HISTORIQUE
Ruysch, en 1714, décrivit une classe de tumeurs dites cartilaginiform.es ou même cartilagineuses (tumores cartilaginosi).
Heusinger leur donna le nom de chondroïdes en se basant tout simplement sur leur consistance et leur aspect général, eartilaginiforme.
Mais les anciens chirurgiens ne connaissaient rien des tumeurs ehondromateuses du testicule.
A. Cooper, le premier,- en 1823, dans son Traité sur les maladies du testicule, rapporte « que de petites plaques de cartilage et de terre ont été vues souvent entre la tunique vaginale, le testicule et la tunique albuginée. »
Cet illustre chirurgien anglais, à propos d’un cas de production cartilagineuse qu’il cite, et qui, d’après les investigations minutieuses de M. William Adams, est un magnifique exemple d’enchondrome du testicule, en examine l’étiologie, le pronostic et le traitement.
« Un testicule, dit-il, soumis à l’influence d’une inflammation chronique simple peut quelquefois, à la faveur d’un
long espace de temps et d’une certaine altération de la conslitution, subir des modifications telles qu’on peut y rencontrer les apparences variées d’une matière pulpeuse, d'un kyste, d’un cartilage avec matière ossiforme.
« Ces cartilages dans la substance du testicule ne sont susceptibles d’aucune modification favorable par un traitement soit médical, soit chirurgical.
« L’opération qui consiste à enlever la partie n’est pas en général indispensable; car ces altérations peuvent rester pendant plusieurs années dans un état indolent et, à moins que le testicule ne se tuméfie, qu’il ne résulte des inconvénients de son volume, ou qu’on ait à craindre une trans- * formation de mauvaise nature, son amputation n’est pas rigoureusement nécessaire. Je considère, en effet, les dispositions de cette nature, comme étant l’effet d’une inflammation chronique simple longtemps prolongée, ou bien d’un changement de structure dû à l’âge, ainsi que la déposition de matière terreuse dans les vaisseaux sanguins, plutôt que le résultat d’une altération de mauvaise nature de la glande.
Aussi n’exigent-elles point par elles-mêmes l’opération, et ne la demandent-elles que quand elles sont réunies à > d’autres affections qui ont une tendance beaucoup plus grave, ou quand l’accroissement de volume entraîne des inconvénients qui portent le malade à la solliciter (1).
Quelques années plus tard, en 1828, M. le professeur Cruveilhier publia sous le titre (2) : Cancer alvéolaire du
1. OEuvres chirurgicales d’Astley Cooper, traduites par MM. Chassaignac et Richelot, page 459.
Cruveilhier: Atlas d’anatomie pathologique, Ve livraison, planche I.
testicule avec matière perlée, une observation que M. le professeur Gosselin a signalée comme un type d’affection kystique maligne du testicule avec enchondrome.
M. le professeur Cruveilhier fait suivre son observation des réflexions suivantes, qui nous ont paru intéressantes à reproduire à cause du contraste qu’elles offrent avec les idées (TA. Cooper.
« Plus nous avancerons dans l’étude des altérations morbidcs, plus nous serons convaincus de cette vérité, que je crois avoir le premier proclamée, que nos tissus sont inaltérables, que ce que nous appelons lésions morbides sont des produits nouveaux, vivant d’une vie propre, indépendante, que nos (issus ne sont susceptibles que d’hypertrophie et d'atrophie. »
Et comme son malade, six mois après sa guérison, mourut d'accidents produits par une tumeur encéphaloïde développée aux dépens de la septième vertèbre cervicale complètement détruite, de la partie inféiieure de la sixième (la substance mtervei tebralo avait résisté) et des extrémités postérieures des deux premières côtes, il ajoute en substance :
La même cause, qui a produit le cancer alvéolaire du testicule s’est donc portée sur la colonne vertébrale, ou plutôt sur le système capillaire veineux si abondant des vertèbres : le tissu propre des vertèbres a été atrophié comme le tissu propre du testicule; la moelle a été comprimée, d’où la paralysie et la mort. Le vice cancéreux, quel qu’il soit, infecte en général toute l’économie. S’il semble partir d’un point comme d’un centre ou d’un foyer, dans combien de cas l’altération locale ne semble-t-elle pas un des effets d une cause générale préexistante qui se manifeste, soit suc-
cessivement, soit à la (ois sur un grand nombre d’organes. Arrêtons-nous à cette idée qu’il n’y a pas de dégénération d’organes, mais que des matières particulières sont déposées au sein de ces organes et qu’il faut trouver dans la thérapeutique des moyens spéciaux pour les atteindre, ou plutôt pour modifier le travail morbide qui les produit.
