PROPHYLAXIE DE LA TUBERCULOSE DANS LES COLLECTIVITES SCOLAIRES
La prophylaxie de la tuberculose à l’école aura deux objectifs essentiels :
1° Le dépistage de la tuberculose des enfants et leur traitement dans des preventoria. Les sujets fragiles et considérés comme douteux devront être orientés vers des écoles de plein air.
2° Le dépistage de la tuberculose des maîtres et du personnel de service et l’élimination de tous les
sujets contagieux adultes.
À. —— LE DÉPISTAGE DE LA TUBERCULOSE DES EN- FANTS est devenu, grâce à la cuti-réaction ou à la percuti-réaction systématique, relativement aisé.
Nous ne reviendrons pas sur l’importance de cette épreuve ni sur ses avantages. Nous retiendrons seulement les conclusions pratiques qu’en a tirées Mile Huard dans son excellente thèse‘:
« La cuti-réaction doit être pratiquée périodiquement chez les sujets considérés jusqu'alors comme indemnes d’infection tuberculeuse. Les cuti-réactions périodiques seront au moins semestrielles chez la généralité des enfants, des adolescents et des jeunes adultes encore non réagissants. Des cuti-réactions épisodiques seront pratiquées : a) dès l’apparition de troubles morbides pouvant faire suspecter une « primo-infection » — b) dès qu’un contage sera décelé. Dans l’un et l’autre cas, si la cutiréaction se montre négative, elle devra être répétée pendant quelques mois à intervalles très rapprochés et, si besoin, complétée par des intradermoréactions à doses croissantes. »
Complétée, ainsi que nous l’avons dit, par l’examen radiologique et, chez les suspects, par un examen bactériologique et clinique, elle doit assurer une élimination satisfaisante des écoliers contagieux. Il faut se réjouir de voir que ces méthodes
1. M.-J. Huard. «Utilisation de la Cuti-Réaction à la tuberculine et des réactions similaires dans la lutte antituberculeuse. > (Thèse, Paris, 1938.)
sont entrées dans la pratique courante. Il faut souhaïter qu’elles se généralisent, grâce à la collaboration des médecins de famille, des médecins de dispensaire et des services d’hygiène.
Les travaux de MM. Courcoux, Lereboullet, Debrè, Coffin ont mis en évidence, grâce à ce procédé, la proportion importante d’enfants qui, ayant échappé à la contamination familiale, sont susceptibles de faire leur primo-infection à l’école. M. Courcoux a trouvé 60% de cuti-réactions négatives entre 10 et 14 ans.
« La répétition du test tuberculinique à tous les écoliers fournirait à la lutte antituberculeuse un appoint considérable. Elle permettrait l’application précoce des mesures prophylactiques aux enfants tuberculisés dès le virage de la cuti-réaction et renforcerait les possibilités de dépistage efficace des sujets contaminateurs. » (Coffin.)
Il est regrettable qu’en France les efforts réalisés dans ce but soient beaucoup moins actifs que dans certains pays tels que À Belgique ou la Roumanie.
Il faut signaler la lutte efficace entreprise par le Centre de dépistage et de prophylaxie des lycées de Paris qui, en mars 1938, a pu examiner au Lycée Saint-Louis 376 élèves dont 82% ont subi les deux \ épreuves radioscopique et tuberculinique.
Sur les 329 cuti-réactions ainsi pratiquées, ont été enregistrées 187 cuti positives, soit 56,8%.
D’autres essais intéressants ont été réalisés à Lyon, Rennes, Metz, La Rochelle, Château-Thierry, où des liaisons ont été établies entre les dispensaires antituberculeux et les médecins scolaires.
D’après Federico Cantarutti , l'institution de la Carte radioscopique permet de lutter efficacement contre la tuberculose.
À Udine, depuis 1931, existe une carte clinicobiotypologique pour tous les écoliers de la commune, Ce qui a permis depuis cette date de pratiquer l’examen radioscopique de presque tous les écoliers. Grâce à cette carte radiologique totalitaire, ont pu être mises en évidence des lésions d’adénopathie trachéo-bronchique qui, sans l’examen radioscopique, auraient passé complètement inaperçues.
B. — LE DÉPISTAGE DE LA TUBERCULOSE DES MAÎ- TRES et du personnel de service est le temps le plus important de la prophylaxie de la tuberculose à l’école. .
