‹ Prophéties la fin des tempsChapitre 25 sur 31 · D*UN£ KEL1GIEUSE BE BELLEY · texte numérisé non relu

D*UN£ KEL1GIEUSE BE BELLEY

FKAGMENT {\)^

«( Alors Dieu détourne sa main de celui

(i) Prophéties d*ane religiease de Belley publiées par M* delà Marne ^ Paris chei Hlvert, quai des AugnstiDS;

CNE RELI6IBDSE DE BELLET. 91

qui aura signé ces arrêts injustes (i); et le jour (ie la fôte des siens son exil sera décidé. Les méchants triompheroDt; la Seine charriera des cadavres; le sang coulera sur et sous les pierres de la grande ville ; des femmes, des enfants périronLCeci arrivera avant la fin de juillet 1830«

il Et pendant le mois d'août une branche glorieuse des Bourbons sera coupée; un Bourbon doit périr; un autre avant sera élevé.. •

« Avant la fin de l'année il tremblera ; ceux qui Taurout élevé tressailleroot*

il Je vois la faim les poursuivre, et du sang couler. Des drapeaux funèbres s'élèveatj tout est perdu pour eux.

« Ils semblent triompher encore les insensés; ils se rient de Dieu. '

ce Les temples sont fermés ; les ministres divins fuient; le grand sacrifice cesse.

«c Malheur ! malheur à la cilé corrompue !

te Un nouvel an parait. Le grand Pontife meurt.

, Us ne s'entendent plus. Fuyez, enfants de Dieu ! fuyez ! le jour des morts est arrivé !

<f Des cris retentissent de toutes parts. Vive la république! Vive Napoléon ! Vive Ùenri! Vive Louis! Quelle confusion! Le feu, le sang,lafaim, tout Tenfer !

« Malheur ! malheur, trois fois malheur à la cité de sang! malheur à la cité de Thérésie! malheur à la cité du crime I

— et DemonvillCf Exposé des difTérentes prédictions sur Favcneroent du pontife saint et du monarque fort, p. 34 , 1852, Paris, (i) Expulsion des Jésuites.

u Les méchants veulent tout détruire ; leurs livres, leurs doctrines inondent le monde*

u Le jour de la justice est venu. Je vois àTaspect de celui qu'on a méconnu , le monde fléchir et tomber.

K Une femme Ta sauvé, une femme le suit. Un ministre du Très-Haut le soutient. Ce ministre vient d'être oint de Phutle sainte ; Dieu les accompagne ; voilà votre Roi.

« U paraît au milieu de la confusion de l'orage. Quel affreux moment ! les bons, les mé» chants tombent. Babylone est réduite en cendres. Malheur à toi, vitle maudite !

c{ Je visalors les ciefe lumineuses paraître vers le nord. Un saint lève les mains au ciel ; il apaiise la colère divine.

Il II monte sur le tr6ne de saint Pierre. »

*t Le grand monarque monte sur celui de ses pères ; le trône est posé au Midi.

« Tout s'apaise à leurs voix. Les autels se relèvent. La religion renaît, les méchants sont détruits et confondus, les injustices se réparent. Le grand monarque de sa main réparatrice a tout sauvé.

<( 11 ne fait que passer, sa gloire est courte.

it II est né dans le malheur.

u liu l'an 1840, l'enfant de l'exil lui succédera; la paix alors sera donnée à la France.

u Mais la fin des temps ne sera pas éloignée.»

MARTli\. 95

APPARITIONS El PROPHÉTIES

BE MARTIN, DE GALLAEDOll (l).

Le 13 mars 1816, le nommé Martio (Ignace- Tbom^s), âgé de 95 ans, né et demeurdiit à Gai-

lardon {)ros(le (]hartrrst Eure-rt-TiOir), cultivateur, aiarié, fut envoyé à la maison royale de Cbarenton par le ministre de la police (M. Decazes), comme malade, d'après un cei lilicat de AL le professeur Pinel qui le déclarait atteint de manie intermittente mec hallucination des .sens ; il était escorté par M. André, officier de gendarmerie. Sa réclusion à la maison de Cha* renton parut au premier abord lui être fort péniiile, mais celte impression se dissipa bientôt, et le soir, à la visite de MU. les médecins, il était parfaitement calme. Sa physionomie, sa parole et sa contenance n'avaient rien qui dé*

(1)11 a été publié sur ce personnage plosiears notices plus ou moins élendnes^ mais contenant toutes à peu près les mêmes faits rapportés presque dans les mêmes termes. Il en a été publié une â Paris en 1818; une à Londres en 1819; une troisième à Paris en 1832, ehez M. Bricon ; ii en a ciroulé plusieurs autres manuscrites rédigées par les élèves internes de la maison de Charenf o» , et entre autres par M. Ramon« — Celle qa*on va lire est en partie faite avec cette dernière relation, et en partie extraite du Journal des presbytères et Archives de la Religion, 1. 1 des deux journaux réunis (p. 5, 84 et 182). ('e journal dlL avoir fait usage d'une autre notice sans indiquer laquelle, ce qui nous empêche de la mentionner.

PUOPHÉTIES.

celât une maladie mentale ; il répondit avec une grande précision et en même temps beaucoup de simplicité aux questions qui lui furent faites touchanl les motifs qui avaient déterminé les mesures qu'on avait prises h son égard.

De cet interrogatoire, qui dura peu^etde plusieurs autres qu'il subit devant diverses person< nés, résultent les faits suivants :

Le IB janvier 1816, Martin était dans son champ occupé à étendre du fumier, quand, sans avoir vu arriver personne, se présente devant lui un homme de taille moyenne, mince de corps, le visage effîlé, délicat et très-blanc, vêtu d'une lévite ou redingote de couleur blonde, totale-* ment fermée et pendante jusqu'aux pieds, ayant des souliers attachés avec des cordons 9 et sur la tète un chapeau rond à haute forme. Cet homme dit à Martin : <( Il faut que vous alliez , ti trouver le roi, que vous lui disiez que sa perte sonne est en danger, ainsi que celle des prin- 4( ces ; que de mauvaises gens tentent encore de «renverser le gouvernement; que plusieurs 4t écrits ou lettres ont déjà circulé dans quelques « provinces de ses Etats à ce sujet; qu*il faut €( qu'il fasse faire une police active et générale 4( dans tous ses Etats, et surtout dans Id capi- «taie; qu'il faut aussi qu'il relève le jour du it Seigneur^ afin qu'on le sanctifie ; quç ce saint M jour est méconnu par une grande partie de «i son peuple ; qu'il faut qu'il fasse cesser les <c trayaux publics ces jours-là ; qu'il fasse or- « donner des prières publiques pour la converti sien du peuple ; qu'il Texcite a la pénitence, a qu'ii abolisse et anéantisse tous les désordres

MABTIN

(t qui se commettent dans les jours qui précè*

« dent lasainle quarantaine : sinon toutes ces u choses, la France tombera dans de nouveaux «( malheurs. )i

Martin, un peu surpris d'une apparition si subite^ lui répondit d'abord dans sou langage :

<i Mais vous pouvez bien en aller trouver d*au« « tresquemoi pour faire une commission comme «c ÇB.—Non, lui répliqua Tinconnu, c'est vous te qui rr^z.— Mais, reprit Martin, puisque vous « en savez si lonp, vous pouvez bien aller trou- H ver vous-même le roi et lui dire tout cela ; M pourquoi vous adressez-^roiis à un pauvre « homme comme moi qui ne sait pas s'expliquer? « Ce n'est pas moi qui irai, lui dit l'inconnu, » ce sera tous; faites attention à ce que je vous « dis, et vous ferez tout ce que je vous com- K mande. »

Après ces paroles, Martin le vit disparaître à

peu prés de celte sorte : ses pieds parurent s'élever de terre, sa tète s'abaisser, et son corps, se rapetissant, finit par s'évanouir h la hauteur de la ceinture, comme sMl eût fondu en Pair. Martin, plus effrayé de cette manière de dispa* rattre que de Tapparition subite, voulut s'en aller, mais il ne le put : il resta comme malgré lui, et s'étant remis à Touvrage, sa tàcbe^ qui devait durer deux heures et demie ne dura qu'une heure et demie, ce qui redoubla son étonnement.

