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Plaie est solution de continuité récente, sanglante, sans pourriture {putrefactio)^ faite en parties molles. Solution de continuité est mise là pour genre, au premier des Maladies et Symptômes, laquelle est maladie
1. La chirurgie du moyen âge est peu connue; on s’est plus occupé de celle de l’antiquité et de la renaissance. Cependant elle eut quelque importance et, en outre des chirurgiens arabes, il y eut en Occident des hommes remarquables, surtout pendant les xra® et siècles. — Le premier parmi eux est Guy de Chauliac, médecin des Papes d’Avignon, qui écrivit, en 1363, un traité de chirurgie, lequel doit être considéré comme le traité le plus complet et le mieux ordonné de chirurgie didactique, qui ait encore paru jusqu’à cette
commune aux parties simples et composées, toutefois elle advient plus spécialement aux simples qu’aux composées, selon Averroes aux second et troisième Colliget : vu qu’en iceUes il y a une plus vraie raison de continuité. Le surplus est mis pour différence : savoir, « recente, sanglante et sans pourriture », à différence d’ulcère, qui est avec pourriture, a En parties modes », est mis à la différence des fractures, ^ lesquelles adviennent aux membres durs. Aussi, suivant cette division générale des parties, Johannitius disait que la chirurgie était double, ou en la chair, ou en l’os : car il a entendu par chair, les muscles, nerfs, et veines, lesquelles, le nouveau Commentateur, au troisième du Techni, compre-, nait sous parties molles et moyennes.
Solution de continuité a plusieurs espèces, selon Avicenne, au second Fen du premier Canon : plaie, ulcère, ouverture, piqûre, incision, arrachement, fracture et semblables : desquelles nous dirons les descriptions et différences en leurs lieux. Et ne se faut soucier de la diversité des noms, pourvu seulement que les choses soient entendues. Ainsi je trouve bien souvent l’un mis pour l’autre, car plaie et ulcère en la traduction grecque c’est tout un, mais en l’arabique ils diffèrent. Et certainement la translation grecque a mieux dit ; car des plaies ou ulcères, selon Galien, au quatrième de la Thérapeutique, il n’y a que deux très grandes différences : savoir, l’une est sans cause présente, et l’autre est associée à la cause efficiente. Halyabbas, au sixième sermon de la Disposition royale, estime tout un, ulcère et plaie.
Les espèces de solution de continuité prennent leurs différences principales de trois choses ; premièrement, de la nature des parties où elles
époque. Pendant plus de trois siècles, il a servi à l’enseignement. « Hippocrate seul excepté, dit Malgaigne, il n’est pas un seul traité de chirurgie, grec, latin ou arabe, que je mette au-dessus, ou même au niveau de ce magnifique ouvrage, la Chirurgie de Guy de Chauliac. » — M. Verneuil dit que « c’est justice que la postérité ait décerné à cet auteur le titre de Pèi'e de la Chirurgie française ^ on peut y ajouter celui de Fondateur de la Chh'urgie didactique.
Les éditions de la Grande Chirurgie sont fautives, les exemplaires en sont rares, et les recherches y sont difficiles, par suite de leur disposition typographique. La dernière édition complète est de 1683, c’était la soixante-neuvième; j’en publie une nouvelle, en ajoutant au texte de Guy une étude sur la chirurgie au moyen âge, la biographie de l’auteur, sa bibliographie, la description des instruments employés à cette époque, la signification de tous les termes de la matière médicale, etc.
Le chapitre des plaies reproduit littéralement ici est un des plus remarquables de la Grande Chirurgie-, il met en évidence la méthode et l’étendue des connaissances de l’auteur; le lecteur se rappellera en le lisant qu’il a été écrit il y a cinq cent vingt-sept ans i.
Nicaise.
