‹ Prophylaxie publique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 3 sur 7 · I)K LA S VI' 111 LIS · texte numérisé non relu

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réglemenler el de Tciïîri.Mnir (piisse/.-moi le mol), en ne la tolérant que des filles inscrites el soumises ù la surveillance médicale.

Mon strict devoir de rappoileur est de reproduire ici les arguments (au moins les arguments principaux) qui ont été invoqués dans la Commission en faveur de tel ou tel de cee deux systèmes. C'est là ce que je vais essayer de faire le plus fidèlement et aussi le plus brièvement possible.

Dans le premier système^ toute provocation doit être interdite sur la voie publique, quels qu'en soient les auteurs, et cela pour les raisons suivantes :

Parce que, d'abord, il faut prendre aussi bien souci de la morale publique que de la santé publique, el que la provocation, d'où (|u'elle vienne, constitue toujours une offense à la morale, une « tentative d'embauchage à la débauche », un exemple d>jmoralisaleur ;

Parce que, en second lieu, une réglementation de la prostitution doit reposer sur des mesures générales et non pas s'éparpiller en des mesures partielles, visant telle ou telle catégorie de prostituées ;

Parce qu'une distinction serait impossible à faire entre les filles soumises et les filles insoumises se livrant à la provocation sur la voie publique ;

Parce qu'enfin la liberté de provocation conférée aux filles soumises constituerait une sorte de prostitution patentée, une sorte de privilège légal accorde u une cerlainc catégorie de filles, une sorte de «reconnaissance officielle consentie par l'Administration en faveur desdites filles », etc. Je n'admets pas, disait M. Lefort devant la Commission, cette sorte de contrat, de marchandage entre l'Administration et les filles, celle-là disant à celles-ci : « Voulez-vous la liberté de provoquer sur la voie publique? Voulezvous commettre impunément le délil d'excitation à la débauche? Consentez alors à nos visites, soumettez-vous à la surveillance; et, en échange, nous vous !ais?e!'ons toute latitude sur nos trottoirs, nue si, au contraire, vous vous refusez à li surveillance, nous

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VOUS enlevons le bénéfice de la voie publique ». L'Administration, concluait notre collègue, ne peut à la fois et tolérer et réprimer la provocation de la rue, etc..

A cela répondent, d'autre part, les partisans de l'opinion adverse :

1" Que, d'abord, réclamer une interdiction absolue, générale^ de la provocation sur la voie publique, c'çst-à-dire la suppression de la tolérance accordée aujourd'hui et de vieille date à une certaine catégorie de filles, ce n'est rien moins qu'introduire une révolution complète dans l'état de choses actuel, révolution de résultat incertaia ou, pour mieux dire, d'insuccès fatal;

2° Qu'il faut traiter pratiquement des choses pratiques, et qu'en l'espèce viser à la disparition complète de toute provocation sur la voie publique, c'est poursuivre un idéal irréa'isabk, à jamais irréalisable pour les deux suffisantes raisons que voici : parce que la prostitution a été et sera de tous les temps, et parce que la prostitution a besoin de la provocation pour se produire, pour se faire une clientèle, pour vivre, en un mot. D'ailleurs, ainsi que le disait M. Ricord, « la provocation n'est pas seulement dans la rue ; elle est partout, à tous les étages de la société et sous toutes les formes, au théâtre, dans les bals, dans les cafés, dans les casinos, dans les réunions publiques, voire dans les vitrines où s'étalent des photographies d'une décence douteuse ou plutôt non douteuse Jamais, ajoutait-il encore, on n'empêchera d'une façon absolue la provocation de se produire sous telle ou telle des mille formes qu'elle est susceptible d'affecter. Pour moi, la seule provocation à réprimer, c'est la provocation scandaleuse, celle qui offense la morale. Tant qu'il n'y a pas scandale, nous ne pouvons rien faire contre la provocation, et personne n'y pourra jamais rien. »

3° Que tolérer la provocation de la part d'une certaine catégorie de filles, à savoir les filles soumises et médicalement surveillées, ce n'est pas, comme on le dit, reconnaître légalement à ces filles un « privilège officiel », en vertu d'une sorte de contrat offensant pour la morale publique, c'est subir ce qu'on ne peut cm-

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pêcher, c'est subir ce qu'on sait, de par une expérience plus que séculaire, être impuissant à réprimer. « Il y a certes plus qu'une nuance, comme le disait encore M. Ricord, entre subir, tolérer, laisser faire, et conférer un privilège légal. »

4° Que tolérer, dans de certaines limites administrativement définies, la provocation publique de la part des filles soumises, et la réprimer, la persécuter, de la part des filles insoumises, ne constitue pas — loin de là — une impossibilité pratique. Cela est affaire de surveillance policière, tout simplement ; et, d'après un témoignage plus que compétent en pareille matière, il ne faudrait pas plus d'une quinzaine à un bon agent des mœurs pour être au courant du « personnel » de son quartier, c'est-à-dire pour reconnaître d'un coup d'œil les filles soumises et les filles insoumises.

