DOMMAGES INDIVIDUELS
La syphilis, ai-je dit en premier heu, constitue un danger social de par les dommages individuels qu'elle inflige au malade.
Ce premier point est denotoriélé commune^ Aussi ne m attarderaije pas à démontrer que la ^^yphilis est, pour Tindividu, une maladie sérieuse, importante^ grave, parfois môme très grave. Je me bornerai de même à énoncer ce qui est non moins connu, à savoir qu'elle constitue une a ITec lion uUra-féconde en manifestations de tout ordre, et en [nanifeslations susceplihles de se localisersur toutes les parties de lY*lre vivant, susceptibles également d'entrer en scène aux échéances les pïus variées, échéances prochaines ou tardives, voire parfois démesurément tardives, jusqu'à ne reconnaître pour terme que le terme même de la vie.
A ne les considérer qu'au point de vue pronostique — le seul qui doive nous préoccuper en respêce, — les manifestations incroyablement multiples et diverses de la syphilis se divisent Dalurellement (sans parler du chancre initial) en deux groupes.
Les unes ne sont que bénignes ou relativement bénignes tout au moins^ superficielles et passagères ; elles peuvent bien être pénibles à des litres divers, douloureuses k des degrés variés, afllchantes, vexatoires, etc.; mais, au total, elles ne constitneni pas (à cela près de
(1) Rapport préisent^ A Ja Conférence inlemalionaiede Bt^uxeElct, pour la prophylaxie diïft maiAdî@â véciérieniies, 1809.
DOMMAGES INDIVIDUELS. — LE TERTLiBlSME. 367
quelques ejccapLioîis rares (1) de daûgers sérieux, et surtout elles ne mefiacenl ni rmlégrité d'un organe ni la vie.
Les aulresi au contraire, sont toujours plus ou moins importantes. Elles intéressent profondément les tissus; elles sont parenchymateuses, comme on dit en langage technique; elles sont désorganisatrices, ulcérantes, sclérosantes, destructives en un mot. Sous cette forme, conséquemment» elles sont toujours graves, voire très graves assez souvent, au point de compromettre soit la vie d'un organe, soit môme la vie de Tindividu,
De ces manifestations, on le sait encore, celles du premier groupe relèvent de ce qu'on appelle la période secondaire, et celles du second composent le tertiarisme*
Le tertlarisme, donc, voilà Tordre d'accidents qui constitue la 'gravité ordinaire de la syphilis. Voilà ce qui fait de la syphilis une maladie dangereuse, mena<;aute, mortelle parfois et même bien plus souvent mortelle qu'on ne Ta cru jusquici et que ne le croient surtout les gens du monde. Voilà donc aussi ce qui s'impose à notre étude en vue du sujet spécial qui nous occupe actuellement.
Eh bien, relativement au lertiarisme, qui comprend la quasi-totalité des dangers individuels de la syphilis, deux questions se présentent à envisager, à savoir :
P Quelle est la fréquence des éventualités tertiaires de toutes formes et de toutes échéances ?
2*> Que sont ces accidents dits tertiaires, el, notamment, quelle est la fréquence des plus menaçants, des plus graves?
Examinons ces deux points.
L — Je serai bref sur le premier^ et pour cause. En efTet, déterminer dans quelle proportion de fréquence la syphilis aboutit au terliarisme est un problème aetuellement non résolu, %*oire peut-t>tre à jamais insoluble. Avons-nous, en elTet, la possibilité de suivre nos malades à perpétuité? Et combien même serait réduit pour chacun de nous le nombre de ceux dont nous connatssonï; (otite rhisloîre pathologique et à propos desquels nous pourrions aHirmer qu'ils sont ou non restés indemnes d'accidents tertiaires jusqu'à leur mort ! Nous voyons, quand ils nous restent fidèles, ceux qui sont touchés par le terliarisme; mais ceux qu'épargne le tertiarisme échappent à notre examen» tout au moins pour le plus grand nombre.
Ce que nous savons seulement en l'espèce» c'est que le tertiarisme est plus ou moins commun su ivant/li verses conditions, telles que les suivantes : âge, constitution, tempérament, santé antérieure : — prédispositions héréditaires ou acquises; — formes morbides ; — corn-
(I) ËJCcmplê» : Jriits, ophlalniic» profonde»» surdité roudroyantc, népfante, ictâre iccondatre grave, formes maligne» précoce».
plications surajoutées ; — intervention ou non-intervention du traite ment, etc. Ainsi, à ne citer comme exemple qu'une seule de ces conditions, nous sommes en mesure d affirmer ceci : que le tertiarisme est absolument commun, presque fatal^ chez les sujets qui se traitent încomplètement ou ne se traitent pas du tout (à preuve cette multitude in Unie d'accidents tertiaires couramment observés comme conséquences de syphilis it/norees, lesquelles, forcément, ont été abandonnées à leur évolulion propre en dehors de toute répression théra peulique); — et qu'inversement il est rare, au moins relativement, chez les sujets qui ont été soumis à un traitement méthodique et prolon^^é.
Mais, à cela près de ces quelques notions sur la fréquence relative du tertiarisme suivant des circonstances de second rang, nous ne savons rien de pertinent sur sa fréquence absolue. Sur cent sujets affectés de syphilis^ combien en est- il en moyenne qui aboutissent au tertiarisme? Nous manquons d'évaluation précise sur ce point, .le ne dirai donc rien des chiffres qui ont été produits à ce sujet, non plus que de ceux que j'aurais à produire personnellement, parce que j© n'aurais à les citer que pour en faire à divers titres une critique trop aisée.
En tout cas, il n'est que trop certain par expérience que le tertiarisme i'st fontmim, absolument commun, et cela dans Tun et rautre sexe, et cela dans toutes les classes de la société.
Quotidiennement, pour ma part, j*en ai sous les yeux une quarantaine de cas de tout ordre dans mes salles de Saint-Louis, et j*en rencontre un nombre à peu près égala chacune de mes consultations hebdomadaires à ce m^me hôpital. Dans les hôpitaux non spéciaux, il n'est pas un seul service (je tiens cela de mes coîlégues) ou ne se rencontrent en permanence d*UD bout à l'autre de Tannée telles ou telles a llections viscérales d*origine spécifique* De même, en ville Je tertiarisme abonde et surabonde sous les formes les plus diverses. Dans ma seule pratique et dans mon cabinet (là seulement oii j'ai la possibilité dVnregistrer ce que je vois), j'ai observé plus de 5,000 cas de cet ordre.
Inutile donc d'insister davantage sur ce premier point. La fréquence, lexcessive fréquence du tertiarisme dans notre soriété est un fait incontestable, incontesté d'ailleurs. Or, c'est au tertiarisme, je le répète, que se rattache la presque totalité des accidents qui constituent le danger individuel de la syphilis.
IL — Second point ; Quels accidents composent te tertiarisme T Et, notamment, tjtn'Hr est, fiana ce fjrmipe tV accidents , la fréquence des pltia menaçrinlH, de,'S plus grtwes?
A cette double question va répondre la statistique suivante, dressée sur un nombre de 4, tOi^l malades i4.(XH) hommes et tOO femmes,