‹ Prophylaxie de la syphilisChapitre 94 sur 123 · PROPHYLAXIE ADMINISTRATIVE · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE ADMINISTRATIVE

qui sépare du monde malade et maladie. Impossible au syphilitique de transmettre la contagion à travers les murs d*un hôpital.

A ce point de vue. il serait encore à souhaiter que tout malade reconnu atTecté d'accidenté syphilitiques contagieux eût, par cela méme« son admission de droit à ThôpitaL Cela seul nous sauvegarderait sans doute de nombre de contaminations.

Mais, en ce qui concerne la syphilis, T hospitalisation — qu'on remarque bien ce point — ne sera jamais qu'un moyen de slénlisation très imparfait^ très incomplet^ et cela pour une double raison que voici I

1" D'une part, il est impossible d'hospitaliser un sujet syphilitique tout le lemps fjit'ii peut élre coniftgieiLr. Songer à garder dans un hôpital un individu syphilitique durant les deux ou trois années qu*il peut (^tre contagieux (ce qui est encore un minimum de temps très inférieur k la réalité des choses) ne serait qu*une absurdité pratique. Voyez- vous, comme exemple, un soldat passer à Thôpital lout le temps de son service militaire !

2° Etf d'autre part, alors même que nous aurions dans nos hôpitaux un excès de lits à olTrir aux sujets syphilitiques, est-ce que lesdits sujets accepteraient de nous une hospitalisation prolongée? Forts, valides, bien portants, ayant besoin de gagner leur pain ou le pain de leur famille, ils déclineraient une telle olTre pour cent raisons diverses que je n'ai pas à dire, tant la chose est claire.

Ce n'est pas, en elTct, avec des hôpitaux qu'on peut traiter, guérir et stériliser la syphilis* ainsi que je Tai dit et répété tant de fois, mais bien par un Iraitemenl externe et des erinsutlaiions e^rtérieures bien aménagées. — Je reviendrai bientôt sur ce point.

IV. — Surveiltanee des prostituées el internement des prostitaéeê reconnues malades.

Au nom lout h la fois du bon sens el de l'expérience, cette mesure coercitive fournit un très utile contingent à la stérilisation de la syphilis.

Ce n'est pas cependant que la surveillance médicale des prostituées (avec la conséquence qu elle comporte, à savoir Tin terne ment des prostituées reconnues malades) n'ait été mille fois combattue par les arguments les plus divers. Plus vivement que jamais elle est attaquée de nos jours par une Société paraissant issue du piétisme aaglicûn, véritable Armée du Saint organisée vers 1875 contre la réglementation de toute prostitution, et ayant pris nom de Fédération tiritannitjne conlinentaîe et gêné rate, [ Plus généralement les associés de cette sorte de ligue sont connus sous le nom d'abolitionnistes, et cela parce que Tune de leurs évangéliques visées consiste en V abolition de toute mesure tendant à réprimer administrativement ta prostitution,)

J'en aurais pour bien longtemps sll me fallait reproduire ici et

discuter devant vous louLes les objections adresséc^s par les abolitionnistes au système de la réglemenlaliondes prostituées, objeclions d'ailleurs surannées et réfutées déjà h satiété.

Par queli[ueâ spécimens seulement je veux vous permettre d'en juger la %^aleur*

1" La réglementation, disent les abolition ntstes, est notoirement insuffisanie ei, par conséquent inutile, — Oui, sans doute, rêpondrai-je, elle csl insuTfisanle et très insuffisante, puisqu'elle ne s'adresse qu*à un petit public de femmes prostituées, puisqu'à Paris, par exemple, elle ne s'adresse environ qu'à cinq ou six mille fenimes, alors que noloircmcnt il est dans notre capitale 50 WO femmes, si ce n*est plus, qui vivent de prostitution.