De retour h Gallardon , Martin fit part aussi* tôt à son frère de ce qui venait de lui arriver ; et tous deux vinrent trouver M. le curé (Tabbé la Perruque) pour savoir ce que voulait dire

lin événement aussi singulier. M. le curé essaya de les rassurer en rejelaul sur Timagination de Martin lout ce qu'il venait de lui raconter : il lui dit de continuer ses travaux comme b l'ordinaire, de manger, l)oire et bien doraiirjmais il ne put guère le dissuader, et Martin assurait toujours qu'il savait fort bien ce qui en était.

Le 18 janvier, sur les six heures du soir, Martin étant descendu dans sa cave pour chercher des pommes a cuire, la même personne lui apparut debout, à côté de lui, pendant qu'il était h genoux, occupé à en ramasser : Martin, épouvanlé, laisse là sa chandelle et s'enfuit.

Le samedi, âO janvier, Martin étant sorti sur les cinq heures du soir pour aller dans une fou-^ lerie (endroit où Ton fait le vin) prendre du fourrage pour ses chevaux, au moment où il était près d'entrer dans ce Heu, Tinconnu s^of^ frit d(^vant lui sur le senil de la porte : Martin, l'apercevant, s'enfuit à l'instant même.

Le dimanche suivant, SI janvier, Martin entrait dans l'église a rhcure de vêpres; comme il prenait de l'eau bénite, il aperçut l'inconnu qui en prenait aussi, et qui le suivit jusqu'à son banc : cependant il n'y entra pas, mais il de- * meura a la porte du banc, ayant l'air très-recueilli durant toutes les vêpres et le chapelet* Pendant le temps de l'office l'inconnu n'avait point de chapeau ni sur sa tète, ni dans ses mains : étant sorti avec Martin, celui-ci Taper-eut ayant son chapeau sur la U)U\ et il suivit Martin jusqn'h sa maison. Comme il était entré sous la porte charretière, Pinconnu, qui jusque* là avait marché h ses côtes, se trouva tout à coup

MAUThN

devant lui face à face; cl lui dit : < Actiuillezu vQus de votre commissiou, et l^iles ce que je M VOUS dis ; vous ne serez pas Iranquille tant que votre commission ne sera pas faite, » A peîae eut-il prononcé ces paroles qu'il disparut, saos que Martin , ni eette fois, ni aux apparitions suivantes. Tait vu s'évanouir de la mi iia» manière que la première foi.s. Marlin demanda aux personnes de sa Famille qui étaient venues à vtipres avec lui, si elles n'avaient rien vu ou entendu de ce qui s'était passé à cèlé de lui : toutes affirmèrent qu'elles n'avaient rien vu ni entendu.

Cependant, le 24 janvier, M. le curé dit une messe du Saint-Esprit pour demander à Dieu d'éclairer son paroissien et de l'insU uire sur la vérité de ce qu'il voyait. Martin avait iui-méme demandé cette messe ; il y assista lui et toute sa famille* Au retour de la messe, Marlin monta dans son grenier chercher du blé pour le mar* cbé ; en ce moment l'inconnu lui dit d^un ton ferme : u Fais ce que je te commande, il est temps. »

Le curé de Gallardon crut alors devoir prévenir Teviique de Versailles de ce (jni se passait. Il lui adressa Martin ; celui-ci accepta volontiers une lettre de M. le curé, adressée a Monseigneur,espérant par la, disait-il, se débarrasser de ses tourmentes. 11 partit le vendredi â6, et se présenta le lendemain devant son évéque qui rinterrogea et lui recommanda de demauder au personnage qu'il voyait quel était son nom*

Quelque temps apres,révèquc, à cause de la };ravite de la première apparition , crut devoir en

préveoir le ministre de la police (M. Dceaxes).

Le mardi 30 janvier l^inconnu apparat de nouveau à Martin et lui dit : Votre commission est bien commencée, mais ceux qui l*ont entre les mains ne s'en occupent pas ; j'étais présent quoique invisible, quand vous avez fait votre déclaration : il vous a été dit de me demander mon nom et de quelle part je venais : mon nom restera inconnu ; je viens de la part de celui qui m'a envoyé, et celui qui m'a envoyé est au-dessus de moi (en montrant le ciel). )» Martin réplitiua : «t Comment vous adressez-vous toujours à moi pour une commission comme ceile-lèi, moi qui ne suis qu'un paysan? Il y a tant de gens d'esprit? — C'est pour abattre Torgueil, répondit Tinconnu (avec un geste de la main vers la terre ) ; pour vous, ajouta-t-il, il ne faut pas prendre d'orgueilde ce que vous avez vu et entendu ; pratiquez la vertu, assistez h tous les offices qui se i font à votre paroisse les dimanches et les fêtes, évitez les cabarets et les mauvaises compa^ gnies où se commettent toutes sortes d'impuretés et où se tiennent toutes sortes de mauvais discours, m II lui dit aussi : u Ne faites aucun charrois les jours de dimanches cl de fêles. )»

Durant le mois de février, l'inconnu apparut

encore dillércnLes fois à Martin ; il lui dit un Jour : 4( Mon ami, on metbien de la lentenr dans ce que j'ai commandé ; voilà pourtant le temps de la pénitence et de la réconciliation qui approche. Il ne faut pas croire que c'est par la volonté des hommes que l'usurpateur est venu

Tan passé t c'était pour châtier la France... Toute la foimlle royale avaK fait des prières

pour rentrer dans sa légitime possession ; mais une fois revenue, elle a pour ainsi dire tout oublié. Après le second exil, elle a encore ftiit des vœux et des prières pour recouvrer ses droits, mais elle retombe dans le même peu* cbant. Comment donc, répondit Martin, venez-vous toujours me tourmenter pour une aflPaire comme ça? L'inconnu répliqua : u Per-* sistez, 6 mon ami I et tous parviendrez* i» Une autre fois, il lui dit en le pressant de fairr* sa commission ; u Vous paraîtrez de vaut Tincrédulité, et TOUS la confondrez ; j*ai encore autre chose à vous dire qui les convaincra, et ils n'auront rien à répondre. 11 Texcita encore unjour par ces paroles : « Pressez votre commission, on ne fait rien de tout ce que je vous ai dit ; ceux qui ont Taffaire eu main sont enivrés d'orgueil : la France est dans un état de délire ; elle sera livrée n toutes sortes de malheurs. » Dans une autre apparition, il lui fit . cette annonce : « Si on ne fait pas ce que j'ai dit, la majeure partie du peuple périra, la France sera livrée en proie et en opprobre à toutes les nations, vous leur annoncerez aussi en quel temps la France pourra rentrer en paix; ces choses je vous les dirai quand il en sera temps. » Enfin un autre jour, l'inconnu dit de nouveau à Martin : « Vous irez trouver le roi; vous lui direz ce que je vous ai annoncé ; il pourra admettre avec lui son frère et ses fils, n En même temps il l'avertit u qu'il serait conduit devant le roi, qu'il lui découvrirait des choses

secrètes du temps de son exil, mais que la coanaissanc^ ne lui eu serait donnée qu'au moment où il serait introduit eh sa présence* »

Toutes ces apparitions et ces annonces fatiguaient beaucoup Martin ; il s'imagina donc quMl pourrait y mettre fin en quittant lepays« et en s'en allant stul, comme il Fa dit, aussi loin qu'il pourrait aller, sans faire réflexion qu*il avait une femme et des enfants. Comme il n'avait pas encore tout h fait rejeté ces pensées, dont il ne s'était ouvert à personne, Tinconnu se présenta devant lui dans sa grange, où il était ébattre son blé : « Vous aviez formé, lui dit- il, le dessein de partir, mais vous n'auriez pas été loin, il faut que vous fassiez ce qui vous est annoncé. » El après ces mois il disparut.

