CHAPITRE II
Prophylaxie de la tuberculose héréditaire.
La tuberculose, comme toutes les maladies microbiennes, présente, dans sa pathogénie, trois éléments : la prédisposition de l'organisme à contracter la tuberculose, ce qu'on appelle aujourd'hui le terrain : le microbe ; et enfin les circonstances adjuvantes qui favorisent son développement.
A. — Prédisposition définie.
La prédisposition de l'organisme à contracter une maladie définie est, à proprement parler, cette maladie en puissance que les anciens appelaient la cause prochaine ; cette cause prochaine, qui a fait verser des flots d'encre et donner lieu à d'interminables discussions, devient, aux clartés de la méthode expérimentale, la simple expression d'un fait résumé dans cette loi : « chaque animal pâtit suivant son espèce et, dans chaque es-
pèce, chaque individu pâtit suivant sa nature » ; loi aujourd'hui démontrée à la fois par le laboratoire et la clinique.
La prédisposition est donc nécessaire au développement de la maladie ; sans cette prédisposition, l'organisme reste un mauvais bouillon de culture et le microbe périt ou reste à l'état latent.
L'absence de prédisposition constitue l'immunité ; celle-ci est naturelle ou acquise et des circonstances que nous étudierons en détail, à propos de la prophylaxie, ont une action considérable sur la conservation ou sur la perte de l'immunité.
Le moyen le plus certain de communiquer l'immunité active est la vaccination et, toutes les fois que nous posséderons un vaccin immunisant, nous aurons entre les mains une prophylaxie parfaite et nous pourrons empêcher le développement de la maladie. Ainsi la vaccination jennérienne peut absolument, au moins pour un temps, empêcher le développement de la variole ; possédons-nous quelque chose d'analogue pour la tuberculose ? L'essai de vaccination des bovidés par la tuberculose humaine dans les expériences de Melun semble promettre un vaccin pour l'espèce bovine. Mais qui osera, retournant le problème, proposer la vaccination des petits enfants avec de la tuberculose bovine ; et que sont devenues les promesses de vaccination humaine à
l'aide du lait de bovidés vaccinés contre la tuberculose ?
Nous sommes donc obligé de l'avouer ; aujourd'hui, il n'existe pas de vaccin antituberculeux applicable à l'espèce humaine ; et la prophylaxie reste donc toute entière à établir.
B. — Microbes.
Nous savons, par des statistiques souvent répétées, que le microbe de la tuberculose existe à l'état latent chez presque tous les hommes (96 0/0), et l'expérience nous enseigne que, sur ces 96 0/0 de tuberculeux en puissance,, le plus grand nombre atteint la vieillesse la plus avancée sans avoir jamais présenté une affection tuberculeuse quelconque. La même expérience clinique démontre que, sous l'influence de circonstances étiologiques, aujourd'hui bien connues, cette tuberculose latente entre en activité et évolue sous la forme d'une des nombreuses affections tuberculeuses. En sorte que toute la prophylaxie est contenue dans l'étude de ces causes adjuvantes et c'est ce qui va former l'objet de notre troisième paragraphe.