PÉRIL VÉNÉRIEN
laisser aller les choses comme elles pourront aller? Ou bien dois-je inlervnnir, et alors, comment? n
Les préoccupa tiona de cet ordre F^ont môme assez communes pour que j*aîe éU* mamles fois consulté à ce propos par des pères de famille. Tout dernièrement, par exemple, un de mef^ collègues, médecin éminent, membre de noire ligue, et qui peul*élre nie fait rhonneur de mY*couler en ce moment, me disait ceci : w Jamais, mon cher maïlns je n'ai été plus hanlé par la terreur de la vérole que depuis l'époque où Tun des roiens est arrivé à Vàge d'attraper cette sale maladie. Comme vous le savez» mon grand fils marche sur sesdïxhuit ans. (vost un excellent sujet, qui ne m'a jamais donné que satisfaction par sa conduite et son travail. Mais je commence h trouver qu'il aime bien à sortir seut.sans son |»apa et sa maman, qui, je m^en doute, ne lui feraient pas toujours plaisir en lui proposant de raccompagner. Or, à chacune de ses sorties je me prends ïi trembler et à me dire: Pourvu que ce gamin-là ne nous rentre pas ce soir avec la vérole 1. p. A ce propos, ajoutail-il, dites-moi donc, vous qui vous occupez de ces matières, comment mV prendre pour le retenir et Teflrayer un peu. J'ai pensé à vous Tadresser pour que vous me rendiéït le service de lui faire la leçon. Ou bien, plutôt encore, pernietle^moi donc de renvoyer un matin à votre liùpilal, où je vous demanderai d'avoir l'obligeance de lui montrer quelque beau cas, comme un beau chancre, une grande gomme bien ulcérée, un beau phagédénisme. Cela* croyez- vous, ne pourrait-il pas lui administrer une douche, au moins pour un temps? "
Cest (ju'en elîet le rôve, l'idéal de tout bon père de famille — et ce qui est vrai pour le père est encore plus vrai pour la mère — serait de retenir le jeime homme, souvent même le grand enfani qui menace de lui ér happer, de retarder « la chute prévue ^> dans la mesure du possible^ bref de différer ravènement d'un être chéri dans la vie sexuelle, dont on redoute pour lui les indéniables et multiples dangers cent fois plus qu'on ne tes a redoutés pour soi-même.
Ces dangers, comment les conjurer? Cela, c est affaire au père de famille. C*est lui qui est souverain maître en la question ; c'est à lui de décider en dernier ressort s'il doit intervenir ou non, et de diriger toutes choses à sa guise, suivant ses vues, ses principes, ses eonvictions.
Maïs ne peut- on lui venir en aide dans cette reuvre de sauvegardef^ Ne peut*on par ailleurs soutenir parallèlement le bon combat avec lin, et cela de par des instructions, des enseignements, des conseils émanant des éducateurs du jeune homme? Tel a été sans doute le' sentiment qui a inspiré notre Société alors qu'elle a inscrit à son ordre du jour la question de savoir s'il ny aurai l pas atiUté^ dam les centres scolaires â éclairer tes élèves des classes supérieures sur les dangers des a/fecUons vénériennes et de la syphilis m pariiculier^
Bien que limité, le problème n'en est pos moins difficile el p^irliculièrement délicat. Aussi bien, loin de m'en tenir A mes impressions personnelles, ai-je jii^é opportun dlnsUluer à son ï^iijet une sorte d'enf|utHc, de referendam, en interrogea ni maintes personnes que le hasard amen ail sur mes pas. Or, — en serez- vous surpris ? — ma recolle d'opinions a été très hélérogène, ou, pour mieux dire, j*ai recupillï sur le sujet toutes les opinions possibles. Vous allez en juger*