Mais^ de ci? qu'elle ne produit qu'un petit bien, an lieu d*en produire un grand, fa ut- il pour cela labatidonner, la répudier? Cela à la façon d'un homme qui, je suppose, voyant dix pauvres à secourir, dirait : <i Je pourrais bien soulager un ou deux de ces misérables, mais, comme je ne puis les soulager tous, je m'abstiendrai d'en secourir aucun. »

Ce piteux argument, je m'en souviens, est tombé net, au Congrès de Bruxelles, devant une boutade spirituelle due au D'' Le Plleur, et que voici :

A quoi servent les gendarmes ? — ^ A arrêter les voleurs, — Fort bien! Mais les gendarmes arrétent-ils fous les voleurs? — Non. — Non? Alors, il faut supprimer les gendarmes.

Voilà ee que vaut cet argument qui, pour parler le métne langage, consiste à dire à l'Administration : « Vous ne pouvez pas surveiller toides les femmes; alors n'en surveillez aucune. *»

2" La réglementation, continuent les abolitionnîsles, va àl'encontre de ce qu'elle se propose ; car, de par certaines statistiques, la syphilis est tout aussi fréquente dans les pays à réglementation que dans les pays non réglementés, voire plus fréquente quelquefois.

Eh bien, répondrai-je, tant pis pour les statistiques en question. Ces statistiques sont sûrement mauvaises et ne peuvent être que telles; car au-dessus de toutes les statistiques, au-dessus de tous les chiiïres plane le bon sena, et le bon sens juge la question de la façon que voici i

Une femme atTectée de plaques muqueuses est internée au jour* d'hui, à Saint-Lazare. Qu'y fera4-elle ce soir et cette nuit ? Elle y dormira, inolTensive, — Que ferait-elle ce soir ou cette nuit si elle était libre? Elle donnerait bien sûrement la syphilis à un ou plusieurs hommes*

3" « La réglementation, ajoute-t-on, est inique, en ce qu'elle ne s'adresse qu'aux femmes et non aux hommes; elle reconnaît donc

DOCTRINE ABOLITÏONNISTE.

implicitement deux morales^ Tune à Vusage de la femme qu'elle emprisonne, et Taulre à Tusage de Thomme qu^elle laisse en paix, bien que i'un et l'autre soient également coupables dans Tacte de prostitution, n

A cela j€ répondrai que la prostituLion est une industrie fémîninej exclusivement Teminine, qui oa pas son correspondant chez Thomme (réserve faite pour quelques rares et ignobles exceptions qui ne sont pas en cause pour Tinstant).

EL puis encore, ne visite-t-on pas les hommes quand on le peut, quand on a Tautorité pour le faire? Les visites sanitaires dans Tarmée, dans la marine de 1 étal, voire dans la marine marchande, ne sont-elles pas pour notre sexe des équivalents ?

4** La réglementation soumet la femme, dit-on, à un pouvoir arbi^ traire. — Sans doute. Aussi, est-ce pour cela que nous, hygiénistes ^l médecins, nous réclamons du parlement (et cela de vieille date) le retour au droit commun, c'est-à-dire une loi, des juges, des tribunaux, pour réglementer une bonne fois tout ce qui a trait h la prostitution et substituer la loi à l'arbitraire policier*

5" La réglementation, poursuit-on encore, est une provocation à la ^iéhauche, un piège h la chasteté de la jeunesse, de par la sécurité que promet la visite médicale. C*est une n invite au consommateur». Avec la réglementation, l'htat devient complice de rimmoralité, -organise le vice, etc, et ^i les médecins eux-mêmes sont complices <Je cette immoralité en faisant espérer Timmunité au vice, en le stimulant, en l'encourageant ».

Mais, en vérité, est-ce que jamais TÉtat a recommandé à quel- <ïu'un les femmes auxquelles il impose la visite? Est-ce que jamais il a initié quelqu'un k la débauche en lui recommandant les femmes qu'il surveille, en lui promettant avec elles une garantie que n'otlfrent pas les autres?

6'' Dernière objection, car je n'en finirais pas si je voulais être complet.

