue presque toujours, comme nous l'avons déjà vu, ou le rôle d'une femme malheureuse comme dans la tradition de Philomèle, ou un rôle prépondérant dans la famille, le rôle d'une reine qui traite son mari avec hauteur. Même dans ce mariage symbolique dans lequel, rappelonsnous, Chiron avait conseillé Pelée comment il devait se prendre pour s'emparer de la déesse ^\ — la tradition avait conservé le souvenir de la désunion entre les époux, car Thétis quitte Pelée pour avoir empêché de rendre Achille immorteP); lisez: Grec védique en renonçant au culte et aux traditions de la race autochtone. Et vraiment, après que la Grecque Thétis quitte la maison de Pelée, celui-ci confie l'éducation de son fils à Chiron (I. cit.). Il nous semble que le sens est clair.
Ayant en vue tout ce que nous venons de dire, nous devons éclairer au m^me point de vue la tradition d'Hercule tuant l'aigle dans fa Théogonie d'Hésiode (vers 526 — 533 en regard des vers 521—525).
Le texte dit: «Cet aigle fut tué par le fils d'AIcmène Hercule qui délivra le fils de Japet de ses souffi*ances et de son chagrin, mais non sans la permission de Zens, car ce dernier voulait glorifier son fils et pardonna Prométhée en oubliant sa colère pour que Hercule, né à Thébes, fut célébré par toute la terre».
En plaçant côte à côte les deux légendes parallèles, nous
1) ApoUodore III, IS, § 4.
2) id. ib. § 6. Il y a une grande différence entre la Thétis de l'Iliade, déesse pore, et la Thétis de la légende conservée par ApoUodore comme nous le croyons dans ton antique symbolisme. La légende d'Homère est comme beaucoup de ses récits due à la poésie locale des bardes de famille, des rhapsodes célébrant une race royale.
n5iiuu*(|ueTonH que dans la légende grecque Hercule délivre Pro* niéthée pour sa plus grande gloire; dans la tradition indigène que reproduit Eschyle, Prométhée est délivré par le fils de Zens, parceque ro dernier avait besoin de Prométhée^), et encore parce que les destins l'avaient ainsi résoin').
Nous voyons quelle diflférence il y a entre les deux traditions dont Tune est la légende purement grecque et l'antre nne tradition appartenant aux races qui luttaient contre Zeus, quoique cette dernière nous fusse parvenue dans la version grecque, mais (tardant toujours la couleur de son origine première.
Dans la légiMide Grecque d'Hercule nous trouvons le souvenir do et) travail syncrétique de fusion des deux cultes, travail qu'entn^pivnd to^joui^ la race plus intelligente et plus forte quand ello a besoin de s'assimiler une autre race en évitant de Tofienser en rt\jétaut toutes ses cn^yances et tontes ses traditions.
léix prise eu possesion définitive du sol de la Grèce et rinstitution du (Milte qui repondait à tous les besoins de toutes los tmpuiatious qui $\v rencontrèrent, Ait consommée pendant la Hérimio dite Aohéonm\
(V|H'ndant phisieurt^ fiimilles régnantes grecques ayant mêlé lour sang aux famillos dos races étrangères et indigènes se «^^itirent cnti^inés knn de Tidéal de la société védique. La M|in^uiati^^ des Grecs purs quoique rudes fut rétablie définitive- HM'ut )Mr l'in>^shm des I>«HÎens qui sous le nom léfendaire des UonioiHie$ s em)virèreiit du iVloponèse en clu^sant les familles «nel^^'s d\mt )i|iisieur!^ $\^i;iiienî s^millées de meurtre, de sarrifi- Ct\s^ huiii;jiius et mt^me de cannibalisme.
m. La Kple le More.
(Hésiode, Théogonie 571—590; Oeuvres et Joars 69—89).
Non8 trouvons accolée au mythe de Prométhée une tradition sur Pandore, *qui cependant ne forme pas une partie organique de la légende de Prométhée ce qui du reste ressort du Prométhée d'Esch3'le où ni le nom de Pandore, ni quelque légende pareille ne sont pas mentionnés.
Homère parait n'avoir pas connu cette légende et quoiqu'on indique le vers 527 du chant XXIV de l'Iliade, — sur les deux amphores (icîôoe) pleines de dons bons ou funestes que se trouvent sur le seuil de la demeure de Zens, — comme se rattachant à la légende de Pandore, mais nous croyons ce rapprochement peu probable, parce qu'il n'y a pas la moindre trace dans la légende bésiodique de Pandore, que la jarre ou l'amphore qu'elle ouvre fusse un présent de Zens.
En revenant à la légende de Prométhée qui disons-nous est une tradition distincte de la légende de Pandore, nous croyons que ces deuf traditions paraissent à l'origine complètement séparées l'une de l'autre, et ne sont jointes que plus tard. Ces légendes se touchent principalement par l'identité de leur esprit hostile à Zeus, ou ce qui est la même chose hostile aux races qui révéraient Zeus cotnme leur dieu suprême; aussi croyons nous que les deux traditions sont nées au sein des races indigènes non-védiques. La légende de Prométhée et de Phoronée d'Ârgos, le premier inventeur du feu et des premiers arts utiles doit se rapporter aux réminiscenses les plus réculées âes Pélasges demisauvages, mais la lutte de Prométhée contre Zeus rappelle déjà le contafct de ces peuples avec les Grecs védiques, et même son larcin du feu dans la légende hésiodique n'est plus l'invention du
feu, mais semble être une réminiscence de l'art renaissant de la
métallurgie et surtout de Tart de forger le fer que les indig^ènes avaient perdu, quoiqu'ils l'eussent possédé dans la haute Asie.
Enfin la légende de Pandore et d'Ëpiméthée, — qui avait accepté le don funeste la femme de la main des dieux (grecs), — dut naître alors quand les petits souverains autochtones cherchèrent à se rapprocher des Grecs védiques et demandèrent en mariage les jeunes filles grecques, belles, séduisantes et hautaines, fières de leur race et de leur culte, et dont rentrée dans la famille d'un indigène^ — remarquons-le, — bouleversait de fond en comble toute sa \ie^ ses coutumes, ses croyances.
Ceci nous force à une petite disgression.
Parmi les tribus indigènes demi-sauvages dut ezistar deux formes de droit matrimonial, le droit da ventre et le droit du mâle. Il est probable que parmi les tribns les pins sauvages existait la communauté des femmes, avec ses oonséqnenoes inévitables, l'appartenance des enfimts à la femme a^e, la fiuniUe pnsnanl le nom de la mère et calculant sa descente par le ventre. Dans les tribns avec cette organisation sociale noms ne trouvims pas de noms maies, le mâle disparait, la femme seule est connue par la tradition.
Il est presqu'impos^ible de douter que c*est cette ûrgÊsàsêr tion sociale que nous devons chercher dans les tradîtMms snr les AuMizones de TAsie Mineure M, les femmes de Lemnoa*), les Amazones de la Scythie, où elles étaient appelées tueurs d'hommes Oior-pata^u les Amazones de T Afrique^» et les Amaiimcs Grecques dont les tnces se trouvent jnsquVn Attique^i et dans d^antxvs ^ràroits de la Grèce comme nous le verrons présentement.
£i Hercule le représentant des travaux des Grecs et BeUéro-
r A^>n. il \ § 9: Paa*. VIL 2; Piod., RL 52.
S^ Vorat Herodott IT. 110— IKL.
y VcT<i EkIitI^. le$ Etaemi^K t, <^— «91.
phon probablement sons un certain point de me le représentant de la colonisation grecque des rivages de l'Asie Mineure, luttent tous les deux contre les Amazones de l'Asie Mineure^).
En parlant des Amazones de l' Attique nous ferons remarquer que dans les Euménides d'Eschyle (1. cit.) et dans Pausanias') les Amazones ne semblent venir dans la contrée que pour y &ire une razzia, du temps de Thésée. Cependant le tombeau de la reine des Amazones Hippolyte, semble indiquer que la tribu qui venait faire cette excursion aurait habité la contrée pendant un temps assez considérable et y avait laissé comme souvenir, des tomulus ou monticules ') et la réminiscence de cet ordre social si étrange pour les Grecs.
Le souvenir des amazones se retrouve aussi au Péloponèse, en Laconie, et près de Trezène (Paus. III, 25, § 2; II, 82, § 6).
Des tribus, qui avaient la même organisation sociale que nous appelons le droit de famille du ventre, — durent exister en Théssalie, et la preuve en est dans l'apéllatif (le nomen matronymieum) du Centaure Chiron. Il n'a pas de dénomination patronymique il porte comme appelatif le nom de sa mère Philyre, violée par Cronos^) et est nommé le Phi ly ride. Nous avons tu plus haut que Chiron était le représentant des sciences antiques ou de cette culture nomade qui comprenait la médecine, la magie, la divination ; il est de la plus grande importance de trouver dans ce même type le représentant d'une tribu dont la descendance était réglée par le droit du ventre et ce droit de plus
1) Apollbd. n, 5, § 9 et II, 3, §§ 1 et 2.
2) Panaan. I, 15, §§ 2 et 8, et ch^). 41, § 7.
3) La question des tumulus ou monticules dispersés dans toute la hante Asie est une question très-importante, et il serait véritablement désirable de les marquer mr les eartea comme nous l'avons déjà dit il j a une vingtaine d'années dans quelques articles des Nouvelles Annales de voyage. Nous sommes sûrs que ces tumulus traceront des lignes de migrations par lesquelles marchaient les peuples de TOrient à l'Occident. Il serait encore de grande importance de marquer avec exactitude les monticules de la Russie méridionale occupés jadis par les statues grossières de femmes appellées baba.
4) Théogonie d'Hésiode v. 1002; Apollodore, I, 2, § 4; Hyginus, Fab. 188.
est ramené âux temps de Cronos, ce qui indique certainement les temps qui avaient précédé Tinvasion védique.
Cependant il parait que la plupart des tribus demi-sauvages de la Grèce étaient régies par le droit de famille du m&le: la descendance était comptée par les pères ou chefs de famille et la femme ou femelle y était profondement méprisée: c'est Tordre social que nous retrouvons dans les sociétés des sauvages, de nos jours.
Il parait que les tribus régies par le droit du ventre étaient tellement détestées des Grecs et de plus étaient probablement tellement faibles et peu nombreuses qu'elles furent complètement détruites, ne laissant après elles que de vagues souvenirs, qui prirent la forme des traditions que nous avons mentionnées plus haut. Par conséquent les Grecs n'entrèrent en relation qu'avec les tribus dont le type de la famille se rapprochait plus ou moins de l'organisation de la famille des Grecs, c'est-à-dire à la tête de laquelle se trouvait le mâle souverain de la famille.
Pour une femme grecque qui entrait par raisons politiques, si nous pouvons employer cette expression, dans la maison d'un indigène despote de la famille, la vie devait paraître insupportable, à moins qu'elle n'y fusse révérée comme une déesse dans la plupart des cas comme nous le pensons. Mais cette suprématie de la femme grecque, qui rendait malheureux l'homme même dans une famille régnante autochtone , fut la cause première, ainsi que nous le pensons, de l'origine de cette légende indigène qui rappelait toujours que le don de Zens, |a femme est un don funeste.
Nous insistons sur ce que Pandore n'a jamais été la première femme, puisque nous verrons en étudiant la légende des siècles qu'elle ne peut apparaître dans le système général des traditions qu'entre le troisième et le quatrième âge de l'humanité *), et en
1) En général les légendes d'un peuple suivent un certain ordre successif qui est basé sur la filiation des héros. Prométhée et Pandore sont difficiles à classer, ce qui prou?e leur origine étrangère au cycle des légendes grecques ;
parlant du second âge la légende mentionne la mère de l'enfant, savoir la femme.
Pour nous qui voyous dans la légende de Prométhée et d'flpiméthée les restes d'une tradition des races antiques de la péninsule de la Grèce (quoique habillée d'un vêtement grec), Ëpiméthée est l'indigène qui avait reçu comme don de Zeus une femme grecque, comme Pelée avait reçu Thétis ^), et qui se sentait malheureux parceque toutes ses habitudes et ses coutumes étaient violées, ses croyances ébranlées, son culte changé et ses enfants devenaient Grecs, oubliant leur race pour suivre immanquablement la direction imprimée par leur mère, acceptant sa religion, sa manière de voir, ses dieux et ses coutumes.
Il y a encore dans la légende de Pandore des nuances, qui, pensons-nous, font allusion aux maladies qui décimaient les populations indigènes de la Grèce, et aux boissons enivrantes, introduites en Grèce par les races védiques, et contre l'introduction desquelles luttaient de toutes leurs forces les chefs des tribus indigènes.
Voyons le texte même de la légende, et pour l'avoir complète nous joignons le récit de la Théogonie (v. 571 — 590) au récit des Oeuvres et des Jours (v. 57 — 105).
Nous ne saurions trop repéter: la légende quoique tracée par une main grecque a une origine hostile à Zeus, puisque l'idée dominante de la légende est que tous ses dons sont funestes.
Zeus, pour punir l'humanité de lui avoir volé le feu par la main de Prométhée, veut créer un mal aux mortels (Théog. 569 — 70; 0. et D., 57), un mal que les hommes embrasseront
maàè cependant il y a des indices qui permettent de leur assigner leur place dans te fyttème général des légendes.
1) La Thétia de Homère, la mère d'Achille est un développement du récit primitif qui avait déjà passé par les mains des poètes généalogistes qui célèbrent la maison de Pelée. Noos parlons du mythe originaire.
avec joie (0. et D., 58). Il ordonne à Héphaestos de mêler la terre à l'eau et de former un être semblable aux déesses, en lui donnant une voix humaine (0. 59 — 63). Héphaestos fait une vierge charmante d'après la pensée de Zeus (Tbéog. 571 — 572; 0. 63). Atbène lui met sa ceinture, la pare d'une robe argentée et lui pose sur la tête un voile (Théog. 573 — 575). Elle lui enseigne aussi les ouvrages de femmes et Fart de tisser des étoffes (0. 64). Elle lui pose sur la tète une couronne d'or avec de merveilleux ornements ciselés par Héphaestos (Th. 578 — 584). Aphrodite, entoure la tête de Pandore de charmes enivrants qui excitent les désirs et les souffirances ; elle lui fait encore don de la p&ssion de la parure (0. 65 — 66). Hermès par ordre de Zeus la doue d'un esprit éhonté et plein de malices, de la parole suave, persuasive et fausse, de moeurs perverses (0. 67 — 68; 77 — 79). Peitho, la déesse 'de la persuasion, les Saisons (Horae) et les Grâces (Charitae) assistent à la toilette de Pandore (0. 73 — 76). Hermès lui impose le nom et la nomme Pandore, parce que tous les dieux la comblèrent de dons (0., 79—82).
Remarquons que la Théogonie ne prononce pas le nom et la nomme simplement la vierge de laquelle descend la race des femmes etc. (Th. 590). Zeus la conduit devant les dieux et les hommes (Th. 586). L'étonnement s'empare des dieux et des mortels, quand ils \1rent l'appât funeste (dolus exitiosus) devant lequel les hommes sont sans force (Th. 588 — 589) et qui est créé pour le chagrin des hommes qui travaillent (0. 82). Zeus l'envoie à Epiméthée; celui-ci oublieux du conseil de Prométhée, — qui lui avait enjoint de ne jamais recevoir aucun don de Zeus l'Olympien (0. 83— 88), — accepte le don (Th. 511—514; 0., 89) et comprit que c'était im mal seulement quand il fut en possession de ce mal («cum jam malum haberet, sensit». 0. 89).
Plus loin nous avons le récit que nous trouvcms seulement dans le poSme les Oeuvres et les Jours (v. 90 — 105):
«Car, dit Hésiode, auparavant demeuraient sur la terre des
générations d'hommes sans labeur pénible et qui ne connaissaient pas le mal, qui n'étaient pas tourmentés par les maladies, qui apportent la mort aux mortels».
«Mais quand la femme ôta de ses mains le couvercle de Tamphore (m6oç), elle les dispersa et prépara aux hommes de tristes peines. L'espérance seule resta dans l'amphore, quand la femme ferma violemment l'amphore de son couvercle».
«Dès ce moment la terre est pleine de maux ... les maladies se glissent silencieusement la nuit comme le jour parmi les hommes».
Remarquons avant tout avec Welcker (die Aesch. Tril. Prom. p. 71) que Hésiode ne fait mention d'aucun autre mal ou malheur excepté les maladies. Nous ajouterons que le Prométhée d'Eschyle aussi ne parle d'aucun désastre ou mal auxquels fussent sujets les hommes, excepté les maladies qu'il leur enseignit de guérir (v. les monologues de Prométhée 436 — 472 et surtout celui qui commence au vers 476).
Il semblerait que Pandore apparaît comme une propagatrice de maladies , après quelle eut soulevé le couvercle de Tamphore.
Nous osons croire que nous nous trouvons devant un souvenir d'un fait semblable à la disparition des races indigènes dans l'Amérique Septentrionale et dans les îles de l'Océan Pacifique, qui meurent et disparaissent et par le contact seul avec les Européens'), et par l'introduction au milieu d'eux de boissons enivrantes.