Les uns (et c'esl de beaucoup le plus grand nombre) m'ont dit ceci, à propos de notre projet de Taire la leçon aux grands lycéens sur les dangers des alTeclions vénériennes : h Très bien! Voilà, certes, une bonne idée. Proleclion esldue au jeune âge, et nous accepterons tout moyen qui pourra éclairer le jeune homme sur les dangers qui le menacent. Certes, le jeune homme, le lycéen en particulier, s'exposerait moins facilement el moins souvent s*it savait ce à quoi il s'expose. Prêchez-lui donc, dès le collège, la crainte salutaire de la vérole. Cela fera que vous aurez moins de clients, vous, messieurs leâ médecins, el lant pis pour vous; mais cela fera que nos enfants auront plus de santé, et lant mieux pour eux ! ^* — Un de mes interloculeurs, aujourd'hui grand dignitaire de Tarmée, m'a répondu (je cilerai textuellement): « Parbleu » oui, je veux qu*on parle de ces choses aux jeunes gens dans les collèges, mais aux grands seulement, bien entendu. Si Ion m'en avait parlé h moi, je me serais sans doute privé d*attraper à dix-sept ansunechaudepissc que j'ai naturellement très mal traitée, comme on se traite au collège, c'est-à-dire en me cachant cl en allant consulter, le dimanche, «luand j'avais cent sous dans ma poche, un médecin de pissotière, ce qui, par parenthèse, m'a valu un rétrécissement qui m'a tourmenté toute ma vie, ^> — Un aiilre: ^ Certes, oui, il ne peut être que bon de parler de ces choses à nos lycéens, car voici mon histoire, à moi : J ai été élevé, à deux cents lieues de ma famille, dans un internat religieux. A dix-huit ans, j'étais non seulement un grand niais, mais un parfait novice sur toutes questions de pathologie vénérienne. Çu'esl-il arrivé ?G'e«l que la première femme (vous entendez bien, la toute première femme) qui m'a racolé sur le trottoir, un jour de sortie, a fait à mes dépens mon éducation sur le sujet, en me gratifiant de la syphilis» Certes, j'aurais eu plus de résistance, jlmagine^ avec les plus légères notions sur les dangers auxquels je m'exposais. *>
Voilà pour un camp.
Inversement, d'autres m'ont accueilli avec le sourire d'une bienveillante incrédulité, u Votre projet, m'ont-ils dit, ne vaut ni mieux
PKHIL véNÉftIEPf
ni pis (|ue tel autre, pour celle bonne raison que toul ce qu'on Tera en Tespèce ou rien, ce sera exactement la mi^mc chose. El. en effet, c est peine perdue que de chapitrer sur TarUcle femme un jeune homme qui vibre sous Tardeur de 8esdi:c-sepl ou di3t*huit printemps. Toutes les in?^trucUons, tous les conseils ne prévaudront jamais «■ontre raîguillon de la chair et Taimable invite d'une jambe bien tournée- » -* ** Tenez' ajoutait l*un de mes interlocuteurs, moi, on m'a fait une forte morale i^ dix-huîtans, et m^me on m'a conduit au musée Dnpuyiren visitt?r un las d'horreurs. J'étais donc très savaol en théorie ; eh bien, cela ne m'a pas empêché, quelques semaînes plus tarder de me livrer à des perrectionneTnents de pratique dont je n*ai pas eu lieu d*étre salis fa il. >>
J*en ai vu enfin (ceux-ei en petit nombre, il est vrai) se révolter et se voiler la face h la seule proposition d'initier un novice aux périls vénériens. «.Mais c*esl insensé» me disaientils, ce que vous avez imaginé là. Qimïl Vous allez parler syphilis à des collégiens ! t>*abord, c'est admettre en principe qu'ils pourraient succomber, et admettre cela devanteux, c'est presque autoriser la faute ou Texcuser à l'avance. Puis, s'ils ne sont pas au fait de telles impudicités, c'est vous qui allez faire leur éducation h ce sujet et leur ouvrir ces horizons obscènes î Vous ne craignez donc pas de déflorer ainsi des innocences et de ternir d'un souffle impur le cristal d'âmes encore vierges! ** {textuel); etc., etc*
Tel est, exactement, messieurs, létat des esprits, et j*ai tenu à vous répéter crûment ces résultais de mon enquête pour bien mettre la question an point sur la façon dont elle est envisagée et jugée dans le public.
