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gent, qui avait été fixé dans les temps anciens à Irenlc sols Morlaas, s'élevait exactement, vers le milieu du xviii- siècle, à six livres, deux sols et dix deniers en monnaie de l'époque. Des décisions judiciaires et des documents authentiques prouvent la réalité et l'antiquité de cette bizarre obligation.
^ ers la fm du xvi" siècle, les Labedanais s'aiïranchirent pendant une vingtaine d'années du paiement du tribut. La vallée d'Aspe, énme, leui* dépêcha son syndic, Decaps-Juzan, qui durant trois jours et trois nuits parcourut la région de Darre-Ayga, sommant en vain les habitants d'acquitter en ses mains leur dû arriéré. Mécontent de rentrer dans son pays l'escarcelle vide, le syndic d'Aspe s'empara en plein marché de jNay, d'un Labedanais, le sieur Guilliem, et il le fit incarcérer par le sénéchal d'Oloron.Le conseil de Béarn, rassemblé tout exprès, rendit son arrêt le 18 mai lôg.î, et condamna bel et bien le prisonnier, rendu responsable de la dette de tout un pays, à payer comme débiteur principal 162 livres pour vingt années de retard, avec tous frais et dépens. On ignore si ce pauvre diable dut subir une prolongation de contrainte par corps.
Cependant les Labedanais, furieux, usèrent de représailles. Dans cette même amiée 1090, deux Aspais? Gracian de Quiiiquilles et Peyrot de Nouguès, étant venus à Cauterets pour prendre les bains, les habitants les emprisonnèrent sans autre forme de procès.
Go PROPOS GASCONS
Désormais, les gens d'Aspe et de LaAedaii n'osèrent plus s'aventurer les uns chez les autres. Heureusement de bonnes âmes négocièrent un compromis entre les deux vallées ennemies. Le 27 avril lôgg, les arbitres rendirent une sentence qui, tout en faisant justice des torts réciproques, condanmait les Labedanais à payer le tribut des médailles ainsi qu'autrefois. Depuis ce temps, la redevance fut perçue tous les trois ans. sans encombre, jusqu'en 178g, par un délégué d'Aspe, qui la recevait des syndics de Saint-Savin, choisis par les autres villages comme collecteurs.
Voici comment le savant Marca raconte, dans son histoire de Béarn, imprimée en 16^0, l'origine du Tribut des Médailles. « On trouve dans les vieux censiers des communautés de la vallée d'Aspe, que les Aspois étaiit entrés avec armes dans la vallée du Labédà, qui est assise dans les montagnes de Bigorre, un abbé laïque, d'un village proche du monastère deSen-Sabi, monta sur un sureau, et, ayant lu quelques conjuralions dans un livre de magie, troubla les sens et l'entendement des Aspois. en telle sorte qu'ils furent mis hors de défense par la force des enchantements et demeurèrent exposés à la discrétion de leurs ennemis du Labédà, qui en firent une sanglante boucherie et les tuèrent tous de sang-froid, sans se mettre en aucun devoir de réj)arer cette injure. De sorte qu'à cause de leur obstination au mal, le pape lâcha un interdit sur la terre de Labédà, qui fut suivi d'une telle malédic-
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tion, que comme si le ciel fût devenu d'aiiain pour leur regard, et eut retiré la bénédiction de ses influences, l'efl'et de la vertu primitive et originaire départi à la terre, aux plantes et aux animaux de fructifier et de produire leur semblable, fut mis en souffrance et comme en une espèce d'interdit. De façon que, pendant six ans, riiumeur végétale et séminale fut desséchée on toute la terre, sans que les herbes ni les arbres poussassent de fleurs, ni les brebis, les vaches, ni les juments portassent leur fruit, ni que les femmes engendrassent. »
Rome, implorée par les députés du Lavedan revenu de son endurcissement, se laissa enfin attendrir et leva l'interdit sous l'obligation, pour les pénitents, d'envoyer une délégation en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, et de payer tous les ans trente sols morlaas aux gens d'iVspe le jour de saint Michel, en l'église de Saint-Savin. La relation du savant Marca est en eff'et puisée dans un vieil acte du i" juin i348, transcrit dans un livre censier de la vallée d'Aspe, et imprimé à Pau, en i6()4? dans les fors de Déarn.
Ce titre, qui malgré ses racontars fabuleux servit de fondement à des procès en Conseil de Béarn, présente tant de saveur avec ses détails naïfs, que je ne résiste pas au plaisir d'en transcrire le premier paragraphe :
(( Soit chose connue à tous, que comme la terre de Labédâ, Darré-Ayga, dut demeurer six ans sans porter fruit, ni femme enfant, ni vache veau, ni jument pou-
l'UOPOS GASCONS
]ain, ni bélail d'aucun poil ; à raison de ce que le petit abbé de Sen-Sabi aurait fait périr les gens d'Aspe, qui avaieni fait cl faisaient des courses en Labédà, après avoir lu sur un sureau un livre, qu'il avait tiré par art diabolique de Salomon. A cause de quoi les gens de Labédâ furent conseillés d'envoyer deux prud'hommes d'entre eux vers le Saint Père à Rome pour demander l'absolution de leur péché. »
Il est évident que cette histoire de l'abbé de Sainl- Savin, à cheval sur un sureau et vaticinant avec le livre de Salomon, est une variante de la Finie enchantée^ et un produit de l'imagination des Aspais au Moyen Age. Ils voulurent sans doute, dans un sentiment d'amoiupropre local, attribuer à la magie, les causes d'une défaite sanglante que les Labedanais, victimes de leurs incursions, durent un jour leur infliger. Chose singulière, la vallée d'Aspe et la vallée de Lavedan sont séparées l'une de l'autre par la vallée dOssau. Pour que les gens des deux vallées aient pu s'aborder, il leur avait fallu franchir deux cols escarpés.