Ce n'est pas sans cause que la tradition a conservée le souvenir de l'extinction des tribus autochtones par suite de la colère de Zens (ce qui certainement sousentend une guerre de destruction)
1) Voyez dans les Polynésiens de Qaatrefages p. 69, tout le chapitre IV sur Textinction des Polynésiens et voyes surtout les pages 75—77.
Consultez encore TEspèce humaine du môme auteur (5"** édition de 1879 de la Bibl. scientif.) p. 815, et notons que pendant les premiers croisements des races ciTilisées arec les races sanvages, non seulement la mortalité augmente, mais encore «la natalité diminue» (p. S16).
— lésinais encore surtout par la peste, comme le raconte Pansanias de plusieures tribus indigènes (v. Paus. IX, 36, §§ 1, 2; IX, 5,
§ l,etc.).
Nous croyons devoir nous refuser absolument de voir dans
Pandore une réminiscence biblique d'Eve ^). Souvent la confusion
s'introduit dans la recherche des origines des traditions, parce
qu'on ne tient pas compte, surtout pour les légendes de la Grèce,
de plusieures couches successives de traditions et d'influaices
étrangères qui modifient la légende primitive et entent sor
son tronc des récits et le plus souvent des opinions postérieures.
En nous tenant aux derniers récits, — surtout des auteurs latins, — nous pouvons fort souvent être induits en erreur en prenant pour le corps réel de la légende antique ce qui n'est que le résultat d^une grande érudition de Tauteur qui nous donne la somme et l'extrait de tout ce qu'il avait lu à ce sujet. Nons en verrons encore la preuve dans la soi-disant boite de Pandœre.
Il est très-probable du reste que les Grecs eussent dans un temps postérieur à Hésiode connu la légende biblique par les écrits de Philo, de B}'blus ou par Phérécide de S}tos« et que les érudits de la Grèce eussent cherché à rapprocher leurs légendes avec celles qui leur arri^-aient de la S^rie, de Babylone, de la Phénicie. de la Palestine, de TEgypte et de la Lylne en v trouvant des coïncidences.
Mais nous pensons que la légende de Pandore la fonme, qui porte malheur à une race, dut paraîtra parmi les tribus indigènes pleurant leur passé avec la signification que nous lui dcamous.
Pour illustrer comme les légendes importées se mêlaient aux légendes grvcques ou indigènes, nous iudiquerons le récit de Dioilore \^I1I. 57: V, 60» qui prétend que Rhéa ou Cybèle portait le nom île Pandore, parce qu'elle répandait ses dons.
l> C'irtaùi jadis roptmioa prx^Tmkmtt: RMHurqwM» dv rtsie f«e Crevser t# tait db«^«amit s«r P)iad«nf. H >lm«rT b« la bommc ^«>iat Mi ilL é» ReL I. p $^ aah saas aaabrsifr cett^^ tnditioa.
Diodore nomme cette tradition lybienne ; mais il nous semble que ce n'est qu'un essai tardif de lier entre elles la tradition hésiodique à une légende des colonisateurs de l'Afrique.
Urands et Titaea, dit Diodore avaient dix*huit fils Titans, qui étaient nommés ainsi du nom de leur mère Titaea ^) qui est un surnom de la Terre. Ils avaient encore quelques filles dont les plus célèbres furent Basiléa^ et Rhéa, surnommée Pandore.
Pour en revenir à la Pandore de la légende hésiodique nous devons tenir compte de deux fragments hésiodiques qui sont en contradiction.
Un de ces fragments conservé par Lydus écrivain du Y siècle de notre ère (Fr. XX de l'éd. de Hésiode de Lehrs) dit que les Orecs descendent de Zens et de Pandore. Voici le texte du fragment:
«La vierge, Pandore, s'accouplant par amour dans le palais de l'auguste Deucalion, avec Zeus le père, le souverain de tous^ devint la mères des Grecs forts aux combats».
Lydus rapporte ce fragment au catalogue des femmes de Hésiode et cependant le scholiaste d'Apollonius Rhodius (ad. Argon. UI, v. 1086) dit que aHésiode dans son catalogue des femmes rapporte la tradition que Deucalion était le fils de Prométhée et de Pandore et Hellen le fils de Prométhée et de Pyrrha». (Fr. Lehrs, XXI).
Nous ne connaissons pas la source à laquelle avait pu puiser Lydus un écrivain de basse date et nous ne savons pas si le texte des «Eoeae» ne fut pas remanié par des mythographes bien postérieurs à Hésiode, mais nous remarquerons que les deux fragments ont pour but d'établir la descendance des Grecs de Pandore '), et que dans le premier fragment c'est Zeus qui est
1) ladice faible, mais caraetéristiqae da nom des fils portant le nom de leur mère et non celui du père.
3) Reine, nom qui nous rappelle singulièrement la Despoina de l'Arcadie
(Paus. VIII, ch. 86, 37, 42).
3) Par elle-même ou par Pyrrha, sa fille, née d'Epiméthée. Pyrrha devint la femme de Deucalion (Apollod. I, 7, § 2).
censé être le père des Grecs et dans le second Prométhée. Mais le premier fragment de Lydus est parfaitement en désaccord arec tontes les traditions antiques sur Pandore; Zens qni l'envoie anx hommes comme un appât funeste, ne pourrait être le Zeus pris d'amour pour Pandore. Aussi croyons-nous que ce fragment est une variante maladroite du second fragment que nous trouvons dans la Scholie sur les Argonautes d'Apollonius de Rhodes. Il est vrai que l'amour de Prométhée pour Pandore est aussi peu conforme au conseil qu'il donnait à son frère, mais dans cette dernière légende il nous semble que Prométhée se confond avec Epiméthée, ils sont tous deux représentants de la même race, et Prométhée après sa paix faite remplace son frère et l'absorbe, car Epiméthée et Prométhée n'étaient désunis que parceque le premier acceptait les dons de Zeus (lisez des Grecs) et le second les repoussait; quand la fusion des croyances et des races s'effectua, Epiméthée s'eflEace pour faire place à Prométhée qui dès lors représente seul toute cette race indigène, ou si l'on veut ces antiques Pélasges, qui avec les Grecs védiques formèrent la nation des Hellènes.
Nous écartons donc le fragment conservé par Lydus, comme suspect et ne pouvant venir d'une source hésiodique, et nous nous tenons à la tradition conservée dans la Théogonie, les Oeuvres et les Jours et le dernier fragment (XXI de Lehrs) et nous revenons à notre idée dominante que Pandore, création légendaire des races indigènes, est le symbole de la femme grecque, belle, séduisante, habillée par la maîtresse de l'art, Athène.
Ce n'est pas la femelle timide, indigène, tremblante devant son mâle, mais la Grecque, fière de sa race, forte et hardie ou, comme le disaient les indigènes, éhontée, astucieuse, au verbe haut, à la parole coulante et persuasive. Cette femme qui connaissait l'art de filer et de tisser (0. et D. v. 64), ne travaille pas et ne veut pas aider son mari dans les travaux hors de la maison ^),
1) Voyex les plaintes d'Hésiode dans la Théogonie t. .090—612.
ce qui semble insinuer une comparaison avec la femelle indigène qui en règle était obligée de faire tous les ouvrages de peine, comme chez les tribus sauvages ou même demi-sauvages de nos jours.
Nous devrioi^ nous représenter une société de ces sauvages de nos jours pour comprendre quelle révolution dans leur vie serait effectué par des mariages de leurs che& avec des femmes d'une race supérieure par sa civilisation. Il fitut cependant ne pas oublier que les tribus védiques, quoique bien plus civilisées que les Pélasges, n'étaient pas cependant tellement supérieures à ces dernières pour que ces mariages mixtes fussent devenus parfaitement impossibles, comme sont impossibles des mariages entre des Européennes et des sauvages de TAustralie. La Grecque Pandore mariée à Epiméthée n'est pas une Française ou une Anglaise qui deviendrait femme d'un chef indien, ce serait plutôt la position d'une Persane mariée à un Turcoman ou d'une femme Bnhmine mariée à un montagnard du Himalaya, avec cette différence cependant que la femme grecque appartenait à une race moralement plus forte et plus hardie que celle à laquelle elle s'alliait, et qu'elle jouait par conséquent le rôle d'une reine et souveraine ^).
Ces femmes au culte et à l'éducation védiques en entrant dans la maison du Pélasge comme Thétis dans celle de Pelée non seulement refusèrent à travailler ou à devenir esclaves de leur mari, mais encore introduisirent le culte de Dios ou Zeus védique au lieu du cult^ antique des esprits et des Furies vengeresses.
Mais il y a encore un point que nous tenons à élucider et qui présente beaucoup de difficultés.
Il nous semble que l'indigène rattachait à l'apparition de la femme grecque. Pandore, l'introduction parmi les populations indigènes de ces funestes boissons enivrantes, qui étaient employées régulièrement dans le rituel du culte védique, et du vin qui avait pris la place du divin Soma.
1) Le mariage du Thrace Térée à Proeaé est une exception, du reste cruellement tengé par la Grecqoe.
C^est sous ce point de vue que nous envisageons l'expression singulièrement positive et claire de Hésiode que nous transcrivons en (rrec avec la traduction latine et française.
Il commence par dire (v. 90, sq.):
«Dans le temps demeuraient sur la terre des générations d'hommes, qui ne connaissaient pas le mal; ils ne connaissaient pas les labeurs pénibles, et les maladies douleureuses gui portent la mort aux hommes , ensuite il dit:
V. 94. 'AXXà Y^^ /ecpeaai mOou (xsYa ircô(jL' àçcXoOoa V. 95. èoxèSa;' àvOpdoTccio'i 8*6{jLYiaaTO xrjoea hjypà
Sed mulier manibus amphorae magnum operculum cum dimovisset,
Dispcrsit: homiuibus autem para vit curas tristes.
«Mais», dit Hésiode, à propos des maladies douleureuses, qui jusque-là ne ravageaient pas à ce qui il semble la population indigène, — «quand la femme eut soulevé de ses mains le grand «couvercle de la jarre de vin (TtiOo;) elle les dispersa (Les mala- «dios) et lit apparaître pour les hommes des tristes soucis».
No dirait-on pas une plainte d'un Polynésien qui vante le bon vieux temps quand ses compatriotes ne connaissaient pas les maladies qui les déciment et les boissons fortes dont leur fit cadeau la civilisation Européemie ?
Toumims cependant notre attention vers ce ^ujet important rintriHhiotion de la culture de la vigne, qui dut subir plus d'une lutte avant de promire sol on Grèce.
Sn. LliMictioi le la Tjne et ih Tji n Grtce.
Nous jH^uvons ivir les lôgondos tracer la route que suivît la cultui» do la vigno par la voie do la Thrace. de la Slacédoine,
de la Thessalie, de la Béotie, jusqu'à Argos dans le Péloponèse*).
Dans toutes ces légendes la plus antique est incontestablement la légende probablement thrace de la femme grecque qui soulève le couvercle de l'amphore.
Nous devons commencer par dire que le substantif itiOo; n'a jamais eu, en tant que nous le savons, aucune autre signification que jarre en terre glaise, amphore, qu'on employait et qu'on emploie encore en Grèce, comme 'en Géorgie pour y garder le vin. Ces jarres, souvent de très-grandes dimensions, sont ordinairement enfouies dans la terre, après être bouchées hermétiquement. L'ouverture d'une de ces jarres énormes est encore aujourd'hui un prétexte pour une orgie.
Les auteurs antiques n'ont jamais compris autrement le sens de ce mot, voir par exemple le récit d'ApoUodore (II, 5, § 4) à propos de la jarre de vin qui appartenait à la commune des Centaures et qui fut débouchée par Pholus à la prière d'Hercule. Cette jarre, izi^o^, propriété commune à un certain nombre de Centaures, devait dans la légende représenter une grande quantité de vin et était certainement une jarre immense, gardée enterrée debout comme celles qui existent en Géorgie et chez les Arméniens de la Perse.
Par conséquent nous ne saurions ni traduire ni comprendre autrement la légende de Pandore, ouvrant le couvercle du mOoç, que par l'idée et l'expression de la femme qui touche au fruit défendu, le vin, en ouvrant la jarre qui le contient.
Nous ajouterons que nous ne comprenons pas, comment dans les récits postérieurs la jarre devint boite de Pandore, ce qui change complètement le sens du récit en lui donnant une teinte raisonneuse et philosophique que n'avait pas la tradition primitive.
1) Remarquons que nous parlons de la vigne et du vin regardés sous le point de vue religieux. La boisson put être connue depuis longtemps. C'est le culte du. Soma-vin qui s'avançait.
NouH avouons humblement que nous n'avons pas su suivre le fil et trouver le moment de cette substitution qui donnait un autre sens h la légende.
Il suffit de dire que nous croyons que cette légende de Pandore (|ui débouche la jarre de vin est l'antique précurseur de la lutte acharnée que les chefs et vieillards des tribus indigènes livraient au culte Dionysiaque qui, remarquons-nous, s'attaquait principalement aux femmes qu'il entraînait.
Comment expliquerons-nous autrement cette opiniâtre opposition à l'introduction de la culture de la vigne, opposition que nous ont conservé les légendes et qui se manifesta principalement dans les contrées qui sans contredit étaient peuplées de races autochtones.
Toutes ces légendes appartiennent presque exclusivement à la Thnico, à la Béotie ^) où les races indigènes portaient le nom de stTpeuts. où on révérait les Erinnyes qui, comme nous l'avons vu (Uus haut« (sur Tautorité de Sophocle, de Pausanias, etc.) ne permettaient pas qu'on fit des libations de vin sur leurs autels.
Le culte de Bicmj'sos était un culte nouveau et les légendes racontent symboliquement^ comme il était né (comme culture de viffue^ en Bêtifie de raccouplement de Zeus (le Grec) avec une Phénicienne, la Cadméenne Semelé: autrement dit les Grecs ctuame k$ Phénicietts introduisirent la cnhure de k vigne, car le$ deux races ctmnaissaient et appréciaient les liqueurs fortes et fenienn'es. avec la difil^rence que les Grecs ne connurent la vipH^ qu'après être arrin^s^ dans la péninsule des Balkans.
U semble prou^v qu'en Thrace les Gfi^cs counarent déjà la vipie qui probablement èuit transplantée de TAsie Mineure et il esi )ur\ibahle que <o^ fut dans cette contrw qne le jns du vin c^mimenca à tenir lieu du divin Stuaa . et peut-être enoMne le vin tVf-il rx^^»u^lo )>ar um^ (partie île b race védique coaime une
hérésie, ce qui expliquerait la légende, postérieure il est vrai, de la folie furieuse qui s'empara du fils de Zeus, Dionysos, folie envoyée par Héra.
Nous commencerons donc par la légende thrace et nous reviendrons ensuite à la légende béotienne de Cadmus et de sa fiunille* transcrite avec tant d'esprit, d'imagination et de détails symboliques, que nous attribuons la rédaction définitive de cette légende (v. dans ApoUodore III, chapitres .4 et 5) aux sociétés orphiques et aux adeptes des mystères , qui non seulement cherchaient à découvrir le sens des mythes traditionnels, mais encore habillaient des événements réels d'un langage mythique et symbolique.
La légende thrace.
Par malheur la trilogie d'Eschyle, qui nous est connue que par quelques lignes conservées par Aristophane et Strabon et qui portait le nom de la «Lycurgia», est perdue. Il parait que cette trilogie racontait en détail la légende de l'apparition en Thrace du culte de Dionysos sous Lycurgue, le rois des Edonéens ^).
n faut remarquer aussi que Dryas, Apua;, le père de Lycurgue (v. Iliade, VI, 130; ApoU. III, 5, § 1) est apparenté étymologiquement à la nymphe des bois ou Dryade, nommée comme lui Apuà;, et au chêne sacré du Zeus pélasgique.
Nous avons vu plus haut la signification des nymphes et du chêne par rapport aux populations indigènes. Mais Dryas est sous plus d'un point de vue le représentant de ces populations. Dryas est le fils d'Ares, le dieu des Thraces (Apollod. I, 8, § 2) et Hyginus dans la fable 173 nous donne une tradition des plus
1) Voyez la légende ou des allusions à cette légende dans Tlliade d^Homère VI, Y. 130—140, dans TAntigone de Sophocle vers 955; dans Pansaniaa I, 20, § 3; dans TEneïde de Virgile III, 14 et comp. in loco Servius ad Virgil.
intéi*essantes en disant qu'il était le fils de Japet ^) , c'est-à-dire, frère de Pn>méthée et appartenait à cette famille qui présente un si grand intérêt. D'après la fable 45 de Hyginus, Dryas est encore frère de ce Térée dont nous avons plus haut étudié la légende, et qui semble appartenir à des races anthropophages. Il est certain que nous nous trouvons au milieu des tribus non védiques, autochtones.
A défaut de ce guide si sûr, Eschyle, nous avons recours à d'autres mythographes et surtout à Apollodore (III, 5, § 1) en consultant de plus Diodore de Sicile (III, 65) et Hyginus (fabl. 132. 243 etc.). La légende se présente d'après ces auteurs sous la forme suivante.
