CHAPITRE II
Utilité de la règlementation
Après avoir indiqué quelles étaient, au Havre, les mesures, tant médicales qu'administratives, prises pour éviter la propagation des maladies vénériennes, nous allons essayer de démontrer l'utilité de la règlementa-
tion, si discutée en ce moment.
Et d’abord, quelles sont les thèses en présence :
Les règlementaristes voient dans la surveillance administrative une mesure imposée à une catégorie de personnes : les’ prostituées, exerçant une profession insalubre et, avec les données scientifiques nouvelles, contraignent ces femmes à continuer le traitement nécessaire à leur état, c’est-à-dire les cures d’entretien ; ce qui diminue les cas de contagion d’une facon certaine.
Les abolitionnistes, eux, en vertu du principe que tout être humain a le droit de disposer de son corps, réclament la suppression de la visite corporelle et de la mise en carte des prostituées nouvelles.
L'’abolition de la surveillance de la prostitution a
été promulguée dans plusieurs grands états et dans quel-
ques villes de France, et il n'apparaît pas que cette mesure ait rendu les cas de syphilis moms fréquents.
A Prague (Bohême), la règlementation est abolie depuis le mois d'août 1922. Or, non seulement le nombre des accidents primaires n’a pas décru depuis cette date, mais il continue à s’accroître, dit le Professeur Janselme, membre de l’Académie de Médecine :
De 81 en 1921 et de 71 en 1923, il est passé à 99 en 1924 et à 109 en 1925.
A Bruxelles (Belgique), la règlementation a été suspendue pendant le deuxième semestre de l’année 1924. Le résultat a été tel que le Conseil communal n’a pas jugé opportun de pousser l'expérience plus avant. Dans la séance du 16 mars 1925, Monsieur le bourgmestre Max s’exprimait ainsi :
« L'expérience d’abolitionisme qui s’est poursuivie pendant la période de la suppression du règlement, du 1” juin au 31 décembre, a été pleinement concluante. Elle a démontré que la réforme, dont je vous convie à discuter les modalités, ne peut consister purement et simplement en une abrogation ; cette réforme doit être positive, constructive, d’un système nouveau...
La prostitution est l’un des facteurs principaux de la propagation des maladies vénériennes ; peut-on la supprimer ? Ne nous faisons pas d'illusion ! Pour qu’elle disparaisse, il ne suffirait pas de l'ignorer dans nos règlements. L’hypocrisie seule pourrait s’accommoder d’une solution consistant à considérer qu'un mal