Jusqu’à cette époque on portait le diagnostic anatomique de ces tumeurs en se basant tout simplement, comme nous l’avons dit, sur leur consistance et leur aspect général cartilaginiforme.
J. Muller en 1836 fut le premier à ériger le point de vue histologique comme celui qui permettait de juger en pareille matière et les appela enchondromes.
Plus tard en 1850, dans l’article testicule ( Cyclopœdia of anatomy), Curling raconte que dans quelques cas d’affection kystique, il a remarqué de petites masses d’enchondromes semées dans les kystes, et il donne le spécimen d’une portion de testicule déposée au musée du Collège des chirurgiens. Dans la première édition de son traité des maladies du testicule, Curling n’avait point parlé de ï’enchondrome : dans la deuxième édition, il y consacre trois pages dont la plus grande partie est la reproduction de l’observation de James Paget.
« Je ne connais, ajoute-t-il, aucun autre exemple de tumeur purement cartilagineuse du testicule, qui ait entraîné des dépôts secondaires de même nature. Ce fait est pour moi unique dans la science. »
Ces dernières lignes prouvent que les Allemands ne lisaient guère les Français ; et on comprend facilement qu’ils se soient attribué la découverte.
Rokitansky, dans son Anatomie pathologique, dit que 1 en chondrome du testicule est rare.
M. Baring a figuré un 'testicule encéphaloïde sur lequel se voyait une masse cartilagineuse isolée par une capsule au sein de la tumeur.
M. John Quekett donne dans Je tome J de Hètolegical catalogue l’observation d'un cas d’enchondrome du testicule enlevé par M. Fergusson,.
Enfin M. Paget a traité longuement dans ses Lectures on the surgical pathology, des enchondromes de la parotide, et a consacré quelques pages à l’enchondrome du testicule, dont il donne une observation : plus tard il en a publié une autre dans les Médico chirurgical transactions.
Nélaton, dans sa Pathologie chirurgicale indique simplement que cette affection n’est pas très rare ; on trouve cependant dans la Gazette des. Hôpitaux, i 855 , une excellente note de ce grand chirurgien sur l’évolution des tumeurs cartilagineuses.
M. le professeur Broca, dans son Traité des tumeurs, livre I, et dans un discours qu’il prononça à la Société de chiiurgie, en 1855, a puissamment contribué à avancer 1 état de la science au point de vue de la marche et du pronostic de ces tumeurs.
En 1856, MM. Robin et Ordonez décrivaient, dans les Archives générales de médecine, le siège et la structure des
tumeurs mixtes fibro-plastiques et cartilagineuses de l’épididyme.
' Virchow, en 1857, dans son Traité de la pathologie des tumeurs, examinant avec attention lagenèsedes tumeurs cartilagineuses, y reconnaît une différence profonde. Aussi
distingue-t-il dans les chondromes, la petite subdivision des ecchondroses, et la grande des enchondromes. Enchondrome exprime chaque fois dans ce sens une tumeur hétérologue (hétéroplasique) qui ne se développe pas d’un cartilage préexistant et permanent, mais est produite par un changement dans le type de formation en procédant d’une matrice non cartilagineuse, ou cartilagineuse transitoirement ; tandis que l’ecchondrose implique la production homologue (hyperplasique) de masses cartilagineuses provenant d’un cartilage permanent.
Virchow, dans des pages si remarquables et qui sont encore demeurées aujourd’hui, en général du moins, l’expression la plus scientifique delà pathologie de ces tumeurs, a jeté un coup d’œil d’ensemble sur les enchondromes des parties molles, et du testicule en particulier.
Au point de vue étiologique, il pense qu’ils doivent très souvent leur origine à une cause irritative ou même inflam-
matoire « ce qui permet, ajoute-t-il, de ne leur accorder qu’une influence purement locale. »
Mais ayant observé que l’enchondrome est ordinairement mêlé à plusieurs autres genres de tumeurs particulièrement avec des formes cystiques avec le sarcome, le cancroïde et le cancer; que ces tumeurs sont en tous cas très/fréquentes, et que pour ce qui est des formes cystiques, il est vraisemblable qu’une partie au moins d’entr’elles est de nature seulement consécutive et que, par suite, l’enchondrome doit être considéré comme la tumeur essentielle, il conclut que « l’enchondrome du testicule est une tumeur hétéroplasique et déjà suspecte par cela même, et quand même elle serait purement locale à son début, son accroissement par
la production de nodules accessoires prouve cependant déjà sa faculté d’infecter.