La visite médicale, disent les abolition nistes, est attentatoire à la dignité de la femme; — c'est un outrage, une insulte à toutes les femmes, dans la personne de « nos sœurs « ; — c'est « une dégradation, une infamie, etc. ^k

Ecoutez au surplus les textes ofriciels, que je citerai textuellement :

« La visite des prostituées est un péché, un crime.,. C'est un acte abominable, exécrable... Hien ne peut donner le droit d outrager ces femmes, de violer leur pauvre corps; rien ne peut donner le droit de Ces forcer à dévoiler leur nature physique la plus intime,.. Cette visite est le renouvellement de la torture... Examiner une femme.

c*est soulUer le herceau de Ihumanilé par une pratique profana- Irice... etc. »^-

Et quani aux médecins qui outragenL ainsi les femmes en les visitant, en les violant, <- ils viol en l en elles leur propre mère •*.

Au resle» en termes non nioing obligeants, le Irésorier de la même Société qualifie ces médecins de f< canailles scientifiques ik

En ce qui nous concerne, nous n'avons qu'a sourire de telles choses et de tant d'autres aménités de même ordre à notre adresse. Mais, en ce qui concerne les filles, vraiment on leur procurerait un profond élonnemenl, non moins qu'un instant de folle gatté, en leur apprenant qu^eïles ont été « outragées par le spéculum ^', alors qu'elles passent leurs journées et leurs nuits à provoquer des * outrages autrement graves pour « le berceau de Thumanilé »,

Ces divers argumenls auxquels j'en pourrais joindre quelques autres, n'ont, vous le voyez, rien de nouveau ni rien de sérieux. Et cef)endant gardons-nous d oublier que c'est de par eux que le parti abûlilionniste est parvenu, eu 18B6, à émouvoir la eonscience du Parlement anglais et à obtenir de lui le retrait des AeJs^ c est-àdira rabrogation de toute surveillance sur les prostituées dans le Royaume-Uni* (Test de par eux encore qui! est parvenu k créer, à Genève, une agitation tendant lum résultat semblable et h provoquer sur ce point un referenditm populaire en 18%. 11 est vrai que, là, il a échoué devant le bon sens de la population genevoise.

Mais je n ai pas ;i faire ici Thistoire de l'abolitionnisme. Si cette tâcbe m'incombait* je n'hésiterais pas certes» mais sur d autres points, à rendre justice à qui de droit et à saluer de respectueux hommages cette association d'hommes et de femmes de bien, eo raison de leurs généreuses visées, de leurs elTorls pour relever le niveau moral, pour prêcher le respect de la femme et de la famille, pour provoquer le ic mariage jeune », pour combattre le proxénétisme, pour sauvegarder la jeune fille, pour ramener au bien la prostituée la plus déchue, etc. ; — en raison aussi des œuvres chari labiés par lesquelles se sont déjà traduits ces louables eflbrts, telles que créations d'asiles de secours^ de refuges, d^écoles proressionn elle s, de sociétés de patronage, etc, etc* Tout cela, certes, est digne des sympathies et des respects de tous, et, comme tout le monde, j'applaudis à tout cela, parce que je vois là, a ne parler même que de ce qui touche le c6té médical, un ensemble de moyens moranx ne pouvant manquer d'apporter son appoint à la stérilisation de la syphilis.

Mais, d'autre part, il m'est impossible, à ce même point de vue médical, de ne pas me séparer violemment du parti abolilionnisle et de ne pas le combattre à outrant-e, sur ce point tout au moins; et cela parce que, médicalement, il constitue une énorme en^ur hygié-

DOCTBINE ABOLITION NISTE.

nique ne pouvant aboiillr qu'à une véritable raiamifé soctole. Non pas seulement un iossé, mais un abîme nous sépare et nous séparera toujours, nous hygiénistes el médecins» de la doctrine abolîtionniste, et voici pourquoi :

