‹ Propos d'exilChapitre 7 sur 16 · XII A LA MÉMOIRE DE MADAME LEE CHILDE · texte numérisé non relu

XII A LA MÉMOIRE DE MADAME LEE CHILDE

eh bien ! mais, je serais déjà morte. » Allors elle s'assit à son piano et joua une chose légère et fiévreuse. Elle jouait comme un maître, — un peu comme Rubinstein, qu'elle admirait, mais avec son sentiment à elle ; — cela la fatiguait extrêmement, mais c'était délicieux à entendre...

Dans ma mémoire reste gravée la visite que je lui fis, en mars 85, au moment de partir pour rejoindre à Formose l'escadre de l'amiral Courbet.

J'étais allé à Paris pour lui dire adieu. Depuis les premiers jours de l'hiver elle s'était coucliée et ne devait plus se relever. C'était le commencement de l'affreuse lutte finale contre la mort, du long martyre. Elle resta là quinze mois, prolongeant sa vie à force d'énergique volonté, calme, stoïque, admirable, ayant toujours pour ceux qu'elle aimait sa bonne grâce et son ■sourire.

Quand j'entrai dans sa chambre, je vis, repo»

A LA MÉMOIRE DE MADAME LEE CHILDE Xlll

sant sur i'oreiller, dans l'ombre des rideaux qui étaient d'une couleur bleu-nuit, sa tête fine, aussi correctement coiffée qu'un jour de réception; elle était habillée, avait ses bracelets et ses bagues, comme une personne qui ne veut pas du tout s'avouer vaincue, qui ne s'est couchée que pour une fatigue passagère. Mais sa figure était bien pâle et bien creuse. A genoux près de son lit, il y avait son amie, la duchesse de R*", qui lui tenait la main et y appuyait sa tête blonde. — Je reverrai longtemps le groupe de ces deux femmes...

Dans cette chambre, haute de plafond, claire, d'une simplicité raffinée, rien de triste, rien qui éveillât des idées de maladie ou de mort ; beaucoup de fleurs, une chaleur douce habilement amenée. Par la fenêtre, donnant sur les arbres du cours la Reine, entrait le soleil d'hiver.

— Parlez tous les deux, nous dit-elle; — moi, on me l'a défendu... Je ferai des sii:nes

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