1. La Grande Chhnirgie de Guy de Chauliac, chirurgien, maître en médecine de l’Université de Montpellier, composée en l’an 1363. — Revue et collationnée sur les manuscrits et imprimés latins et français, ornée de gravures, avec des notes, une introduction sur le moyen âge, sur la vie et les œuvres de Guy de Chauliac, un glossaire et une table alphabétique, par E. Nicaise. — Paris, F. Alcan, 1890, gr. in-8°, 940 p. — Pour paraître prochainement.
sont faites, et ainsi, nous lisons au troisième du Techni, que les unes sont faites en parties similaires et simples {in..... œnsimilibxis et homœomerihus), les autres en organiques. Et de celles qui sont en parties similaires, les unes sont en parties molles, les autres en dures, et les autres en moyennes. Et de celles qui sont ès molles, aucunes sont en la chair, et quelques-unes en la graisse. De celles qui sont en parties dures, les unes sont en la substance de l’os, et les autres en la jointure. De celles qui sont en moyennes, les unes sont ès nerfs et ligaments, les autres ès artères et veines. Mais de celles qui sont en parties organiques (ou instrumentales), les unes sont ès principales, comme au cœur, au foie, au cerveau : les autres, en celles qui servent aux principales, comme en la trachée-artère, méri (ou œsophage), vessie, etc.; et les autres en celles qui ne leur servent pas, comme en l’oreille, en l’œil, etc. Albucasis dit que les plaies sont distinctes selon les lieux : car aucunes sont faites en la tête, les autres au col, en la poitrine, au ventre, etc.; elles sont aussi distinguées selon les choses de quoi sont faites, comme sera dit incontinent.
La seconde différence est prise de la nature (ab esse) de la solution, au troisième de la Thérapeutique, c’est que l’une est simple, et l’autre composée : simple, en laquelle [il n’y a aucune disposition compliquée; composée, en laquelle il y a complication de deux ou de plusieurs dispositions. Dispositions qui ne sont pas causes principales de la plaie, mais sans [la disparition] desquelles la guérison n’est pas obtenue au troisième de la Thérapeutique, et comme nous dirons au chapitre suivant, et encore plus ci-dessous en traitant des ulcères.
La troisième différence est prise des propres (a propriis) différences de la solution même, au troisième dudit livre : comme de la grandeur et petitesse, de la régularité et de l’irrégularité {æqualitate et inæqualitate), de la profondeur et superficialité, de la section complète et partielle {totalitate et secundum partem), de la rectitude et obliquité, et leurs semblables. Car, de telles différences sont pris les jugements (judicia), et les intentions curatives, et les remèdes, et la manière de les accomplir avec ceux-ci. D’où, Galien disait au troisième de la Thérapeutique, qu’outre les indications premières (qui ne sont dignes d’être estimées parties de l’art, vu qu’elles sont connues des ignorants), il faut considérer tes indications particulières, et la substance et action de chaque particule, et l’utilité et la situation : desquelles procédant, le médecin connaîtra celui qui ne pourra guérir, et pour celui qui peut recevoir guérison, il pensera à trouver des remèdes.
Des causes, jaçait que selon Galien, au second des Maladies et Symptômes, les causes de toute solution de continuité en général sont, que les unes procèdent du dehors, les autres du corps même : néanmoins
i. . ...dispositionum inquam non habentium rationem ut causæ opérantes maxime vulnus, sed sine quibus non obtinent sanationem. » II y a probablement une omission dans la seconde partie de la phrase. — Canappe dit : « Mais sans la remotion desquelles ».
les causes des plaies récentes, en tant que plaies, sont toutes choses extérieures qui peuvent percer ou casser {extrorsum perforare, aut cassare apta nala sunt).
Halyabbas les a spécifiées, au quatrième sermon de la Disposition royale, quand il dit, que telles causes sont faites, ou de corps sans âme, comme d'épée, dard, pierre et semblables, ou qui ont une âme, comme de la piqûre des bêtes venimeuses, et morsure des bêtes sauvages. De là, est prise autre différence des plaies, que les unes sont taillades ( incisiones), les autres morsures : de laquelle aussi est prise indication curative, par accident toutefois : car, il est prouvé, au quatrième de la Thérapeutique, que l'indication est prise de la disposition, mais la signification est prise de la cause primitive, qui n’est plus {tanquam à non ente), et du temps.