Dionysos dont nous étudierons l'origine plus loin dans la légende cadméenne, mais qui semble partout avoir la signification première d Vni\Tement *) de folie que produit toute liqueur enivrante, est à ce que nous croyons le Soma védique personnifié, ou peut-être même TAgni védique, le feu latent qui remplit invisiblement Tunivers. Mais sous le nom de Dionysos, le dieu du vin et de la ngne. il encourt d'après Apollodore (1. s. cit. qui probablement raconte les faits identiquement à Eschyle) la colère de Héra et de\ient fou. Nous avons dit déjà que probablement le vin était regardé au commencement par une partie de la sociélé védique comme une hérésie dans le culte^. qui ne connaissait encore que le divin Soma. Dans sa folie Dionysos parcourt rEjBjj'ple. la Syrie') et s*arrète en Phrygie.
l^ Esi-^y^ «ae tniîli«Mi âat^u^? Kst-œ une pftKnté îsTeatèe ploa Urd par )<<$ «4«fiiNi 4^$ «Tsi^rK^ I>àK l>gui et laotre cas c^est vw idée d>gui kam intérêt Si <^ m'e«l qu ue imTeaùnvn pMten^HOtfe eUe pr^aTerait qae l«t Orpkîqsca cl les iMleft^T» de$ aft>r^^t^ffv« c\Mq[Mnnakiii le a^yilie de Pnvaetkée onaie aow le
â^ l.^ nA» Jtt dies dorîTi^ da Pios Tediqse p«t arriver plus tard en Tlrace «ri $'âv\x^icr 3^ cftt Irjrende antA^ne «^n: raA'^ru:; >$ faîts da dîen de la folie bac-
$ U <«i fi\4a^ie qnc c>Kte partte de la omums «t in^«Baèe plna tard par
En Phrygîe il est purifié par la déesse Rliéa, devient adepte de ses mystères, et entre en Thrace, ce qui semble indiquer que même les Aryas védiques n'avaient accepté le vin comme substitut du Soma, que sous Tinfluence des habitants du littoral de l'Asie Mineure.
Lycurgue, fils de Dryas, roi des Edonéens, qui habitaient les bords du Strymon, le chasse. Dionysos, poursuivi par ce despote cruel, fuit vers la mer et se réfugie chez la Néréide Thétis, la femme de Pelée. Le lecteur qui sait que nous voyons dans Thétis la femme grecque mariée à un indigène, saisira le sens de cette tradition. Lycurgue fait prisonniers les Satyres et les Bacchantes qui formaient le cortège de Dionysos; la légende ajoute que les femmes du reste furent mises immédiatement en liberté.
Dionysos rend Lycurgue fou furieux pour se venger de lui: Lycurgue d'après ApoUodore tue dans sa folie son fils «croyant qu'il coupe un cep de vigne». D'après Hyginus (f. 132) Lycurgue veut violer sa propre mère et d'un coup de hache coupe sa propre jambe. D'après Diodore (III, 6), — qui du reste avec sa tendance evhémérique est un des mythographes les moins véridiques — Lycurgue est fait prisonnier par Bacchus qui le fait mourir au milieu des tourments.
Après la fin de Lycurgue, dit ApoUodore (III, 5, § 2) Dionysus traverse toute la Thrace et arrive à Thébes. Ici, comme ailleurs il force les femmes') à quitter leurs maisons pour aller célébrer ses mystèi^es. Nous parlerons encore de cette tradition. Quant aux femmes thraces, nous n'avons pas d'indication directe dans la légende, qu'elles fussent les premières attirées vers ce culte, mais nous verrons qu'elles jouent un certain rôle dans les traditions bacchiques. Nous devons encore mentionner un détail qu'on trouve dans Diodore (1. s. c.) que Dionysos avait imposé
1) Tocyours les femmes, ce qui nous ramène à la aignification de la légende de Pandore.
conune roi aux Thraces un certain Charops, et institué les orgies mystérieuses, et que ces* mystères furent après Cherops complétés et rectifiés par Orphée, par suite de quoi ils reçurent le nom de mystères Orphiques.
Cependant les femmes ne jouèrent jamais un rôle prépondérant dans ces mystères, et il nous semble que la légende thrace est une légende plus ' ancienne que celle de la Béotie qui ensuite voyagea jusqu'à l'Argolide, et que nous devons les considérer séparément paixe que le caractère particulier de la légende Béotienne est l'indignation des hommes^) contre an culte qui dépravait les femmes, et c'est cette dernière légende qui se relie plus intimement à la légende de Pandore. Cependant en considérant chronologiquement cette série de traditions nous croyons que la légende du dieu de l'ivresse en Thrace dut être créée simultanément et méïne paraître plus tard que la légende de Pandore, mais que cette dernière légende reçut tout son développement relativement à la jarre de vin qu'elle ouvre, après la légende thrace Bacchique et même après l'apparition de la légende Thébaine.
Autrement dit la légende de Pandore fut complétée plus tard par l'introduction d'un détail qui se rapportait à l'influence pernicieuse du vin, tandis que la partie primitive de cette légende ne parlait que de la belle Grecque qui changeait toute la vie des indigènes.
La légende Bacchique Béotienne qui passe
à Argos.
La légende de l'apparition du culte de Dionysos à Thébes est racontée en détail dans les Bacchantes d'Euripide, et dans la Bibliothèque d'ApoUodore (III, 5, § 2).
1) Voir dans les Bacchantes d'Euripide le monologue de Pentée, t. 215—^62.
Nous prenons le récit concis d'Apollodore en le complétant par Euripide.
Penthée, le fils d'Ëchion et d'Agave, qui fut roi à Thébes après Cadmus, voulait empêcher les femmes de célébrer les orgies sur le mont Cytheron. A l'instigation de Dionysos il s'habille en fenune (voyez les Bacchantes, v. 787 — 976) et se rend en personne au mont Cytheron pour épier les Bacchantes.
Ici aperçu de sa mère Agave et pris pour un lionceau il est déchiré par elle et ses compagnes (Bacch. v. 1043 — 1152 le récit du messager). Après que Dionysos se fit reconnaître pour dieu par les Thebains, dit Apollodore, il se rendit à Argos et dut essuyer ici une réception deshonorante par suite de quoi il rendit les femmes folles, et elles dévorèrent leurs propres enfants à la mamelle qu'elles avaient emportées avec elles dans les montagnes. Plus loin ApoUodore raconte la métamorphose des nautonniers Tyrrhéniens en dauphins, récit que repète en détail Ovide ^).
«C'est de cette manière, ajoute* ApoUodore, que les hommes apprirent à le révérer comme dieu et à lui rendre les honneurs divins. Alors il fit revenir sa mère de Hadès, lui donna le nom de Thyoné et s'éleva avec elle au ciel». (ApoU. III, 5, § 3).
On connaît l'histoire de la fille de Cadmus, séduite par Zens et consumée par lui, grâce au conseil donné par Héra sous la figure d'une vieille femme à Semelé de demander au dieu d'apparaître devant elle dans toute sa gloire. Dans cette légende Dionysos est sauvé par son père qui l'enferme dans sa cuisse jusqu'au moment de sa naissance^.
Dans la légende béotienne Penthée joue le rôle que joue Lycurgue dans la tradition thrace ; mais les détails de la légende diffèrent de cette dernière.
1) Outre ApoUodore (1. cit.) comparez les Métamorphoses d'Ovide (L. III, ch. VI).
2) Voyez ApolL III, 4, § 2; le hymne homérique VI, à Dionysos; Diodore de Sic. m, 64, 65; 67—70. Métam. d'Ovide III, 8, etc. Remarquons que le hymne Orphique XXX à Dionysos, présente déjà la forme postérieure du Dionysos infernal. Comparez encore le hymne Orph. XXIX à Periephoné.
Penthée poursuit particulièrement le culte de Bacchus parce que le dieu entraine les femmes aux orgies. Voyez le monologue de Penthée dans les Bacchantes d'Euripide, vers 215 — 262. Il est du reste clairement le représentant des races autochtones et du parti politique qui avait enlevé l'autorité aux Cadméens, quoique les chefs de ce parti fussent alliés aux Phéniciens. Tout ceci ressort de la légende Cadméenne telle que nous l'avons donnée plus haut d'après Apollodore, et telle qu'elle ressort de plusieurs endroits de la tragédie d'Euripide (p. ex. v. 330 — 369; 1313 — 1336, sq.). Nous avons dit aussi plus haut ce que c'était que Cadmus, ce qu'était le serpent qu'il avait tué, les hommes nés des dents du serpent et les Illyriens où Cadmus se métamorphose en serpent, chassé de la colonie qu'il avait fondé.
Les hommes nés des dents du serpent et nommés les Spartes ou les «Semés» (Apoll. lU, 4, § 1) portaient les noms de Echion, Udaeus, Chtonius, Hyperénor et Pelor.
Peut-être pourrait -on expliquer favorablement à notre s^'stème ces noms en les étudiant étymologiquement en se rappelant que ce sont des dénominations Grecques imposées à des tribus autochtones, qui tantôt guerroyaient contre les Orientaux (Gadméens) venus pour fonder une colonie, tantôt luttaient entre eux.
Quelques uns de ces Spartes s'allièrent aux Phéniciens et parmi eux Echion, marié à une fille de Cadmus, Agave, la mère du malheureux Penthée.
Nous remarquerons par parenthèse que toutes les filles de Cadmus, mariées à des descendants des races autochtones sont malheureuses. Le fils d'Autonoé, Actéon ^) est déchiré par ses chiens pour avoir offensé Artémis; Ino avec son fils Palaemon Mélicerte*) se jette à la mer (Apoll. III, 4, §§ 3 et 4); Agave
1) Fils d^ArisUeos dont la race eit problématique (Comp. Diod. FV, 81 — 82; Apoll Bhod. II, 506) cependant la mère d'Aristaeos est une nymphe.
2) Son père était Athamas, comp. Apollod. I, 9, § 2; rendn fon furieux par Ilt^ra. Il était fils d Eolus (Ap. I, 7, § 31
déchire son propre fils; il parait que le même fait que nous ayons remarqué plus haut à propos des mariages malheureux mixtes entre les femmes grecques et les autochtones, se repète pour les femmes Phéniciennes, qui sont toujours malheureuses en se mariant aux indigènes.
Le mariage de la Phénicienne Semelé au Zeus Grec est un mariage d'une autre catégorie, ce n'est pas un fait ethnique, c'est un fait religieux, et si Semelé meurt consumée ce n'est que le symbolisme du culte d'origine védique qui remplace le vieux culte phénicien, tout en s'emparant peut-être de plusieurs rites de ce dernier et surtout de la vigne et du vin pour remplacer le Soma védique.
Après que Cadmus fut chassé de sa colonie (Apollodore III, 5, § 4) ou encore seulement détrôné avant son exil (Bacchantes V. 213, comparez v. 1313—1336). Penthée, le fils de sa fille, règne à sa place à l'exclusion du fils de Cadmus Polydore. Cependant après la mort de Penthée, il semble qu'une révolution en faveur des Cadméens se produisit. Polydore, marié du reste à une fille de Nyctée et par conséquent petite-fille d'un Sparte Chtonius, monte sur le trône. Le fils de Polydore se nommait Labdacus. «Celui-ci», dit Apollodore, «périt plus tard comme Penthée , ayant le même esprit» (ou ayant la même tendance d'esprit ^^). Expression remarquable, qui nous fait comprendre que Labdacus entouré de sa parenté indigène voulut revenir aux vieilles traditions et à la lutte contre le culte gréco-phénicien de Dionysos, mais fut tué pendant la lutte intestine de ces deux partis qui se termina, au moins pour le moment, en faveur de la suprématie gréco-phénicienne, qui représentait la civilisation aux prises avec le vieil ordre social. Nous devons tracer cette lutte plus loin pour avoir une idée nette de la situation.
Labdacus laissa un fils en bas fige, nommé Laius, mais la
l) «OuToç aTtoMeTo pteTa IlevOsx sxsivo) çpovoSv TtapaitXr^aia » dit Apollodore III, 6, § 4.
royauté échut à Lycus, le frère de Nyctée, fils de Chtonius. Cependant la lutte se prolongeait et Zethus et Amphion s'emparent du pouvoir. Nous avons vu dans le chapitre sur les constructions ce qu'étaient ces frères.
Cependant quelque temps après Laius, le père d'Oedipe, est appelé à la royauté (v. ApoU. III, 5, §§ 5 — 9).
L'histoire d'Oedipe est connue: nous remarquerons seulement que toute cette famille des descendants de Labdacus représente un sang indigène, mêlé au sang phénicien, mais avec une tendance vers les croyances et les coutumes indigènes. Toute cette famille est souillée d'inceste, de vice contre nature de parricide et de fratricide ^).
D'un autre côté il est évident que les Phéniciens veulent arriver à une fusion complète avec les Grecs, pour dominer le parti indigène qui veut garder son antique individualité. Il est évident que cette lutte prit un caractère tellement sérieux que toute la Grèce de la période Achéenne ou héroïque prit part à cette lutte. C'est sous ce point de vue que nous envisageons la guerre des Sept contre Thèbes et la guerre des Epigones qui ont le caractère de deux expéditions organisées par les Achéens ou Grecs de la période héroïque contre le chef lieu des intérêts des tribus autochtones, chef-lieu devenu dangereux pour Tinfluence des Grecs et de leur civilisation. Thèbes est détruite à la fin de la guerre des Epigones et les Thébains (lisez les indigènes ou leur parti) fuient et se retirent avec Laodamos en lUyrie (Paus. IX, 5), c'est-à-dire dans la contrée où Cadmus devint serpent, autrement parmi les peuples qui leur étaient apparentés.
1) Apollodore m, 6, §§ 6, 7—9; 6, §§ 1—8; Diod. de Sic. FV, 64—66. Comparez dans les grands tragédiens, Oedipe-roi, Oedipe à Colone, TAntigoiie de Sophocle; et chez Euripide yoyez: les Phéniciennes, les Bacchantes, etc. Comparez encore ce que dit Maury, Histoire des Religions, etc., Ill, p. 38 à propos de Laius, qui dehauche le jeune Chrysippe fils de Pelops et voyez Creuzer*8 Symbolik ni, 255, note (éd. de 1841) sur la colère de Héra déesse du mariage, qui poursuit de sa colère les turpitudes de Laius en envoyant le sphinx.
Les deux frères de la première expédition des Grecs contre Thèbes Etéocle et Polynice. sont les représentants des deux partis ; le premier qui règne à Thèbés lutte pour le parti national, le second, ami des Grecs, représente le parti du progrès qui tend à se réunir définitivement aux Grecs et se fondre dans une même ciTilisation. Eschyle ce grand connaisseur des traditions, celui qui avait retracé les idées et les plaintes des races indigènes dans sa figure sublime de Prométhée avait su dans ses Sept contre Thèbes ^) concentrer toute l'attention et l'intérêt du spectateur sur Etéocle, cet héros qui combat pour Findividualité de sa race. Il invoque (v. 69) très-caractèristiquement le Zeus (Pélasgique ?) et Gaea, la Terre, et les Erinnyes, le choeur (v. 105 — 115; 135 etc.) nomme Ares: «enfant de cette terre sacrée», dieu national. Aussi Polynice, l'ami et le représentant du parti Grec, est-il privé de sépulture par le peuple (v. les paroles du héraut v. 1005 — 1025 des Sept contre Thèbes) ou par Créon (dans l'Antigone de Sophocle, v. 21 sq.).
Il nous semble par parenthèse qu'Euripide en appelant l'intérêt du drame sur Polynice dans «les Phéniciennes», et en nous montrant Etéocle sous un jour peu favorable (v. p. ex. les vers 504 — 506, des Phéniciennes) dut suivre un autre récit légendaire que celui qui servait de source à Eschyle. Ce dernier comme nous l'avons vu connaissait les véritables légendes de la race autochtone et exprimait leurs pensées et leurs lamentations, tandis qu'Euripide dut envisager le sujet sous un point de vue purement grec. C'est ainsi qu'il fait dire au pédagogue Thébain (v. 154 — 156) «ce n'est pas sans justice qu'ils (les guerriers d'Argos) attaquent ce pays : je crains que les dieux ne le voient trop bien».
Nous trouvons dans les Phéniciennes d'Euripide des allusions directes à ce que les Thébains qui se défendaient contre les forces
1) C'était la troisième tragédie d^une Trilogie dont la première partie était LaioB, la seconde Oedipe. C'eit ime histoire des Labdacides.
combinées des Achéens sous la direction des Argiviens étaient d'une autre race que ces guerriers qui bloquaient la ville.
«Tu déchaînes, dit Créon en invoquant Ares, — les Argiens contre les générations semées»^).
Plus loin le divin Tirésias enjoigne à Créon de sacrifier son fils Ménécée pour le salut de Thèbes. On voit que nous sonunes au milieu d'une société qui connait et pratique les sacrifices humains. Tirésias explique à Créon (v. 930, sq.): «La Terre vous sera propice, elle qui a fait germer dans ses sillons une moisson de guerriers ... il faut qu'un descendant de cette race issue des dents du dragon reçoive la mort. Toi et tes fils vous êtes ce qui nous reste de cette race; en vous elle s'est conservée sans mélange, par la mère et par tes aieux paternels» (v. 942^944 des Phéniciennes). Créon veut faire fuir ce fils, qui doit être immolé dans la caverne du dragon, fils de la terre (v. 931), et veut l'envoyer (v. 977—982) par l'Etolie en Thésprotie à Dodone où la population était certainement pélasgique, quoique le sanctuaire du Zeus de Dodone fusse passé aux mains des Grecs.