Mais d après lui, ces tumeurs mixtes ou composées ne sont pas les seules infectieuses. Les formes les plus pures donnent aussi lieu à des métastases : à l’appui il cite le cas
<]u il a observé sur une chienne, et le cas observé par Paget :
D après ces observations, il n’est plus douteux que ]e beau rêve de la bénignité absolue de Penchondrome soit é\anoui. Les enchondromes, tant des os que des parties molles, possèdent des propriétés infectieuses et on fera bien par suite, dans la règle, d’extirper ces tumeurs, quand elles seront tangibles aussitôt et aussi complètement que possible.
On ne peut jusqu à présent fixer de limite entre les enchondromes qui sont ou non infectieux, de bonne ou de mauvaise nature. Les formes molles sont en tout cas plus dangereuses que les dures ; mais la différence n’est pas tout— à— fai t tianchée. La nature de l’organe affecté semble avoir une grande importance dans la question, notamment pai sa 1 ichesse en vaisseaux sanguins et lymphatiques, circonstance qui ressort avec évidence précisément dans les testicules.
M. Conches a fait une thèse sur les maladies du testicule, dans laquelle se trouvent des faits très intéressants, et surtout une étude de la maladie kystique du testicule que M. Conches range, avec preuves à l’appui, dans les cancers ; de plus, il a démontré que la marche dépend de 1 organisation de la tumeur, et qu’il existe des chondromes récidivant vite et d’autres très lentement.
Marion
M. Gycnx, en 1861, a publié une thèse sur l’encbondrome du testicule. 11 ne donne aucune observation originale, ruais il a recueilli toutes celles qui, ayant été publiées, se trouvent dans les ouvrages de la bibliothèque de la Faculté. Les onze observations sur lesquelles ce travail s’appuie sont malheureusement pour la plupart incomplètes et le plus grand nombre se rattache plutôt au cancer et à la maladie kystique qu’à l’enchondrome pur.
Quelques mois plus tard, M. Paul Dauvé, aujourd’hui médecin principal de l’armée, présenta à la Société de, chirurgie, un mémoire intitulé De X enchondromç du testi cule. Ce mémoire, très complet, fut très favorablement accueilli par la savante société, qui en vola l’impression, et décerna des éloges à son auteur sur le rapport de M. Béraud,
En raison de la valeur scientifique: de ce travail, nous avons cru utile d’en présenter une analyse assez longue.
Aux onze observations, publiées dans la thèse de M. Gyoux, M. Dauvé y ajoute la sienne propre, une de M. Vevneuil encore inédite et une de M. Lhonneur, son collègue militaire.
Il apprécie tous ces documents, juge de leurs différences et de leurs analogies et de cet examen il conclut que l’on pourrait grouper les faits connus en plusieurs catégories, à savoir :
1° Enchondrome associé avec la maladie kystique .
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Quoique cette association soit généralement admise par les auteurs et surtout par Curling, M. Dauvé cependant n a
pu trouver qu un cas où cette association lui fût bien démontrée. Considérant que le caractère de l’etichondrome est de présenter dans Son évolution des kystes plus ou moins grands, et que M. Curling ne connaissait pas encore bien 1 histoire de 1 enchondrome quand il a décrit sa maladie kystique, il nous est permis de nous demander si aujourd hui Curling considérerait encore ce fait comme se rattachant à la maladie kystique plutôt qu’à l’enchondrome ; nous sommes d’autant plus disposé à admettre la dernière supposition, que nous avons trouvé la relation d’une observation analogue dans la thèse de Talavera (1).
2° Enchondrome combiné avec fencéphaloïde.
Il a été d’abord constaté par Muller, ensuite par Virchow, Baring (du Hanovre), par Paget, et enfin par Demarquay. Il existe neuf cas qui ont fourni à M. Dauvé, les déductions suivantes : les rapports réciproques des tissus ont été variables. Le plus souvent les deux produits morbides sont contenus dans des capsules fibreuses distinctes. Les faits démontrent que chaque produit marche avec son caractère propre, sans qu’il ait sur son voisin une influence Lien marquée. Dans un cas de Paget, il y avait Ceci de curieux, c’est que les tumeurs lombaires renfermaient les cellules de 1 encéphaloïde et ne contenaient aucune trace de cartilage. Ce fait, à lui seul, démontre bien la gravité relative de ces deux affections.
t. Talavera. Thèse de 1879. Sur quelques tumeurs du testicule.