Le ^ mars, nouvelle apparition : u Allez, dit l'inconnu à Martin, vous acquitter de votre commission ; que voire pasteur aille à Chartres, quMi fasse assembler le conseil ecclésiastique, qu'il soit nommé une députation qui se rendra auprès du supérieur. Il la innUiplic ra et saura où l'envoyer ; si Ton veut encore résister à ces choses , vous leur annoncerez la prochaine destruction de la i rauce : il arrivera le plus terrible des fléaux, qui rendra le peuple de France en horreur à toutes les nations* })

Sur ces entrefaites, M. le comte de Breteuil,

préfet d'Eure-el-Loir, reçut une lettre du mi* nistre de la police générale» Le ministre invitait le préfet à vérifier u si ces apparitions données comme miraculeuses u'claicnl pas plutôt un jeu de Timaginalion de Martin, une véri-

biyiiizeo by

table illu^îan de son esprit exalté; ou si enfin le prétendu envoyé, et peut-être Martin lui*

même, ne devaient pas être sévèrement examinés par la police et ensuite livrés aux tribunaux, n

Le o mars, à cinq heures du soir, rinconiui apparut a Martin, etiui dit : « Vous allez bientôt paraître devant le premier magistrat de votre cirrontlissement ; il ta ut que vous rapportiez les choses comme elles vous sont annoncées : il ne faut avoir égard ni à la qualité ni à la dignité. »

Le ti mars, M. le curé et Martin se rendirent à Chartres chez M. le préfet. M. le curé fut introîluit le premier, et interrogé séparément; il eut trois quarts d'heure d'entretien avec M. le préfet, auquel il rapporta les événements comme il les avait écrits, jour par jour, d'après les rapports que Martin lui en avait faits; il répoinUt aussi aux objections que lut fit H. le préfet, u Au surplus, lui (lic-il, il ne s'agitque de Teutendre, vous saurez par lui-môme ce qui en est. M. la préfet fit doncentrer Martin, q li re^a seul avec lui plus d'une lieure. Martin, fort Daiv( ment, et sans être en rien embarrassé, lui raconta tout ce qui lui était arrivé depuis le IS janvier jusqu'à ce jour; il en détailla toutes les circonstances, et soutint son dire avec fermeté ; il ajouta que celui qu'il appelait alors un fantAme s'étaitservî d'expressions que lui Martin ne connaissait pas, et par deux fois il en avait demandé l'explication a son frère. Le préfet a envoyé pour vérifier ce fait et la réponse qu'il a reçues'estlrouvée ^'^li^orme a la déelaralipn de Martin.

m PROPHËTiËS« CependaDt^ frappé de la contenance du bon

villageois, de son assur ance, de î>a naïveté, plus encore qtie du fuud^de sa uarraUou,M. le préfet le fil sortir pour quelque temps ; et, preuant à part M. le curé , il lui témoigna toute sa surprise, le pressant plusieurs fois et avec instance de lui dite ce qu*îl pensait de tous ces faits si extraordinaires : sur quoi M. le curé, ne jugeant pas quMl convint de se déclarer le premier, se contenta de lui répondre : «t ttonsieur, écrivez-en â M. TEvêque; il sait l'affaire aussi bien que nous, puisque je lui en ai fait des rapports journaliers ; demandez-lui ce qu'il en pense* — Oui , répartit le préfet, je lui écrirai, mais je vais envoj^er Martin au ministre, car il faut qu'il le voie et qu'il Tentende lui-même, De suite il fit entrer Martin, et lui dit devant M. le curé : « Si je vous mettais dans les entraves et en prison pour faire de pareilles annonces, continueriezvous h dire ce que vous dites? « Comme vous a voudrez , répondit Martin , sans paraître ef- H frayé ; je ne puis que dire la vérité. » Mats , poursuivit M. le préfet, si vous paraissiez devant une autorité supérieure à ia mienne, par exemple devant le ministre, répélepiez-vous, souliendriez-vous ce que vous venez de me dire?

Oui, monsieur, et devant le roi lui-même, répliqua Martin, sans émotion et avec fermeté.

Le jeudi 7 mars, à cinq heures du matin, Martin partit de Chartres par la diligence, escorté de M. André, lieutenant de gendarmerie. Ils arrivèrent sur les onze heures a Kambouiliet, pour !e diner , et se mirent a table d'hète avec les autres voyageurs ; mais Martin dit : ^ €'es(

MARTIN

le carême , Je ne mangerai paa de viande ; » et

il ne prit que du maigre. Arrivés à Paris sur les cinq heures et demie, ils descendirent rue Montmartre^ et prirent leor logement même riie^ hôtel de Calais , dans une chambre au sccuud , k deux lits.

Le lendemain ^ vendredi 8 mars, Martin fut conduit par M. Andréa l'hôtel de la police générale 9 où ils entrèrent à neuf heures du matin* Comme ils se trouvaient dans la cour de l'hdtel, Tinconnu se présenuj devant Martin, sans que son compagnon , qui était à quelque dislance , vit ou entendit rien. « Vous allez, lui dit-îK être «{interrogé de plusieurs manières; n'ayez ni crainte ni inquiétude , mais dites les choses comme elles sont. » Âpres ces mots il disparut. Le ministre n'était point encore levé, il donna ordre qu'en attendant on interrogeât Martin ; ce qui fut fait successivement par deux

secrétaires. Martin répondit à tout nettement , sans se démonter. IjCs secrétaires se retirèrent, et Martin reconnut alors la vérité de ce qui lut avait été dit : «Vous confondrez l'incrédulilé, et ils n'auront rien à vous répondre. »

Après les secrétaires, le ministre fit entrer Martin dans son cabinet, où il te tint pendant trois quarts d'heure , et le retourna de nouveau dans tous les senssurcequ^il avait vu, entendu et fait écrire par M. le curé. 11 prit aussi le ton d'autorité qu'il crut le plus propre h imposer h ce simple campagnard; mais il ne put déconcerter Martin, qui lui répondit fort exactement et sans témoigner en aucune sorte être ému yrar ' toutes sei> questiouîs.