C'est que, nous» nous connaissons la vérole] par métier; — c'est que, la connaissant, la voyant à Tceuvrei nous avons appris à la redouter; — c'est que nous en savons la prophylaxiL* très difficile et la cure longue, pénible, souvent incerlaine; — c*est que par expérience nous savons qu*elle n aboutit que trop souvent à des infirmités graves, voire à la mort ; — c est que nous la voyons â tout instant non pas Seulement frapper le sujet qui Ta contractée de son fait, mais frapper aussi sa Ta mi lie et ses enfants, de façon à apporter deuils et calamités au foyer domestique, etc, etc. Bref, nous considérons la vérole comme un ffèaa, nous la déclarons une pesle pour rhumanité, une peste à Tégal de la tuberculose et de ralcoolisme^ et nous réuuissons Ions nos efiTorts contre elle, k l'inslar des deux ligues qui mititent si vaillamment aujourd'hui contre ces deux autres ennemis de Thumanité,

Tout au contraire, les aboli tionnistes ne se préoccupent que fort médiocrement de la syphilis en tant que maladie. A en juger d'après leurs œuvres, je les accuse de ne pas la connaître ou de ne pas vouloir la connaître. La vérole, pour eux, est une quantité négligeable, et ce qui est souci pour eux, ce n'est pas la maladie, c'est Télat d'âme du malade ou mieux de Thomme qui a péché.

Ecoutez d*ailleursceci, et je parle textes en mains :

M Que l'homme qui s abaisse jusqu'à entrer dans une maison de tolérance pour y satisfaire sa passion charnelle puisse en rapporter une maladie honteuse, nous ne frfMivons pus reîa mfmi^ais{\) et nous ne perdrons pas de temps à nous apitoyer sur son sort. »

Que dis-je ? Non seulement la vérole, pour les aboli tionnistes, est une juste punition du péché, mais, en outre, c'est « un ma! parfois ttlile et snluluire »> (! )^ parce que c'est un « mal que Dîei» a envoyé pour corrompre la chair luxurieuse «. La vérole devient ainsi un frein salutaire que Dieu a voulu imposer au dérèglement des mœurs, un gardien naturel de uos i\mes, et une sauvegarde de la vie morale, c'est-à-dire, somme toute, un agent de notre salut dans un autre monde.

Pas de conritjalion possible — n'est-il pas vrai? — entre de telles doctrines et les nôtres. Inutile, je crois, d'insister davantage,

V, — Réorgamêaiion sur un plan nouveau du Irailemenlexlerne de iasyphiiis.

Deux points résultent de Texpérience, à savoir :

P Que la syphilis a besoin pour guérir d'un traitement longtemps suivi ;

2** Que ce traitement a rarement besoin de Thôpitalet, au contraire, longtemps besoin de consulta lions externes*

Eli bien, est-ce que, dans l'organi^^ation hospilaliore actuelle, nos consultations externes sonl ce qu'elles devraient être pour répondre à cette double indication : possibilité de guérlson pour le malade^ et possibilité de stérilisation de la syphilis de ce malade par rapport à autrui ?

Non certes, répondrai-je et répondra tout le monde avec moi. Non certes, lesdites consultation s; ne répondent pas à ce Lie double indication, car elles eemblcnt faites : I" pour dégoiUer le malade de se traiter, et 2" pour favoriser la contamination du public par défaut de guérison dû malade*

Non certes, elles ne sonl pas ce qu'elles devraient être, et cela pour les quatre raisons que voici.

J'accuse ces consultations d*ôtre :

P Envomhréea ;

2* D'accès difficile pour le malade ;

3"* Onéreuses, p'U/anieH, et non p^ts a g rai ail es *i ;

A° Déao ft ligea n tes , in v onoenu n tes^ in h ti n i u in es ^ ré va li a n tes*

Je précise :

1* Encombrées. — Nous avons ici, à Tliôpital Saint-Louis, une moyenne de !2f>0 à :î50 consultants par séance, quelquefois même davantage. Est-ce qull est matériellement possible, même en défalquantlescas pour lesquels un coup d*a?ilsufill, de faire une besogne utile pour les malades et pour la science dans une pareille cohue?