3° Enchondrome associé à la fois à la maladie kystique
et à r encèphaloïde . i
M. Dauvé rapporte trois cas, qui sont ceux de Cruveilhier, Thompson et César Hawkoni. Nous faisons encore ici les mêmes réserves que dans le premier chapitre à l’égard de la maladie kystique, et nous croyons que M. Dauvé aurait pu considérer ces kystes comme propres à l’enchon-r drome, de sorte que ces trois faits rentreraient naturellement dans la classe qui précède.
4° Enchondrome associé avec le tubercule.
M. Dauvé rapporte seulement deux observations : l’une est à M. Letenneur, l’autre à M. Lebert. Cette dernière
est parfaitement démonstrative.
5° Enchondrome associé avec le tissu fibreux et autres
tissus .
L’enchondrome du testicule a été vu associé au tissu fibreux, à une masse phymatoïde, à des matières grasses amorphes et à du tissu fibro-plastique. Les faits qui démontrent cette association sont dus à MM. Robin et Ordônez. Du reste, dans ces deux cas, le cartilage était rare et avait pour siège l’épididyme.
6° Enchondrome pur.
L’enchondrome pur ou type du testicule est démontré
par huit observations, qui sont dues par rang de date à Ast. Cooper, à MM. Zambaco, Paget, Jouon, Richet. Dauvé, Lhonneur et Verneuil. M. Dauvé a rapporté textuellement chacune de ces observations.
M. Dauié rapporte donc tous les cas connus, qui sont au nombre de vingt-cinq. De ces vingt-cinq observations,
I auteur en tire les conclusions suivantes :
Dan* 1 anatomie pathologique, ce chirurgien commence par donner l’état des parties ambiantes, de la tunique vaginale, du cordon, des tuniques. fibreuses et du dartos. Puis
il décrit les lésions du parenchyme testiculaire et de l’épididyme. F
Relativement à ce dernier point, il montre que l’enchondiome du testicule a été vu dans ses diverses phases de crudité, de ramollissement. Il insiste principalement sur le siège primitif de l’altération, qui est plus souvent dans le testicule que dans l’épididyme. Les observations lui montrent que le tissu cartilagineux peut se développer dans toutes
les parties constituantes de l’organe et dans toutes ses régions.
Ainsi 1 ailection a débuté dans les canaux du corps d’Higmore, d’après Curling, dans les lymphatiques du rete testis et du cordon, d’après Paget, dans le cordon épididymaire et dans les lymphatiques du corps d’Higmore, d’après ses propres recherches, dans le tissu cellulaire interlobulaire, ' d’après M. Verneuil, dans tous les tissus, d’après M. Lhonneur, et enfin dans la tunique albuginée, d’après M. Jouon^
Ainsi l’on voit que tous les tissus du parenchyme testiculaire peuvent être le siège primitif de la lésion, et dés lors nous sommes obligé de reconnaître que Curling était
trop exclusif en professant que le cartilage débutait toujours par le corps d’Higmore.
Relativement à l’étiologie, M. Dauvé rejette l’influence des diathèses scrofuleuse et syphilitique ; mais il admet volontiers (et les faits le démontrent suffisamment) une diathèse propre, ou, si l’on veut nous permettre cette expression, une diathèse cartilagineuse. Il montre ensuite que l’hérédité n’est pas prouvée et que c’est vers l’âge de 25 à 35 ans que la lésion est la plus fréquente.
Quant aux causes physiques, il ne voudrait pas admettre l’opinion de Muller, leur faisant jouer un grand rôle. Pour nous,, nous sommes de l’avis contraire.
Cependant d’après l’analyse de quinze observations où l’étiologie est notée, six fois les malades ont accusé une contusion du testicule, deux fois un violent effort, une fois une orchite blennorrhagique. Dans le cas de Paget, la contusion a manifestement hâté le ramollissement. Enfin dans cinq autres cas la cause reste ignorée.