104 l'iiUPMiil^^-

Le ministre v&ulut «encore te monder pour savoir si quelque intérêt n'était pas le principe de ses démarches ; sur quoi Martin lui répondit ;

Ce n'est pas de l'argent que je veux ; il faut que j'aille parler au roi, H que je lui dise ce qui m'est annoncé : ça m'a toujours élé rt eomniandé et je ne serai pas tranquille tant que ma commission ne sera pas faite. Les richess^^s ne peuvent aller avec la vertu; il ne faut tle richesses que pour la vie; monseigneur, l'or- ^jueil et la verlu peuvent-ils aller ensemWe? Celui qui pratique la vctUi est Tanii de Dieu, ri celui qui est dans rorgueil estl>mi des démons et des réprouvés. ^

« Mais,lui dit le ministre, vous voulez aller parler au roi ; c'est une chose qui n'est pas possible, moi -même je ne puis y aller que d'après un ordre par écrit. — « Je ne sais pas tout cela, répliqtia Martin, mats il m'a toiigours été dit qu il fallait que j'aille au roi, et que j'y parviendrais. »

Ensuite , revenant au personnage dont Mar-

lia rapportait les ordres et les annonces, Itî nii; nistre lui demanda comment Thomme qui lui apparaissait était habillé , quelle taille il avait , quelle fif^ure, s'il paraissait âgé? Martin lui en Ht le portrait que nous avons vu plus haut : u Eh bien, lui dit le ministre, vous ne le verrez plus, car je viens de le faire arrêter et conduire en prison. n — u Et comment, répartit Martin, avezvous fait ponr le faire arrêter , puisqu'il disparaît tout de suite comme un éclair? )> — « S'il disparait pour vous, reprit le ministre, il ne disparait pas pour tout le monde. » Et «'adressant à

un (le se8 sccrétairrs i «< Allez voir, iui ordoimii* NI, si <iet homme que j'ai dit qu'on mette prison y est encore. >» Quelques instants après, le ic secrétaire revint et fit cette réponse : «i Monn 8ei[jneiif, ily est toujours. ~ « Khbien, dit ti alors Martin, si vous Tavez fait meltre en pri- « son , vous me le montrerez et je le recounal-* « trai bien ; je Pai vu a^sez de fois pour cela.»

Après ces interrogatoires , se présente un homme qui viëtte avec soin la tète de Martin, en lui écartant les cheveux a droite et à gauche; le ministre les tourne et retourne de même (sans doute pour examiner s'il ne portait pas quelque signe indicateur de la folie), à quoi Martin se contentait de dire : u Regardez tant que vous « voudrez, je n'ai jamais eu de mal de ma vie.

Enfin le ministre le congédie : « Allez«vous-en déjeuner,» lui dit-ih Martin descend à la cuisine, oà on lui sert un morceau de rôti : « Moi , dit- «fil, je ne man{i;e point de viande en carême, M encore justement que c'est aujourd'hui le ven* it dredi des quatre^temps. » On lui acaommoda des œufs, qu'il mangea de bon appétit, comme n'étant nullement ému de ia scène qui venait de se passer.

Revenu avec Marlin à Tliôtel de Calais, M. André laissa Marlin tout seul jusqu'à dix heures du soir, tant il craignait peu qu'il lut échappât* Au retoiu' de M. André, quand ils furent montés ensemble, Martin Tinterpella ainsi : a Mais If le ministre m'avait dit qu'il avait fait mettre il en prison rhomme qui m'apparaissail? H l'a M donc relâché puisqu^îl m'a apparu depuis et « qu'il m'a dit : « Vous avez été questionné au

M jonrd'hui , mais on ne veut pas faire ce que te j'ai dit : celui que vous avez vu ce matia a « voulu vous faire croire quVn m^avait fait ar- « rêter ; vous pouvez lui dire quMl n'a aucun te pouvoir sur moi, et quMi est grand temps que t( le roi soitaverti.n A Tinstant même M. André va faire son rapport à la police, tandis que Martin^ sans inquiétude, se couche et s'endort paisibleraent.

Le samedi 9, Kartin, s'étant levé , descendit peu après de sa chambre pour «demander les bottes du lieutenant ; comme il remontait, Tinconnu se présenta devant lui au milieu de IVscalier, et lui parla de la sorte : u Vous allez avoir t< la visite d'un docteur, qui vient voir si vous u êtes frappé d'imagination, si vous avez perdu t( la tète; mais ceux qui vous renvoient sont plus « fous que vous. )> Rentré dans sa chambre , Martin raconta ceci à M* André, qui lui répondit: «Je nesaispascequevous allezvoir.n M. An* dré sortit sur les deux heures après midi.

Ce jour-là même, sur les trois heures, un homme bien mis vint à Thètel de Calais deman-> lier à parler à M. André : c'était M. Pinel , médecin très-renommé pour les maladies mentales.

Après celte visite du docteur, sur les cinq heures et demie du soir, Martin étant seul dans sa chambre, l'inconnu se présente h ses yeux et lui dit encore : *i 11 faut que vous alliez parler te au roi ; quand vous serez en sa présence , je te vous inspirerai ce que vous aurez à lui dire : t« je me sers de vous pour abattre l'orgueil et <c l'incrédulité. Si vous ne parvenez pas à ce

MARTIN

u but..., la France est perdue... On lâche d'ëtt carter Tdffaire , mais elle &e découvrira par a line autre vaie. »

Le dimanche 10 aiais, au matin , entre sept et huit heures, Martin était encore dans sa chambre tout seul; rinconnu lui c]pi)arut et lui parici ainsi : « Je vous avais dit que mon nom Il resterait inconnu ; niiais puisque rincrédulilé « est si grande, il faut que je vous découvre mon ic nom : Je suis Tardiange Raphaël, ange trèsu célèbre auprès de Dieu; j'ai reçu le pouvoir ti defrapper la France de toutes sortes de plaies*» A ces mots, Martin, comme il Ta avoué depuis à M. le curé, fut saisi de frayeur et éprouva une sorte de crispation* L'ange lui annonça encore que la paix ne serait rendue h la Fi ance qu'après Tan 1840 (i)» Martin, ainsi qu'il avait coutume^ rendit compte à M. André de cette frap* pante apparition. Quelques heures après, ils sortirent ensemble, et M. André , ayant fait la rencontre d'un de ses amis , s^entrelint avec lui peruliint l'espace d'une heure.

Le lendemain matin, sur les sept heures, nouvelle apparition, dans laquelle Tange lui dit : u Ceux qui étaient hier avec v ous se sonl en- » tretenus de vous; vous n'entendiez pas leur <c langage (ils avaient parlé en anglais); mais « ils ont dit que vous veniez pour parler au roi, M et l'un a dit à l'autre que quand il serait re- « tourné dans son pays , il lui donnât de ses i< nouvelles pour savoir comment la chose se

(i) Voici îes propres expressions de Tange à ce sujet : tt Si la France ne se hète de roetlre fin à ses désordres, elle ara dans l'agiiaUm jusqud l^u» WiO.

lus

•t serail passée. » Au retour de M . André, Martin lut rapporta ceci , sur quoi le lieutenant iui dit : « Puisqu'il vieiU ainsi vous visiter ^ failes-le*inoi donc voir la première fois qu'il viendra. »

Lemêmejoui% 11 mars, et dcnxheuresaprcs, Martin reçut encore, en l'absence de JMl. André, Pordre d'aller parler au roî : «i Au moment, iui « dit l'ange, que vous serez devant lui, on vous « inspirera ce que vous aurez à lui révéler. Le ti roi est entouré de gens qui le trahissent, et on « le trahira encore. 11 s'est sauvé un homme des 41 prisons , on a fait accroire au roi que c'était a par finesse et par Peffet du hasard , mais la^ i( chose n'était point telle : elle a été premé- » dîtée y ceux qui auraient dù mettre à sa pouric suite ont négligé les moyens, ils y ont mis « beaucoup de lenteur et de négligence; ils l'ont (t fait poursuivre quand il n'était plus possible H de l'atteindre. »

Martin a rapporté dans la suite celle particularité à un officier supérieur qui vint le voir à Gbarenton , et cet officier dit tout bas, mais de manière A être entendu du seul directeur : Cest JLavaiette. £n quittant Martin , cette fois Fange lui dit : «Vous allez avoir encore aujour- « d'hui la visite du même docteur , » et il disparut. .