Il nous semble même que le nom du chef du parti de Thèbes qui voulait se fondre avec les Grecs, Polynice, nom sur lequel joue Euripide (v. 636 et 1494 des Phéniciennes) et qui veut dire «nombreuses querelles» fait allusion à cet état de choses en Grèce que les Achéens cherchaient à terminer en détruisant définitivement le chef-lieu des intérêts des populations indigènes qui luttaient ici, à main armée contre les Achéens.
Nous savons que ce ne fut pas la première expédition qui porta le coup définitif à la Thèbes indigène, mais la seconde qui eut lieu dix ans plus tard -sous le nom de la guerre des Epigones, ou «nés après», c'est-à-dire de la génération suivante.
Le triomphe des Grecs fut complet , les chefe du parti indigène fuient en Illyrie, et les Grecs placent sur le trône
1) C'est-à-dire les Spartes. V. plus haut la légende.
Thersandre le fils de.Polynice (Paus. IX, 5, § 7) un héros aussi Grec de coeur que son père, car c'est lui comme le dit Pausanias (1. cit., et comparez Tlliade II, 494) qui prit part avec les troupes de la Béotie à Texpédition de Troie, — cette entreprise qui dut avoir le m^e but que la guerre contre TÎièbes, savoir la destruction d'une capitale des vieilles races nonvédiques ^) qui portait ombrage aux Grecs en général et surtout aux colonies achéennes qui s'étaient emparées du pays des Lelèges et de lUe de Lesbos, entrant comme un coin entre la Troyade Pélasgique et les colonies Ioniennes qui paraissent être alliées aux Pélasges *).
La royauté de Thersandre ne fit pas cependant cesser définitivement la lutte entre l'élément indigène et le parti grec. C'est ainsi au moins que nous comprenons le récit de Pausanias (IX, 5, § 8) qui dit qu'Autésion, le fils de Tisamène et le petitfils de Thersandre «fut poursuivi si violemment des Erinnyes ') de Laius et d'Oedipe, qui laissèrent en repos Tisamène que son fils Autésion dut se retirer par le conseil de l'oracle à Doris». Remarquons que Doris était la contrée qu'occupèrent avant tout les Doriens, ce flot de Grecs védiques qui tout en détruisant l'organisation des Achéens dégradés et mêlés au sang impur des indigènes, — vint cependant en Grèce, semblable à un torrent du haut de la Macédoine et du mont Olyiûpe, comme un renfort à l'organisation et au culte védiques d'origine, portant avec eux un sentiment de mépris et de haine pour leurs frères dégradés au contact des races étrangères. Après l'exil d' Autésion Thèbes devient république.
1) Comparez II, 840, de Tlliade, où les Pélasges sont les alliés de Troie.
2) Nous n'entrons pas ici dans l'étade de ce sujet d^unë grande importance. U semble que les Ioniens étaient de beaucoup plus proches des Pélasges que des Grecs de la période Achéenne, et regardaient ces deoiiers avec méfiance. De plus nous sommes loin d'être sûrs que les Ioniens pussent être comptés parmi les tribus à Pédncation védique.
3) C'est l'expression du texte; peut-être faut-il comprendre sous ce nom de Furies vengeresses, des attentats à la vie d'Autésion, des tentatives de meurtre par les fanatiques du culte antique des esprits.
Pour résumer ce que nous venons de dire au sujet du culte de Bacchus-Dionysos et de son apparition en Grèce, nous avons vu qu'il apparaît en Thrace. Ici, quoique le culte de Dionysos eut à lutter contre le roi indigène qui certainement représentait les désirs et les exigences des chefs, des notables et des vieillards de la population, Dionysos arrive à introduire son culte ce qui veut dire que le flot des races védiques, portant avec eux le souvenir du Soma et de l'Agni sacré caché dans le Soma, avait envahi la contrée. Si ces tribus védiques ne purent civiliser les populations Thraces, elles trouvèrent cependant les indigènes tout disposés à accepter la culture de la vigne et Tusage des boissons enivrantes, et du vin qui prit la place du divin Soma.
Telle fut toujours l'influence des races relativement plus civilisées sur les races autochtones sauvages qui s'empressent avant tout de s'instruire dans les vices de leurs conquérants ou de leurs précepteurs. Ce fait se repète en Béotie, avec. la particularité que ce sont les femmes qui sont attirées surtout vers le culte de Dionysos. A Thèbes le divin Tirésias, quoique d'origine indigène comme descendant du Sparte Udaeus, mais parfoitement grécisé et Cadmus') rendent hommage au dieu nouveau.
Remarquons que le vin était connu des Phéniciens, mais il parait que le véritable sens mystique du vin, la doctrine du feu sacré latent dans l'univers et dont l'expression était le vin, ce feu liquide; — voilà ce qu'acceptèrent les Phéniciens grécisés et les indigènes acquis à la doctrine védique.
Quant aux populations indigènes ou plutôt aux chefs indigènes ils semblent comprendre le danger de l'enivrement et ils luttent de toutes leurs forces contre le culte Védique de Dionysos parce que le délire de l'ivresse les effi*aie et parce que leurs femelles indigènes si timides jusqu'alors semblent s'être révoltées sous l'influence du rin contre le despotisme de leurs maris. Ceci
1) Comparez Apollodore III, 6, § 7 et les Bacchantes d'Baripidê, v. 266, iq , ▼. 380, sq.
semble se repeter à Argos, et nous verrons immédiatement qu'en Thrace c'est au vin qu'on attribue la mort d'Orphée qui périt par les mains des femmes.
En disant que ce sont les Aryas védiques qui introduisirent et propagèrent le culte de Dionysos, comme dieu de Pivresse et du vin qui prit place du divin Soma, nous nous appuyons sur l'autorité d'Alfred Maury qui en assignant à Dionysos une origine asiatique, indique^) que le nom du vin, olvo;, vinum n'est que le surnom que donnaient les Arjas (védiques) au Soma, qu'ils nommaient vinas, c'est-à-dire aimé.
Nous ne répéterons pas ce que l'illustre savant dit à ce sujet en renvoyant le lecteur à son ouvrage impérissable: nous dirons seulement que les Arjas védiques en rencontrant le jus des fruits de la vigne, qui produisait un effet semblable à celui que produisait le Soma divin, lui rendirent le même culte qu'ils rendaient au Soma, et ce fut la substitution du vin au jus de la plante dont on faisait le Soma *), qui fut la cause de l'apparition de la légende de Dionysos, qui né comme le Soma de la cuisse d'Indra') vit cependant en Grèce une légende nouvelle s'ajouter à la tradition antique. Cette légende nouvelle, qui semble plutôt un récit couché en termes allégoriques, qu'une tradition, raconte que ce Dionysos fut né en Béotie de la Phénicienne Semelé, amante de Zeus.
Zeus est toujours le Grec védique, la femme Phénicienne est la vigne, et peut-être même un certain culte que les Phéniciens rendaient au vin ou au dieu du vin, quoique nous n'avons pas de données à ce sujet.
Mais le sens de la légende est clair — le dieu du vin nait précisément au milieu de la colonie phénicienne qui certainement
1) Hist. des Rel. etc., ▼. I, p. 118, sq. âTec reoTois aux oeuTres de Kahn et à Ltnglois.
2) Noos croyons que le Soma était une Uquenr dittiUée, alcoolique, tine espèce d*eaa de vie.
3) Cit. d'Alfr. Maury d*une légende Indienae 1. cit. p. 119.
possédait la meilleure vigne et le meillear vin de la Grèce. Mais le Grec védique s'empare de ce trésor et tout en se rappelant Torigine de ce nectar, il consume la mère pour ne se rappeler que du dieu Agni Soma, qui dès lors règne sans partage sous le nom du Dionysos d'origine purement védique.
Mais si le mythe de Dionysos prit sa forme définitive en Béotie, il faut se rappeler que le mouvement agressif (si Ton veut bien nous pardonner cette expression) de la vigne et da vin commença en Thrace. C'est ici que forent cultivées les premières vignes, arrivées probablement de l'Asie Mineure*). Nous ne sommes pas parfaitement sûrs de l'interprétation qu'il faut donner au ^iuum Biblinum du vers 589 des Oeuvres et Jours de Hésiode et nous allons même jusqu'à supposer que l'orthographe de nos manuscrits de Hésiode est défective et qu'il s'agit peut-être du vin de Byblus, vin importé par les Phéniciens au lieu de comprendre ce iiassage comme vin d'une colline de Thrace. mais nous remarquerons que le vin thrace avait une certaine renommée comme il suit d'un passage de l'Odyssée (IX, 195 — 200) où le vin d'Ismar^) est nommé un vin précieux.
t> qui est certain c'est que le vin exerçait partout où il apiKinùssiùt une influence funeste sur les populations indigènes, et surtout à Téganl des femmes. Il est vrai que dans la légende thrace vie Lyourguo nous ne trouvons pas de détails sor les orgies et les excès des femmes comme dans les légendes de Béotie et dWrgi^ coiH>ndânt la mort dX^rphée. dans une légende indépendante de celle de Tintroduction du vin en Thrace. prouve qu'on
1^ yv^ï:$ fxcvif^u^ns U <\>lon:ir CjidiBê^^aa^ q^iî dut îapoitér la TÎfae depuis d<*<» tir«if« ir^^T>e>rttK^^ Mm les nèvimfts ■*<«imt juMÎt Ktwcc^ d^laflneiiee dan^ U pit'c:a^«^« diK$<4Vs prolobkoMai par levrs isi^T^k:» Iocjax. Us ne propa- ^^ii: (Vj^ U Ti^^". d%N£: 14$ linùeat peat-^inf |iro£: «s peaduiî le Tîn et en
^ ItaMT tfUù u^ Ti'.> d« U TkrftiY; Orik espà^ie 1« ici»e I s Mari en an •3f« <^ Dirftci^. V^MT Am.tu» hKrr IL £4^ VL ▼. T. <•! cv^oip. MetàBorpà. 3Lin. \.^V v^ i^a^ ^%H»Mr $^ tTX^ra:; À 4 a |wacif i« U MAnwia acaelk^ c*eit à 4;:\- V'^'t^ ^» v;\ji^ }sx>^a «a xftéaae mttiiieft ^:w 1^
attribuait au yin ici ainsi qu'ailleurs une influence funeste sur les femmes.
Nous citons textuellement les paroles de Pausanias qui dessine en même temps la figure d'Orphée comme le représentant des traditions antiques de la Thrace.
Il dit (IX, 30, § 3):
«Moi je pense d'Orphée qu'il surpassait ses prédécesseur (les poètes) par la beauté de ses chants et jouissait d'une grande estime parce qu'il était regardé comme l'inventeur des mystères religieux, des moyens de purification des crimes et (des moyens) contre les maladies et contre la colère des dieux. D'après la tradition, les femmes Thraces cherchaient sa mort parce qu'il emmenait dans ses pérégrinations leurs maris ^), mais elles craignaient de le tuer par crainte des hommes. Elles se résolurent cependant à le faire une fois quand elles s'enivrèrent de
vin D'autres disent qu'Orphée fut tué par les foudres du
dieu, en punition de ce qu'il avait découvert aux hommes les mystères^ qu'ils ne connaissaient pas auparavant».
Le lecteur voit qu'Orphée sous plusieurs rapports comme inventeur^ comme médecin et comme foudroyé par le dieu (lisez védique) est une repétition amoindrie et rapprochée de la figure du Prométhée antique et le type d'une certaine organisation sociale antique. Aussi sa mort par les femmes ivres est un crime des femmes contre les antiques coutumes, et un acte de révolte sous l'influence de Dionysos le dieu de l'ivresse.
Il nous semble que toutes ces légendes se résolvent en faits suivants. La vigne et le vin en apparaissant en Grèce produisent une perturbation générale parmi les indigènes et surtout leur organisation de famille. Les indigènes qui veulent rester fidèles aux antiques coutumes (comme Penthée dans les
1) Le crime d'Orphée dans les Métamorphoses d'Ovide (X, § 1, vers 83—85, et comparez XI, § 1) contre les femmes Thraces est la pratique de la péderastrie, ce qui semble toi^yocirs indiquer si non une origine Touranienne du moins des coutumes Mongoles.
Bacchantes) montrent avec indignation les suites funestes de l'introduction du culte de Bacchus et du vin sur leurs femmes. Dans une légende probablement postérieure enregistrée par Hésiode, ou peut-être un dicton populaire qui ne prit que plus tard la forme de la légende, les indigènes accusent la femme donnée par Zeus (lisez la femme grecque) d'avoir ouvert cette jarre de vin funeste, qui fut la cause que les maladies envahirent le monde.
Voih\ la véritable signification que dut avoir, d'après notre conviction, le mythe de Pandore étudié conjointement avec la légende de l'apparition du vin et de la culture de la vigne, avec les maladies que d'après les lois de l'analogie durent apparaître parmi les indigènes comme suite de Tintroduction des boissons enivrantes; avec la disparition de plusieures tribus décimées par la peste ou détruites par les Grecs, et enfin en connexion avec les mariages mixtes principalement ceux où une femme grecque entrait dans la maison d'un indigène et bouleversait toutes les antiques coutumes de la âoniile indigène.
Pandore comme nous croyons l'avoir déjà dit et comme nous le repéterons toujours n'a jamais été la première femme ; c'est «ne idée erronée qu'avaient mis en circulation Apollodore (I^ 7, § â) et Pausanias (I, â4« § 7) qui semblent n'avoir pas compris HésitHle sur Tautorité duquel ils s'appuient. Ci-dessous dans Télude de la légvndo des âges, nous verrons qu'il est impossible de tnniver une autre place à la délivrance de Prométhée, que pendant Tige kérok|tte M et à Pandore. quVntre le troisième âge, dit de bnniie et le quatrième âge des héros de la race védique. Mais mms vemuis que ilans le second ige dit d'argent dans la Wgen\le lK>^i\^tte ^CXhi\t. et Joors. t. 130) on parle de la lettime «a«x genoux de laquelle est èlévé on gar;<m jnsqn^à l'âge de cent au^>.
Kl V(^lckor dans sa « Mythologie de^Japeti^hen Geschkchts»
\ ■ L(« Ary«MMtt;t« ttt^MJkttt <ttc^Kv W« j[<mm!<mm$ de
(S. 34) a très-bien vu que Pandore n'est pas la première femme mais qu'elle est la première femme d'une certaine civilisation qui commença à se propager en Grèce. Pour éviter tout malentendu voici les propres paroles de Vôlcker 1. cit. *) :
«Ungemein sinnreich ist der Ëintritt des Weibes in die Erzfthlung. Nicht das weibliche Geschlecht als solches ist es, — wie aber Hesiod die Sage verstanden batte, und aus solcher Quelle die Uebel auf der Erde ableitet, — mit dessen Daseyn aile Leiden Ober die Menschen gekommen w&ren; vielmebr nur ist der Ëingang der Folgen der neuen Bildung an dièses Geschlecbt geknûpft».
Nous ne sommes pas d'accord sur plusieurs point avec Vôlcker, mais dans ce cas il semble avoir parfaitement compris que Pandore est l'expression d'un nouvel ordre social, que ce n'est pas une Eve de la légende payenne.
Aussi voyons-nous dans ce mythe de Pandore un récit indigène, une protestation contre l'influence envahissante des Grecs, protestation qui a un caractère beaucoup moins politique que social ; c'est une indignation de voir les lois antiques de la famille et de la subordination de la femme à l'homme, débordées et détruites par on ne sait quelles doctrines nouvelles et un profond chagrin de voir un nouvel ordre de choses, haïssable pour les hommes, prendre place du vieil ordre de la vie. C'est un désespoir enfin de voir comme les boissons funestes déciment la population et donnent à la femme le courage de se révolter.
Aussi disent-ils, c'est le funeste don de Zeus, la femme grecque qui ouvrit la jarre de vin.
Nous terminerons cette étude par une remarque, que si nous trouvions des traces des mêmes coutumes et des mêmes lois sociales chez les populations indigènes de la Grèce et chez les Romains, nous ne pourrions y voir autre chose que les restes des coutumes antiques, communes à tout ce flot pélasgique qui
1) Nous transcrifons Y Olcker , parce qae ce livre est déjà assez rare (Gietsen, 1824).
■ta
se divisa en deux courants pour inonder les péninsules de la Grèce et de Tltalie.
Les antiques coutumes pélasgiques entrèrent dans la i)éninsule Italique, la violation de ces coutumes en Grèce donna le jour à Pandore.
Rappelons-nous que la femme n'osait goûter de vin dans le monde antique romain. Comparez là-dessus l'histoire naturelle do Pline (éd. Littré) L. XIV, 14, §§ 2 et 3; et voyez Nietsch's Zustand der ROmer v. I, p. 323. (Erfurt 1806 — 7); comparez Atliénée le Banquet des Sophistes (dans l'édition Schweighftuser, Strassbourg, 1801—6) v. I, p. 440.