Dans la description des symptômes, M. Dauvé donne un
aperçu rapide, qui n’ajoute rien aux connaissances acquises,
des symptômes locaux, des symptômes généraux, de la marche et de la durée de la maladie, qui lui paraît être en moyenne de vingt et un mois. Pour nous l’histoire générale •de l’enchondrome nous ferait croire que la durée de son développement est plus considérable.
Quant au diagnostic, il a fourni à M. Dauvé un chapitre des plus intéressants.
Longue durée de la maladie, lenteur dans l’évolution, indolence à la pression, état sain du cordon et des enveloppes,, dureté spéciale, élasticité, volume et poids consi-
dérables, forme ovoïde et surface irrégulière et légèrement mamelonnée, siège constant dans un seul organe, telle est la physionomie sous laquelle M* Dauvé présente l’enchondrome testiculaire, tels sont les signes qui permettront d’arriver à son diagnostic. Ce chirurgien pense que la sensation de points durs et élastiques peut à elle seule servir de base au diagnostic ; mais cette sensation tant désirable manque souvent, sait à cause de l’épaississement de la tunique vaginale, soit à cause d’uu petit épanchement dans cette tunique : de sorte qu’il faut interroger le plus souvent tous les signes que nous venons d’énumérer.
M. Dauvé a accordé une grande valeur à un signe donné par M. Gosselin pour déterminer la nature des tumeurs du testicule. Dans les tumeurs solides, en effet, l'a dureté est surtout apparente et superficielle en arrière. De ce fait général, applicable à beaucoup de circonstances, on peut arriver, par exemple, à distinguer l’enchondrome de l’hydrocèle avec épaississement des parois de la tunique vaginale. Ainsi, dans ce dernier cas, la tumeur aura une dureté égale dans toute sa circonférence, tandis que dans l’enchondrome la dureté sera plus manifeste, plus accessible en arrière.
L’application du microscope aux sciences médicales a
permis d’assigner à l’enchondrome du testicule un ran^
bien marqué dans le cadre nosologique des tumeurs ; mais l’étude clinique est loin d’avoir révélé toutes les particularités de sa marche et de son pronostic, comme. le disait M. Verneuil : « Si l’usage de plus en plus répandu du
microscope a permis d’établir sur des bases de olus en . *
plus cei iames ia classification des tumeurs, si cet mstru-
ment précieux a servi à établir des variétés nouvelles ou inconnues, il reste encore en bien des points d’importantes lacunes à combler, et je mets au premier rang l’histoire clinique des productions morbides, confondues autrefois sous le nom générique de cancers. Tout le monde sait aujourd’hui que c’est un instrument d’exploration qui ne tranche nullement les questions d’étiologie, de marche et de traitement : c\jst donc aux cliniciens à remplir ce vide, et à observer, une structure étant constatée, ce que deviendront la maladie et le malade, quel moyen conviendra pour amener la guérison, et enfin si celle-ci est possible, probable ou inespérée. »
Cette remarque de M. le professeur Verneuil est d’une incontestable vérité : car les cas ne manquent pas aujourd’hui où le microscope ayant annoncé : dans les uns, un pronostic bénin ; dans les autres, un pronostic grave, s’est trouvé en échec par un résultat absolument contraire.
En 1874, M. Jules Adam, médecin stagiaire au Val-de- Grâce, ayant eu l’occasion d’observer à la clinique chirur-
gicale de l’Ecole, un cas de tumeur du testicule (nous publions plus loin celte observation très complète et très intéressante) dont l’examen microscopique a confirmé la nature cartilagineuse, prit pour sujet de thèse : Essai sur VEnchondrome du testicule .
Dans son travail, M. Adam n’insiste guère que sur le traitement de l’enchondrome du testicule.
Contrairement à la manière de faire de certains chirurgiens, il ne peut admettre qu’on s'arrête un instant aux résolutifs et aux fondants, et nous sommes absolument de
son avis, à une condition, c’est que le diagnostic soit absolument indiscutable.
M. le professeur Panas en effet, un jour qu’on discutait celte question à la Société de Chirurgie, a cité des cas où des tumeurs du testicule soi-disant de mauvaise nature a\ aient rétrocédé et meme disparu devant un traitement mixte au mercure et à l’iodure de potassium.
Mais une fois le diagnostic d’enchondrome posé avec cet ti tudc, à quelle époque convient-il de pratiquer l’opération ?
