‹ Propos de Félix FaureChapitre 8 sur 23 · LA. RÉPONSE D'UN TEMOIN · texte numérisé non relu

LA. RÉPONSE D'UN TEMOIN

« Voici, très exactement et très fidèlement rapporté, ce qu'il nous a dit :

« — De deux choses l'une, ou bien l'auteur du carnet de l'ami de Félix Faure a inexactement rapporté la conversation de l'ancien président, ou bien Félix Faure, et ceci est bien étrange, n'avait aucune idée de la carte d'Afrique au moment où, plus qu'aucun autre, il était de son devoir de la connaître à fond.

« Parlant de la perturbation que l'exploration Marchand avait jetée dans les rapports entre la France et l'Angleterre, Félix Faure aurait dit à son ami : « Nous n'aurions pas

fait la guerre pour Fashoda.. Un poste placé si loin eût été trop éloigné de toute base de ravitaillement, trop en l'air. »

« Félix Faure ignorait-il donc — pouvait-il l'ignorer, lui, président de la République — que du sud au nord nous avions au moment de l'incident de Fashoda des postes dans tout le Bahr-el-Ghazal, des postes qui se nomment Tamboura, Fort-Desaix, Djourghattas, Bia et la Mechra ? Or, de la Mechra à Fashoda, il y a à peine trois jours de vapeur et, quand les Anglais arrivèrent à Fashoda, le Faidherbe, qui était retourné à la Mechra pour chercher un ravitaillement destiné à la mission Marchand, était rentré à Fashoda quelques jours après.

«Fachoda, quoi qu'en puisse dire l'ami de Félix Faure, n'était donc pas trop éloigné de notre base de ravitaillement, Fashoda n'était donc pas trop en l'air. Il suffit, pour

d convaincre, de jeter un coup d'oeil sur la carte de cette région de l'Afrique.

« Je me suis fait expliquer, poursuit Félix

Faure, comment la mission Marchand avait été organisée... Delcassé était aux Colonies. Un jour, il communiqua au conseil la décision qu'il avait prise de faire continuer vers l'Est, à travers l'Afrique, une mission d'exploration confiée tout d'abord au colonel Monteil. Cette mission pousserait jusqu'au Nil. »

« Or, en juillet 1894, au départ de la mission Monteil, — M. Delcassé avait vraiment une façon bien curieuse de marcher vers le Nil. — La mission Monteil, partie sous le prétexte d'aller reprendre le M'Bomou aux Belges, était en effet aussitôt rappelée par M. Delcassé, réembarquée à Loango, débarquée à Grand-Bassam, pour aller faire la colonne de Kong. Comment M. Delcassé peut-il expliquer qu'ayant fait partir cette mission vers le Nil, il l'ait envoyée à Kong?

Il est d'ailleurs assez drôle de constater que ce rappel coïncidait avec la mort de Carnot, et je peux affirmer que si Carnot avait vécu, la mission aurait poussé jusqu'au

Nil. Garnot avait eu, lui, l'idée que M. Delcassé n'a point mise en pratique ; les paroles de Garnot que Saint-Simonin rapporte au sujet de l'Egypte sont bien l'expression de sa pensée.

«Quant à la mission Marchand, elle ne fut pas organisée et conçue par M. Delcassé. La mission Marchand a été conçue par le capitaine Marchand qui Ta lui-même proposée à M. Hanotaux, alors ministre des affaires étrangères, et Marchand la proposa, en mai 1895, en débarquant du bateau qui le ramenait en France, au retour delà colonne Kong dont il faisait partie. Marchand n'obtint sa mission qu'après une lutte de onze mois, au cours desquels il eut à se débattre l'opposition des ministres des colonie. M. Hanotaux avait accepté" tout de suit-, ce fut M. Lebon qui se joignit à son collègue des Affaires étrangères.

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