"2" D'accès difficile pour les malades. — Clela est une conséquence de Feucombrement en question. 11 faute un malade, pour obtenir sa consultation, deux, trois, quatre heures d^attcnte; smus parler d'une autre longue al tente pour la réception des médicaments.

3** Onéreuses pécanifiiremenl pour les malades, payées, voire largement payées, comme vous allez le voir.

Chaque consultation prise ici ne coûte-t-elle pas au consultant toute sa matinée, c'est-à-dire une demi-journée de sa paye, voire toute sa journée de paye si le patron de cet ouvrier ou de cette ouvrière n'accorde pas la demi- journée '? J ai d'ailleurs tenu à me documenter d*une façon précise sur ce point, et voici ce que j ai appris :

Ici. chaque consultation coûte à une femme de 0 fr. 75 à 2 francs» voire parfois 3 francs; ^ et à un homme, de 2 à 4, 5 et 6 francs.

Voilà certes qui ressemble peu à des consultations gratuites, surtout pour les pauvres gens à qui on les présente comme telles.

4*^ Désobligeanles^ inconvenanles^ hum i Hernies^ odieuses même en certains cas.

Ces consultations, vous les connaissez tous, et je n'ai pas à vous les décrire. C'est le déshabillage et le rhabillage en public, rinterroga-

DISPENSAIRES VÉNÉRKOLOGIQUES SPECIAUX. 439

loire en public, le Irailemenl en public ; c'esl aussi et surtout, en ce qui nous concerne, la eonffsst'on en puhUr de h stjphiiis, n savoir l'aveu ou la reconnaissance de Ja syphilis devant 20, 30 consuUaots qui, groupés autour du malade, curieusement regardent, écouienl, épient et comprennent. Or, inulile de dire ce que peut avoir de désobligeant une telle façon de faire ^ ce qu'elle peut avoir de choquant, d'humiliant pour quelques malades et spécialement pour les femmes. Nous n avons pas à nos cons^u Hâtions que des filles, des professionnelles, qui se soucient peu d*ètre convaincues de syphilis en public ; nous y avons aussi des femmes de toutes catégories, des ouvrières qui, pour n*etre pas toujours des vertus, n'en ont pas moins un reste de pudeur à respecter ; nous y avons des femmes demi-iionnétes ou mômes honnêtes» telles que des femmes mariées» de braves mères de famille qui tiennent )a syphilis de leurs maris et pour qui doit être singulièrement vexaloire, humiliante, injurieuse, cette énonciation publique d'un mal qu'elles tiennent pour honteux, Infamant*

Pour mon compte, j'ai souvent rougi de telles consultalion s et, pour les avoir pratiquées longtemps» je les déclare une inhumanité, une honte, un reste d'incivilisation.

Et j'ajouterai encore ceci: de telles consultations constituent un conlre-sens propht/iartique^ car elles écœurent, elles découragent les malades qui y reviennenl le moins souvent possible.

Conséquence de cela pour le malade : il ne se traite pas et il ne guérit pas.

Conséquence pour le public ; non guéri, le malade transmet la contagion.

Tout le monde y perd ; la vérole seule y gagne.

Eh bien, je suis convaincu et je dis qu'au nom du bon sens, au nom de Thumanité, au nom de Tintérêt des malades et, par ricochet, de rintérét général, il conviendrait de balayer toutes ces pratiques du vieux temps, toutes ces pratiques indignes de lesprit moderne, de l'esprit démocratique actueU et de les remplacer par autre chose, — Par autre chose ? Mais quoi donc ?

Par une organisation diQérente, radicalement dilTérente, qu a coup sûr je ne saurais vous exposer ici par le menu, mais qui, très sommairement, consisterait en ceci :

Des dispensaires spéciaux pour le traitement des maladies vénériennes ;

Dispensaires officiels^ rattachésà nos hôpitaux et fonctionnant avec le personnel médical et administratif de nos hôpitaux ;

Dispensaires mulitples, aussi multiples que le besoin s en ferait sentir ;

STÉRILISATION DE LA SYPHlLlg.