Nous croyons qu’il importe de ne pas la différer, quand le testicule affecté de la dégénérescence devient gênant par son poids et son volume et que le malade demande lui-même à en être débarrassé, tout retard devenant funeste. Néanmoins il est des circonstances qui doivent empêcher qu’on ne tonte 1 operation. Ainsi 1 envahissement du cordon jusque dans l’anneau inguinal est une contre-indication. 11 en serait de même si l’on constatait au palper de l’abdomen quelque tumeur du côté des ganglions lombaires. Il est évident que si l’infection était bien démontrée chez le malade bien que le cordon et les ganglions lombaires fussent sains, on ne devrait pas pratiquer l’opération. »
M. Adam passant rapidement en revue les procédés auxquels les divers chirurgiens ont recours pour l’ablation du testicule décrit longuement le procédé ordinaire de la castration avec ses trois temps : incision de la peau, dissection de la tumeur et section du cordon ; il discute savamment les modifications apportées par les chirurgiens à chacun de ces temps. '
Marion
Le procédé qu’il croit devoir conseiller est l’écrasement linéaire :
On commence par diviser la peau dans une petite' éten-
due pour arriver jusqu’au cordon que l’on soulève sur une
sonde cannelée. Un stylet est placé dans la sonde, entraînant un fil qui sert à passer la chaîne de Uécraseur au-dessous du cordon. On procède alors à la section avec une grande lenteur, en employant au moins un quart d’heure; un bruit caractéristique avertit de la section du canal déférent.
La chaîne parvenue au bout de sa course, l’instrument est retiré et il peut se faire qu’il ne s’écoule pas une goutte de sang du fond de la plaie, ainsi qu’a pu le constater M. le professeur Verneuil dans un cas d’enchondrome du testicule. On achève alors l’incision cutanée pour isoler la tumeur des téguments. En disséquant la portion interne de la tumeur, on a bien soin de s’éloigner le plus possible de la cloison du dartos, qui, comme l’a dit Chassaignac, renferme des artérioles assez volumineuses et susceptibles de donner lieu à des hémorrhagies abondantes.
Grâce à cette précaution, on n’ouvre généralement aucun yaisseau notable, et on n’a point de ligature à faire. Ce procédé a été employé avec le plus grand succès par M. Verneuil, qui n’évalue pas même à deux cuillerées la quantité totale de sang qu’il perdit dans une opération de
ce genre.
L’opération terminée on affronte les bords de la plaie;
on place une mèche de charpie au centre, et les lèvres de
la plaie sont réunies au moyen de serres-fines. Des compresses imbibées d’eau fraîche complètent le pansement,
qui doit être humecté de temps en temps. On conseille le repos dans la position horizontale, les cuisses rapprochées.
En cas d hémorrhagie, on devra essayer la compression sur le canal inguinal, l’application d’un bandage herniaire. Si malgré ces précautions, le sang continuait à couler, il faudrait sans hésiter défaire le pansement, enlever les caillots et lier l'artère non fermée.
Ce procédé, à moins de complications, guérit généralement le malade dans l’espace de trois semaines ou un mois, quelquefois de quinze jours. La castration au point de vue de la mortalité, n’est pas une opération aussi grave qu’on le croyait autrefois : elle n’occasionne la mort que dans des cas extrêmement rares.
Enfin nous devons mentionner : -
Les leçons cliniques de M. le professeur Trélat, à l’hôpital de la Charité, publiées dans le Progrès, medical (année 1877), et dans lesquelles est discuté d’une façon si magistrale le diagnostic différentiel des tumeurs du testicule.
Une étude de M. Poinsot intitulée : Contribution à l’étude des tumeurs du testicule ( Progrès médical, 13 juillet 1878).
Une tbèse de M. Walsdorff, année 1878, intitulée : Du chondrome malin, thèse qui touche à notre sujet par un grand nombre de points.
Voici en effet la définition qu’il en donne et qui conviendrait certainement à un certain nombre des tumeurs qui nous occupent ;
« Sous le nom de chondrome malin, on désigne une tumeur jouissant de la plupart des propriétés des tumeurs
dites cancéreuses, composées quelquefois uniquement de tissu cartilagineux se rapprochant de l’état fœtal (Ranvier) ; mais se combinant le plus souvent soit avec du myxome, soit avec du sarcome. Aussi certains auteurs n’ont-ils pas craint en forçant peut-être trop les analogies cliniques d’appeler cette espèce de tumeurs du nom de cancer cartilagineux.