‹ Propos de table de Victor Hugo, recueillisChapitre 6 sur 30 · DI-: VICTOR IIL'GO · texte numérisé non relu

DI-: VICTOR IIL'GO

sentit perdu ; il pensa à l'effet abominable que doit faire la décharge d'un fusil, quand elle vous entre dans la poitrine, au cercueil dans lequel on lecouclierait le lendemain, à la terre dans laquelle on le mettrait, et, presque fou de terreur, il cria:

— A moi, mon chien !

Alors on vit presque un miracle. On sait très bien que les chiens ne montent pas aux arbres....

— C'est les chats, dit Jeanne, haletante.

Mais il y a des circonstances où tout est changé.

Le vieux sale chien sauta, bondit, rebondit comme une balle élastique, s'accrocha des dents aux branches, et arriva devant son affreux maître juste au moment où le coup de fusil partait.

Il reçut la charge en pleine poitrine.

Ses yeux mourants se tournèrent vers le petit garçon pour le prier de le secourir; celui-ci était déjà bien loin. Il se sauvait à travers champs comme un voleur qu'il était.

Mais voilà ce que le paysan vit de ses propres yeux :

La fumée du coup de fusil, qui avait enveloppé la pauvre bête, semblait l'avoir transfigurée. L'animal n'était plus noir, n'était plus sale; il avait autour de lui comme une clarté d'aurore. Ses poils de chien se lustraient et s'allongeaient autour de

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sa bonne tète, qui })ronait une ex^ji-ession céleste, et de grandes ailes lui poussaient dans le dos.

Un coup de tonnerre retentit, et l'on vit le chien s'élever dans les airs et disparaître dans les nuages.... Parce qu^il avait manqué un ange au bon Dieu dans la matinée, et qu'en cherchant sur la terre quelqu'un pour le remplacer, il n'avait rien trouvé d'aussi bon que ce chien. »

L'histoire esttinie^ mais elle n'est pas complète. On s'en aperçoit peu. L'intérêt inspiré par ce chien angélique ne permet pas de songer au paysan et au petit garçon.

Une fois, pourtant, Georges s'informa de ce qu'était devenu ce dernier.

— 11 demeura méchar;t, répondit le grand-père, et en fut cruellement puni. Personne ne l'aima.

UAne aux deux oreilles est moins en faveur auprès de Jeanne et de Georges. Le conte commence bien, mais il ne finit pas et laisse l'esprit inquiet. Voici toujours le commencement :

« Il y avait une fois un âne qui était un très bon

âne, mais dont la vie était fort agitée. Cela tenait à une petite difticulté d'oreille dont la nature l'avait affligé. Quand son oreille droite entendait « oui », son oreille gauche entendait « non ». Quand l'oreille droite entendait « tourne à droite », Toreille gauche entendait « tourne à gauche »; situation embarrassante. Dans ce cas, l'âne se décidait à ne pas bouger, ce qui s'accordait avec son caractère contemplatif.

Le matin, il allait voir son maître à son lever pour prendre des ordres, agitant ses oreilles pour montrer qu'il était prêt à obéir.

— Porterai-je des choux au marché? demandait-il, avec un regard intelligent.

— Oui, entendait l'oreille droite.

— Non, entendait l'oreille gauche.

Le bon âne était fort troublé de ces injonctions contradictoires. Il supposait que son maître était indécis sur ce qu'il fallait faire de ses choux, et il demandait, en criant comme un âne :

— Porterai-je plutôt des sacs au mouhn?

— Oui!

— Non !

11 n'est point encore décidé, se disait Tâne. Dans un nouveau braiement, le roussin demandait :

— N'irai-je pas plutôt me rouler dans les foins avec des ânes de ma connaissance"?

42 PROPOS 1)K TAIil.K

— Oui !

— Non !

Il faut pourlaul, se disait l'àiic, (jue je fasse

quelque chose.

Et il allait se rouler dans les foins. »

Je n'ai jamais entendu le grand-père aller au

delà. 11 s'arrange de façon à se faire interrompre.

Et je crois que les enfants ne comprennent pas

bien Toriginalité de la donnée, car ils n'insistent

pas pour savoir a la suite ».

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