‹ Propos d'exilChapitre 1 sur 16 · II A LA MÉMOIRE DE MADAME LEE CHILDE · texte numérisé non relu

II A LA MÉMOIRE DE MADAME LEE CHILDE

les longs mois tristes où elle s'éteignait lentement, lentement, avec une figure sereine. De ces lettres, qui l'avaient amusée, est sorti ce livre, aussi dépareillé que les jours de ma vie.

Depuis un peu plus d'une année, elle repose dans la terre ; c'est déjà bien tard sans doute pour venir parler d'elle, — même à ces gens choisis, aristocratie de naissance ou de talent, dont elle était entourée comme d'une cour.

Je voudrais, moi, essayer de graver ses traits qui s'en vont, comme ceux de tous les morts, s'effaçant de toutes les mémoires. Les livres, même ceux qui s'oublient le plus vite, durent encore plus que les existences humaines ; je voudrais fixer dans les feuillets de celui-ci quelque chose d'elle qui lui survive un peu.

Nous avions presque toujours été l'un pour l'autre des amis lointains, comme elle avait coutume de dire. Je vivais errant, par métier. Elle, chaque été, se retirait dans son château du Pertliuis; et, l'hiver, s'en allait vers l'Afrique,

A LA MEMOIRE DE MADAME LEE GHILDE m

chercher le soleil qui enrayait son mal. Nous nous rencontrions tout au plus quelques jours, entre de longs voyages.

Mais nos lettres, qui couraient le monde, nous portaient fidèlement, l'un à l'autre, nos pensées sur toute chose. Elle a même été mon conseil quelquefois, dans des moments de trouble, un conseil droit et ferme qui m'était précieux et que je suivais. Et je crains de ne pas trouver des mots assez pleins de respect pour parler d'elle, pour toucher à sa mémoire.

Son habitation parisienne était, aux Champs Elysées, cette grande maison qui s'avance en proue de navire entre le cours la Reine et le jardin du palais de l'Industrie. C'est là en somme que je l'ai vue le plus souvent; c'est là que je la revois le mieux, en souvenir, assise à sa place favorite, dans une sorte de petit sanctuaire qu'elle s'était fait au fond d'un salon ovale du rez-de-

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