HT. La léple tes sitelis.
(OeQTres et Jourt ▼. 106—178).
Nous commencerons par remarquer avec Vôlcker (Op. cit. p. 257) que dans la légende hésiodique des âges tous les hommes se divisent en ceux qui habitaient sous Gronos et ceux qui vivaient sous le règne de Zeus.
Les hommes qui vivaient sous Cronos sont les hommes du premier âge, tous les autres vivaient sous «Zeus et les Olympiens*,
Ce Si>nt seulement les premiers qui goûtent une béatitude l^arfaite, et leurs âmes déviennent gardiens de la justice sur la terre.
Voici un court aperçu du texte du poème les Oeuvres et les Jvmrs *\
1) Noas deTons remarquer que dans Ice Teisîoas poctèriesres de la légende qae BOUS relnravoiis daii$ Iik anieurs latins la légende parait ahérêe et tronqsée. Ainsi dans )t^s Mètaniorph<>$es d\^Tide Htty 1. il ne dit mot de la quatrième l^^ttl^^ati<« on f^rîode dito bi^rofqno, quoique dn reste il donne des dètnOs de liant intérêt c^t d^unc antiquité incontesuble que nous retrouTons dana cette étnde. Virf!ile ddins les Géorgiques L v. 12^ et 196 et dans TEnéide Irrr^ Tm, t. 314, sq. ne )>arle que de deux àgea.
«Dans le commencement (itpiv, prius) rivaient sur la terre des générations d'hommes sans maux et sans travail pénible» (v. 90 — 92); et plus loin 109 et suiv.: «La première race était une race d'or; ces hommes existaient quand Cronos régnait au ciel (v. 1 1 1). Ils vivaient au milieu de jouissances continuelles et mouraient en s'endormant (115—116). Quand cette génération s'éteignit, ils devinrent des esprits (des daimons) bienfaisants, gardiens de la vérité et de la justice sur la terre (121 — 126). Ils parcourent la terre habillés d'air (125). Mais ils devinrent des daimons bienfaisants par la volonté de Zeus (v. 122) pas de Cronos.
Dans la partie didactique du poëme de Hésiode les Oeuvres et les Jours v. 252 — 255, nous retrouvons probablement les mêmes esprits bienfaisants de cette légende quand Hésiode dit :
dll y a sur la terre trente mille gardiens (ou inspecteurs, custodes) des hommes, auxquels Zeus à ordonné d'observer les bonnes oeuvres et les crimes des hommes. Ils marchent sur la terre habillés d'air».
Il parait que Hésiode rapporte dans la partie didactique de son ouvrage une croyance populaire de son temps, qui dut être basée sur la partie de la légende que nous venons de citer.
Pour nous expliquer cette croyance à un âge d'or ^), régi par Cronos, il faut se rendre avant tout compte de la légende de Cronos, roi des béats. Nous devons remarquer que dans la mythologie grecque, telle que nous la connaissons dans son développement ultérieur nous trouvons des traces de deux courants différents au sujet de Cronos.
Dans un de ces courants Cronos est le roi des béats, il règne sur les bienheureux dans les champs Ëlysées, comme il régnait sur les hommes de l'âge d'or.
1) Poar tout ce qui se rapporte aux aneiennes traditions de rhamanité sur Page de bonheur et la succession des âges voyez Lenormant dans les origines de l'histoire ▼. Il, p. 58, sq. et dans Phistoire ancienne de Torient (9"^* éd. 1881) pp. 27--28. Du reste consultez encore notre Appendice B.
Ce courant semble appartenir au système théologique Cretois qui comme le dit Alfred Maury (Hist. des Rel. etc., I, 264, 352, comp. Diodore Y, 66) fut un compromis entre les divinités Cretoises et les divinités pélasgiques.
Nous voyous un tout autre courant hostile à Cronos dans le système homérique, que nous nommons grec par excellence, qui soutenait que Cronos et Japet sont tenus prisonniers aux confins de la terre et de la mer, où ils sont entourés du Tartare profond et ne peuvent jouir ni du soleil, ni de l'action rafraichissante des vents (Iliade VIII, 478—481).
Dans la légende des âges Hésiode suit certainement la légende pélasgique, ou Créto-Pélasgique *), c'est-à-dire indigène d'origine, quoique — le repétons nous à satiété, — transcrite déjà par les Grecs, qui semblent dans un travail syncrétiqoe a^'oir fondu la légende indigène avec leurs propres réminiscences d'un âge de bonheur parfait dans une antiquité reculée.
Il n'y a pas de traces dans cette légende des âges de la punition de Cronos, de Japet et des Titans jetés dans l'abime. Au contraire Cronos n'est que le dieu qui régnait dans ces temps bienheureux et qui règne encore" sur les âmes des héros de l'âge héroique. De même la légende ne prononce pas le nom de Japet, qui dans la légende de Prométhée est le père de la famille poursuivire par Zeus, le tjran.
Mais cei)endant nous ne saurions douter que la légende raconte le passé traditionnaire de cette race de Japet tel qu'il s'est conservé dans les souvenirs non seulement des Pélasges, mais aussi des Grecs védiques: c^est une tradition commune à t<>us les Aryas que les Grecs avaient relevée en venant sur le sol de la Grèce et qui répondait parfaitement à leurs propres traditions *K
1) lUas U Théogonie t. S51. Cronos semble ètie «a T«rure avec les Titans, c'e4l*à*4lirt apiMurtient à U légende grecque.
à) Noos noos raillons jw ce point de vue anx idées dm grand génèralisatenr Lenormani qui a u^kcè dass les Origines de THirtoire ctc« t. I» p. 58^ sq^ et
Cependant, faut-il remarquer, les âmes de cette race de l'âge d'or deviennent esprits bienfaisants et sont révérés comme daimons^ par la volonté de Zeus, non par la volonté de Cronos : ce qui semble indiquer que ces esprits ne furent acceptés dans le culte védique que plus tard, ne formant pas un dogme fondamental de la croyance des races qui révéraient Zeus, mais que cette croyance aux esprits et aux âmes des ancêtres fut un culte emprunté aux races indigènes, qui avaient gardé les croyances et les traditions les plus anciennes.
Nous savons que ce culte des esprits formait et forme encore de nos jours la base des croyances de tous les peuples qu'on embrasse dans une seule dénomination des races touraniennes ^) : il est très probable que dans une haute antiquité il existait chez tous les Aryas, mais il semble que les nouvelles religions de cette race, le Mazdéisme, le Brahmaisme, le Yédisme, dont les origines à ce qu'il parait devraient être toutes ramenées à l'Asie centrale au nord du Hindou - Eoush , firent oublier cet ancien culte des. âmes des ancêtres et des esprits élémentaires pour faire place à des systèmes religieux d'une catégorie plus haute
dans l'Histoire ancienne de POrient pp. 27—28 (éd. de 1881) ce grand tableau des origines communes des idées et des traditions de l'humanité. Nous nous permettons cependant d'obsenrer que la légende des âges de Hésiode ne se rattache que par l'&ge d'or au fond commun des traditions humaines: tout le reste de la ' légende semble appartenir en propre aux Grecs qui retraçaient dans cette tradition leurs souvenirs. Du reste voyez là dessus Appendice B.
1) Quoique le terme Touran, Touranien, a été en butte à de nombreuses attaques, il est cependant le seul qui exprime nellement la pensée de ceux qui veulent séparer les races sémitiques et indo-européennes à langues à flexion, du reste de l'humanité qui parle les langues agglutinatives. Touranien veut donc dire homme, race, tribu ou peuple, qui n'appartient ni à la race sémitique, ni à la race indo-européenne dont il diffère 'par le mécanisme de ses langues (voir Max Mttller Lectures on the se. of Ijanguages I, pp. 85, 277, 388 etc. 7^^ éd.; et Languages of the Seat of War, p. 86); et par ses croyances religieuses (voir Lenormant, Magie; éd. franc. 1874, p. 185, sq.) Les Touraniens sont la partie de l'humanité qui du berceau commun se lancèrent à la recherche de l'inconnu, avant que le développement de la langue humaine fut arrivé à la forme que prirent les idiomes sémitiques et indo-européens, et avant pour ainsi dire que l'éducation de l'humanité fut complétée par l'agriculture et la famille monogame.
et plus rapprochés du dogme de l'unité divine, ou au moins d'une divinité supérieure du panthéon. Les Pélasges qui n'avaient pas pris part à ce mouvement religieux des Aryas, semblent être restés avec leurs croyances d'autrefois et les Grecs védiques retrouvèrent leurs frères dans la péninsule, vivant au milieu de ce monde d'esprits qui forme le monde religieux de toutes les races nomades de la haute Asie. Nous avons vu plus haut que peut-être le Zeus Pélasgique à Dodone, ou le Pan de l'Arcadie sont un essai de systématiser et de régulariser ce monde d'esprits, mais il fut coupé court à ce mouvement religieux des races soidisant autochtones de la Grèce, par un autre mouvement beaucoup plus important qui imposait aux indigènes de la Grèce un système religieux tout fait qui embrassait dans son développement tout un ordre de société et des lois de famille. Cependant ce système religieux large dans sa conception ^ut aussi s'assimiler et absorber tout ce monde des esprits des Pélasges, en le soumettant au roi suprême des dieux, le Zeus védique.
En revenant à Cronos comme roi des bienheureux dans les champs Elyséens, nous devons remarquer que si le Cronos qui règne sur les peuples de l'âge d'or , — est la divinité d'une légende fort antique, le Cronos roi des champs Elyséens est peut-être une légende plus jeune, ou peut-être inconnue parmi les Ioniens de l'Asie Mineure, et qui semble être déjà un compromis du Nord de la Grèce avec les traditions indigènes. Homère en décrivant dans l'Odyssée le monde souterrain connait les champs Elysées, mais le roi de ces contrées est Rhadamante (Odyssée IV, 563 — 564) et le juge de l'enfer est Minos (XI, 568).
Rhadamante ainsi que l'indique Alfred Maury^) a une ressemblance incontestable avec Yama le dieu des morts, qui plus tard devint l'Hermès psychopompe. Nous nous permettons
1) Hist des Bel. etc. t. I, pp. 172, 336 et renjoi à Windithaan*! Unagen der arischen Ydlcker.
encore d'attirer l'attention du lecteur sur ce, que dans l'Odyssée Rhadamante est blond ou plutôt aux cheveux de couleur d'or ou aux reflets d'or, ^avOoç, flavus. Il appartient sans contredit à la race blonde aux yeux bleus des Aryas et nous croyons qu'en général il faut faire attention aux traits de la physionomie des dieux, car souvent ils révèlent l'origine du dieu*).
En revenant à la légende de Gronos, qui d'après une tradition est précipité dans l'abîme, et d'après une autre tradition règne et régnait toujours sur les bienheureux, nous devons conclure que ces récits contradictoires durent apparaître dans deux systèmes de croyances, qui certainement étaient ennemis et antagonistes, avant de se fondre dans une doctrine conciliante, dont un des dogmes principaux est certainement exprimé par Pindare quand il dit «Et cependant Zeus libéra les Titans»^). Pindare est évidemment le représentant de l'école qui cherhait à transiger entre la Théogonie homérique et les légendes des races qui regardaient Gronos comme leur dieu et racontaient qu'il régnait et avait régné toujours sur les bienheureux, légendes qui furent recueillies par Hésiode.
Quand la première génération dite de l'âge d'or mourut, ou comme dit Hésiode (v. 21) «après que la terre cacha cette génération», apparut la seconde génération dite d'argent, créée par les «habitants de l'Olympe» (v. 127—128). Cette race d'hommes était inférieure à la première par sa beauté, son esprit (129) et par sa longévité (132 — 134); cependant parmi cette race «un garçon était élevé près des genoux de sa mère pendant cent ans» (v. 130—131).
1) Zeus comme Apollon, comme Dionysos etc. sont toajours blonds parce qu'il sont d'origine Aryas. Poséidon a la chevelure noire; il est xuavoxaixiQç (comp. Théog. d'Hésiode v. 278) et il est sans contredit un dieu des populations maritimes des côtes de la Méditerannée comme l'a très-bien vu Gladstone Juventus Mundi, pp. 248, sq.
2) Voyez la IV Pytbique v. 291 ; comp. l'Olympique II, v. 76, sq., Antistrophe 4 sur la vie des bienheureux dans les champs Elysées.
Les hommes de cette race étaient d'un caractère violent; ils ne révéraient pas le dieox, et ils ne leur ofraient pas de sacrifices.
A cet endroit nous ferons la remarque qu'ayant en vue que la rédaction de la légende appartient certainement aux Grecs à l'éducation védique et que Zeus ou Dius est déjà roi de l'univers, il est très-probable que nous nous trouvons devant une réminiscence antique des Aryas, qui parlent d'un peuple nonvédique qui habitait dans leur voisinage quand ils n'avaient pas encore quitté leur patrie dans l'Asie centrale, mais quand les premiers hymnes védiques étaient déjà composés.
Si l'âge d'or est l'expression d'un passé lointain de la vie heureuse des Aryas, quand ils ne connaissaient pas la distinction entre les Aryas en général et les Aryas ennoblis par le culte des hymnes^ védiques ; du temps quand leurs parents les Pélasges ne s'étaient pas encore mis en mouvement vers l'Occident ; peutêtre même quand les Aryas ne différaient pas de leurs voisins les tribus touraniennes au culte des esprits et des âmes des ancêtres, — l'âge d'argent au contraire semble rappeler au souvenir des Aryas védiques un passé antique il est vrai, mais 'pendant lequel rAr}^a voyait déjà une immense différence entre sa race sacrée et pieuse et ses voisins les Dasyous. Hésiode en parlant de cette race dit (v. 135 — 137) «neque immortales colère volebant, ueque sacrificare beatorum sacris in ans, uti fas est hominibus ex-more».
•Remarquons que les Aryas védiques parmi d'autres épithètes injurieuses qu'ils appliquaient à la race ennemie, employaient les qualificatifs méprisants Avratah, sans oeuvres religieuses, Amanyamânâh sans prières, Devanidas, contempteurs ou desù'ucteurs des dieux; Açraddhâh, sans foi, Adêvâh, athées, etc. ^). Est-il possible de ne pas rapprocher la légende hésiodique
1) Voyez Vivien de S* Martin, Géographie du Véda, pp. 108, sq.; Tojex Marias Fontane, l'Inde védique, p. 897 et les renvois à E. Boarnouf, Schoebel, etc.
de Tàge d'argent avec les épithètes caractéristiques des Dasyous dans la bouche des Aryas.
Cependant quoique Zeus irrité «cacha sous la terre cette génération d'hommes, parce qu'elle ne voulait pas rendre hommage aux dieux» (138 — 139), mais cependant on les nomme, dit Hésiode, les bienheureux du monde souterrain, et ils jouissent de quelques honneurs». (140 — 142).
Nous arrêtons l'attention du lecteur sur cette curieuse distinction, que ce ne sont que les âmes des deux races de l'âge d'or et d'argent qui deviennent esprits divisés en deux catégories, les esprits supérieurs et les esprits secondaires ou inférieurs. Nous croyons que cette distinction entre les deux premières races et les races postérieures n'est pas un effet du hasard, et il devient presque certain que nous devons ramener les deux premières races à leur berceau dans le fond de la haute Asie, là précisément où florissait l'antique culte des âmes des ancêtres, tandis que la troisième race et la race héroïque doivent être cherchées déjà sur le sol de la péninsule Grecque.
Nous remarquerons encore que peut-être dans les deux catégories des esprits nous pouvons trouver un rapprochement avec le culte des esprits des Accads de la Mésopotamie ^).
Nous n'entrerons pas dans ce sujet, nous remarquerons seulement que dans la Babylonie nous avons le résultat de la fusion du culte des Couchites et des Accads, tandis que dans Hésiode nous avons probablement le souvenir du même culte à l'origine, mais coloré d'une teinte védique.
Au fond de l'un et de l'autre système est la croyance généralement répandue que le monde est peuplé soit d'esprits invisibles, élémentaires ou locaux, soit enfin des âmes des morts. — Ces croyances répandues dans l'Asie restaient à l'état simple tant
1) Voyez au sujet des Mas, Lammas, esprits bienfaisants et les Outouqs et autres esprits malfaisants de la démonologie babylonienne, Leuormant, Magie, (éd. française de 1874) pp. 22—24, 89, etc. Comparez de même Les premières Ciyilisations, v. I, p. 113, etc.
(qu'elles avaient cours au milieu des peuples qui ne possédaient pas et ne possèdent pas Tesprit de s}Dthèse et de généralisation. Mais dès que ces croyances furent en contact avec les croyances des races absorbantes, si on nous passe cette expression, le culte des esprits ne devint qu'une partie du système général (ayant toujours un point central et une teinte monothéiste^^) de ces grands généralisateurs les Sémites, les Coushites et les Aryas.
La troisième génération de la légende des siècles présente un grand intérêt sous plusieurs points de vue. Cette race est sûrement un race non- védique, elle semble parente aux Nymphes Méliaques (v. 187 de la Théog. d'Hésiode) et semble être identique aux Géante, aux Phlégyas, et aux autres débris des races antiques qui habitaient la péninsule Grecque.