De cela que ressort-il en somme "^
C'est qu'en principe le projet d'initier les grands élèves des centres scolaires aux dangers vénériens est généralement accueilb avec faveur en tant *|ue susceptible de produire quelque bien; — mais que, pour d'autres, il est considéré comme indifférent à la façon de tous les moyens de même ordre ; — et, llnalement, tiu'ii est désavoué, désapprouvé, honni par quelques-uns pour les raisons que je viens de dire*
Eh bien, envisageons, discutons ces diverses façons de voir, en commençant naturellement par celle qui reproche audit projet de pouvoir causer un dommage à la jeunesse. Car, ici comme aiUeurs, p rim u m n on n oc ère.
On adresse à notre projet un reproche qui, s'il était mérité, en constituerait la condamnation sans appeL 11 court risque, nous dit-
on, de déflorer des innocences, d'exciter des curiosilés malsaiDes, d*éveiller des appétits prémalures des sens* Il aura pour conséquence d*enseigner aux jeunes gens des clioscs qu'ils n'ont pai besoin de connaître et de les initier à des impudicités ou a des misères de la vie sexuelle qu^ils n*apprendronl jamais assez tardi* vemenl» etc. Pour* un peu, on Taccuserait, et nous avec lui, d'excitation à la débauctie.
A cela j'opposerai une Iriple réponse ;
L — En premier lieu, dirai-je, vous vous failes une étrange illusion sur Tétai d*àme de vos grands collégiens, les seuls, bien entendu* auxquels nous comptions nous adresBen Je vous affirme que ceux-là n*en sont pas à ignorer quoi que ce soit des niystèregde la vie sexuelle, du moins en théorie, el que vous les tinmilieriez fort en voulant les honorer de la candeur d'une Agnès, De par leurs lectures et, plus encore, do par leurs conversations, ils ont fait leur noviciat avant Tàge sur toutes ces choses, et beaucoup mftme en connaissent jusqu'aux ignominies. Rappelons- nous donc, je vous prie, ce dont noua devisions de préférence en Ire nous, alors que nous étions élèves de rhétorique» de philosophie ou de malhémaliques spéciales, voire élémentaires. Rappeîons-nous donc aussi quels livres dissimulait Tombre de nos pupitres. A ce dernier propos, c est un fait notoire que tes mauvais livres sont surtout lus dans le jeune ùge, et plusieurs d*enlre nous pourraient se flatter de n'en avoir ptus ouvert un seul de ce genre depuis le collège. A ce propos encore, passezmoi une anecdote. Il y a quelques années, en bouquinant, le hasard me fait tomber sur un stock d'ouvrages de la triste espèce en ques* tion. i< A qui, diable! pouvez-vous vendre de telles ordures? u dis-je au bouquiniste. Ce à quoi il me répondit: ^i Monsieur* sans doute, Qttltlie Itfs collégiens. «
Donc, soyez rassurés sur ce point, et croyez bien qu'en parlant aux collégiens de seize à dix-huit ans des matières dont nous croyons ulîle de leur parler, nous n'encourrons pas le risque d'ouvrir à rinnocence des horizons inconnus.
M. ^ D'ailleurs, dirai -je à mes eontradjcleurs, que craignez-vous flonc el pour qui nous prcnez*vous? Supposeriez-vous que nous nous proposions de faire à ces jeunes gens un enseignement licencieux, libidineux, pornographique, voire simplement égrillard et affriolant ? Nous comptons sim pi emenl leur parler science^ hifffiène, respect (feux* mêmes et bonnes mœnrs. Il n'est rien là qui ne soit digne h la fois et dVux et de nous ; il n*est rien dans ce programme que d'honnête, que de moral à dire pour nous, comme pour eux à enteuilre.
111. — On nous objecte encore ceci: *< Mais vous allez enseigner à nos jeunes gens des choses iiuih noni pas hesoin de miroir, qu1ls
FÉEtIL VËNÉllIElf
ne sauront jamais ass€2 tardi etc. « — Précisément si, répondrons- DoUHf iU ont besoin de savoir les choses que non» voulons leur apprendre, car ces chas€S peu%'c*nl ^Ire leur sauvegarde^ cap Us soûl à ÏÀge ou jamais de les connaftre. Voyez plutût.
