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nuits dans les postes. A ma connaissance cette femme a communiqué la syphilis à six de nos hommes, sans compter ceux que je ne connais pas et n’ai pu connaître parce qu’elle avait soin de prendre des noms différents suivant qu'elle exerçait son industrie à l’est ou à l’ouest de la capitale. »
III. — Consigner les établissements déguisés sous le nom de débits de vins ou de liqueurs et ne constituant en réalité que des maisons de prostitution non surveillées ; — interdire formellement aux soldats la fréquentation de ces établissements.
IV. —E carter toute punition du programme prophglactique de lu sgphilis.
A la vérité, on ne punit plus aujourd’hui un soldat qui a eu la malechance de contracter la syphilis; mais « on ne lui accorde plus de permission », ce qui revient à peu près au même. Si bien, que la crainte de celte punition muette par retrait de faveurs aboutit à ce résultat que nombre d’hommes hésitent à déclarer leur maladie, la cachent, la laissent s’aggraver, recourent à des médicaments empiriques, à des remèdes de charlatans, etc. — Qu’il n’en soit pas ainsi dans tous les corps de l’armée, M. Colin a pris soin de nous en assurer, et nous avons reçu sa déclaration avec plaisir; mais il en est encore ainsi, nous a-t-on affirmé d'autre part, pour certains régiments, et c’est trop.
Dansl’armée comme dans le civil, contracter la syphilis est un malheur et non un délit. Donc, toutes les punitions infligées de ce chef sont injustes et ridicules; j’ajouterai qu’elles sont de plus nuisibles, en ce qu’elles vont juste à l’encontre de l’intérêt commun.
V. — Supprimer les visites faites en commun, et les remplacer par des examens privés, individuels , discrets.
Actuellement l’examen des soldats se fait le plus souvent dans une salle de visite où peuvent se trouver réunis dix, vingt, trente hommes et plus, appartenant au même corps. Si bien que les consultations de ce genre ne sont pas sans quelque
analogie avec ces réunions antiques où les premiers Chrétiens se faisaient une mutuelle et publique confession de leurs péchés, par esprit de mortification. Mais, comme les mœurs ont changé, comme les syphilitiques de nos jours, même dans l’armée, n’ont que peu dégoût pour ces pénitentes humiliations, il arrive ceci, en fait, que quantité de nos jeunes soldats, affectés de tel ou tel accident vénérien, hésitent à se présenter à la visite « parce qu’il leur faudrait y confesser leur maladie en public ». Pour une raison ou pour une autre, ils redoutenlla/?nWîc/<é de leur maladie. Aussi s’ingénient-ils de mille façons à esquiver la visite, et y réussissent-ils trop souvent: la plupart en tout cas n’y arrivent qu’à regret, et seulement contraints par le règlement ou la douleur.
Quels obstacles peuvent donc s’opposer à ce que, dans l’armée, l’examen des hommes soit fait avec la discrétion et les convenances qui sont dues à tout malade, quel que soit d’ailleurs son genre de maladie? Et n’est-ce pas une réforme urgente, nécessaire, que de réduire aux strictes limites du nécessaire la publicité d’une affection vénérienne?
VI. — Instituer un service de police spéciale autour des grands camps , tels que Satory, Saint-Maur , dictions , etc.
Et, en effet, l’expérience apprend qu’il s’établit presque immédiatement autour des grands rassemblements de soldats une prostitution spéciale, qu’on pourrait appeler la prostitution des bois, composée de rôdeuses du plus bas étage, et éminemment féconde en contagions vénériennes de tout genre.
VII. — Enfin, aux diverses dispositions qui précèdent ne conviendrait-il pas d’en ajouter une autre, relativement au traitement de la syphilis dans l’armée? Je m’explique.
Soit un soldat qui aujourd'hui, je suppose, venant de contracter la syphilis, entre dans un hôpital militaire pour quelque accident primitif ou secondaire, tel que chancre, syphilides, plaques muqueuses, etc. Dans quelques semaines, au maximum dans deux ou trois mois, ce soldat sortira de cet hôpital, débarrassé des accidents en question. Mais en sortira-t-il guéri ? 11 n’est
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pas un de nous, ici, qui voudrait considérer, en de telles conditions, cet homme comme guéri. Bien au contraire nous serions tous unanimes pour croire, pour affirmer que cet homme reste sous le coup de la diathèse, qu’il n’a pu être guéri par un si court traitement, qu'il faut le traiter encore, ou sinon qu’il sera exposé, dans un avenir soit prochain, soit éloigné, à quelque manifestation plus sérieuse, grave peut-être, voire très grave. Facile prophétie, dont la confirmation nous est d’ailleurs offerte par ces exemples presque journaliers de malades qui, conduits dans nos hôpitaux civils pour quelque accident sérieux de syphilis tertiaire, nous racontent ceci comme antécédents : qu’ils ont contracté la syphilis étant soldats ; — qu’ils ont alors été traités dans un hôpital militaire pour tels ou tels symptômes, pendant quelques semaines ou quelques mois ; — puis, que, délivrés desdits symptômes, ils sont rentrés dans leur corps, et qu’ils n’ont plus rien fait au-delà pour compléter leur guérison.
