‹ Propos de table de Victor Hugo, recueillisChapitre 18 sur 30 · LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE

Si Victor Hugo est rebelle à la musique, il l'est encore plus aux musiciens, qui ne s'introduisent qu'à force de diplomatie dans le salon rouge de la rue de Clichy, avant tout littéraire et politique.

Pourtant on en a vu forcer la consigne, entre autres cette belle Georgina Weldon, qui chanta un soir au piano de M""* Lockroy — car chez Vicior Hugo il n'y a jamais eu de piano ! — le troisième acte du PoLyeucte de Gounod. Le costume sévère de l'artiste, constellé d'étoiles et de plaques de ferblanterie reliées par des chaînes d'acier, frappa le poète. Elle lui avait écrit, dès l'an passé, des lettres filiales, glissées dans de fines enveloppes qui portaient, à l'opposite du timbre-poste, le portrait de la dame.

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Elle revint quelques jours après, avec un troupeau gazouillant de petites filles de trois, quatre, cinq et six ans, dont elle se disait la grand-mère — au moral. Il y en avait de gentilles. M'"" Weldon leur apprenait la musique par une singulière méthode, qui consistait à serrer le bout de leurs doigts, jusqu'à ce qu'elles donnassent la note juste. Les cantatrices intéressèrent fort l'auditoire; on les bourra de bonbons. Mais cette façon d'apprendre le solfège aux enfants déplut fort à Victor Hugo.

C'est par centaines que Victor Hugo reçoit des demandes de musiciens français ou étrangers, désireux de mettre en musique les poésies du Maître.

Il ne refuse jamais cette autorisation, mais la borne à trois pièces de vers au maximum. Et j'ajoute toujours ces mots aux réponses :

« Le consentement de M. Victor Hugo vous est acquis à l'expresse condition que les droits d'auteur que vous voudrez lui reconnaître, ou ceux que lui rapporterait votre publication, seront acquis aux pauvres de votre ville. >

Je ne pense pas qu'aucun des solliciteurs se soit soustrait à l'obligation imposée.

DE VICTOR HUGO 2r33

Pour l'avoir autori^^ée à accompagner Lucrèce Borgia^ Victor Hugo ne tit pas meilleur ménage avec la musique.

Je ne l'ai jamais entendu parler, autrement que d'une façon incidente, de la représentation de la Esmeralda. Victor Hugo avait été prié d'extraire de sa Notre-Dame de Paris un livret d'opéra qui fut confié à M"^ Bertin, la fille du directeur du Journal des Débats.

L'ouvrage, joué à l'Académie royale de musique, eut un de ces succès d'estime dont on ne se relève pas. On assure cependant qu'il renfermait de fort belles choses, entre autres l'air des cloches de Quasimodo.

Un piège musical plus sérieux fut tondu au poète. Deux dames espagnoles, fort élégantes, décorées de plusieurs ordres, la mère et la fille, lui demandèrent d'entendre quelques airs de harpe que la jeune fille exécutait à ravir.

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