‹ Prophylaxie de la tuberculoseChapitre 3 sur 22 · PAR^S · texte numérisé non relu

PAR^S

J.-B. BAILLIÉRE^t FILS, Editeurs

19, RUE HàtUTElfeuiLLE, 19

Les grands cliniciens qui ont illustré le siècle dernier : les Laënnec, les Andral, les Chomel, les Trousseau étaient unanimes pour affirmer la non-contagion de la phtisie; et, au Congrès de 1905, nous nous sommes trouvés juste deux médecins pour protester contre une résolution de cette assemblée déclarant ex cathedra que la tuberculose était une maladie contagieuse.

Comment expliquer l'opposition radicale qui sépare, sur la transmission de la tuberculose, les médecins du siècle dernier des médecins contemporains ?

On ne peut évidemment invoquer ici l'infériorité comme cliniciens d'hommes de la valeur de Laënnec et de Trousseau. Le champ de leur observation était aussi vaste que ceux des médecins d'aujourd'hui ; pourquoi les premiers nient-ils une contagion que les autres affirment?

C'est qu'un grand fait s'était produit à la fin du siècle dernier. Le 5 décembre 1867, Villemin communiqua à l'Académie une série d'expériences, souvent confirmées depuis, démontrant la transmission de la tuberculose aux animaux par inoculation.Koch, quelques années plus tard, découvrait le bacille, instrument de cette transmission.

Dès ce moment les médecins, aussi bien que les gens du monde, hantés par cette possibilité de la transmission du bacille de la tuberculose de l'homme malade à l'homme sain, ont vu la Contagion partout. À côté de la transmission par inoculation qui était incontestable, ils acceptèrent comme mode ordinaire de contagion la pénétration dii bacille par inspiration et par ingestion comme procédé ordinaire de la contagion, plaçant ainsi sur le même plan l'inoculation toujours positive de Villemin et des procédés de transmission essentiellement aléatoires. Puis... sans écouter les protestations d'un Certain nombre de cliniciens, sans tenir compte des travaux de laboratoire qui contredisaient plusieurs de leurs affirmations, ils jetèrent l'affolement dans la société, enseignant les dangers de la contagion dans le mariage, les ateliers, lès écoles, l'armée ; la simple cohabitation avec un

phtisique exposait à contracter la tuberculose ; les chemins de fer, les voitures publiques, les promenades, les lieux de réunion, les livres, les journaux, tout devint une occasion de contagion ; enfin l'alimentation par le lait et ses dérivés, par la chair des bovidés, était une source féconde de tuberculose.

Et les médecins, poussés dans cette voie par les maîtres les plus autorisés, n'eurent d'autre souci que d'édicter les mesures les plus sévères pour la destruction du bacille de Koch. La terreur de la tuberculose régna partout, et les prescriptions de l'Administration, sur les dangers des crachats et la nécessité des désinfections, vinrent encore ajouter à cette terreur en donnant l'estampille officielle à de simples opinions scientifiques. Combien il eût été plus sage de se rappeler les paroles que le Professeur Cornil prononçait à l'Académie de Médecine (15 juin 1888), à propos de la contagion de la lèpre : « Le parasitisme, dit-il, n'implique nullement Tidée de contagion nécessaire, et ce serait une erreur de croire que toute maladie parasitaire, bactérienne, soit transmissible d'un individu à ceux qui vivent en contact avec lui. »

Nous écrivons ce livre parce que la contagion

de la tuberculose, comprise comme elle est aujourd'hui, est une erreur scientifique, et que cette erreur a pour corollaire une prophylaxie restée impuissante. Nous nous proposons, après avoir déterminé te& circonstances extrêmement peu nombreuses dans lesquelles s'opère la transmission de la tuberculose de l'homme malade à l'homme sain, et où par conséquent il y a véritablement contagion, de démontrer que la transmission de la tuberculose par des poussières bacillifères librement respirées est absolument impossible, que le lait et la chair des bovidés n'ont jamais transmis la tuberculose et que si la déglutition de produits tuberculeux cause fatalement chez les animaux de laboratoire et les bovidés la tuberculose pulmonaire, cette technique, à une exception près que nous signalerons, n'est point applicable à l'homme.

Toute prophylaxie reposant sur l'étiologie, cette première partie de notre travail nous conduira à coordonner, pour la défense de la société contre la tuberculose, non ces mesures illusoires qui visent la destruction du bacille, mais les moyens empruntés à l'hygiène publique et privée qui permettent à l'organisme de garder indéfiniment en lui* à l'état latent^ le ba-

cille de Koch que tous, ou presque tous, nous possédons.

C e livre se divisera naturellement en deux parties et une conclusion.

Dans la première partie nous déterminerons les modes suivant lesquels le bacille de Koch se transmet de l'homme ou de l'animal malades à l'homme sain.

Dans la deuxième, nous étudierons la tuberculose héréditaire et familiale.

De cette étude ressortira comme conclusion une prophylaxie basée sur une étiologie positive.

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