Mais quand on connaît le goirt de migration de ces races, pastorales, il n'est pas étonnant qu'ils soientallés, si loin, les uns chez les autres pour opérer des razzias de bestiaux.
L'incantation du sureau et les six années de vaches maigres sont des fables apocryphes que le savant Marca et le Conseil de Béarn eurent le tort de s'approprier, mais la réalité du Tribut des Médailles n'en subsiste
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pas moins, et sous la légende dorée se cachait un point obscur de notre histoire pyrénéenne.
M. Jean Bourdette, le savant modeste qui a consacré les loisirs de sa verte vieillesse à écrire les Annales de son cher Labédâ, est parvenu à fixer historiquement les vraies origines du tribut.
Tandis que les Aspais avaient, par orgueil, attribué dans de vieux textes les causes de leur massacre à des prestiges de sorcellerie, en se gardant bien de préciser l'époque, les Labedanais plus philosophes, après avoir rechigné une seule fois, continuaient de payer leurs trente sols morlaas, sans consigner dans leurs livres terriers, muets, leurs explications ou leurs doléances . L'étude des vieux documents de son pays ne lui ayant rien appris, M. Bourdette consulta la tradition et arriva par elle à l'histoire.
Les vieillards de la vallée d'Azun, dans le Darrè- Ayga, racontent encore qu'aux temps anciens, saint Bertrand, évêque de Gomminges, leur fut envoyé par le pape pour les amener à réparer les torts qu'ils avaient faits à leurs voisins. Au lieu de déférer à ses conseils, les habitants éconduisirent le prélat et, en signe de dérision, ils coupèrent la queue à sa mule, devant une maison d'Arrens dont on montre encore la place. L'interdit fut prononcé contre la vallée. Et quand le
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saint évêque consentit à lever l'analhème, les g-ens d'Azun reconnaissants s'engagèrent à payer annuellement à la cathédrale Je Comminges un tribut de beurre.
Le tribut de beurre qui fut payé jusqu'en 1789, tout comme le tribut des médailles, semblait avoir avec lui un rapport étroit. M. Bourdette, dans ses recherches, suivait la vraie voie, et, s'élant fait communiquer l'ancien bréviaire de Comminges, il découvrit dans l'office de l'octave de la fête de saint Bertrand l'origine de l'impôt payé aux gens d'Aspe par le Lavedan.
« Les habitants d'une belle vallée dans les montagnes des Pyrénées, porte la traduction de la leçon latine, souvent mais en vain avertis de réparer certains dommages qu'ils avaient causés à des voisins, s'y refusaient toujours avec des injures. Enfin Bertrand, en vertu de la qualité de nonce apostolique dont il (tait revêtu, après avoir longtemps atermoyé, les frappa d'interdit. Tant qu'ils restèrent soumis à l'interdit, pour eux, en quelque sorte, le ciel fut d'airain et la nature de fer ; pas un rejeton d'aucun genre ne naquit, pas un gerijie du sol ne poussa. Mais dès que sous le coup de ces fléaux et d'autres encore qui les affligèrent cinq années, rentrant enfin en eux-mêmes, ils eurent été absous par le très doux prélat, la colère de Dieu apaisée, ils retournèrent à leur premier état avec avantage. En témoignage de leur reconnaissance et de leur
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gratitude, tout le beurre chez eux fait, du lait trait et baratté la veille de Pentecôte, ils firent le vœu d'en acquitter tous les ans, et tous les ans ils en acquittèrent la redevance. »
On voit encore, dans la cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges, deux curieux ex-voto qui confirment ce récit ; de ces deux vieux tableaux placés en regard l'un de l'autre : le premier représente saint Bertrand prêchant dans le désert de la vallée d'Azun pendant qu'un infidèle coupe la queue à sa mule : le second montre les syndics vêtus du vieux costume labedanais faisant remise du tribut de beurre aux délégués du Comminges.
INous savons maintenant par la vie de saint Bertrand que les querelles de la vallée de Lavedan et de la vallée d'Aspe, l'interdiction et l'absolution qui suivirent remontent à la fin du xi" siècle ou au commencement du xii", époque pendant laquelle ce prélat occupait le siège de Comminges.
L'interdit ayant coïncidé avec vme longue période de sécheresse, les Labedanais, ruinés et repentants, vinrent à soumission à la fois vis-à-vis des Aspais et vis-à-vis de saint Bertrand. Grâce à la sagacité de M. Bourdette, la légende a fait place à l'histoire, et celle-ci reste aussi pittoresque que celle-là. Le Tribut du beurre est très heureusement venu expliquer et compléter le Tribut des médailles.