‹ Propos d'exilChapitre 12 sur 16 · XXII A LA MÉMOIRE DE MADAME LEE CHILDE · texte numérisé non relu

XXII A LA MÉMOIRE DE MADAME LEE CHILDE

tion comme une défaillance; excessive en cela, exagérant cette idée à l'heure de la mort, elle se raidissait pour demeurer stoïque.

Alors, pour me soumettre, pour ne pas la fatiguer, je ramenai peu à peu notre causerie à un ton plus habituel. Nous nous parlions comme deux amis qui ont mille choses à se dire, ne s'étant pas vus depuis longtemps et étant sur le point de se quitter pour plus longtemps encore, — l'un d'eux devant partir pour un pays où les lettres n'arrivent plus. Elle s'informait de tout ce que j'allais faire, de tous mes projets pour plus tard, pour l'avenir... Nous en venions même à causer de voyages, de nouvelles, de gens quelconques. Et, deux ou trois fois, le sourire fin des anciens jours reparut sur ses lèvres, elle retrouva cette espèce d'ironie extra-spirituelle dont elle avait le secret, et qui était sans amertume, mitigée de compassion. Et même on put l'ent-endre rire encore...

Je savais bien que ses derniers moments à elle

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ne pouvaient pas ressembler à ceux d'une autre; mais ceci me confondait. Elle m'intimidait. Je l'aimais peut-êlre moins, mais je me sentais pris d'une admiration, d'une crainte religieuse pour cette créature d'élite, qui était femme pourtant, et qui s'en allait à l'inconnu final avec ce stoïcisme elcette sérénité inaltérables...

On m'avait donné deux jours à passer à Paris pour ce suprême adieu. Quand je pris congé d'elle, à la tombée de la nuit, elle me dit : — « Demain, revenez à n'importe quelle heure, plutôt le matin que le soir, ce sera plus sûr... Je vous recevrai encore une fois... si je suis là... » En même temps son geste et son regard exprimaient combien elle jugeait sa présence incertaine pour ce lendemain. Et puis ses yeux se voilèrent malgré elle, prirent une douceur si affectueuse, une tristesse si humaine, que j'embrassai sa main avec une vraie tendresse de frère,

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