Ce sont des jeunes gens de seize, dixsepl, dix-hiiit ans. Or, cet âge n*esl-il pas celui des premières aspirations sexuel les» auxquelles, de noloriélc commune, on ne résîsle pas loujours ? Happelez-vous donc que, sur )0n cas de syphilis, on en coin p Le plus de S dans la classe bourgeoise cl plus de 13 dans le peuple où la contaminât ion se produit avant !a vingtième année, c'esl-à-dire de quatorze h dix- neuf ans. Rappelez- vous ilonc que, sur 100 chaudepisses« il en est au moins 12 contraclées avant la vingtième année, c*est à-dire de treize à dix*neuf ans. r/où il suit, comme je le disais au début de cet* exposé, qu'un dixième dew atTections vénériennes a son orig^tne dans des contagions co/Tt'Spomluni à fîîge des éiudrfi uroiaires.
D'od cette conclusion :
Que, si Ton vcul prévenir fau moins dans la mesure du possible) ces contagions précoeet!, il convient de s'y pren*ire de bonne hcare^ et qu'il n'est pas trop tôt d'intervenir en ce sens de sejxa A dix-huit ans. Plus tôt, à coup sûr, serait déplacé et dangereuse peut-Atre* Mais plus lard serait risquer d'arriver trop lard fl).
D*après tout cela, je crois la preuve faite et j ai conscience que le reproche adressé à notre pro;ct ne supporte pas l'examen. Très sûrement, ledit projet n'est pas de nature à nuire ; très sûrement, il ne met pas en danger l'innocence de nos collégiens*
Maintenant, d autre pari, est-il capable de répondre à nosinlen*^ tions, c'est-à-dire d*ôlre utile et de réaliser quelque bien, quelques résultats propliy lactiques ?
Je le crois, et voici mes raisons pour le croire.
li'une fai^on générale, il est vraiment peu admissible que la révélation d'un danger ti aboutisse h préserver personne de ce danger. En Tespèce, nous aurons alTaire à des jeunes gens intelligents, instruits^ curieux de ces questions spéciales comme on Test à leur âge, qui
(1) Un ào mes distingués confrères a dît de mime r
a L'dtude d© ces qucslion^ esl considérée â tort comme un sujet scabreux qu*U convient^ relativement aux jeuniia gens, d'éluder et de passer sou» silence. On adopte à leur é^ord la tactique de Tautruche, qui consiste é fermer les yeux «ur le danger, au lieu de le regnrderen face et de le combattre ouvertement. Or^ il est temps de rompre avec les scrupules ejca^éri-^s, avee k convention du mystère et du silence, avec la pruderie ridicule qui nouti pousse A avoir peur des mott plus que du mal lul-ménie. $1 y î\ dus vérités plus dungtreusës h iaire qu'it tnirndre, et qu'U faut avoir le eoura^'^e de proclamer hautement lorsqu'il s agit de parer â uu véritable péril sociaL N est-il pas prérèrable d'en parler avec franchise, plutôt que d'en abandonner rinîliation au has^ard des lectures et des conversations frivoles, des tentations et des aventurer qu'il importe prëciié ment d éviter et de pri^venir? ^ D' C^xLALbnE, Hygiène et morale. Nimes, 1901,)
écouleront avidemenl ce qu'on leur en dira, qui le comnienleronl, en causeront entre eux el se feront même gloire vis-î\-Yisde plus ignorants de leurs connaissances eo la matière. De la sortes établira» par iDst rue Lion mutuelle, une saine et salutaire no lion du peHÎ vénénefij et c'est h\ ce que nous souliailons, car là esl la véritable sauvegarde, la bouée de sauvetage, si je puis ainsi parler. Il est à rroire au nom du bon sens (quoi qu'en aient dit cerlains sceptiques) que cette notion rendra pour le moins quelques-uns de ces jeunes gens, si ce n*est même un bon nombre» plus retenus, plus circonspects» moins téméraires qu'ils ne rcussentétt^ sans elle. Je ne dis pas certes (car j'ai trop d'expérience spéciale de ces tristes sujets pour le dire) que, conscients du péril, ils ne s y exposeront pas ; mais je dis qu'ils s'y exposeront moins souvent, moins facilement, moins élourdiment, moins follement, et que de la sorte pourront être conjurées pour un eerlain nombre ces si regrettables contaminations du jeune âge.
