LE SPHINX
Ton âme a fui l'excès des douleurs dans le rêve. Du fond du songe obscur, vois, ma forme s'élève, Légère, transparente et faite de rayons. Regarde-moi. Je suis le Sphinx : corps de taureau. Face humaine, ailes d'aigle et griffes de lion. Ma tête, où resplendit la divine raison. Pure et noble, jaillit du corps des animaux. Je sais tous les secrets. Écoute ma chanson.
igo Prométhée.
Sainte est la sensibilité
Qui développe le cerveau !
Le vivant par elle exalté
A vu naître un monde nouveau.
Elle fait jouir et souffrir.
La douleur est sœur du plaisir.
Tous deux peuplent les sens d'images Qui par la mémoire gardées Deviennent plus tard des idées ; Et l'animal devient un sage.
La douleur protège la vie ; Elle récarte du péril En formant les instincts subtils Qui sentent le mal et le fuient.
la douleur, c'est la marche sainte De la sainte sélection Dans la sainte évolution, Où, par l'intelligence atteinte, ^^ous attend la divinité ■^e l'universelle Unité.
PROMÉTHÉE (en rêve)
O Sphinx ! quelle splendeur sereine dans tes yeux !
Que ton visage est beau sous l'or de tes cheveux !
Dans quel ruissellement magique d'étincelles
S'ouvre la majesté divine de tes ailes !
Veux-tu donc t'envoler? Reste! Tu es si beau !
Quoi, tu laisses tomber le corps lourd du taureau Et les griffes cruelles?
Des dépouilles des animaux L'honmie se dégage et s'élève Pur, éblouissant comme un glaive Que la main tire du fourreau !
Ravissement de mes prunelles,
Forme humaine, beauté suprême, te voilà,
Plus noble que jamais mon cœur ne te rêva.
Mais hélas! c'est un dieu, puisqu'il garde ses ailes.