Le soir, sur les quatre heures et demie, ledoc-^ leur arriva comme il était a dîner. Martin remonte avec lui dans sa chambre, où se rend aussi M. André, qui rentrait dans le même moment. Le docteur inspecte Martin, lui tâte le pouls ; mais Martin lui dit : « Il vient encore de

MAHTIiX.

m'ètre annoncé cfii'îl faut ({ue je parle au roi,

« que je fasse ma commission, que Inni qu'elle t( ne sera pas faite, je iieberaipas tranquille. Il «t m'araît été dît que vous viendriez me revoir «aujourd'hui; mais parce que vous laidiez, je «( pensais qu'on m'avait trompé. » Le docteur lui répond : u Ce ne sera rien que cela, nous ferons passer celle maladie-là. — «Moi, dit Martin, i( je ne suis pas malade, puisque je bois, que je «( mangue bien et dors de même. — u Assurément il dort bien, lémoigne M, André, car je ne dors pas toute In nuit, et je l'entends routier, ii

Le mardi 12 mars, sur les sept heures du matin, comme Martin finissait de s'habiller, l'auge se montra près de la fenêtre et lui parla ainsi : M On ne veut rien Faire de ce que je dis ; plu-

V sieurs villes de France seront détruites, il n'y

V restera pas pierre sur pierre ; la France sera en proie à tous les malheurs ; d*un fléau on

* lonîlx ra dans un autre. >» Dans ce momenl, Martin dit à M. André : « Puisque vous désirez « ie voir le voilà qui me parle. » Le lieutenant saute anssilùt du lit, vient à la place que lui indique Martin, étend les bras, tâtonne de toutes parts. Pendant ce temps, Marlin voyait Pange varier et cbang^er de place. M. André, ne senlantni u'entendant rien,ditalors à Martin :«(Cesl étonnant que je ne voie ni nVntende rien; eomuienl se peut-il faire que Tun voie et entende, et que Tautre ne voie ni n'entende rien ? Passe encore pour voir, mais au moins je dev rais entendre.Martin répond : — « Je ne le comprends «< pas non plus; mais il faut bien que Tun voie ti ei entende, et que Faulre ne voie et n'entende

« pas, puisque je le vois et que je Pentends; et « voilà comme il me dit. )» M. André s'iiahiUe et sort, laissant Martin seul dans la chambre.

Sur les dix heures, nouvelle apparition , où l'ange dit a Martin : u On va prendre des infor^ K mations de vous dans votre pays, pour savoir « les personnes que vous fréquentiez. î» Sur-lfechamp Martin en donna avis à son frère par une lettre arrivée le 14 à Gallardon.

Suivant l'avis qu'avait reçu Martin, le ministre écrivit le à M. le préfet, et le 16, M. le curé de Gallardon reçut du préfet la lettre sui* vante , dont voici le texte :

u Veuillez bien m'informer, monsieur, des « relations intérieures de Martin à Gallardon, et « ne me laissez rien ignorer de ce qui le conte cerne. Je suis, etc. »

Aussitôt M. le curé prit dans le pays les informations, les plus exactes sur Martin, et dès le lendemain il envoya sa réponse à M. le préfet.

Lorsque Martin fut revenu au mois d'avril à Gallardon^ MM. Pinel et Royer-CoUard, médecins , demandèrent à H. le curé la même lettre de Martin et celle du préfet, pour constater le fait et l'insérer dans leur rapport. M. le curé les leur envoya aussitôt en original. Elles ont été déposées à rhospice de Charenlon.

L'après-diner, le lieutenant sortit avec Martin; ils allèrent ensemble proche le Val-de-Grâce, et le docteur Pinel,que M. André alla voir dans ce quartier, lui remit des papiers qu'il porta de suite à l'hôtel du ministre, toujours accompagné d<î Martin , avec lequel il revint h l'hôtel de Calais. Ces papiers étaient le rapport de M. Pinel,

MARTiK.

OÙ il déclarait Hartid atteint ùemontmumie^ûne

hallucination des sens.

Le mercretli 13 mars, l'archange parut devant Martin : « On va, lui dit*il, vous conduire dans w une maison où vous allez être détenu, el votre «( conducteur s'en retournera seul dans son it pays, n Lorsqu'il eut rejoint M. André, celui* ci lui dit: « — Nous allons nous promener. «Oui, « répondit Martin, vous allez me conduire dans fc line maison où je resterai pour être examiné, « interrogé et questionné, H vous, vous vous en «( retournerez seul chez vous.»' — Non, nous nous en retournerons ensemble. ~ u Non, nous ne *^ nous en retournerons pas ensemble ; mais on u a beau faire, malgré tout ce qu'on fait contre » moi J e parviendrai h parler au roi, et on verra « bien que les affaires ne viennent pas de moi- <( même. Il faut nécessairement que je les fasse.» M, André lui dit : On fera comme Ton voudra , il faut bien que je fasse aussi ce qu'on m'a commandé. Ils prirent donc une voilure de place, et se rendirent h Charenton.

Le jour même de son arrivée , sur les quatre * heures après midi, M. Royer-CoUard, médecin en chef, fit sa visite à Thospice de Charenton et interrogea Martin,qui,sans hésitation,mais aussi sans empressement , commença de nouveau le récit des événements qui lui étaient arrivés.

£n le quittant, le médecin en chef recommanda h son collègue, le médecin adjoint de la maison (M. RIeynie), au surveillant lies malades! M. Legros), au premier élève en médeciQe(M. Fiamon), étalons les infirmiers du quartier où il avait été placé, de l'observer attentivement, de suivre

lotîtes S démarches, et lui rendre un compte

très-exacl de re qu'il ferait ou dirait.

Il n'y eut rion de nouveau pour Marlin le 14 mars* mais te 1S an matin, comme il était à s'lic'il)iller , l'ange s'oflVe à sd^s yeux et lui dit : ti Puisqu'on vous traite de ia sorte , je ne re- CI viendrai plus vous voir : qu'on fasse exami-^ « TifT la chose par des docteurs en théologie, «i et l'on verra si elle est réelle ou non. Si on ne «•veut rien croire, ce qui est prédit arrivera ; «( pour vous, mettez voire confiance en Dieu , il « ne vous arrivera aucun mal, ni aucune peine. u Je tous donne la paix; n'ayez nui ciiag^nn ni « inquiéhide. )>

Il est a remarquer que Martin , ne comprenant point ce que c'était qu'un docteur en théologie^ en demanda l'explicnlion au surveillant de ia maison de santé. La même chose iui était arrivée à Gallardon, au sujet de ces expressions figurées: « LaFi'anceest dans le cUlire^ elle sera en proie à toutes sortes de maux; M, le curé les iui expliqua.

lie 22 mars, Jacques Marlin, frère de Thomas, an*ivasur les neuf heures du matinà l'hospice de fJiarenlon. Autant qu'on a pu en juger par ses discours, il s'y montra comme un homme rempli de sens et de droiture. Après avoir passé une partie de la journée avec son frère, il fut mandé dans Taprès-midi dans la ehambre où étaient assemblés les docteurs avec M. le directeur et les principaux de la maison. Interrogé sur son frère Thomas et sur tous les points qui faisaient le sujet des oîiKe questions faites par M. Royer* Collard, et qu'on venait d'envoyer dans sa corn-

MAttTIN. 115

niuae ^ il réi>0Ddtt que Von af aîl toujours observé cht z 3Iariiti ua caraclère cxlrémeiiN fit iiuux cl iiioiléré; qii'oa a'ayaitjaiiiaU remarque ou lui illilées exallées , uir quelque poim que ce fùl; «ju'il avait toujours Rienê une conduite irreprucliabie cl bd^tt sur ihs seiiluueius rdigieux bien entendus et dégagés de tout fanalisinc et de toute superstiliun ; que u s révolutioa2>, de quelque uaïuj e quViUs euâiîeal eie^ n'avaient jamais produit sur son esprit une ini- [uession remarquable; qu'il avail toujours joui d'une bonne santé, au physique connue au moral; et que personne de sa famUle n^avaiteu de maladie d'esprit : il ajouta que lui-même étant h labourer avec son frère, il vit ce dernier s'ar-* rèter dans Tattkude d'un homme qui écoute ; il voulu i\\nvs s'arrêter aussi , mais il fut oljîigé de courir après sou cbeval ^ qui continua de marcher malgré lui : son frère lui fil part de ce qui s'elail passé.