Dispensaires méthodif/nemeni répart Is dans les divers quartiers de la capitale, afin d'éviier aux malades de longs déplacements ;

Diï^pensâires foiicLionnanl a jours et heures propires aux maladeâ^ Dûtammenl le dimanche malin et quelques soirs de la semaine, aGn que les malades ne soient pas contraints de perdre leur journée pour venir prendre un avis à Thôpilal ;

Dispensaires fonclionnanl avec distrihitlion graiuiie eî immédiate (le médicfimefitB ;

Dispensaires ("oncLionnant avec délivrance au verso de loule prescription dune instruction très élémentaire propre à éclairer le malade sur les dangers de la syphilis, non pas seulement pour lui-même, mais pour autrui, etc.

Et surtout, â mon sens — voici la grande réforme que je réclanie — il conviendrait qu*i//ie vonsultalion tiospHatiêre se rapprorhût te pîas possibie de ce qu'est en ritic une consuttation de même ordre ^ Je voudrais que le consultant dhôpitat fût re<;u, interrogé et examiné de la mt^me façon que Test en ville le bourgeois aisé qui se présente chez Tuo de nous avec le porte-monnaie bien garni*

Consèquemmcnt, il serait à souhaiter qu*à l'inlolérable, à Tignoble système de la consultation en public eL par fournées, fOt subsliluée

la COXSLILTATION (NÏUVinUELLE, UNI PERSONNELLE, PRIVÉE, SECKETK. D'UO

mot, voici ce que je réclame : le téte-à-téie entre le malade et le public médical de la consultation (i)*

Il y aurait intérêt général, ajouterai -je encore^ à ce que le traitement

de la syphilis et des maladies vénériennes fût confié à un personnel de médecins qui, à tous les degrés de l'échelle hiérarchique, seraient recrutés par concours spéciaux, eL que ce service médical de vénéréologie eût son indivîdualilé, son autonomie, à la façon de ce corps merveilleux constitué de nos jours par les accoucheurs des hôpitaux* Ou je me trompe fort, ou celte création, celte innovation serait appelée à rendre les plus utiles services*

Mais je n'insisterai pas davantage sur les détails de ce vasie plan de réformes, dont j*ai tenu seulement à vous montrer l'esprit. L*esprîl, vous !e voyez, cesl la constitution d*un ensemble de moyens tendant tous vers un uniqne objectif, la stérilisation de la syphilis, la prophylaxie, et la prophylaxie dérivant de la seule intervention médicale.

VL — Je n'ajouterai plus qu'un dernier mot pour vous convaincre maintenant de Turgence des réformes en question,

{1) Je n'eâ fait qu'énoncer ici ces divers painU, que j^aî étudiée en dt.^lail dans une autre publication iPraphytaicie de In svpIiiUi^ par te traiLcincnt, Académie de nitîdccirn^ 189&}» — V* pBge 330 de ce vgïume.

 une époque où la médecine et T hygiène s'acharnent contre les makdïes contagieusos el épidémiqoes pour en prévenir les ravages, dans un temps où' se créeuL de toutes parts des services d'isolement, des services spéciaux, des sanatoriums, au moment où viennent de s'organiser contre l alcoolisme et la tuberculose deux croisades qui seront riionneur de notre siècle, il serait bieji temps, en vérité, qu'une ligue de môme ordre se constituât contre la syphilis.

La société n a que trop tardé à s armer eu guerre contre une pareille ennemie.

Eh bien, tous les moyens dont la société dispose contre elle se répartissent naturellement en trois groupes:

Moyens d'ordre moral et religieujf ;

Mesures répressives de la prostitution ;

El moyens médicaux, constituant ce que je viens d'étudier, à savoir: la prophylaxie par te traîiement.

Or, voyons le rendement possible de ces trois ordres de moyens.