Cette troisième génération, dite de bronze, fut créée comme le dit Hésiode (0. et D. v. 145) des frênes (fuXià, fraxinus) ce qui la rapproche des Géants qui tenaient en main quand la terre les enfanta des lances dont le bois était toujours fait en frêne ^).
Nous rapprochons donc la troisième génération de la légende des siècles de ces races guerrières qui luttèrent contre les Grecs dans la péninsule de la Chalkidide (remarquons le nom de la péninsule de cuivre ou de bronze) et dans d'autres contrées de la Grèce , et qui sont toujours représentées comme foudroyées par Zeus, ou dédruites par la peste. Ces tribus comme nous l'avons vu, — ne connaissaient pas les dons de Déméter et vivaient du produit de la chasse et de glands doux.
Cette race de bronze, qui d'après la légende d'Hésiode sortit des frênes, qui était terrible, dont l'occupation principale était les actes de ^iolence, qui était forte et invincible et qui ne con-
1) Nous voyons dans cette centralisation de l'idée dans les races plos développées, et dans cette tendance à donner un chef suprême au monde et aux dieux une réminiscence de ]a première révélation.
2) Sur les Géants v. Théog. v. 186 ils tiennent à la main il est vrai des e*fX£3i d&ns le texte, mais la lance portait ordinairement le nom do p,ikii. Compares Iliade XIX, 390; XX, 277; Odjssée XXII, 259 et voyez Pline Hist. Nat. (édition Littré) XVI, 24.
naissait pas le pain fait du grain ^), doit certainement dans la pensée des Grecs qui composent la légende, correspondre sous le nom de la troisième race aux tribus autochtones, qu'ils trouvèrent en Grèce.
Nous avons du reste une autorité directe à l'appui de cette assertion, c'est celle du mythographe très-estimé, Ovide, dans ses Métamorphoses (lib. I, c. c. II, III, IV) qui en parlant de la race dite de bronze (v. 125 du 1*' livre) passe sans transition aucune à la guerre des géants contre les dieux (v. 151, sq.).
Plus loin (v. 163, sq.) il rattache à cette race maudite le cannibale Lycaon de l'Arcadie dont nous avons cité la légende. Ce fut cette troisième race de bronze," dit-il, qui fut détruite par le déluge de Deucalion. (L. I, ch. V*^).
Nous nous arrêtons encore sur une indication de haute importance de la légende hésiodique (v. 150 — 151):
Ces hommes^ dit Hésiode, «avaient seulement des armes de bronze et des maisons en bronze, et ils exécutaient tous leurs travaux au moyen du bronze, car il n'y avait pas encore de fer noir».
La légende connait évidemment un peuple ou une race qui possédait l'art de travailler les métaux, mais ne connaissait pas le fer ou peut-être manquait seulement de fer. En tout cas cette race excellait dans l'art de travailler le bronze®) et dut faire son apprentissage dans la haute Asie parmi ces metallurges nomades.
1) 0. et D. V. 143—149.
2) Il faut avoir eu vue, que le travail postérieur des mythographes put faire des rapprochements entre la tradition antique sémitique du déluge universel comme punition des hommes, avec le déluge de Deucalion. Il est môme possible que le déluge grec, dont nous ne trouvons aucune trace, ni dans Hésiode, ni dans Homère fut une invention postérieure fondée sur la tradition biblique, quand cette dernière tradition arriva jusqu'en Grèce. Le fond de la légende purement grecque est simplement que la race impie fut détruite par le Zens védique.
3) Telle doit-étre la signification du mot chalkéos, car il n'est pas probable que les armes et les instruments fussent fait en cuivre pur. « Cependant le travail de cuivre pur a précédé dans quelques pays l'introduction du bronze» dit
qui commeucèrent à exercer leur art dans les montagnes de l'Altaï, du Tien-Shan ou de l'Oural ^).
Cependant les tribus védiques durent connaître de bonne heure le fer, ce qui est évident par la comparaison du terme sanscrit ayas, avec Tais gothique, l'allemand er et er-z, l'anglosaxon âr et Tore et iron anglais. Le ayas sanscrit ou le syamam-ayas a dans le sanscrit la seule signification de fer, quoique ce mot put avoir à l'origine la signification général de métal ^). Mais M-r Bergaigne (Religion Védique, v. I. introduction, p. VII et suiv.) à prouvé par les Védas mêmes et par les comparaisons qu'elles emploient que le fer dut-étre connu des Aryas.
Du reste le rapprochement seul de la légende du troisième âge et du quatrième, prouve que si Hésiode trouve nécessaire d'expliquer que l'âge de bronze ne connaissait pas le fer, c'est qu'il sousentend que le siècle des héros de Thèbes et de Troie était en possession de ce métal, ce qui du reste ressort clairement de plusieurs passages des poèmes d'Homère.
«Les hommes de la troisième race disparaissent, dit Hésiode, tombant sous les coups de leurs propres mains et descendent dans l'habitation putride de l'horrible Aidés» (v. 152 — 153). Cette race violente disparait donc en punition de ses crimes;
Lenormant dans «les premières civilisations» v. I, p. 126 (PEpoque néoUthiqne et TinTention des métaux). Schlieman a ausai trouvé dans les débris de la seconde Troie à Ilisâarlick des ustcnsils fait en cuivre pur. Cependant ce ne fut probablement qu*une époque transitoire, peut-être due quelquefois au manque d*étatn. Il est encore très-possible que dès la plus haute antiquité on employait le zinc à défaut d*étain pour rendre le cuivre dur. Il est vrai que le aine n'était pas connu comme métal, mais le minerai contenant le zinc autrement dit la calamine dut-étre connu dans les temps les plus reculés. Comparez à ce siget dans le Dictionnaire anglais des Antiquités grecques et romaines de Smith Tarticle Orichalcum.
1) Vojez FEpoque néolithique etc. dans les Premières Civilisations de Lenormant, v. I, pp. 81 et suiv; 101 et suiv; 127 etc. Cpmp. Hist anc. de rOriem O^SU pp. 103 sq.
9) Voyez Max M aller Lectures on the Scince of Langnages (7 éd. 1873) T. II, p. 356, sq. and note 42,
elle n'a droit à aucun culte, autrement dit, les hommes de cette race semblent laisser seulement un souvenir de haine parmi les Grecs, comme celle que laisseraient des ennemis irréconciliables et de fraîche date.
Les derniers deux vers (154 — 155) des 0. et J. qui ont rapport aux hommes de cette race de bronze rappellent des expressions védiques.
«La mort noire s'empara de ces hommes terribles, ils furent privés de la resplendissante lumière du soleil».
La religion des Aryas védiques était avant tout la religion de la lumière et de la lutte de la lumière contre le ténèbres ^). L^horreur que ressentait l' Aryas devant les ténèbres semble avoir jeté son reflet sur les expressions de la descente aux enfers de la troisième race.
Mais voici que surgit une race nouvelle: cette fois-ci il est impossible de se tromper sur la signification de cette race: ce sont les Grecs qui envahissent la péninsule.
«Après que la troisième race, dit la légende, fut recouverte (cachée) par la terre, Zéus forme une génération d'hommes, meilleure et plus juste que les précédents: c'est la race des héros, descendants des dieux, qu'on nomme demi-dieux». (156, sq).
Cette race est décimée par des guerres contmuelles, parmi les quelles Hésiode nomme la guerre contre Thèbes et la guerre contre Troie (162 — 165). Nous avons vu plus haut que nous regardons ces deux guerres comme des coups nécessaires de la politique des Aryas védiques de la période Achéenne, portés aux deux centres principals de la ligue des peuples autochtones (Pélasges et autres) qui s'étaient ligués pour offrir une résistance
1) Comp. Alfred Maury, Légendes et Croyances de l'antiquité^ la religion des Aryas pp 19, 55, 96. Sar les hymnes védiques, t. p. 56, sq. et antres, et le rapprochement entre les croyances grecques et les hymnes des Védas, pp. 49, 52; 63 — 74 etc. Sur l'horreur des ténèbres des Aryas et sur le soleil de nuit Taronna, y. p. 55. Varouna dont le nom est parent à l'Ouranos des Grecs peutêtre cependant rapproché de Yama et de Cronos comme dieu des morts.
les noms prédominants des héros de la race védique qui ont toujours un caractère semi-historique. Quelquefois ces héros reçoivent une teinte solaire ou astronomique, mais c'est un travail postérieur, du à l'influence des cultes étrangers surtout Syriens, et un travail de symbolisme qui n'appartient pas au peuple proprement dit, il appartient aux poëtes, qui sont déjà en dehors de la légende populaire.
Le peuple en général incame dans les héros sa propre force, ses propres actions, sa lutte avec des forces ennemies, ses aventures, ses voyages, ses migrations ses guerres, etc. Le héros est, comme nous l'avons déjà dit, la force collective du peuple, et jamais il n'est dans la légende populaire des Aryas un mythe solaire ou astronomique: ces derniers sont très-souvent les dieux du peuple, mais jamais ils ne sont des héros humanisés. Sous ce point de vue les Védas nous donnent d'utiles enseignements. Ni Indra, ni Agni, ni Varouna, ni Souria, ni Savitri, ni Roudra, ni les fils d'Adyti, ni les Marouts, ni Ouchas (l'Eos des Grecs) n'ont aucun point de ressemblance avec les héros ou demi-dieux humains, que nous distinguons facilement des forces de la nature divinisée. Aussi Manon, l'inventeur du feu comme Prométhée (Maury. Leg. pp. 43 , 44) est homme , ce n'est pas un dieu.
Les héros, ancêtres de Grecs, les demi-dieux, comme les nomme Hésiode, ne sont pas placés dans l'assemblée des dieux*). Zeus les fait habiter après leur mort sur les confins de la terre «loin des immortels» (0. et J. v. 166 — 169). Ils vivent sans soucis et sans douleur sur les îles des bienheureux près de l'Océan. Ils se nourissent de fruits délicieux et le champ fertile donne
Hermès en prophétisant sur le dieu qui doit mourir dit quMl doit descendre dans les sombres profondeurs du Tartare ou THadès enténébré.
1) La seule exception, que nous connaissons d'un héros (force collective du pmple) admis dans la société des dieux, est Hercule. Mais il faut tenir compte de la fusion entre l'Hercule Grec, et l'Hercule Phénicien; ce dernier étant un mythe astronomique. V. p. 207 note 2.
trois fois par an ses fruits. Leur roi est Cronos. (v. 169 — 173. 0. et D.).
Il nous parait que nous sommes au milieu de réminiscences védiques, entées sur l'antique tronc Pélasgique des traditions sur Cronos, le dieu de Japet, que nommaient leur père surtout les races antiques de la Grèce.
On ne peut douter que les Aryas croyaient à l'immortalité de l'âme. Plusieurs hymnes en font foi^). Voici un de ces hymnes, adressé au Soma que nous empruntons à Max Mttller (Chips, y. I, pp. 46—47; Rig-Véda IX, 113, 7):
«Là où est la lumière étemelle, dans le monde où est placé le soleil, dans ce monde immortel, impérissable, établis-moi, o Soma!»
«Là où règne le roi Vaivasvata, là où est l'endroit secret des cieux, où sont ces eaux immenses, là fais-moi immortel!»
«Là où la vie est libre, dans le troisième ciel des cieux, où les mondes rayonnent, là fais-moi immortel!»
«Là où existent des souhaits et des désirs, où se trouve la coupe du Soma brillant, où il y a de la nourriture et des réjouissances, là fais-moi immortel!»
«Là où il y a bonheur et délices, où vivent la joie et le plaisir, où les désirs de notre désir sont accomplis, là fais-moi immortel!»
Nous avons choisi exprès cet hymne entre beaucoup d'autres qui parlent de l'immortalité, parce que, ainsi que le lecteur l'aura remarqué, il contient certaines idées et tableaux qui rappellent le tableau tracé par Hésiode de la vie des bienheureux habitants des îles fortunées près de l'Océan, qui correspond comme nous le pensons aux «eaux immenses» du hymne védique.
1) Voyez dans Les légendes etc. d'Alfr. Maary les renvois au Rig* Véda, p. 89, etc.; v. Max Mûller's Chips of German Workshop (1868) y. I, p. 45, etc.
d'AryaM Aàtin Ut 8apta Hindou, et quand une partie des chants iUtn \(*Alii» ^ftaient déjà comprises. Cette nouvelle troupe d*émî- ^rantH Arym neiuble comme nous l'avons déjà dit avoir marché \iU* h*H ariiiCH â la main ne s'arrètant pas en route, ne s'alliant \mn aux tribus nomades, n'acceptant rien de leur science, mais gardant purement sa couleur védique. Il est plus que probable que plusicMires tribus de ces émigrants Aryas restèrent en arrière dans la Kcythie, tandis que le gros de l'armée envahissait la Tliraco et la Macédoine, roulait jusqu'à l'Olympe et en faisait une H<»c()n(l(» niontaKiH» sucrée, un second Merou. L'avangarde de ces AryuH védiqucîH, i)r()bal)iem(înt les races et les familles les plus illuNtres, s(! j(*tèrent en avant et occupant une partie de la péninsule lévadicjuo et du Péloponèse, fondèrent des états et comnion(*^nMit à civiliser les indigènes, comme nous avons taché de le démontrer dans cette étude, timdis que le gros du peuple védique (et connue il semble avec une tendance plus démocratique) iH'Mtait en Macédoine où il s'alliait aux montagnards de l'Epire et de la Macédoine, restant rudes guerriers mais gardant des moeui^s pures et simples. Ce fut cette réserve de l'armée védique qui sous le nom du retour des Héraclides ou des Doriens vint tVapiHM* un second coup védique sur la Grèce, quand les Achéens sous riufluouco délétiVe des cultes de la Phénicie, de la Syrie, des su|HM^titions indigènes et d'un mélange de sang avec des races étnuigèivs M, semblent avoir perdu peu à peu la pureté de leurs moeui^; étiv tomln^ même jusqu'à pratiquer au moins éwntueUement le cannibalisme et les sacrifices humains (comme la fanùUe dos Atrides) et semblent avoir perdu le sentiment reli-
i|^i«mmI Arn^^riciil c^ Annu:» tifiiîqttfs qui KHil^Tenèreat toste la TÎe de» fasples i|nl ^Mr^|Vftù'iii U |if mmhI^'. Lm Kuiî^a* de TAm Miaevre iprok«UeaKat aTiat |Mi«ii^ lo l^fkb«M>e j^|Mr^$ «wMf 1^:$^ U TknKTi scableat aToir daas ne kaate aal^viiit^ «nl^ )\adiie»f« de« r^lifti^MM de cen» partie de TAsie.
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gieux des Ar}'as védique en descendant jusqu'àT idolâtrie simple et les rites infâmes des religions de la Syrie ^).
Nous avons dit plus haut que quelques tribus védiques durent rester en arrière dans la Scythie. Nous sommes amenés à le croire pour expliquer les traditions dont nous avons parlé plus haut sur les Hyperboréens vertueux, sur les dons qu'ils envoyaient aux dieux de la Grèce à Délos, sur le chantre Olenus et ses compagnons qui arrivèrent à Delphes où l'oracle commença à parler en hexamètres grecs*). Qui étaient ces Hyperboréens? en tout cas des tribus védiques qui n'avaient pas rompu leurs relations avec leurs frères de la Grèce : nous n'en savons pas plus.
En terminant la légende de la quatrième race, Hésiode se plaint de vivre au milieu de la cinquième race ^), race corrompue, dit-il (0. et J. v. 174, sq.). Mais dès ce moment le récit légendaire se termine brusquement, le poëte commence à parler cette
1) Nous avons entendu une objection à notre point de vue sur Tarrivée tardive des Aryas védiques, qui se résumait à indiquer que les Akaiouasha qu'on regarde comme une transcription du nom général des Achéens, sont mentionnés d^à dans l'inscription de Minepta II, Chotephima de la XIX dyn. des Pharaons, à Thèbes, à Kamak (voyez Rougé, Revue Archéol. Juillet et Août 1867 «Mémoire sur les attaques»; comp. Brugsh Bey's Gesch: der Pbaraonen p. 678, sq.). Bmgsh place cet événement vers le commencement du 18"* siècle. Gladstone vers la fin du 14™*. Nous ne sommes pas sûrs premièrement que le nom Achai ne fusse pas un terme connu sur le littoral de la Grèce avant l'arrivée de la troupe des Aryas védiques qui purent l'accepter. De plus rappelons nous que les Yédas purent naître au nord du Hindou-Koush, comme dut naître à cette époque le Mazdéisme, ce qui dénote une fermentation religieuse qui poussa les Aryas à se diviser et à quitter le pays. Par conséquent des Aryas à l'éducation védique purent sortir ▼en la fin du XIY siècle du Pamir pour effectuer sous le nom des Achéens ou chevaliers védiques la première conquête de la Grèce.
2) Abaris, le prêtre hyperboréen (Paus. III, 18, § 2; comp. Strabon YII, 8, § 8, f. soi) est une légende plus récente; cependant elle prouve qu'on croyait à des relations ininterrompues avec des frères qui habitaient quelqae part an Nord Le voyageur scythe du YI siècle Anacharsis semble avoir fait partie de ces tribus parentes restées au Nord. Comp. Strabo loco cit. et Pans. I, 23, § 8 et le fragm. 28 (26) du neuvième livre de Diodore.