Dans le même temps que JdC({ues Mariiu rendait ee témoignage, le curédeGalIardonre-* cevait, ainsi que le maire, le paquet renfermant les onze (jnestions données le IHmars au directeur |>ar M. Uojrer-CoUard . Leurs réponses hrces questions fureiil uniformes et précises : elles présentent Martin comme un homme franc^ ouvert, modéré, remplissant st s devoirs fidèlement, mats ^ans ostentation, ennemi <le la révo* lulîon, mais sans a^reur, ami du roi sans apparat, d'humeur gaie, d'un caractère ferme, point crédule, point ami du merveilleux, incapable de servir un parti aux dépens de la sin-cérilé et de la vérité.

Ces réponses, ({iii furent d^abord adressées à

Chartres a M. le préFel, arrivèrent à Charenlon le surlendemain du départ du frère de Martin, en sorte quMl ne pouvait y avoir aucune collusion dej>art et d'auh e ,quoiqu il y eût dans tous les témoignages une si grande conformité.

Le mardi ^6, sur les sept heures du matin, comme Martin commençait à écrire à son frère pour lui recommander Touvrage des champs, range parut a côté de la table sur laquelle il écrivait. Martin a rapporté celte apparition dans la lettre suivante, ^ui a été copiée avant qu'on la mil à la poste.

Maison royale de Charenlon, le 26 mars 1816.

« Mon frère, je t'écris celte lettre pour te

« marquer que je suis toujours en bonne santé ; ti je souhaite de tout mon coeur que la présente- « vous trouve tous de même. Comme j'ai comumencéà l'écrire, la même apparition m'est «''apparue; elle m*a dit les choses en ces tcr- «i mes : *c Mon ami, je vous avais dit que je ne «Ireviendrais plus vous voir; je vous assure i( que j'aurais une grande douleur si mes démaru ches étaient iriiuiles. Je vous assure que le il plus terrible fléau est prêt a tomber sur la ic France, et qu'il est à la porte. Les peuples en « voyant arriver ces clioses seront saisis d'élon- « nement et sécheront de frayeur. Ce qui avait i( été prédit autrefois est arrivé comme il avait H été annoncé; de même la chose arrivera si a Ton ne pratique pas ce que j'ordonne. La u France n'est plus que dans rirréiigion, i'or- ' «c gucil; riiicrcUulité, Timpiété, l'impureté, et

MAKIIN.

il enfin livrée à toutes sortes do vices ; si le peuu |>le se prépare à la péaiteoce^ ce qui est préu dit sera arrêté ; mais si l'on ne veut rien faire

t( de ce que j'annonce, ce qui est prédit arriu vera. p L'archange me dit aussi t{ue je ne poui{ vais désirer une meilleure santé ; que l'on me i( fasse visiter par les docteurs les plus savaiils, « qu'ils ne pourraient trouver aucune maladie ic en moi ; il me dit aussi que si je suis retenu^ « c'est que Ton veut faire une épreuve de moi ; K il dit que c'est une erreur de vouloir m'éproui( ver après toutes les choses qui sont écrites. 3?

Martin a aussi déclaré que l'an^^^e lui avait dit avai\t de disparaître: Je vous donne la paix; fiaye^ nul chagrin ni inquiétude.

Depuis que Martin était retenu à l'hospice de Charenton, il était obligé de se trouver à la visite du médecin, mais il n'y parut point tes S7 et 28 mars. Nous allons le suivre dans un rapport particulier concernant une apparition qui lui arriva ce dernier jour.

»c Le jeudi 28 mars, sur les cinq heures après u midif comme je me promenais dans le jardin, <( Tarchange se présente devant moi, et me dit :

<( Pourquoi ii'allez*vous pas à la visite? Je lui

» réponds : J'y vais; il me dit, mais brièvea ment : Elle est faite;.... et moi, c'était par *i exprès que je tardais toujours à y aller; je m'amusais tant que je pouvais, parce que tous ces gens-*là qui étaient de la visite se mo- )» quaient de moi- L'ange ajouta : « Vous ne » voulez pas mentir; il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes (Act. 5, 20). L'ange dë lu- ^) mièrc ne peut annoncer les choses de ténc-

lie

u bres ; l'ange de ténèbres ne peut pas aanon* «cep les choses de lumière. Qu*od profile de «la lumière, tandis qu'on a la lumière; pour u vous, mêliez voire confiance en Dieu . il ne « vous arrivera aucun mal. » Et il disparut cumme les aulrts lois.

Le même jour, 28 mars. M» le Gros, surveiilani, fit venir Martin dans sa chambre, e t meUmit la conversation sur les apparitions de l'ange : « Puisque vous le voyezainsi,Iui dit-il, quand vous le verrez, vous lui demanderez qu'il me prenne sous sa protection, je serais bien aise d'être sous la protection d^unange. — ^^ Oui, répondit Martin, jele lui demanderai. »^ Il n'eut pas la peine de le faire : car, dès Tapparîtion suivante, Tange le prévint et lui dit : <t Quelqu'un de la maison vous a demandé que ^ je le prisse sous ma proleclion ; vous lui direz «( que celui qui pratiquera la religion telle

qu'elle est annoncée, et qui aura une ferme «< croyance, sera sauvé.

Cependant PaiFaire de Martin s'ébruitait sourdement à la cour. M. de la RochefoucauU, qui en fut instruit, vint à Charenton le â9 mars, ainsi qu'un iscclésiastique (M. Oulondel ) qu'envoyait monseigneur (l'ancien) archevêque de Reims, pour voir, examiner Martin, ets'instruire de sa propre bouche du fond de son affaire et de ses circonslances. Marlin, présenté par M. le directeur, leur rapporta fidèlement ce qui lui était arrivé la veille. A la prière de M. de la Rochefoucault, M. ic curé de Gallardon vint à Paris, pour donner de vive voix des renseignements a M. l'archevêque de Paris ( M. de Férigord).

MAUTliN.

Durant ces diverses néçocialions, Martin eut encore une apparition non moins remarquable que les précédentes. Voici comment il Ta rap» parlée lui-même :

«c Le dimanche 31 mars, j'étais^ sur les deui c( a trois heures de Taprès-midi, dans le jardin, <( il m'a apparu et m'a dit : Il y aura des dist( eussions : les uns diront que c'est une imagi- •t nation ; les autres que c'est un ange de u lumière, et d'autres que c'est un ange de téu nèbres : je vous permets de me toucher* 11 « me prend la main droite avec sa main droite, u et me la serre réellement » Et comme Martin l'a dit h M. le directeur en lui prenant la main aussi sensiblement que je serre la vôtre ; u H a ouvre sa redingote par devant ; quand elle a u été ouverte, cela m'a semblé plus brillant que « les rayonsdu soleil, et je n'ai pu l'envisager.)» (ittai tin fut obligé de mettre sa main devant ses yeux.) te 11 ferma sa redingote^ et quand elle fut »i fermée, je n'ai plus rien vu de brillant j il m'a ic semblé comme auparavant. » Celte ouverture ^t cette fermeture se sont opérées sans aucun mouvement de sa part. « Il retire son chapeau ti en arrière, et me dit, en touchant son front t( avec la main : m L'ange rebelle porte ici les r, marques de sa condamnation , et vous voyez ^ que je n'en ai pas; i> il me dit, en finissant ; u Rendez témoignage de ce que vous avez vu et «: entendu, n