J*a jouterai, à un autre point de vue : Il est impos?^ibIe que cet enseignement collégial du péril vénérien ne soit pas particulièrement profitable à une certaine catégorie déjeunes gens qui n'en auraient jamais reru d autre, à savoir : ceux qui, cloîtrés dans un inLeruat et éloignés de leur famille, n'auront pu bénéficier des instructions paternelles; — ceux qui auroni perdu leur père ; — ceux, enfin, qui, pour une raison ou pour une autre, seront de par ailleurs restés privés de toute notion du sujet.
M'est avis encore que, pour nombre de jeunes gens, une conférence scienti/ït^ue faite au collège sur les sujets en question aurait bien plus de portée, bien plus d'elTet utile, que tous les avertissements el recommandations émanant du foyer familiaL Sans doute un lycéen, même un lycéen « fin de siècle », écoutera avec respect, si ce n est avec un simili -respect, ce que pourra lui dire son père sur les scabreux sujets en question ; mais trop souvent il ne sera que médiocrement impressionné par les sermons paternels, qu'à part lui il jugera excessifs, exagérés, prudhomraesqncs, « vieux jeu », suivant le terme à la mode. Tandis que, j'en suis persuadé, il tiendra bien plus compte d'une instruction impersonnelle, collective, dérivant d'une bouche étrangère, j'entends de la bouche d'un de ses professeurs ou d'un médecin parlant au nom de la science et élayant ^68 dires de documents scientifiques.
Au surplus, rexpérience d'un tel enseignement a été faite, voire faite dans une école de l'Ëtat, à savoir : l'institut agronomique. J'ai tenu à être bien ilxè en la matière, et voici ce que, interrogé par moî à ce propos, m'a répondu un élève distingué de celte Ecole* Je citerai seulement quelques extraits de sa lettre,
a *«. Il est exact que, depuis quelques années, le cours d^hygiène,
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qai, de mon temps, était professé à rinslîiut agronoioîque par M. le D'' Georgeâ, contient une leçon exclusivement consacrée aux maladies vénériennes. Ce rourg est fait en première année.
ti Relativement à la leçon sur laquelle vous me demandez quelques renseignements, je puis vous en fournir le sommaire que voici : Court aperçu sur les diverses alTections vénériennes, spi!^cialemeni sur la «i^yphilis; — symptômes principauit et évolution de ces maladies; — modes divers de contagion; — précautions à prendre pour se préserver.*., ie me souviens très bien que notre professeur a surtout insisté sur le côté pronostique, en nous démontrant par de nombreux e^cemples que ces maladies, loin d être de peu d'importance, sont au contraire particulièrement graves, voire très graves, spécialemeiil de par leurs conséquences d*a venir h longue portée.
« Celte leçon nous a tous vivement intéressés. Elle nous a rendu, je crois, de grands services en nous instruisant de choses que nous ignorions et surtout en éclairant sur les dangers de lo vie de Paris nombre d'entre nous qui arrivaient de province.
i< Je puis témoigner, par les conversations que j*ai eues à cette époque et depuis lors avec mes camarades, que nous sommes restés tous très reconnaissants vis-â- vis de notre directeur et de M. Georges pour nous avoir mis à même de nous garer de dangers dont nous ne soupçonnions pas la gravité. »
Je partage trop le sentiment de mon jeune correspondant pour ajouter le moindre commentaire à cette lettre- Et, finalement, je con» durai comme lui en affirmant ma conviction sur ce point, à savoir:
Qu'il y a utilité réeLle et majeure à ce que, dans les centres scolaires, les élèves des classes supérieures soient éclairés par un enseignement ad hoc sur les dangers des affections vénériennes, de la syphilis en particulier.
Cela posé et admis en principe, reste le modusfaciendî, formulé dans la seconde partie de la question k laquelle je m'eflbrce de répondre :
V Dans que (te mesure et comment ces jeunes gens doivent- il s être éclairés sur Ifîs dangers dont il s*agit de les préserver? »>
L " ihms quelle mesure^ — Réponse : Dans la mesure de T utile, du nt'^cessaire, et rien de plus^ bien culondu.