8) Y y. Appendice B. La génération à laquelle appartient Hésiode semble une race nouvelle. Les héros sont transportés après leur mort dans les champs Elysées, tandis que la race qui vit au temps d'Hésiode n'a pas ce bonheur.
langue didactique surchargée d'allégories qui lui est si familière et que tous les peuples jeuues aiment tant.
En nous résumant, nous croyons que la légende des siècles fut tracée par les Ar}'as à l'éducation védique, qui s'emparèrent cependant des légendes indigènes en y joignant leurs propres traditions sur les temps heureux de la plus haute antiquité ^). Ceci est incarné dans la légende de l'âge d'or.
Dans cet heureux passé de l'âge d'or il n'y a pas encore de division entre les hommes d'après les tribus les races ou les croyances religieuses. Il n'existe qu'un seul peuple qui vit en paix et heureux.
Le second âge dit d'argent semble indiquer une division d'après les cultes. La légende dit, il est vrai, que l'âge d'or dut finir avant le commencement du siècle d'argent, mais il semble qu'il ne faut pas attacher trop d'importance à cette succession des âges dans la bouche du Grec qui arrangeait les légendes de l'antiquité la plus réculée.
Il est certain que les deux âges représentent un état de la société dans la période première de laquelle il n'y avait pas de luttes et dont la seconde partie se distingue par un antagonisme de deux cultes hostiles. Ce qu'il y a encore de certain, c'est que ces deux siècles représentent un passé lointain pendant lequel le culte des âmes des ancêtres prévalait; il y a la seule différence, que les Aryas purs donnent à leurs ancêtres une position dans le monde des esprits beaucoup plus élevée que celle des âmes de l'âge d'argent. Nous avons dit plus haut que sous le nom des hommes de cet âge, nous soupçonnons devoir comprendre les voisins des Aryas au Nord de l'Hindou-Koush.
Les races suivantes semblent nous transporter brusquement sur la péninsule de la Grèce.
1) Ces réminiscences des Âryas en général sur an temps heareux se retrou- ▼ent aussi dans le 1' Fahrgard § 1 da Vendidad-Zadé des Aryas Zoroasiriqaes de riran.
On dirait qu'entre les réminiscences de l'Asie centrale et les lattes de la péninsule lévadique et dn Péloponèse il y a une lacune, du reste facilement expliquée, car le peuple ne garde pas de souvenir des temps calmes; ce sont les grands éyénements, les luttes, Tinstallation victorieuse dans une contrée nouvelle qui laissent des traces dans les souvenirs des peuples qui n'ont pas encore d'histoire.
Les hommes du troisième âge, dit de bronze, violents et cruels, qui combattaient avec des armes de bronze, sont ainsi que nous le croyons les tribus indigènes d'origine diverse qui luttent contre les Grecs dans la péninsule, et qui sont détruits par la colère du Zeus védique, si elles ne se soumettent pas aux Grecs. Ce sont ces races de serpents détruites par les foudres, la peste, par Hercule, Thésée et les autres héros.
Dans les hommes du quatrième âge nous voyons l'avangarde des tribus védiques qui se ruèrent sur la Grèce Pélasgique, et qui sont les hommes de l'âge héroïque, qui se termine par une brusque secousse d'une nouvelle invasion de leurs frères védiques qui descend de la Macédoine.
Du reste ces deux flots successifs védiques doivent être envisagés sous le point de vue de l'influence qu'ils exercèrent sur la population de la péninsule, comme une seule invasion védique, car la seconde troupe dorienne ne flt que renouveler le sang des Aryas Achéens, peu nombreux, prêts à être noyés dans le flot des populations qui les entouraient, et qu'ils gouvernaient ^).
Ce que nous devons noter ici c'est l'action absorbante de ces races douées d'un génie supérieur qui s'assimilent toutes les légendes, toutes les croyances, toutes les traditions et en forment ce magnifique système mythologique qui sut les embrasser toutes en restant fidèle aux grands principes de leur première éducation védique.
1)<(I find abuDdant évidence to sustain the opinion of Damm, that the Achaian name frequently leans towards designating the chiefs in particular» (Oladstone^s Synchronism. p. 130 sq. et comp. son Juyentus Mundi p. 68, sq. (1870).
Ce sont ces races qui en se mêlant aux races indigènes et aux races venues des bords de la Méditerranée, surent fonder un seul peuple qui semble avoir pillé toutes les races et tribus qui entrèrent dans sa composition de toutes leurs sciences, de tous leurs arts et de toutes leurs meilleures facultés pour créer cette grande civilisation et cette grande nation que nous connaissons sous la dénomination des Grecs.
Si nous tachons de rapprocher la légende des siècles dont nous venons de donner Taperçu avec la légende de Prométhée nous remarquerons qu'on devrait pouvoir trouver un lien entre elles, quoique ni Hésiode, ni les mythographes n'aient jamais tenté de le faire. Cependant, si ces deux légendes sont authentiques, c'est à dire, si elles sont les débris d'antiques récits dn peuple, et non la création d'un poëte, nous devons tâcher de trouver une place à Prométhée, à sa révolte contre Zeus, à sa punition et son pardon et enfin à Pandore dans le système des âges de Hésiode.
Certes, nous n'avons aucun appui dans les auteurs classiques, excepté quelques passages peu concluants pour faire ce rapprochement. Cependant nous nous permettrons quelques conjectures.
Nous rappellerons avant tout que Lenormant dans ses Origines de l'histoire (v. II, p. p. 41 et 56 — 57) d'accord avec Rémin indique la vraisemblable origine de l'épithète mérops que donne Hésiode à l'homme en général dans la légende des siècles (V. 109. 0. et D).
11 croit que ce mot M peut être dérivé du mont Mérou, et peut être voulait dire originairement: «les hommes issus du Mérou».
Quand nous rencontrons cette épithète dans Tàge d'or, nous pouvons supposer que la tradition se souvenait des légendes les plus antiques des Ar}as. mais nous n\ trouvons pas encore de
l^ ^tti plus ui\l araît U si^ficatioB de «diTisant les mots» oa sinplei doué de U parole, loqnentius (Torex la trad. d*Hêsiode de LehreV
place à la légende de Prométhée, quoique comme semble l'indiquer son nom il est identique comme nom au Pramantha védique.
La légende du géant enchaîné au Caucase semble être née an sein de cette vaste et haute chaîne de montagnes, opinion qui a été soutenue avec beaucoup de talent par le professeur russe M-r Oreste Millier à un congrès archéologique à Tiflis au mois d'Octobre 1881. Le savant professeur avait énoncé son opinion après avoir étudié avec soin les légendes des tribus Caucasiennes. Nous adhérons d'autant plus à ce point de vue que non seulement nous avons passé notre vie nous-méme au Caucase au milieu de ces races qui conservent le souvenir des légendes, des géants enchaînés dans des cavernes^) mais encore parce que c'est un fait général qui se repète partout, savoir que les montagnards sont toujours superstitieux et enclins à croire aux agences supematurelles.
C'est un fait qui se repète depuis les montagnes d'Ecosse jusqu'au Himalaya et les montagnes rocheuses de l'Amérique Septentrionale. Le mystérieux des sombres vallées et des pics inaccessibles, les échos des montagnes, le jeu de l'ombre et de la lumière, aidé d'une vive imagination des montagnards, tout concourt à créer des formes mystérieuses visibles mais insaisissables, qui forment le fond des légendes montagnardes depuis le spectre de Broken et l'ombre de Napoléon I dans les Alpes, just qu'à Prométhée, ce géant né à ce qu'il parait dans les montagnes sublimes du Caucase, — et dont les gémissements retentissent jusqu'à nos jours sur les cimes et dans les bois séculaires qu'on voit de loin quand on approche en naviguant les rivages de cette terre si antique par ses souvenirs, si jeune par son aspect.
Aussi est-il très-probable que le Pramantha védique ne prit le corps de Prométhée qu'en Grèce, après que la légende antique
1) La variante est très-caractéristique. Quelquefois au lieu de géants ce sont des serpents ou des dracons enchaînés dans les montagnes.
des races non-védiques qui avait rapport à leur bienfaiteur, fut connue des Grecs qui lui appliquèrent comme à l'inventeur du feu le nom de Pramantha ^), mais de plus incarnèrent dans sa personne et la lutte des indigènes contre les Grecs (ou le Zeus védique) et par un rapprochement très-compréhensible lui appliquèrent la légende des géants enchaînés au Caucase, légende qui avait voyagé jusqu'en Grèce.
Tout ce que nous avons dit dans le cours de cet étude, nous amène à croire que la personne de Prométhée, n'est *définitivement dessinée par les Grecs que pendant leur lutte avec les indigènes. Quant à son pardon, il ne peut être placé — (et ceci est d'une grande importance pour notre sujet) — que vers la fin du quatrième âge dit héroïque, ou de Tâge des héros de Thèbes et de Troie, après que la Grèce au moins en partie ne fut partagée parmi les nobles familles Achéennes, et que la fusion des races et des cultes commença à s'effectuer. Nous rappelerons que les Argonautes (Apollon. Rhodius, II, vers 1250^ — 1257) qui apparaissent au commencement de cet âge héroïque, entendent encore en s'approchant du Caucase les gémissements de Prométhée enchaîné au Caucase.
Ajoutons encore que Welcker (die Aesch. Trilogie Prometheus, Ss. 8 — 9, 15, 157, sq.) rattache la légende de Prométhée le larron du feu au culte des Cabires à Lemnos et à l'art de la métallurgie dont il est l'expression. Sous ce point de vue la légende du feu peut prendre un nouvel aspect: ce ne serait que l'art de forger le fer que n'avaient pas les hommes de l'âge de bronze, art qu'ils auraient emprunté ou volé aux Aryas védiques (à Zeus) qui connaissaient le Tzokiô:; aïOYipo;, qu'ils donnaient en recompense aux combattants aux jeux. (Iliade, XXITI, 261, 826, etc.) quoique la rareté de ce métal (comp. U. XXIII, 834 — 5) les faisaient combattre avec des armes de bronze.
1) Nous soupçonnons que le véritable nom de Prométhée chez les Pélasges était Manou, l'homme, ce même Manou qui ainsi que Tindique Lenormant dans son Hist. anc. de FOrient (1881) p. 108 a du passer en Crète sous le nom de Minos ayec les PéUsges de Crète.
Certainement tout ceci ne sont que des conjectures, car il est très-difficile d'affirmer que tel est le véritable sens de la légende du feu ravi aux hommes par Zeus et rapporté par Prométhée, mais cependant nous croyons pouvoir insister sur deux points, notamment, que la véritable légende indigène semble être celle de Phoronée, (Manou?) simple homme, inventeur du feu, légende primitive qui dut voyager au Péloponèse et en Crète sans avoir été altérée par les Grecs ; et que la légende du Nord de la Grèce sur Prométhée, le larron du feu, semble être la même légende avec les additions et les altérations que les Grecs, qui s'emparèrent de la légende, y apportèrent.
Peut-être, ajouterons-nous, cette dernière^ dans la version grecque parle déjà non de la première invention du feu, mais de la renaissance au milieu des indigènes de l'art de la métallurgie, appliqué surtout au travail du fer, art que les indigènes qui l'avaient possédé pendant leur migration dans la haute Asie, avaient oublié sur le sol grec et qui venait de renaître parmi ces races grâce à l'influence de la Syrie, dans les fies qui se trouvent près des bords de la Thrace, comme Thasos, Samothrace, Imbros, Lemnos et la célèbre «péninsule de cuivre» Chalcidice, où les géants luttèrent contre les dieux (grecs) — ou autrement les hommes de l'âge de bronze luttèrent contre les héros de l'invasion védique.
Mais la fusion des races et des cultes s'accomplit. Il n'y a plus de races diverses sur le sol grec: il n'y a qu'ne seule nation 168 Grecs. Prométhée est reconcilié avce Zeus.
Ippenlicii 1.
La Gigantomachie.
Nous n'ayons pas le droit de passer sous silence un point de vue éminemment contraire à celui qui nous sert de point de départ pour expliquer le symbolisme employé pour dessiner la lutte des races sur le sol grec.
Nous devons relever les paroles d'un savant illustre qui à propos de la Gigantomachie des Hellènes dit ^) :
«Ce dernier mythe est exclusivement naturaliste; le génie plastique de la Grèce a beau étendre aux personnages des Géants nés de la terre son anthropomorphisme habituel, ils demeurent absolument étrangers à l'humanité, ne cessent pas d'être uniquement des représentants des forces de la nature et aucun mythologue sérieux n'a jamais eu l'idée de rapporter la Gigantomachie au cycle des traditions sur les origines de l'histoire humaine».
Plus loin M' Lenormant d'accord avec M' Maury (H. des R. I, 544) compare le mythe des géants à la lutte des Asouras contre les Devas ou dieux célestes. Du reste ni M' Lenormant, ni M' Maury ne rejettent pas complètement l'idée qu'il put y avoir un souvenir historique dans le mythe des géants, seulement d'après notre opinion ils le reportent trop loin vers les origines humaines (v. Origines de l'histoire, etc., v. I, pp. 356, 357) et tâchent de le relier aux réminiscences qui trouvent écho dans la Bible, tandis que d'après notre conviction le mythe du combat des géants contre les dieux, quelle que fut son origine première, nous présente en GreCB le débris d'une clironique poétique
1) Histoire tncienne de TOrient, 9""* édit. y. I, p. 50. (1881).
locale, nn chant de nctoire des Grecs qui avaient terrassé les populations indigènes, non-yédiqnes.
Il y a certainement beaucoup de mythes qui prirent commencement dans la langue poétique et figurée des Aryas, quand ils habitaient encore leur patrie commune ou l'Aryana Vaedjio; I)eut-ètre plusieurs de ces mythes peuvent être rapportés aux origines communes de l'humanité comme par exemple la tradition du paradis dont les souvenirs ont été retracés avec une si grande éloquence et une érudition si profonde et si brillante par rillustre maitre dans son ch. IX du vol. II des Origines de rhistoire d'après la Bible : «l'Ararat et l'Edeni».
Ce que nous nous permettons d'ajouter, c'est que tous ces mythes (ou même traditions) transportés sur un sol nouveau et surtout en Grèce sont remaniés de manière à ne plus rappeler leur origine.
Le même tableau poétique qui servait à peindre les luttes des éléments et des forces de la nature fut certainement appliqué en Grèce à reproduire des faits appartenant à un tout autre ordre d'idées. Ainsi sans aucunement relier le récit de la Gigantomachie ni aux traditions antédiluviennes, ni au récit biblique de la tour de Babel, nous insistons sur le fait que la Gigantomachie, quelle que fut son origine, prit en Grèce un caractère purement ethnique.
Nous devons encore ajouter que rillustre savant, qui est toujours notre guide principal dans nos travaux, sauf peu d'exceptions^ où nous nous permettons de différer de son opinion, semcle d'un autre côté pencher vers l'opinion que la Titanomachie a une teinte ethnique ^), tandis que d'après notre ferme conviction c'est un mythe purement naturaliste, sans aucun mélange de traditions ethniques.
1) Hist ancienoe de POrient, t. I, p. 61. Il est curieax que par un malentendu incompréhensible un antre savant de premier ordre a confondu les Titans et les Géants en disant que les uns comme les autres sont nés du sang. V. Hist. des Bel. de la Grèce etc., ▼. I, pp. 141 et note 2 — les Géants seuls (voir le t. 182—186 de la Théogonie) sont nés du sang — d'Ouranos.
I/i; pluft ancien récit de la ^erre des Titans est celui d'HéhUhUi i;t il a un caractère tellement naturaliste qu'il est imposnIIiIi! d\y retrouv(;r la moindre teinte d'une lutte de races.
Nous sommes convaincus que l'illustre savant dont nous parlonH aurait pattagé nos convictions, si il n'avait pas été arrêté par U'M noniH de .lapct et de ses fils qu'il a trouvé parmi le Krotipo (Um Titans énumérés dans la première légende d'Hésiode (Tliéog. v. i;i5J — 136). Pour ce qui est de Japet et de ses fils il n'y a pas h y douter ([ue ce sont des mythes ethniques ou plutôt ilm pnrsoiuiificatiims de certaines sociétés, de certains cultes, i\o rcTtaiiirs civilisations antiques très-distinctes du type greco- Vi''di(|ut^ et hostiles k ce dernier. Mais nous ferons deux observations: pn'nii(>nunent, que la légende qui raconte la guerre des Titans dans la Théogonie d'Hésiode (v. 617 — 735) semble avoir uno touto autrt> i)rigine et être une toute autre conception que collo do la légende cosmogonique. Dans cette dernière les Titans Hout dos êtres tloués de raison (nous en i)arlerons ci-dessous)^ des princiiK^s ii\aHlre« taudis que dans la Titanomachie ce sont des
forces brutes M. Mais en supposant que ces Titans fussent les mêmes i)ue eeux qui sont nommés dans la légende cosmogonique, nous fi'nms la seconde observation que ce groupe de Titans n'est IViis homogi^ne^ c'est un faisceau lié ii;\r Hésiode, le poète compilaleur. iv n'esl i^as le pixHiuit net et simple d^une tradition.
l>ans ce gnm|H> nous croyons pouvoir distinguer (comme ihms le iaisxnis dans notre ouvrage en russe sur Hésiode) des |H^r«\muagx^s qui api^^artienneuf à des m>lhoIogies difik^rates.
