‹ Prométhée; poème dramatiqueChapitre 16 sur 19 · LE DIEU · texte numérisé non relu

LE DIEU

Oui, reconnais Hermès, — la Vie universelle,

Telle qu'obscurément ton espoir la rêva.

Dans les cieux éclatants je monte vers mon père.

192 Promet liée.

Fils souriant de Zeus, tu m'as haï naguère.

HERMES

Miroir de ta propre colère,

A tes regards je reflétais

Les dieux que ta fureur formait.

Dans le sommeil de tes douleurs

Maintenant tu vois ma splendeur.

Mais ton rêve prend fin. Zeus me rappelle! Adieu!

Sur ton rocher désert tu vas rouvrir les yeux.

{Il s'envoie.)

PROMÉTHÉE fil s'éveille)

OÙ suis-je? C'est le ciel. Jamais je ne l'ai vu Si beau, — dans l'or drapé de ces vapeurs vermeilles. De quels songes lointains suis-je donc revenu? Dans un matin d'amour voici que je m'éveille.

Azur éblouissant, ô lumière, lumière,

Clair sourire de l'infini, Ta douce haleine d'or caresse ma paupière Et tes tièdes baisers gonflent mon cœur ravi! Quel bien-être inconnu me baigne et me pénètre? Une divine joie inonde tout mon être De ses flots printaniers, Et quel bonheur immense exhale la nature ! A peine, sur ce roc où je suis prisonnier,

Si je sens encor mes blessures.

Et ce mont, ces glaciers, ces sauvages abîmes. Qu'ils sont majestueux, splendides et sublimes ! O surprise! Là-bas, dans ce gouffre profond. Tout au loin, par delà les falaises de glace,

A travers ces larges crevasses Pour la première fois j'aperçois un vallon Où dans la blonde lumière Verdoie un riant gazon Sur les bords d'une rivière.

J'entrevois des vergers... des troupeaux... des maisons... Terre! Terre! Je vois la vie!

O mystérieuse ivresse !

Douceur ! Extase ! Harmonie !

cM'U/L mac'Ç^^ monde entier n'est plus qu'une caresse. Une tendresse divine Emane de toutes choses Comme le parfum des roses, Et du fond de ma poitrine Une source fraternelle Épanche à son tour vers elles Une tendresse jumelle.

Je ne suis plus qu'amour! Ma vie est un baiser Qui flotte avec la lumière Dans le ciel et sur la terre.

Mais pour l'amour plus rien n'est déguisé; Au fond de tout ce que j'aime Je me retrouve moi-même.

L'univers! L'univers n'est plus que mon amour! C'est mon amour qui brille en l'éclat pur du jour, Qui brûle, ardent et vermeil, Dans la flamme du soleil, Qui mugit avec la mer.

Vole avec les oiseaux en chantant dans les airs, S'épanouit avec toutes les fleurs écloses.

Et par-dessus toutes les choses Rayonne jusqu'aux dieux dans la splendeur de l'Homme.

O merveilleuses profondeurs!

Dans tous les êtres bat mon cœur.

Rien ne dit plus : Je suis ! Tout murmure : Nous sommes !

Page 1