1* Les premiers, ceux qui dérivent de renseignement moral et relig:i€iix, sont ou pourraient être, à coup sûr, de beaucoup les meilleurs; car il est bien certain que, le jour où tous les hommes de la terre seraient devenus vertueux et où Tinnocenï^e seule régnerait en ce monde, ce serait bientôt fait de la syphilis dont les jours seraient comptés. Mais, sans être propht*te de malheur, je crains bien que ce retour à V^ge d*or, h en juger d'après ce qui se passe sous nos yeux, ne soit pas absolument prochain.

2" Appliquées de vieille date à la répression de la prostitution et à la sauvegarde publique, les mesures administratives et policières ont fait leurs preuves. Elles sont excellentes dans la mesure où elles peuvent s exercer, mais elles restent forcément insnfftsanles, puisqu'elles ne s'adressent qu*à un dixième environ (et tout au plus; du public des femmes qui disséminent la vérole parmi nous. Conservonsles, en les améliorant, en les légalisant, en les adaptant à Tesprit humanitaire moderne; conservons-les pour le bien limité qu'elles peuvent faire ; mais ne leur demandons pa^ plus qu'elles ne sont capables de produire.

3° Restent les mesures tt ordre médtcaL Or, celles-ci sont particulièrement précieuses parce qu'elles sont d'ordre général, parce qu'elles s'adressent à tous. Très insufltsantes dans l'état de choses actuel, elles peuvent être largement étendues par une organisation nouvelle visant spécialement la prophylaxie et constituant ce qu'il ny aurait pas d'exagération â qualifier de prophylaxie par le traitement.

Là est notre plus sûre ressource, et c*est Ut dernière^ tttfiiqtie, Pas d'autre sauvegarde en dehors d'elle.

Et, conséquemment, mon dernier mot sera celui-ci :

Ou bien clierchons à agir en ce sens ; cherchons à nous sauvegarder

de la vérole en la guérissant le mieux possible, en la siériiisant partout où, médicalement, nous la pouvons atteindre ;

Ou bien acceptons le siaiu quo et continuons à croupir dans la vérole.

Le choix est à faire. Or, pour nous tous, médecins, le choix ne sera pas douteux.

le D' EdmiïiidFOlIRNIEa

CUKF DU CXtPItgUâ tiM 1^ rACtJLTK

II m'a semblé qu'il pourrait y avoir un certain iûtéréL, relativeniÊnt à diverses quc'slions de prophylaxie de la syphilis, à déterminer par une statistique rigoureuse le point spécial que voici i

Quelle est, aux divers â^es, la fréquence relative des contaminations syphilitiques d'origine sexuelle : 1° suivant le sexe ; — 2° suivant les milieux sociaux; ~ ^"^ dans la classe des f>rostituées?

J'ai mis en œuvre, pour la solution de ce proWèrae, des documents mulliples empruntés à diverses sources, que je spécifierai tout d'abord, à savoir ;

1** Pour la clientèle de ville, la riche collection de mon père;

2^ Pour la clientèle d'hôpital, d'une part, les registres de clinique de rhûpital Sainl-Louis ; — et, d*aulre part, mes notes personnelles recueillies soit à ce dernier hôpital, soit à Thôpital du Midi» dans le service de mon éminent et cher maître, M. le D' Balzer ; — ainsi que les notes de mon ami, M. le 0- (jaslou^ recueiUies à la policlinique de rhôpital Sainl*Louis;

Z^ Pour le public des prostituées, deux documents que je dois à la bienveillance de MM. les D" Barthélémy et Le Fileur.

J'ai scrupuleusement analysé ces divers documents, dont le chiffre total s'élève à un nombre de 17,406 cas de syphilis, et voici les résultats auxquels j'ai abouti.

I* — Malaues de ville.

Pour la cUenlèle de ville, je dispose de IhOOO cas, dont 10.000 re* latifs à rhomme et 1.000 relatifs à la Temme.

J*énoncerai d'abord les résultats auxquels je suis arrivé, me réservant de les commenter plus tard; et, pour celai je vais produire un tableau où se trouvent inscrits, en regard de chaque âge, les

quotients exac observés chez 1

11 ans

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