‹ Propos d'EspagneChapitre 3 sur 22 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

complot, mais sincère. J'ai souhaité seulement qu'un peu de Tàme espagnole transparût parfois à travers les faiblesses de ma notation. C'est un souhait impertinent, mais j'accepte qu'on blâme cette sorte de « rodomontade ». Ce sont ici propos d'Espagne.

Le Paysage Espagnol

II est entendu pour plus d'un voyageur qu'un paysage est pittoresque quand la nature y déploie les magnificences de ses verdures, les fantaisies gracieuses ou troublantes de ses monts, les sourires et les colères de ses océans. Ce n'est pas dans ces beautés sensibles à tout le monde que réside le charme ordinaire du paysage espagnol. Sans doute il offre souvent, et peut-être surtout dans les Asturies, une matière admirable à mettre en prose poétique. Il encourage les bonnes volontés en quête d'une brillante description. On peut, en restant sincère, tirerprofit, pour le peindre, de toutes les ressources du vocabulaire exclamatif. Il serait vraiment regrettable d'avoir franchi les Pyrénées sans en

2 l'ROPOS D'ESPAGNE

rapporter quelque symphonie éclatante où se niclcut harmonieusement les bleus et les verts, les violets et les ors. L'Espagne ne réserve point de pareilles désillusions à ceux qui aiment dans un voyage le retour et la joie incomparable de s'écrier devant les amis : « Ah ! si vous aviez vu le soleil se lever sur Cadix ! Ah! si vous l'aviez vu se coucher surGrenade ! »

Ce n'est pas dans ces décors « romantiques » qu'il convient de chercher la poésie du paysage vraiment espagnol. Plateaux des Castilles ou plaines de l'Andalousie, la saveur en est bien plus àprc, et on ne l'aime pas tout de suite. C'est une tristesse à la fois sévère et langoureuse; c'est une désolation attirante, La terre d'Espagne n'explique guère qu'aux siens ses chansons. J'essaie pourtant d'en noter quelques-unes, sans l'illusion d'y réussir.

De Burgos à Marcilla. — De nuit, le plateau de la Vieille-Castille prend sous la lune les aspects bleuâtres de quelque lac endormi. De • jour, le soleil dore sa sécheresse monotone de ce jaune indéfinissable qu'il réserve pour les vieilles choses et pour les belles ruines. C'est rinfini de la terre, moins émouvant, mais plus rej)osant que l'immensité de la

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