A LA MÉMOIRE DE MADAME LEE CUILDE XXV
reine agonisante, la tête couverte d'une sorte de mantille en dentelle blanche qui emprisonnait ses cheveux courts.
Non, ce n'était plus elle. Des projets de voyage pour l'été l'occupaient beaucoup. Puis elle parlait de nombreuses visites qu'elle avait reçues dans la matinée et, chose très étrange, ces visiteurs et ces visiteuses qu'elle citait comme étant venus là étaient, sans exception, des personnes mortes. ,
Quand l'heure de partir arriva, nous nous dîmes au revoir, au printemps, comme deux amis très sûrs de se retrouver bientôt. Et, avant de sortir de sa chambre, je me retournai pour voir ce visage une dernière fois. En m'en allant, je jetai aussi un regard aux salons où j'avais passé des heures de causerie inoubliables, à toutes les choses arrangées par elle, à toute cette demeure dont elle avait été l'âme charmante et
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OÙ restait encore l'odeur d'Orient qu'elle y avait mise.
Elle vécut encore près de six jours après mon départ. Un m^tin, à Toulon, je reçus cette dépêche : « Tout est fini! » Le lendemain, le Figaro, et d'autres journaux après lui, disaient : « Une des femmes les plus remarquables de Paris, madame Blanche Lee Ghilde vient de succomber, etc., etc. » On me montra cela, et je le lus avec un cœur sec, comme s'il s'était agi d'une autre que d'elle-même.
Un peu plus tard, je suis allé voir sa tombe, les fleurs fraîches jetées sur les pierres par celui qui moins que moi peut l'oublier; — je ne suis pas arrivé non plus à me persuader qu'elle habitait là, couchée, que son regard clair était éteint là-dessous.
Nous étions accoutumés à ne nous voir presque Jamais et à être quand même en constanle communion intellectuelle. Il me semble toujours que cette communion n'a pas cessé. Très souvent ie
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songe en moi-même : Je lui dirai ceci ou cela ; je la consulterai à ce propos. Et je m'attends à voir paraître, sur quelqu'une des enveloppes que me remet la poste, sa grande écriture élégante...