Le 2 avril, une personne vint prendre Martin pour le conduire à Paris. Voîcidans quels termes Martin rapporte son entretien avec Louis XYIU, qui eut lieu le même jour :

PKOl^UlilitS

«( Le mardi âavril 1816, commej'étaisàdlner à la maison de santé (Char en ton), il vint quelqu'un de la part du ministre de la police générale, qui depuis quatre semaines me retenait. (A dater de son départ de Chartres jusqu'à sa sortie de Cliarealon.) Ce monsieur me dit de venir à Paris,

t( Arrivé h la police, H. Decazes me demanda si je voulais parler ati roi. « Oui , et iiiy commission ne sera pas faite avant de parler à lui« même, comme on m*a ordonné de lui annoncer ce qu'on m'a dit. )> — Mais que devez-vous dire au roi? — Dans ie moment je ne sais pas ceqae je dois lui dire ; les choses me seront annoncées quand je serai devant le roi. > Le ministre me dit alors : Eh bien ! vous y serez conduit. Vous verrez un bon roi qui est notre père à tous !

u Le ministre passa dans une autre cliambre

pour mettre son habit d'ordonnance, et moi j'étais seul dans le cabinet où il m'avait parlé. L'angle m^apparyt sous les formes ordinaires, et il me dit : « Vous allez parler au roi, qui sera la personne à laquelle on vous présentera, vous sérez seul avec lui, n^ayez aucune crainte de paraître devant le roi; pour ce que vous ayez à lui dire, les paroles vous viendront à la bouche. » Car, quand je devais aller chez le rot^ continue Martin, je ne savais pas ce que je devais lui dire, et je ne l'ai su qu'en le disant. Et en effet, je n'ai point été embarrassé dans tout ce que je lui ai dit depuis le commencement jusqu'à la (in; et c'est la dernière fois qu'il ( l'angle) m'a apparu.

MAKTIN.

« Le ministre revint donner une IcUro â nn bomiuc, et lui dit : Conduisez cet homme-lii au premier valet de chambre du roi. » On voulait me mener en voiture, mais moi je dis que cela ne valait pas la peine, car il n'y avait que la Seine à traverser. Nous arrivâmes aux Tui* . leries sur les trois heures, et sans (jiie personne ait itit rien. Nous arrivâmes jusqu'au premier valet de Louis XVIU , à qui on remit la lettre, et qui, après l'avoir lue, médit: Suivez-moi. » Nous nous arrêtâmes quelques moments, parce (fue M. Decases, qui était venu au palais en voiture, était venu avant nous, et il était chez le roi. Quand le ministre sortit, je suis entré; et; avant que je dise on mot, le roi dit au valet de chambre de se retirer , et de fermer les porles.

tt Le roi était assis devant sa table^ en face la

porte j il y avait des plumes, des papiers et des livres. J'ai salué le roi en disant : u Sire, je vous salue. )i Le roi m*a dit : « Bonjour, Martin, m Et je me suis alors dit à moi-même : 11 sait donc bien mon nom. u Vous savez, sire, sûrement, pourquoi je viens?— Oui, je sais que vous avez quelque chose à me dire, et Ton m'a dit que c'éUit quelque chose que vous ne pouviez dire qu'à moi; asseyez-vous. i» Alors, je me suis nssis dans un fauteuil qui était placé vis-à-vis le roi, de manière qu'il n'y avait que la table entre nous. Alors, je lui demandai comment il se portait ; le roi me dit : u Je me porte un peu mieux que ces jours passés; et vous, comment vous portez-vous? — «Moi, je me porte bien. »

— « Qoel esl le sujet de votre voyage? » — El je iui ai dil (i) :

«c Vous pouvez faire appeler, si tous le voulez, voire frère et ses fils, u El le roi luMnlerrom* pît en disant : a Cela est inutile Je leur dirai ce que vous avez à me dire. )» Après cela, je racontai au roi toutes les apparitions que j'avai:» eues.

H Quand je lui parlai de Thomme sauvé de la

prison, le roi me dit: « Je le sais, c'est Lavalelte.

41 Moi, je continuai eu lui disant : Il m'a été

dit que le roi oxaiîiinc tous ses cinployûs, et surtout ses ministres. — Ne vous a-l-on pas nommé les personnes? — Non, il m'a été dit qu'il élait facile au roi de les coimailrej uioi, je ne les connais pas.

« Enfin, lut ayant dil toutes les particularités des apparitions, le roi ml^ dil : <t Je sais tout cela : rarchevèque de Reims ( le grand aumônier) m'a tout dit. Mais il me semble que vous avez quelque chose à me dire en particulier et en secret.» Et, alors, je sentis venir à ma bouche les paroles que Tange m%ivait promises, et je dis au roi : «t Le secret que j'ai à vous dire, c'est que vous occupez une place.. « » ( Nom fie finissons point la phrase ; il n'est pas encore temps de le faire). Le roi alors m'interrompit

(l) Pour ce qui va suivre, les anciennes relations difTèrcïil un peu de celle-ci, [)arce qu'alors Alurlia n'avait pas encore divulgué un secret qu'il avait dil à Louis XVlil en lui promenant de n'en point parler pendant la vie de ce dernier. Cependant Touvrage sur lequel nous composons celle notice ne croit pas devoir encore le publier.

MAHTIN.

en disanl : « Coiiiineiil, comiucnl ! mou Ircre et ses enfaiils étant morts*. (Fin de phrase sop->

primée par la même raison que ci-dessus.) Et moi, aiors^ Je lui dis : u Je ne connais rien à tout cela ; mais Je sais bien que..é ( Nouvelle suppres* siuii motivée coniine ci-dcssus. ) El c'est sî vrai ce que je vous dis, qu'il csl vrai qu'un Jour, étant à la chasse avec le roi Louis XVI , votre frère, dans la forêt de Saint-Hubert.... j> ( Nous n'achevons point la phrase; il suffit, pour le mo^ ment, d'avertir nos lecteurs qu'ici Martin racoule an roi, dans tous ses détails, un fait qui était personnel à Louis XVllI, el qui avait eu lieu dans le temps où la reine Marie-Antoînelte était grosse, tandis que Louis XVHI ne savait pas encore sa grossesse. ) C'est à ce récit que le rot, frappé d'élonnement, et profondément ému, dit : »{ 0 mon Dietï î ù mon l)ieu! cela est bien vrai ; il n'y a que Uieu, vous et moi qui sachions cela ; promettez-moi de garder sur toutes ces communicalions le plus grand secret, n Et moi, je le lui promis. Âpres cela. Je lui dis : u Prenez garde de vous faire sacrer; car, si vous le tentiez, vous seriez frappé de mort dans la cérémonie du sacre. )» Dans le moment, el Jusqu'à la fln de la conversation, le roi pleura toujours. Je continuai alors à lui dire :

« Souvenez-vous de votre détresse dans l'adversité, du temps de votre exil ; vous avez pleuré sur la France ; et il fut un temps où vous n'aviez pas d'espoir d*y rentrer, voyant la France alliée avec tous ses voisins. »

(t Oui^ il a elé un temps où je n'avais aucun espoir. » — <( Dieu n'a pas voulu perdre la fa-

mille royale; il a fait renlrer ta famille des Bourbons. Mais où sont les actions de grâces

qui ont élé rendues pour un tel bienfait? ' tt Pour châtier encore une fois la France, Pusurpateur a été tiré de son eiil* Ce n^a pas été par la volonlc des hommes, ni par un efTct du hasard que ces choses ont élé permises ainsi; il est rentré sans force^ sans armes, sans qu*on s6

mil en défense contre lui ; vous uvez élè obligé de quitter la capitale^ croyant * tenir encore une ville de France, et vous avez été obligé de rabandonner. i — «C'est bien vrai, je croyais resler à Lille. »» — « Quand l'usurpateur est centré, il s'est formé un gouvernement, une ar« niée ; et quand il s'est préseiité aux ennemis, du premier coup, il a élé sans ressources, sans asile, sans armées, et rejeté de ses sujets. Vous êtes encore rentré en France; où sont les actions de grâces qui ont été rendues à Dieu pour un miracle si éclatant? »

it Cest vrai, dit Louis XVIII, je n'y ai pas pensé. Je lui dis : ^ Le bon Dieu ne vous a pas donné la pensée parce que vous n^avez pas.,. (Le reste de \u phrase se rapporte au secret, et ne peut pas encore être pu« blié).