Manifestement, il ne saurait s*agir d'un cours de médecine à introduire dans les lycées. Besoin est simplement en une leçon (car une leçon suffirait, je pense) de déOnir le sujet et dVxposer les conséquences graves auxquelles peuvent aboutir certaines maladies d'origine vénérienne.
Le programme de celte leçon pourrait, me semble-l-il, être ramené aux quelques chapitres suivnrits:
1" Expo.ser d'abord que du cortiiBercc sexuel avec les filles d^ mauvaise vie dérivent, et cela avec une fréquence excessive, diverses maladies dites vénériennes^ dont les principaux types sont consLitués par la blennorrhagie, le chancre simple et la syphilis.
Caractériser à grands traits chacun de ces types, en insistant plus particulièrement sur la syphilis;
Relativement à cette dernière maladie, dire (ceci sera le gros chapitre) : quelle en est révolution insidieuse, évolution distribuée en trois périodes, la première insig^ni fiante comme symptômes, la seconde encore relativement bénigne, pais la dernière, celle dite du ierliarismct au contraire intiniment grave.
Dire que cette maladie constitue une imprégnation générale, un empoisonnement de tout TtMre, au point de pouvoir se porter sur n'importe quel système, n'importe quel organe (peau, muqueuses, os, articulations, œil, langue, gorge, larj'nx, poumon, cœur et artères, rein, testicule, nerfs, cerveau, moelle, etc.)» ^t, conséquemraent, de se traduire par une foule de symptômes des plus disparates tels qu'éruptions cutanées, éruptions des muqueuses, ulcérations, mutilations d'organes, douleurs de tout siège et de tout degré, névralgies, névroses, troubles des sens, paralysies^ liémiplégie, déchéance intellectuelle, ramollissement, gâtisme, etc.
Dire encore qu elle est susceptible d'une durée infinie, lUi mitée, pouvant égaler la durée même de la vie. Au point qu on a vu des accidents tertiaires sa produire trente, quarante, cinquante, soixante, et soixante-cinq ans après Tépoquedela contagion.
Ajouter, enfin, qu*elle peut se transmettre héréditairement; — et que ses conséquences héréditaires sont ou peuvent être épouvantables jusqu'à tuer 60 p. 100 des enfants dans la clientèle bourgeoise et 84 à 86 p. 100 dans le public des hôpitiiux, ou bien jusqu'à stigmatiser les survivants de dystrophies, d'infirmités, d'abâtardissement et d e d égé né r escenc e .
*2° Après cet aperçu de symptômes, aborder la question pronomligue (la plus essentielle en l'espèce) et combattre à outrance la doctrine inepte, cependant très accréditée, de la syphilis « maladie insignifiante^ que tout le monde a eue ou aura, qui guérit toute seule ou avec un peu de mercure »* Dire que, bien au contraire, la syphilis est une maladie toujours sérieuse, grave assez souvent, parfois très grave, et même, bien plus fréquemment qu*on ne le croil , mortelle. La |*r6senter comme parfois rebelle, récidivante et^ en définitive, ré frac taire au traitement.
Produire comme exemple la syphilis du cerveau qui, sur loo cas pris au hasard, ne guérit que '22 fois, tandis que 78 fois elle aboutit soit à la mort (19 cas p. 100), soit (59 cas p* 100} è la survie avec infir-
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mitéâ permanentes, telles que paralysies, hémiplégie, ou déchéano
de rinteilecl.
Ajouter que, dans quelques-unes de ses manireslaiionâ, telles que la paralysie générale et Talaxie^ la syphilis n'est influencée par aucun traitemenL
3^ D'au Ire part, bien élablir ce failque la syphilis nest pas ce qua. la suppose un autre préjugé, à sa%^oir qu'elle n'est pas la résu liante d'une série de contagions et de débauches accumulées. Elle est, tout au contraire, et n'est jamais que le fail d'une contagion unique^ p'un simple contact (si court soit-il) avec un organisme contaminé. En sorte qu'il suffit d'un écart unique pour Otre infeclé île syphilis En sorte qu'une minute d*oubïi suffit h empoisonner toute une existence. Telle est lexacte vérité des choses.