Les signes des plaies sont démontrés au sens et par la présence de chacun. Quant au jugement des plaies et des solutions de continuité, il est déduit de la connaissance de la substance, et action, et usage des parties, et de l’essence des dispositions [et des symptômes qui surviennent aux blessés], comme il a été ci-dessus allégué. Pour ce Galien juge, au quatrième de la Thérapeutique, que la plaie et les solutions de continuité grandes et fortes [ou graves, fortes], sont grandement périlleuses : et qu’elles sont faites fortes en trois manières : ou pour la principauté de la partie affligée, ou pour la mauvaise morigération ‘ {propter malam morigerationem), ou pour la grandeur de la disposition. Par quoi, tous les coups reçus en la tête, dans la poitrine et au ventre, apportent grand danger, et principalement lorsque quelque partie intérieure est frappée en même temps. Et presque tous savent que les coups ès jointures deviennent bientôt tous de mauvaise condition {male morigerate) : car où il y a tendons et nerfs, et endroits osseux et dénués de chair, il y a danger de douleur, de veilles (vigiliarum), de convulsion [spasmi) et rêverie (delirii). Outre ce, toutes plaies qui sont si grandes qu’elles ont besoin de couture, comme celles qui se font tout au travers des muscles principaux : et celles qui concutent les grandes veines, artères, nerfs et moelles, apportent très grand danger.
Le premier jugement est approuvé {consuluit) de Galien, en ce sixième des Aphorismes : si la vessie est taillée de part en part, ou le cerveau, ou le cœur, ou le diaphragme, ou quelqu’un des intestins grêles, ou le foie, ou le ventre, la plaie est mortelle. Le second est approuvé au cinquième des Aphorismes : à quiconque, ès ulcères apparaissent œdèmes, c’est-à-dire tumeurs, ils ne tombent pas en convulsion; et si en plaies grandes et fortes n’apparaissent œdèmes, c’est un grand mal. Il (Hippocrate) appelait ulcères malins (comme Galien même expose au Commentaire) les plaies faites ès têtes ou queues {fines) des muscles, et principalement de ceux qui sont nerveux. Suivant ce, il faut être averti, que par le danger
1. Guy fait allusion soit an mauvais état de la constitution en général, soit aux mauvaises conditions où se trouvent les tissus blessés.
on entend la mort de corps, ou d’un membre particulier, qui est privation de vie ou déformation (rnalefactio], ou bien impuissance perpétuelle et incorrigible du membre, qui est privation de mouvement et sentiment et de sa propre action : après laquelle, le membre n’est dit membre, ne partie du corps proprement, mais de nom seulement et par équivoque, tout ainsi qu’un œil de pierre ou d’airain [n’est pas œil], comme écrit Aristote, au second livre de l’Ame et au quatrième des Météores.
Ceci est fort nécessaire au chirurgien faisant déposition en la cour sur des blessés : savoir est, d’entendre {scire) quelles plaies sont mortelles, et quelles sont maléfiques [malefica). A raison de quoi, il faut savoir (selon l’intention de Galien, au commentaire du sixième des Aphorismes : si la vessie est taillée de part en part, etc.) que des plaies, les unes sont grandement (valde) et nécessairement mortelles, et les autres non nécessairement, ains pour la plupart. Par contre, les unes sont complètement guérissables, les autres pour la plupart.
Les plaies nécessairement mortelles sont celles de la substance du cœur {substantiæ cordis), qui font mourir incontinent. Car, par le commandement de nature, tout le sang est mandé en cœur : de quoi, vient hémorrhagie, résolution, apostème, et oppilation qui empêche que la vie soit déléguée à tout le corps. Et le cœur ne peut longtemps souffrir solution de continuité, ni apostèmes durant la vie, ainsi que met Avicenne.
Outre ce, plaies nécessairement mortelles sont les grandes et qui pénètrent la substance du cerveau, et du foie, diaphragme, estomac, les intestins grêles, les reins, la trachée-artère, l’œsophage, le poumon, la rate, la vessie du fiel, et de tous autres membres principaux, et des servants aux membres principaux, de service nécessaire à la vie. La raison est, parce que d’icelles nulle ne guérit, comme il sera discouru.
