LETTRE
cet épisode hygiénique, sanitaire et moral, arrivé au Havre, pendant la grande guerre 1914-1918 et sur lequel nous avons pu nous documenter.
Le 8 février 1918, The Times publiait l’article suivant, sous le titre : Patrouille de pureté; une proposition du chanoine Burroughs.
« Hier, au Synode ordinaire de Conterbury, le Doyen de Lincoln a lu un rapport sur les dangers moraux, que l’on permet officiellement à nos soldats de courir. Il a protesté contre le système en vogue dans un camp de base au moins à l'étranger (il s'agissait du Havre), où le laisser-passer délivré aux soldats, leur donne accès, à certaines heures, à une rue que l’on affirme, de bonne source, être l'emplacement de maisons mal famées. C'était une honte pour quelqu'un, mais l’on n'avait pu découvrir la personne responsable.
« Le chanoine Burroughs dit qu’il avait passé une semaine dans le camp de base en question, et qu'il avait vu le camp voisin réservé aux soldats atteints de maladies spéciales. Comme contraste à ce qu'il a vu là, il a mentionné ce qu'il avait vu à Alexandrie, où les aumôniers allaient tous les soirs dans les maisons de vice, afin de s’efforcer de convaincre les soldats de ne pas succomber aux tentations qu’on leur offrait. »
Et le 1° mai 1918, un arrêté anglais interdisait à tout soldat ou marin de pénétrer dans les maisons de
tolérance.
On constate, alors, une diminution du nombre de
femmes de maison, et une augmentation de femmes cartées libres, surveillées il est vrai, mais chez lesquelles la fraude est plus facile.
Années 1914 1915 1916 1917 1918 1919 1920 Femmes de maisons ….... 36 40 92 87 58 12 71 Femmes -cartées” libres . ." 198 210 186 164 172 166 154
Et, si dès le 30 mai on voyait une augmentation de 8 % des maladies vénériennes chez les soldats anglais, on constatait en juillet 1918, au camp n° 39, 200 à 220 malades par mois, au lieu de 16 à 24 avant le fâcheux arrêté.
IT est enfin à remarquer que, depuis les réunions de la Société des Nations où les questions d'hygiène ont été soulevées, l'Angleterre, qui n’avait jamais parlé de la surveillance de la prostitution, vient de prendre des arrêts très sévères et des mesures pour lutter contre le développement des maladies vénériennes.
Le Temps posait même, ces temps derniers, au Mi- . nistère de l'Intérieur Britannique et au Gouvernement francais, cette question :
« Se doute-t-on, en France et en Angleterre, que les étrangers entrant par ce port (New Haven), quels que soient leur classe, leur condition sociale ou le but qui les amène dans ce pays, sont assujettis à un examen médical! Se doute-t-on que cet examen ne porte que sur une catégorie de maladies qui sont les maladies
sexuelles! Se doute-t-on que cet examen ne consiste pas
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seulement en questions que l’on pose aux vict.mes, mais qu'il comporte une visite médicale complète de tout point! Se doute-t-on enfin que les femmes, aussi bien que les hommes, sont assujetties à cette visite! »
Ces mesures adressées à tout le monde sont évidemment draconiennes ; nous savons, d’ailleurs, qu’elles n'existent pas à Douvres, Tilbury, Folkestone, Southampton et qu'à Newhaven même, elles n’ont lieu que de temps en temps.
Îl serait souhaitable qu’en France, où l'immigration se fait sur une grande échelle, une surveillance de ce genre soit exercée dans nos ports et dans nos gares frontières. Nous aurions évité ainsi la recrudescence de la syphilis, constatée depuis quatre ou cinq ans; recrudescence moins importante d’ailleurs qu’on pourrait Île penser, car 1l faut tenir compte de ce qu’à la suite de tracts, de conférences et de films éducateurs, un certain nombre de malades, qui jusqu'alors étaient ignorés, sont venus se faire traiter, et ont, de ce fait, grossi les statistiques.
Que conclure de tous ces exemples, sinon que la réglementation, même si elle ne satisfait point tout à fait notre idéal de justice et de liberté, est, sans contredht, actuellement le seul système capable d'éviter, dans la mesure du possible, la propagation de la syphilis.
Elle aboutit, en effet, comme le démontrent les diverses statistiques qué nous ayons eues entre les mains, à une sélection des femmes les moins dangereuses; ainsi,
mn
le Docteur Sicard de Plauzoles donne les chiffres suivantis :
Pour les femmes en maisons, une contagieuse sur 100; Pour les femmes en cartes, une contagieuse sur 90; Pour les femmes irrégulières, 5 contagieuses sur 100; Pour les femmes insoumises, 25 contagieuses sur 100.
Dans une note à l’Académie de Médecine en 1928, MM. Jeanselme et Burnier indiquaient que sur 100 malades :
1926 : 1927. 1928 reconnaissaient avoir pris la syphilis avec des prostituées racolant dans la rue ,..... 56% 54% 58% reconnalssaient avoir contracté
la syphilis avec des femmes
ÉRIC LE NET EL SON OUR 7e avaient pris la maladie avec des amies de rencontre ...... 41% 40% 33%
Nous voyons que, malgré l’activité du service des mœurs, près de la moitié des malades ont pris la syphilis avec des femmes qui n'étaient soumises à aucun contrôle sanitaire.
Il nous paraît donc indispensable, bien loin de supprimer ce contrôle, de le renforcer, sans négliger cependant l’éducation du public par des conférences que nous
voudrions plus nombreuses.
Voici, encore, le graphique que nous avons pu obtenir, indiquant, en ce qui concerne Le Havre, le pourcentage de femmes reconnues malades dans les maisons
et dans la rue.
Il ressort nettement, de ces dernières statistiques, que le gros danger de contagion réside dans la rue et dans les débits, brasseries et buvettes, dont on ne parlera jamais assez, où sont occupées avec salaire des femmes aux mœurs faciles, non soumises aux visites sanitaires. I] serait désirable que le certificat de bonne vie et mœurs soit délivré moins facilement à ces femmes; nous voudrions même qu'il soit renouvelé tous les trois mois, après enquête sérieuse. De cette facon, les propriétaires de ces établissements passeraient, peut-être, moins facilement à travers les mailles de toutes les réglementations.
S1 le pourcentage le plus faible se trouve chez les femmes de maisons, c’est évidemment que la surveillance est plus aisée chez cette catégorie de femmes, et si la contamination est moindre chez les femmes les mieux surveillées, c’est bien, ce nous semble, la preuve de la nécessité de la surveillance, de la règlementation.
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