4** Enfin, signaler les dangers de tous rapports avec les prostituées. — Affirmer, avec chifi'resofficielsâ l'appui, que, pour la quasitotalité, les femmes qui font métier de la prostitution ont été ou soni infectées de syphilis, — Insister en particulier sur la fréquence considérable des afTeclions vénériennes chez les prostituées dandes lineff, les rôdeuses de trottoir, les inviteuses de brasseries, les filles qui fréquentent les bals publics, etc. Citer diverses statistiques où l'on a vu la fréquence de ces alFections s'élever chex les prostituées clandestines à 25, 29, 32, 33, 43, et nu^me 48 p. ItW.
Voilà, je crois, (*e que les grands jeunes gens ile nos lycées auraient besoin de savoir pour leur sauvegarde et ce qu'il faut leur dire,
Voibi le programme de la conférence que je leur ferais si j'étais appelé a la leur faire.
— Dernier point : Nons venons de voir ce qu'il conviendrait de dire à nos grands lycéens; cela, maintenant, comment le leur dire?
Très simplement, dans une conférence ad hoc qui leur sera faite par leur professeur liabituel ou, préférablement, si Ton pense qu*û ces choses spéciales conviennent mieux des compétences spéciales, par des médecins. Libre aux autorités universitaires de faire appel à notre Société sur ce point. Tous ici, à commencer par moi, nous serions heureux de consacrer quelques heures de notre temps à celte bonne œuvre de Sauvegarde de ia Jeunesse ^
Simple détail d'exécution. — Ce serait sans doute accorder h la conférence en question un excès d'honneur et de solennité que de la faire surgir ex aùruplo et isolément au cours d'enseignements scolaires avec lesquels elle détonnerait étrangement. Mieux vaudrait, me semble-l-il, qu'elh* ilt partie d'un cadre, d un ensemble de sujets de même ordre, tous relatifs à la préserva Uon de la santé» Or» à cet égard, sa place est toute trouvée. Très naturelle ment> cette
place est dan^tm cours élomenlaire d^hygiène^ tel qu'il s*en professe dans quelques établissements univorsilaires. Très naturellement encore, ladite conférence s'encadrerait là dans le chapitre des M a la- (lies ériiables, c'est-à-dire des maladies dont l'hygiène et la médecine enseignent à se préserver, à savoir : la fièvre typhoïde parle choix des eaux, la variole par la vaccine, ralcoolisme par la tempérance, etc* Çest ainsi que Ton a procédé à Tlnstitut agronomique, et je ne crois pas qu on puisse mieux faire-
Conclusions proposées a la SocîÉTâ :
La Société de prophylaxie sanitaire et morale émet Tavis :
i° Qu^îi néPait à désirer qucr dans les centres scolaires^ les jeunes gens des classes supérieures fiisseni éclairés sur les dangers des affeci in n s vénérien n es p ar an enseigneni en l spécia l ;
3* Que cet enseignemenl, sans blesser en rien la morale, serait de nul are à rendre les plits utiles services à ces jeanes gens en constituant pour eux un élément de sauvegarde contre le péril vénérien ;
3^ Qu*ii pourrait consister en une conférence faite annuellement à tous les élèves ûgésde plus de seize ans, soit par un de leurs professeurs^ soit par un médecin que délégueraient d cette intention tes autorités universitaires ;
4^" Ou il trouverait naturellement sa place dans le cours élémentaire d'hggiêne qui est ou devrait être professé aux élèves de cet âge dans tous les établissements scolaires.
Apres une longue discussion (dont on trouvera Texposé dans le Bulletin de la Société de prophylaxie l, la Société a adopté les résolutions suivantes :
i" Il sercni à désirer que, tlans les rentres scolaires, les jeunes gens des classes supérieures fussent éclaires sur les dangers des affections vénériennes par un enseignement spécial.
Cet enseignement spécial, sans Itlesser en rien la morale^ pourrait être fait d tous les élèves âgés de plus fie seize ans^ avec f autorisation de leurs parents ou tuteurs,
1** Cet enseignement spécial pourraii consister en une conférence faite annuellement, soit par un professeur, soit plutôt par un médecin^ désigné spécialement à cet effet par tes autorités compétentes ,
Il trouverait naturellement place dtins le cours élémentaire dliijijiène {notamment au e lia pitre des maladies évilabiesj, cours fjui est ou