5° Enfin, que tolérer la provocation (la provocation toujours non scandaleuse, bien entendu) de la part des filles soumises, et ne pas la tolérer de la part des insoumises, c'est ipso facto réunir dans le camp des filles médicalement surveillées toutes les prostituées qui ou bien accepteraient spontc sud le bénéfice de la tolérance, ou bien seraient inscrites d'office par les tribunaux ; — c'est, d'une part, tolérer ce qu'on ne peut empêcher, et, d'autre part, assaini?' la provocation des rues. Jamais, au grand jamais, on n'empêchera une fille de provoquer sur les boulevards ou dans les carrefours ; mais on peut faire qu'une fille ne provoque pas sans être astreinte un jour ou l'autre à l'inscription ; — c'est enfin supprimer dans la mesure du possible, pour la provocation des rues, Vindustrie des insoumises. Or, s'il est un fait avéré, un fait sur lequel s'accordent les statistiques, c'est que le danger des contaminations syphilitiques dérive surtout et pour une proportion considérable des filles insoumises. Sur cent filles insoumises qu'arrête la police, on en trouve en moyenne trente-trois affectées de diverses maladies vénériennes (D"^ Clerc) (1). Les in-

(I) « C'est la catégorie des insoumises qui fournit à la statistique le plus grand nombre de malades. Sur 23.836 filles insoumises, visitées depuis le juillet 1871 jusqu'au 31 décembre 1878, c'est-à-dire pendant une période de sept ans et demi, on a constaté 7.833 cas de maladie, soit 32,8 °jo du

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soumises conslituenl donc, on peut le dire, le foyer principal qui alimente et entretient la vérole parmi nous (1 ).

Dernier point. On reproche une inconséquence aux partisans de ce système. On leur dit : « Voyez donc à quels re'sultats illogiques vous êtes amenés : d'une part, vous considérez la provocation publique comme un délit, dont vous demandez la répression légale ; et, d'autre part, vous acceptez cette provocation. Si bien que le même acte tantôt sera poursuivi, puni par la loi, el tantôt restera toléré, impuni ». — Mais qui ne voit qu'en l'espèce l'inconséquence n'est qu'apparente et non réelle ? Car jamais, à vrai dire, la loi ne tolère la provocation publique. El la preuve, c'est qu'elle la Trappe non pas d'une peine à terme, à l'instar du vol par exemple, mais bien d'une /jeine permanente, durable, à savoir, de l'inscription avec surveillance administrative et médicale, de l'inscription qui n'aura de terme que le jour où la fille renoncera volontairement à son métier, c'est-à-dire cessera de commettre le délit, le préjudice social pour lequel elle est tenue en tutelle.

Tels sont. Messieurs, les deux sj'stèmes qui ont divisé votre Commission et qui, somme toute, se résument en ceci :

chiffre total... A Lyou, la syphilis paraît beaucoup plus répaudue, car la proportion des insoumises trouvées malades est de 48 °/o. » (D"" Clerc, déposition devant la Commission de la police des mœurs; Conseil municipal de Paris, 1879.)

Inversement, ou voit la moyenne annuelle des filles soumises reconnues syphilitiques au Dispensaire de salubrité descendre, par exemple, à 10,3 °/o pour l'année 1882, et à 9,63 "/o pour l'année 1883. (Uf Corlicu, La Prostitution à Paris, 1887.)

Citons encore comme parallèle ou plutôt comme contraste avec ce qu'on observe chez les insoumises, les quelques chiffres suivants empruntés au même auteur :

« Eu 1882, sur 1.030 filles de maisons, il y a eu 143 syphilitiques, soit 13,3 o/u.

« Eu 1883, la moyenne des filles de maisons pour toute l'année a été de 988 femmes, chez lesquelles on a constaté 62 cas de syphilis, soit 6,27 «/o-

(1) a ... Tout bon système de prophylaxie doit s'appliquer plus particulièrement krcslreindre le nombre des ■prostituées insoumises et à prévenir de celle façon les dangers de la prostitution clandestine, etc.. » {Prophylaxie internationale des maladies vénériennes, Rapport de MM. Crocq et RoUet, Congrès de Paris, 1867.)

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Ou bien, interdiction absolue et géne'rale de toute provocation sur la voie publique ;

Ou bien, maintien de l'e'tat de choses actuel quant à la tolérance de la provocation publique de la part des filles inscrites, avec proscription rigoureuse de la même tole'rance vis-à-vis des tilles non soumises à la surveillance administrative.

A IWcade'mie de juger entre les deux systèmes et de se prononcer en dernier ressort.

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