« Je continuai en lui disarU : Il m*a toujours élé dit que je parviendrais à vous parler, et que je parviendrais à faire l'affaire qui m'avait été annoncée, et je vois bien qu'il (l'ange) ne m'a pas trompé, car je suis avec vous. Il m'a été dit que vous ne chancelleriez pas pour croire quand je vous dirais les choses. i» — « Non, je ne puis chanceler, puisque c'est la vérité* »

« Ne vous a-l*il pas dît comment il faliail que je m'y prisse pour gouverner la France?— Alors je lui répondis,.. (Celle réponse li^t encore aa secret, nous ne pouvons la donner à présent. )

Envoyez clans les provinces des gens de corifiancc pour préparer... (Nouvelle snp|)ression par ie même motif que ci-dessus. ) il m'a élé annoncé <le vuus dire que si vous ne taVcs |)ns ce qui vous a élé annoncé, vous ferez tomber la France dans de nouveaux malheurs.

« Que les ruis de Fratiee doiveriL se rappeler qu'ils portent le litre de roin irès-chrèliens^ quoique je ne sache pas si cela est comme cela ; qu^ls doivent se rappeler de leur devoir défaire rentrer le peuple dans la chrétienté. » Alors le roi, en me recodimandant surtout le secret, me dit qu'il me promellait de faire loules les recherches possibles pour trouver celui duquel je lui avais parlé, et pour...! » (Le reste est supprimé comme tenant au secret).

Martin fait ensuite au roi le récit de ses dernières apparitions que nous avons fait connaître* Il continue ainsi :

« Après cela, lui ayant dit que Tange qui m V vait apparu était celui qui conduisit le jeune Tobie à Ilagès et qui le ût marier, il m'a pris la main en disant : « Que je louche à la mam que l*angea serrée; priez toujours pour moi. »

u Le roi m'ayant fail des questions sur le curé de Gallardon, je lui ai répété ce que je lui avais déjà dit au sujet des dimanches et fêtes et des désordres qui se commettent. Et je lui ai particulièrement rappelé le principal objet de ma mission, de rendre... (les paroles ont rapport au

secrel), cl le roî m'a réponda : « Je ferai en sorte (le remédier à lout.

4( J*ai salué le roi en lui disant : Je vous souhaite une bonne santé. Il m'a été dit, qu'une fois ma coaimission faite auprès du roi, je vous demande ta permission de m'en retourner au centre de ma famille, comme il m'a été annoncé que vous ne me refuserez pas. )> — Puisque vous avez été obéissant jusqu'à présent, je ne veux pas vous rendre désobéissant ; j'ai donné des ordres pour vous renvoyer. — (( Il m'a toujours été annoncé qu'il ne m'arriverait aucune peine ni aucun mal. w — « Il ne vous èn arrivera pas non plus; vous vous en retournerez demain ; le ministre va vous donner à souper et à coucher, et des papiers pour vous en retourner. >» — « Mais, je serais content si je retournais à Charenton pour leur dire adieu, et pour prendre une chemise que j'ai laissée, j» — K Cela ne vous a-t-il pas fait de la peine d'être à Cbarenton? y avez- vous été bien? >• — « Pas du [ out de peine ; et bien sûr que si je n'y avais pas été bien, je ne demanderais pas à y retourner. »

€( Eh bien, puisque vous désirez y retourner, le minisire vous y fera conduire de ma part. i»

li Je suis retourné rejoindre mon conducteur qui m'attendait, et nous avons été ensemble à rhôlel du ministre (i). i>

Sa mission terminée, Martin s'est rendu dans sa famille à Gallardon, où il est arrivé le jeudi 4 avril 1816. Il a repris de suilc et a toujours

(i) l/enlrelicn de Martin avec le roi a duré au moins 53 miaules.

MARTIN

conlinuê sou ancien train de vie sans la moindre émotion, sans le plus petit élonnemeut de ce qui lui était arrivé, trayanl plus aucune espèce d'apparition, mais gardant sur tous ces événe- Hieuts le plus profond silence. Il répondail aux curieux qui lui Taisaient des questions h cet égard : u Quand vous avez dos affaires, vous autres, n'alle^-vous pas les faire? eh ! bien, j'ai élé faire les miennes, h

Le 6 avril, Martin fit une visite a M. de Brcleuii pour lui raconter les derniers événements de son histoire; revenu à Gailardon, il a continué <Jans le sein de sa fn mille ««a vie simple et laborieuse, estimé et honoré de ta plupart des ha* bâtants.

Au mois d'août 1850, il devint l'objet des poursuites des révolutionnaires de son village, et il fut obligé de se cacher pour sV soustraire.

Voilà le récit exact et fidèle de tous les événements extraordinaires qui regardent Martin de Galiardon. Maintenant il est temps de se demander quel degré de créance il est permis à tout esprit droit et chrétien d'y accorder. La place qui nous reste ne nous suffit pas pour traiter cette question dans tous ses développements.

Nous dirons d'abord que la plupart des personnes ayant la foi, qui oiît vu Martin et suivi son histoire^ croyaient a son inspiration divine : tels sont M. la Perruque, curé de Galiardon, M. révéquc de Versailles, M. le comte de Breteuil, alors préfet d'Ëure*et'Loir, M. le docteur Uoyer-Coilard , médecin en chef de la maison royale de Chajreiiton, M. de Uboulac-

Uumaupas. direcieur de cette maison ; le grand t aumônier de France^ M. Tabbé Dulondel^ M/ le

coiMle de Larochefoucault-Doudeauville, M. le marquis de Montmorency, etc.

Les autres personnes étaient dans une grande incertitude sur le compte du cultiToleur de la Beauce, et n'osaient porter un jugement sur cette histoire, tout en avouant que Martin ne pa* raissaitpas avoir clé fou. Mais ce qui doit exercer une grande inOuence sur Tidée qu'on peut se former de celle histoire, c'esl le rapport de MM. Hnel et Royer-Coiiard au niuiislre. Ces messieurs^ après avoir exposé les faits, posèrent les trois questions suivantes : « Martin est-il aliéné? est-il un imposteur? est-il la dupe de gens habiles qui Xoni poussé dans on intérêt quelconque? n Ils répondent a ces queslious en entrant dans les détails les plus approfondis, et ils les résolvent toutes les trois par la négative. Il no reste donc d'après ce ra[)port de gens compétents et d'une grande instruction sur ce sujet, qu'à tirer la conclusion que Martin était vraiment inspiré. Cest aussi notre sentiment, ou plutôt i'opinioa vers laquelle nous penchons le plus; car nous n'oserions décider la question d'une rnainère absolument affirmative. Il est impossible de ne pas être frappé du rapport qui existe entre Fhistoire de Martin et celle de Jeaiine d'Arc. Ponrqui>i la miséricorde divine qui avait suscité cette héroïne chrétienne pour sauver le royaume très-chrétien, n^aur<iit-elle pas employé le même moyen pour donner au souverain des avertissements d'où dépendait le saiul de la France? Hélas ! il est bien à craindre

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