‹ Propos de Félix FaureChapitre 9 sur 23 · LE BUT DE LA MISSION · texte numérisé non relu

LE BUT DE LA MISSION

« Quant au but de la mission, il est tout différent de celui qu'indiquent les propos de Félix Faure. Marchand avait fait décider sa mission dans le but d'aller prendre un gage sur le Nil, de conserver, grâce à ce gage, un point sur le Nil, d'avoir dans cette région du grand fleuve un débouché, et ainsi de provoquer la réunion d'une conférence européenne pour régler la question d'Egypte.

« On nous dit maintenant que la mission Marchand était une mission scientifique, commerciale... Est-il utile de rappeler qu'avant de laisser partir Marchand, les Chambres ont voté des crédits? M. Lèbre n'est-il point monté à la tribune pour demander le vote de ces crédits sans explications, disant : « C'est un vote politique que nous vous demandons ». Et à ce moment-là, M. Jaurès ne s'est-il point levé et ne s'est-il point écrié : « Ce n'est pas un vote poli-

tique, c'est un vote national ». Avouez, ma foi, que pour une mission purement scientifique, c'était lui faire beaucoup d'honneur.

« Et puis enfin, à quoi, si la mission n'avait point été une mission de conquête, à quoi auraient servi toutes ces dépêches que le gouvernement envoyait à Marchand tout le long de sa route, dépêches qui toutes peuvent se résumer ainsi : « Hâtez-vous d'arriver à Fashoda » ? Pourquoi cette précipitation? Et d'ailleurs M. Hanotaux et Lebon peuvent-ils déclarer qu'ils n'ont point donné à Marchand, avant son départ, des instructions écrites ?

A FASHODA

«Félix Faure convient que Marchand est resté un peu plus longtemps à Fashoda que dans un autre poste. Marchand y est, en effet, resté cinq mois. Ayant trouvé des ruines,

il avait construit à Fashoda un fort d'un relief de cinq mètres.

« Que Marchand ait désiré rester sur le Xil, cela se comprend, nous dit-on ; mais on ajoute : son désir ne pouvait pas engager la France, et Félix Faure ajoute : « Quand avec le rapport de Marchand nous serait arrivée sa question : Que faut-il faire ? » nous aurions répondu : « Laissez votre camp et revenez-nous. »

« On comprend assez aisément que de Fashoda Marchand n'ait pas pu informer le gouvernement au moment où il y était arrivé, mais il est bien étonnant qu'au moment où Marchand quittait le dernier des postes, du Bahr-el-Ghazal, Fort-Desaix, absolument certain alors d'arriver à Fashoda, pouvant prévoir la date de cette arrivée à quelques jours près, il est bien étonnant qu'il n'ait pas envoyé une dépêche au gouvernement.

Si Marchand a envoyé une dépêche semblable, le gouvernement l'a certainement reçue bien longtemps avant d'avoir eu connais-

sance de l'occupation de Fashoda par le général Kitchener. Pourquoi à ce moment-là le gouvernement n'a-t-il pas donné Tordre à Marchand d'éviter Fashoda, ou pourquoi n'a-t-il pas commencé à engager des négociations avec l'Angleterre ?

« Car, enfin, Marchand est resté deux mois à Fashoda sans que Kitchener se soit douté de sa présence et il ne s'en serait peut-être pas aperçu de longtemps si un bateau des derviches, que la mission française avait repoussé à Fashoda, n'était allé lui dévoiler à Omdurmanque Marchand occupait Fashoda.

«Alors que Marchand arrivait à Fashoda, l'armée anglo-égyptienne était encore loin de Ivhartoum ; cela se passait deux mois avant la bataille d'Omdurman. Kitchener n'était pas pressé d'avancer ; il ne savait rien jusqu'à la révélation des derviches. Quand il arriva à Fashoda, le général anglais était très ennuyé. Il dit à Marchand : « C'est très grave, ci' que vous avez fait là! Savezvous que ça peut aller jusqu'à la guerre? »

Et. Marchand répondit : « Gela ne me regarde pas, j'ai des ordres de mon gouvernement. Nous nous ferions tuer tous ici plutôt que d'évacuer Fashoda sans instructions de France ». — « Il ne s'agit pas de cela, s'écria Kitchener ; nous avons des bateaux très confortables et, si vous voulez, nous pouvons vous ramener. » Sur nouveau refus de Marchand, Kitchener déclara qu'il avait ordre du khédive et de la Sublime Porte d'installer un poste à Fashoda. Marchand ne l'empêcha pas d'établir un poste égyptien et Kitchener s'en revint tout marri à Omdurman pour avertir le gouvernement anglais de l'audace imprévue des Français. C'est alors que le gouvernement anglais décida M. Delcassé à envoyer à Marchand une dépêche par la voie anglaise, c'est-à-dire par Omdurman. Cette dépêche demandait l'envoi d'un officier en France. On sait que ce fut le capitaine Baratier qui vint en France et qui rapporta de Paris l'ordre d'évacuer Fashoda.

« Il est donc très douteux que M. Delcassé puisse établir par pièces et documents que la mission Marchand n'avait jamais eu un caractère de conquête; M. Delcassé ne fera jamais croire à personne que des officiers aient pu ainsi marcher de l'avant sans ordres précis et répondre comme le colonel Marchand répondit à Kitchener s'il n'avait pas eu une consigne formelle du gouvernement.

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