1. Federico Cantarutti. «La carte bio-clinico radioscopique totalitaire dans les écoles primaires d’Udine. » (Rivista di Scienze applicate all Educazione Fisica € Giova-. nile, t. VII, nos 3-4, 1936, p. 153.)
Malheureusement, la législation actuellement en vigueur ne prévoit pour eux aucun examen systématique périodique. Le seul moyen de dépistage consiste en la mise en évidence, par les réactions tuberculiniques, de l'augmentation massive du pourcentage des enfants allergiques. Mais par ce procédé, l’alarme n’est donnée que lorsque le mal est fait, alors qu’il s’agit de prévenir cette contamination des écoliers par les maîtres.
« Avant engagement, tout nouveau membre du personnel, quelle que soit sa fonction, directeur, professeur, surveillant, religieuses, infirmières, lingères, cuisiniers, domestiques, etc., devra subir un examen médical par un médecin spécialisé et aucun candidat à ces postes ne sera engagé avant ou contre l'avis formel du médecin sur son état de santé le déclarant ou non indemne de toute affection pulmonaire tuberculeuse. >» (Courcoux.)
C’est l’adoption et l’application sans réserves de cette règle qui, seules, peuvent permettre de mener à bien la lutte antituberculeuse à l’école.
Nous empruntons encore à un excellent article de M. Courcoux les principales étapes de l’examen systématique des maîtres.
L’examen médical d’entrée sera le plus sévère. De lui dépend l’éviction du personnel contagieux.
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Il comportera donc :
une prise de poids et de taille, observation des antécédents héréditaires et per-
sonnels, une auscultation, un examen radiologique, CE û Ê et, s’il y a lieu, un examen de crachats.
Les résultats devant être consignés sur une fiche spéciale : « Nul et sous aucun prétexte ne devra être dispensé du contrôle. »
À la suite de cet examen, sera instituée une surveillance rigoureuse du personnel admis, à à laquelle tous devront se soumettre.
Des examens annuels obligatoires (semestriels pour les membres réintégrés après maladie) seront pratiqués, et tout symptôme de fléchissement de santé devra être signalé. Quant aux facilités de congé, elles devront être étendues à tout le personnel. |
M: ,Courcoux insiste, en effet, sur la fréquence, dans les collèges, des contaminations par le personnel. C’est ainsi qu'il hospitalisa dans son service le cuisinier d’un grand collège qui, depuis long- temps, était atteint de tuberculose pulmonaire : « Un tel état de fait nécessite un examen de l’état
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légal du personnel au point de vue de l’hygiène et des modifications à lui apporter. »
Les conditions d'admission des instituteurs dans les écoles, conformément à l’article 4 de l’arrêté du 25 février 1930, paraissent évincer des cadres tout sujet porteur de létions tuberculeuses actives, mais cet examen subi à l’Ecole Normale est seul obligatoire et n’est jamais renouvelé. Nos règlements scolaires qui font qu'après leur entrée en fonction les maîtres ne sont soumis à aucune surveillance médicale présentent le regrettable défaut de laisser au sujet malade l'initiative de sa présentation devant une commission de réforme.
La loi du 30 mars 1929, qui accorde aux instituteurs trois années de congé avec traitement et deux années avec demi-traitement a, par la possibilité de mises en congé prolongé, permis d’éliminer nombre de maîtres contagieux. Mais elle ne tient pas compte des formes florides qui ne peuvent être dépistées que par un examen systématique de tout le personnel enseignant.
Les professeurs de l’enseignement secondaire sont soumis, à leur entrée en fonction, à un examen par un phtisiologue assermenté, mais dans la suite ils ne sont astreints à aucune visite. De même pour les professeurs d’enseignements spéciaux, aucun examen périodique n’est prévu. |
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Quant au personnel auxiliaire, femmes de service, concierges, elles ne subissent aucun examen régulier, mais peuvent bénéficier de congés de longue durée. |
Un fait particulièrement grave mérite d’être souligné : l’absence totale de contrôle médical des cantinières, lesquelles ne sont soumises à aucun examen. Nul congé payé ne leur est accordé, et si l’on songe que ces agents préparent la nourriture des écoliers, on voit avec quelle rigeuur et sur quelle échelle doivent être appliquées les mesures qui s’imposent. |
À côté de ce qui reste à faire, signalons ce qui a été fait par le Centre de dépistage et de prophylaxie des lycées de Paris qui, en avril 1938, a pu examiner 125 agents titulaires, stagiaires et auxiliaires des lycées de Paris. | |