Eh bien! contrairement à ces prévisions dérivées de l'expérience commune, que se passe-t-il en l’espèce? Yoici le soldat en question sortant de l’hôpital, après un séjour de quelques semaines, délivré des accidents pour lesquels il y était entré, « blanchi », suivant l’expression consacrée, mais en réalité aussi peu guéri que possible. Ya-t-on ultérieurement s’occuper de lui en tant que malade? Quelqu’un lui donnera-t-il le salutaire conseil de se traiter encore? Quelqu’un prendra-t-il soin de le diriger dans les cures successives qui lui seront nécessaires? El, plus tard, lorsque cet homme quittera le régiment, quelqu’un lui dira-t-il : « Ne vous empressez pas trop de vous marier en rentrant chez vous, parce que votre syphilis n’est pas guérie et que vous pourriez infecter votre femme, engendrer des enfants destinés à mourir, etc. »? — Rien de tout cela, rien. Un soldat syphilitique qui revient de l’hôpital à son corps y revient sur le même pied et dans les mêmes conditions que s’il avait été affecté de luule autre maladie à guérison accomplie et définitive.
Et cependant, cet homme a dans son régiment, tout près de lui, des médecins, des médecins instruits, expérimentés, dévoués,
4 1 ii i pourraient l’éclairer sur la nature et les dangers de son maU
tjui ne demanderaient pas mieux que de le traiter, de le diriger, de le guérir, et cela tout en le laissant sous les drapeaux, car l'hôpital n’est en rien nécessaire au traitement d'un syphilitique d’ailleurs bien portant et valide. Que si ces médecins étaient officiellement avertis des antécédents de cet homme, s’ils recevaient communication de son dossier d’hôpital, ils ne manqueraient pas à coup sûr de l'aider de leurs conseils pour son traitement ultérieur et de compléter sa guérison (1).
Au total, limiter la durée d’un traitement antisyphilitique à la durée d’hospitalisation nécessaire à la guérison de tel ou tel accident passager de la diathèse, constitue une pratique absurde en principe et désastreuse comme résultats. A cela cependant se résume l’état de choses actuel. De toute évidence, et d’un aveu unanime, c’est autre chose qu'il faut faire. Mais quoi donc, en définitive?
Eli bien, le plus simplement du monde, ne pourrait-on pas imiter pour l'armée ce qui se passe dans le civil?
Dans le civil, lorsqu'un malade de nos hôpitaux nousquitte, après guérison d’un chancre par exemple ou de quelque autre accident spécifique, nous lui donnons avis qu’il doit encore ou poursuivre son traitement ouïe reprendre de temps à autre; et, pour lui en fournir les moyens, nous le faisons inscrire à ce qu'on appelle en style d’administration hospitalière le traitement externe. C'està-dire que ce malade , sans avoir besoin d’être hospitalisé de nouveau, aura la faculté de continuer à être traité par nous aussi longtemps que nous le croirons nécessaire, et de recevoir gratuitement de l’hôpital tous les remèdes que nous lui prescrirons.
Pourquoi donc ne pas instituer quelque chose de semblable pour le traitement de la syphilis dans l’armée? Pourquoi donc les soldats n'auraient-ils pas eux aussi, comme nos malades, leur traitement externe nw sortir de l'hôpital, avec celte seule différence que ce traitement serait dirigé pour eux non plus, comme dans le
(I) L’iodure do potassium figure déjà dans la nomenclature des a médicaments. d’infirmerie régimentaire ». Serait-ce une bien grosse innovation que d’y introduire le mercure?
civil, par les médecins des hôpitaux, mais par les médecins de leur corps ?
Dira-t-on que les exigences du service militaire sont incompatibles avec un traitement médical? Celle objection en tout cas tomberait devant les deux considérations suivantes, à savoir : 1° que le traitement de la syphilis (sauf accidents majeurs) est généralement des plus simples, puisqu’il consiste en l’absorption quotidienne de quelques pilules mercurielles ou de quelques cuillerées d’iodurede potassium; — et2û qu’il y aurait à citer (preuve péremptoire et décisive en l’espèce) quantité d’exemples où ce traitement a pu être suivi sous les drapeaux, sans le moindre préjudice pour les obligations diverses du service mililaire.
Presque toutes les dispositions prophylactiques qui précèdent ne sont pas moins applicables à la marine qu’à l’armée de terre.
Mais en outre, relativement à la marine, votre Commission vous propose le double vœu que voici :
1° Il serait à désirer qu’à bord des bâtiments de guerre une visite médicale de l'équipage fut faite avant l’arrivée dans chaque port, afin d’interdire la communication avec la terre aux hom mes qui seraient reconnus contaminés.
2° 11 est absolument essentiel que dans toutes les villes du littoral, notamment dans les grands ports de guerre ou de commerce, un service régulier et rigoureux soit institué pour la surveillance et la visite médicale des prostituées, en vue de prévenir les contaminations que contractent si fréquemment les marins dans les ports de relâche ou de débarquement.
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