V<H>^ tM i^vtw^ r<«« «f r^$ U fwrre <!<« Titau»^ ~ ^«ib^ fis fwc é(ji rfÊam- «>!«( fM là*»* Hi^tWMiK m*« aj»$ Kwn^rr ^« «f t ; » *% < t ^ib» m T«narr« c*«it
Ainsi Coeos ou Coios et Crios semblent appartenir à la mythologies astronomique babylonienne ; Hypérion semble appartenir à la religion solaire des Phéniciens, Thémis et Mnémosine semblent des conceptions purement grecques des facultés humaines etc.
Tout ce groupe est tellement hétérogène qu'il ne faut pas s'étonner d'y trouver Japet et ses fils avec un caractère purement ethnique : ce groupe de Titans formé par Hésiode n'étant qu'un résumé de toutes les légendes qu'il avait recueillies de toute part et qui avaient cours dans diverses parties de la Grèce. Aussi les noms de Japet et ceux de ses fils appartiennent-ils à un cycle particulier de légendes dont le caractère marqué est la haine contre Zeus le tyran.
£n revenant à la Gigantomachie nous insistons avant tout que les traditions grecques arrivées jusqu'à nous ne portent qu'une empreinte très faible des traditions dites primordiales et communes à toute l'humanité ; elles sont toutes tellement localisées et grécisées depuis l'âge d'or et les déluges d'Ogygès et.de Deucalion jusqu'à la Gigantomachie qu'il est très - difficile de comparer les traditions grecques aux traditions bien plus fraichement conservées en Asie, dont l'ensemble est tracé de la main de maître par l'auteur des Origines de l'histoire d'après la Bible, et de l'histoire de l'Orient.
Et du reste où sont donc les indices qui permettraient de voir dans la Gigantomachie un mythe naturaliste ? Hésiode n'en parle pas du tout et nous trouvons le combat des Géants contre les dieux seulement dans ApoUodore ^) qui intercale le récit du combat des Géants entre la Titanomachie et le combat de Zeus contre Typhoeus. Mais le récit que nous lisons dans ApoUodore a un caractère purement ethnique.
1) ApoUodore (I, 6, §§1, 2) semble avoir soivi dans son ensemble le récit de Hésiode, mais il pnise à quelqne autre source son combat de Géants. Si cette source est Phérécyde de Syros alors le combat des Géants pourrait se relier directement aux traditions babylonieànes ou phéniciennes: peut être même aux traditions de la Palestine sur les géants comme nous le verrons ci-dessous.
Le rapporterons-nous aux mythes naturalistes parce que les géants ont des queues de serpent au lieu de pieds et des cheveux épais à la tête et au menton, ou parce qu'ils sont localisés à IMilègre ou Pallène dans la péninsule Chalcidice ou parce qu'ils étaient mortels ?
Nous trouvons une exception en faveur d'Alcyoneus qui était immortel, mais à condition qu'il ne quitterait pas la contrée où il était né.
Les géants sont-ils des forces naturelles parce que les dieux ne pouvaient les vaincre et les exterminer qu'à condition qu'un mortel prendrait part au combat et combattrait pour les dieux ?
Ne serait-ce pas plutôt une présomption d'y voir une guerre de races et de cultes, guerre où les Grecs védiques sous la forme de Hercule filment triompher leurs propres dieux.
Les Titans, forces de la nature, étaient immortels . par leur nivture même et ne iK)uvaient être exterminés; ils ne sont que relégués dans le Tartare. Mais alors quel serait donc dans la Gigantomaehie le sens du mythe que la Terre -Gaea voulait rendre ses tils les géants immortels, mais que Zeus s'empressa de euuiH^r toutes les herbes ? Ne serait-ce pas plutôt une allusion à eette science de la médecine qui était une spécialité des races nomades et qui était détestée par Zeus qui craignait que les hommes ne devinsent immortels (Apollod. IIL 10, § 4) wnuue nous Tavons \*u dans le cours de cette étude (§ IV).
IVmnjuoi Alcvoneus meurt-il dès qu'il est transporté (lisez chasse) hors de la contrée qui Ta vu naître? Une épisode {UurtMlle pmirnùt-elle avoir lieu ilans répopée du combat des forces immortelles titaniques contre Zeus ? — Mais les Géants sont mortels, c'est une race qui disparait, qui est exterminée, qui meurt quand elle est chassée des lieux qu'elle habitait.
^^u'est ct^ que co det^ùl du combat des Géants qu^un d'eux lV>n^h\ rion désire iv^^s^nler Héra ? Nous ne comprenons pas un m>the naturaliste qui en parlenùt* mais nous cvaupdf^^ndiioiis
parfaitement un m}the ethnique qui (comme dans la fable des Aloades) se rappellerait d'une razzia indigène qui aurait pour but de s'emparer des belles filles grecques ^).
Comment se fait-il encore qu'un mythe naturaliste, — ou s'il était regardé comme tel, — puisse introduire une Amazone parmi les Géants pour combattre contre les dieux, comme par exemple dans le tableau du vase dépeint par l'auteur de l'Histoire ancienne de l'Orient à la page 51 (9"* éd. de 1881). La présence de l'Amazone au milieu des Géants combattant contre les Grecs serait parfaitement expliquée, si le mythe est ethnique, car comme nous l'avons vu dans le cours de cette étude ^), l'Amazone semblerait représenter cette partie de la population indigène qui était régie par le droit du ventre et parmi laquelle l'homme portait le nom de sa mère*) et le père disparaissait complètement.
Pourquoi encore Hécate se trouve-t-elle dans la peinture du vase parmi le dieux: c'est une divinité de basse date, qui ne remonte pas au delà des mystères orphiques.
Qu'est ce sous le point de vue naturaliste la peau qu'enlève à Pallas Athène pour s'en couvrir ? Pallas dans la légende astronomique se rattache, il est vrai, aux mythes naturalistes par Crios, son père (Théog. v. 376) mais d'un côté il est certain d'après le silence d'Hésiode que la Gigantomachie est une tradition plus récente que sa Théogonie, et d'un autre côté il est certain que ce n'est pas le Pallas de la légende astronomique d'Hésiode qui figure dans la Gigantomachie. Nous rappelerons au lecteur ce que nous avons dit dans l'analyse de la légende des siècles qu' Ovide dans son premier livre rattache le cannibale Lycaon de l'Arcadie à cette race maudite qui fut détruite par
1) Voyez Tattentat des Pélasges en Attique dans Hérodote (FV, 187). Ce récit nous fait comprendre que la concnpiscence était un trait caractéristique des races indigènes.
2) Voir § Xn, Pandore.
3) Comme Chiron le Philyride. Remarquons que la polyandrie qui existe de nos jours parmi plusieures tribus de Plnde, engendre quelque fois la suprématie de la femme.
Zens soit par le déluge soit par ses foudres ou la peste. Mais d'après un fragment d'Hésiode conservé par Etienne de Byzance (Fr. 198 de l'éd. Lehrs>>) Pallas était fils de ce cannibale Lycaoïi, qui appartenait sûrement à cette race, et n'oublions pas ({ue le combat des Géants contre les dieux eut aussi lieu en Arcadie, près de Trapézus (Paus. VIII, 29, § 1)** comme en Ghalcidice. Tout cela nous fait certainement présumer que le Pallas de la Gigantomachie est un héros indigène, fils de Lycaon, et sa peau est un trophée de la victoire remportée par les Grecs, ot ccrtahicmcnt pas un mythe naturaliste.
Sout-ce aussi de forces des la nature qu'Agrius et Thoon, qui combattent avec des massues d'airain et qui nous ramènent cert^uncmcut à cet âge de bronze qui dans la légende hésiodique des âges, représente l'ensemble des populations qui luttaient contre les Grecs envahisseurs.
Nous repetons que la Titanomachie nous dessine certainement des bouleversements soit cosmogoniques, soit vulcaniques et géologiques: la guerre de Géants nous représente la lutte des races en Grèce sans aucun renvoi aux antiques traditions communes à rhumanité toute entière. Tj-phoeus est le s}inbole des phénomènes vulcaniques récents qui eurent lieu sous les yeux des l'edaeteurs de la légende ou plutôt de leurs parents, qui transminnit le récit de certaines éruptions qu'ils avaient vu, avec toutes les amplifications et les couleurs ardentes auxquelles est si enclin Thomme du midi.
Si nous tniitions les Géants comme forces de la nature, nous serions obligt^s d'envisager sous ce point de vueEurimédon, le roi des géants exterminés (v. Od^vssée Vil. 58 — 60) qui marie sa fille à INvieidou: mais alors il n'y aurait pas de raison de ne pas enve-
1) i\>np. l\i)UL VUU ^ § 1* PAOsAiiias nVn reièrc' pas à Hêsâole mais U dh aii«^i ^^uo ra21a$ ùw W r.U de Ljtaon.
â^ iV chAVi'^^ *î* PAiWJaiias e>î irès-iiistmctil pour rinteUifeace de motte nùe( ^n o^ ^ne les Geanu $ont certaiaeoient use raœ. 'C^Msp. escore Phk^ TIIL 47» $ K $ar W surnom Aka dounoe à AUiene qui s^ lau^a sur ub eàar
lopper dans ce symbolisme les Phéaciens. Rappelons nous encore que les Gréants sont parents des Gyclopes (Odyssée VU, 206) et pourtant ces derniers sont acceptés par l'auteur de Thistoire anantique de l'Orient (p. 154. [1881]) comme tribus sauvages^). Et les Lestrigons dont parlé l'Odyssée (X, 119 — 120) et Pausanias (VIII, 29) apparentés aux Géants, sont ce aussi des forces de la nature ?
Et pourquoi l'Arcadie porte-t-elle le nom de Gigantis chez Etienne de Byzance (qui semble avoir une grande connaissance des traditions) si ce n'est parce que dans cette contrée les Pélasges demi-sauvages, gardèrent longtemps leur nationalité, quand toute la Grèce était déjà complètement grécisée ^).
Et Macrobe') qui ramène tous les mythes au soleil, ne dit-il pas cependant à propos des Géants :
«Gigantas autem, quid aliud fuisse credendum est, qiiam hominum quandam impiam gentem, deos negantem ?»
Pour lui Hercule le soleil est le vengeur des dieux qui extermine les Géants impies qui osent nier les dieux (grecs).
Nous devons rappeller encore ce que le savant auteur de l'histoire ancienne de l'orient dit (v. I p. 310) à propos «de ces «peuples primitifs qui habitaient la Palestine avant l'invasion «kenânéenne et dont tant de tronçons isolés subsistaient encore «au milieu des nations de Kenâan à l'époque où les Benè Yisrael «firent la conquête de la terre promise, ces Enaquira, Emim, «Rephaim, Zomzommin, Horim, Zouzim». — «Ces peuples dit-il «dont la stature était beaucoup plus grande que celle des He- «breux et des Kenânéens (on les représente quelquefois comme «des géants)... parlaient un langage absolument différent de «celui de ces derniers venus, et qui leur paraissait une sorte de «balbutiement barbare et inintelligible.»...
1) Noos en avons parlé plus au long dans notre étude, v. § IX les Gyclopes construotears.
2) Voyez dans notre étude.
3) Saturn. I, 20.
«Jamais on ne les relie à la généalogie d'un des fils de Noah.. «il en est de même du peuple de Amalek que le livre des Nom- «bres (XXIV, 20) appelle «l'origine des nations». ^)
En souscrivant à toutes les conclusions de l'illustre maitre, et en acceptant les suppositions qu'il énonce en voyant dans tous ces peuples que Mosché avait laissé en dehors de son tableau ethnographique des débris des populations qui descendaient des enfietnts de Qain, et qui purent se sauver du déluge sur les versants septentrionaux du Himalaya et de Tlndokousch, en commençant par les métallurges de Kachtan et les pasteurs nomades du Tibet jusqu'à ce peuple mystérieux d'Ad , qui rappelle la femme de Lamech et que nous retrouvons dans le midi de la péninsule arabique, eu acceptant toutes ces vues disons-nous, il nous sera pennis de faire de notre côté une supposition. Ces peuples, qu'on regarde comme des géants et qui du reste devaient certainement avoir une stature bien au dessus des peuples, pour ainsi dire nouveaux, qui venaient les attacquer'), demeuraient-ils seulement dans la Palestine et l'Arabie? N'est il pas raisonnable de supjwser que les débris des populations antédiluviennes, (s'ils existaient), mêlés aux tribus des races jaunes altaïques') furent aussi les premier occuppant du sol de la Grice, et que les Pelasges
\) Il faut coponilAnt remarquer que cVst Texpression de la renion des Septante: «îpx^ sOv<r>v ApiiÀrx». Dans 1a traduction d^Ostenrald la phrase bebrt'use est rendue « Hanialek (est) on commencement de nations ». Dans une traduction rerhale du hébreu dans Tédition hebraico-msse du Pentateoqne par une sociètt^ hébraïque (Vilno 1$75) le texte est rendu: «le premier des peuples Amalek » et cVst la traduction que suit notre excellente traduction ruMe de la Bible do S^ Synode.
:2) Pour ne pâ;:^ multiplier les citations nous indiquerons le passage du lirre des Nombres XTII, 33. 34 où les enrorfs de Moïse racontent qu*i]s aTaient tu «les fils de Hanak (de la race) des géants» itrad. d'Otlervald) et le pas- $ag« du lVuterM>nome 111. 4, 5 qui parle des Tilles de Bashan et de ses constrac* tions qui ont un caractère énorme, crclopique.
3) Et encore pourrait on supposer que les races ahalqaes eotrèreat dans la péninsule plus tard que les peuples à suture gigantesque que nooi ae mms refusons pas à nommer Qainites.. Ken des Nombres XXFT, 31. 23 et eoa^ Jnges lY. U, l Sam XY. 6 et p. 311 de IHist. ant, de TOrient.
Aryas en furent les seconds comme les Aryas védiques en furent les troisièmes. Mais il nous semble que dans la péninsule Chalcidice, et dans un point de l'Arcadie, là ou la tradition indique le combat des géants contre les dieux nous avons devant nous une épisode de l'occupation du sol de la Grèce, qui traite exclusivement da la rencontre des Grecs avec les populations à stature gigantesque qui occupaient la péninsule Chalcidice, une partie de l'Arcadie, et en Italie les lieux ou la légende de la gigantomachie était racontée, comme à Phlégra près de Pozzuolo. Il est même probable que tous les géants du monde classique, les Lestrigons, les Cyclopes etc., qu'on peint sous des traits repoussants et bien autrement que toutes les autres nations ennemies des Grecs, — peuvent se rattacher a ce fond antique des populations antédiluviennes à stature gigantesque et aux moeurs cruelles. Si la victoire remportée sur les géants racontée dans les livres de Moise, avait laissée une impression si profonde que le peuple d'Israël l'avait célébrée par des chants qui sont inscrits dans les livres sacrés^) comment ne trouverions-nous pas un chant de victoire parmi les (îrecs, si ces derniers se trouvèrent en face de ces populations antiques, chant qui dut être empreint du caractère particulier de ce peuple à imagination vive et briUante, et qui certainement dut être cette gigantomachie qui a un caractère purement ethnique.
Nous revenons encore aux Titans, pour poser plus distinctement leur caractère universel pour ainsi dire, tel qu'il est tracé dans la première légende cosmogonique de Hésiode, que nous séparons complètement de la Titanomachie qui a un tout autre caractère quoiqu'elle se relie par la pensée aux vers 207 — 210 de la première légende.
Dans notre travail sur Hésiode (en russe) en analysant la
1) y. 1. y. 11 du ch. III du Denteronome qui offire le débris d'une chanson. «Ydla ne roit-on pas le lit d'Og qui est un lit de fer dans la ville de Rabbai» etc. y. encore le psaume 186, t. 11, 186, v. 20; et les récits nombreux da Talmond.
légende cosmogonique de la Théogonie y. 116 — 210'), nous disons au sujet des Titans :
«Si nous jetons un coup d'oeil général sur Tensemble des noms qui forment le groupe des premiers Titans que Hésiode a réuni dans les vers 133 — 138 de la Théogonie, nous remarquerons que ces mythes quoique arrivés en Grèce de diverses contrées sont déjà liés entre eux par le fil d'une pensée qui a été filé par le poëte et le philosophe, compilateur des traditions, non par la tradition même. Cette pensée généralisante a incamé dans ce groupe de Titans les germes ou les origines premières de tout ce qui devait se développer dans les périodes suivantes dans le ciel et sur la terre.
Dans ce groupe de Titans nous trouvons pour ainsi dire les parents de tout ce qui existe, peut-être même Tidée abstraite des phénomènes qui sont censés recevoir plus tard une forme concrète. Ainsi nous voyons les parents :
i. Des astres et des constellations: Coios et Crios (voyez Théog. la première légende astronomique v. 371 — 382 et la seconde légende astronomique, v. 404 — 410).