Conséquemment, plaies mortelles non nécessairement, ains pour la plupart, sont plaies petites et superficielles ès susdites parties, et qui pénètrent jusqu’à icelles, et aux chefs des muscles. La raison est, parce que si elles ne sont pas bien traitées, il advient qu’on en meurt; si elles sont bien traitées, on en guérit : ainsi que j’ai vu de la partie postérieure du cerveau, de laquelle sortit un peu de la substance du cerveau, ce qui fut reconnu par l’offense de la mémoire, laquelle il recouvra après la curation. Je ne dis pas toutefois qu’on vécut, s’il en sortait toute une cellule, comme Théodoric raconte d’un cellier. Aussi Galien ne dit pas, de deux blessés qu’il vit guérir en Smyrne, du vivant de son maître Pelope, qu’il en fut sorti de la substance du cerveau, ains seulement que le cerveau avait été blessé ; Ni, de celui qu’il vit guéri en Smyrne (comme il récite au huitième de VUsage), il ne dit pas qu’il en sortit de la substance du cerveau, ains qu’il fut blessé en l’un des ventricules gémeaux. Et avec ce on pensait qu’il fut guéri par le vouloir de Dieu. Car si tous deux eussent été blessés, il n’eût guère duré, comme il dit : et de ce il conclut l’utilité de la duplication de quelques instruments {organorum), ainsi qu’a été dit ci-dessus en l’anatomie. Et tant de celui-ci, que
— iode ceux-là, la guérison rare est fort rarement faite comme il est dit au commentaire dessus allégué.
La raison pourquoi les plaies du cerveau et de ses taies sont mortelles en ladite manière, est parce que, à la lésion du cerveau, s’ensuit lésion de la poitrine, et des membres respiratifs, dont la bonne température (eucrasia) du cœur est corrompue, de laquelle s’ensuit nécessairement que tout l’animal périsse, comme dit Galien au cinquième des Lieux affligés.
Du foie aussi, j’ai vu guérir des plaies petites qui étaient ès penons {lobos) : mais non pas des profondes, ne avec déperdition d’aucune portion d’icelui, comme le même Galien témoigne; de quoi il rend la raison {causam reddit), au cinquième des Lieux affligés : car pour défaut de nutrition, le cœur est mortifié, et l’animal périt ; toutefois cela advient en un plus long temps.
Les plaies au diaphragme, principalement qui sont faites aux endroits nerveux, sont incurables : d’autant qu’elles ont faute de sang, et avec ce ont mouvement continuel. Car les plaies ne guérissent pas, qu’elles ne soient en repos, et que leurs lèvres ne s’ajoutent : néanmoins ès endroits charnus, elles sont bien souvent consolidées, selon Galien même, au cinquième de la Thérapeutique.
Les plaies du poumon, parce que bientôt s’apostèment, sont aussi incurables le plus souvent, d’autant plus que les remèdes propres des plaies ne peuvent attoucher l’ulcère et d’autant plus qu’il se meut par la respiration et est agité par la toux.
Aussi-les plaies de la trachée artère qui sont grandes, principalement en la partie cartilagineuse, sont peu souvent guéries : parce qu’elle est dure, et dépourvue de sang, et la respiration se fait continuellement par la plaie.
Aussi les plaies.de Vœsophage, si elles sont grandes, ne guérissent point, car le passage de la viande (cibi) et du breuvage empêche la consolidation.
Aussi les grandes plaies des veines organiques ^ ne sont guéries que peu souvent : car à raison de leur grande hémorrhagie, l’esprit se perd, et la vie ; et aussi d’autant que par crainte de suffocation, elles ne peuvent souffrir la ligature * nécessaire à restreindre le flux de sang.
Les plaies de l’estomac sont mortelles, en la manière dite : et des intestins grêles, principalement du jeuneur {jéjunum) et de la matrice, des rognons (renum), et de la vessie urinaire et du fiel, parce que ce sont parties nerveuses, et exsangues, et c’est le lieu et passage des malignes humeurs {humiditatum) : et leur service est continuellement nécessaire
1. . Et tam de isto quam de istis sanatio rara rarorum valde fiunt. » — Le ms. de Montp. : « et en tel cas on en sane trop peu sonnent. »