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Prométhée; poème dramatique

La Collection des Poètes français de l'étranger a été fondée le i5 octobre 1897, dans le but de réunir les écrivains qui, dans tous les pays de l'univers, préfèrent notre langue pour donner aux productions de leur imagination une parure de beauté et de pérennité. Les oasis de belles-lettres françaises, parsemées sur le globe, constituant une véritable extension intellectuelle de notre pays, — Paris, capitale cérébrale et point sonore du monde, se devait de leur ouvrir le débouché de ses esprits, à l'égal de ses autres enfants de nos départements et de nos colonies.

Depuis la publication du premier volume en date, La Nuit, d'Iwan Gilkin, notre marche a été marquée sans cesse par des étapes glorieuses. Successivement ont paru la Cithare et le Collier d'opales de Valère Gille, les Héros et Pierrots d'Albert Giraud, puis le Cerisier fleuri d'Iwan Gilkin. L'apparition de chacun de ces recueils a soulevé des sentiments unanimes d'admiration, et, je dois le dire aussi, de surprise. « Quelle joie patriotique, m'a écrit notamment un de mes nombreux correspondants, je ressens en constatant que notre langue, notre belle langue française, est cultivée à l'étranger avec cet éclat vraiment extraordinaire ! Comme vous avez bien fait de nous initier aux œuvres de tous ces ignorés d'hier qui demain seront célèbres chez nous ! w

Je continue donc notre entreprise accueillie avec tant de sympathie, en offrant aujourd'hui à nos lecteurs un poème dramatique d'Iwan Gilkin, né à Bruxelles en i858, et devenu l'un des maîtres incontestés delà poésie française en Belgique. J'avais promis non seulement l'originalité, la puissance, mais aussi la fécondité. Je tiens ma parole littéraire. Dans cette composition inédite de l'auteur de la Nuit et du Cerisier fleuri, on éprouvera une émotion d'un autre caractère que celle puisée dans la vigueur somptueuse des poèmes sataniques de sa première œuvre ou dans la fraîcheur pimpante des odelettes horaciennes de la seconde. Prométhée est, en effet, un sujet grandiose qui devait tenter le large esprit d'Ivt-an Gilkin.

Pour y toucher, après Eschyle, «le père divin et l'inspirateur de tous les poètes lyriques et dramatiques », après Calderon, après Monti, après Byron, après Gœthe, après Shelley, après Edgar Quinet (je cite les plus renommés), il fallait se sentir maître absolu de son instrument et de son inspiration. Il n'y a pas de sujet plus

humain, plus complet et plus d'accord en même temps, malgré sa lointaine antiquité, avec le besoin d'investigation philosophique de l'homme contemporain. Iwan Gilkin, pour le traiter avec plus d'aisance, a choisi le vers libre — non pas le vers désarticulé, incohérent, inharmonique des verslibristes actuels, — mais bien le vers libre, souple, charmant, sonore, harmonieux, aux brisures élégantes, de la forme classique employée avec tant de bonheur par Corneille, Racine, La Fontaine, Molière. L'auteur de ce nouveau Prométhée, comme on le verra, en a tiré les effets les plus heureux et les plus puissants.

Ai-je besoin de réclamer de mes concitoyens la continuation de leur sympathie? Je ne le pense plus. Ils savent désormais que l'action de notre langue est battue en brèche par les efforts individuels et combinés de l'Allemagne et de l'Angleterre, et que c'est faire acte des plus utiles et des plus pressants que d'encourager les vaillants de lettres qui, chez eux, la cultivent avec tant de maîtrise.

L'Académie française, en couronnant, le 17 novembre 1898, la Cithare àe Valère Gille,a formulé avec raison, par la voix retentissante de son illustre rapporteur, M. Gaston Boissier, l'engagement suivant ; « L'Académie sent bien qu'elle a ici un devoir à remplir. Il faut qu'elle tende la main à ces amis, à ces Français du dehors qui n'ont pas désespéré du génie de la France, et malgré ses malheurs, lui restent fidèles. C'est un devoir auquel elle ne manquera pas. w

Je demande à tous mes amis, connus et inconnus, de l'intérieur et de l'extérieur, de se rendre aussi à cet appel, parti de si haut . En répandant autour d'eux les très beaux poètes de notre Colleciion des écrivains français de l'étranger, ils contribueront d'une façon certaine et décisive au développement de l'influence de notre France bien-aimée, dans le monde entier. Il n'y a pas de patriotisme plus efficace, de politique plus habile à faire triompher dans ce moment. Qu ils en reçoivent l'assurance d'un homme qui a beaucoup voyagé et qui, resté indépendant, dédaigneux de récompenses et de fonctions, n'a jamais eu d'autre ambition que celle de travailler à la grandeur réelle de notre patrie.

Georges Barral

Auteur de l'a Épopée de Wattvloo «,

Membre de l'Académie de Metz.

Paris, ce i^^" septembre 1899.

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