‹ Propos littérairesChapitre 32 sur 95 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ce qui prouve la vitalité de Boileau, c'est le nombre et la coutinuité de ses lecteurs. Ses œuvres n'ont pas eu moins de cent vingt-cinq éditions de son vivant, et l'on en a compté deux cent vingt-cinq de 1711 à 1832. C'est encore une victoire remportée par lui sur les écrivains dont les noms ne vivent plus que par ses vers.

Voltaire, dans son épître au célèbre satirique, a manqué de justice et de vérité en le qualifiant de

Correct auteur de quelques bons écrits, Zoïle (le Quinaull et flatteur de Louis.

Nous venons de voir quelle part doit être faite dans sa censure de Quinault. S'il flatta Louis Xl\ , il ne se distingua point eu cela de sou temps, et partagea de bonne foi les sentiments de ses contemporains. Il exerça, du moins, sur le grand Roi, une utile influence en éclairant son goût, en dirigeant sa conscience littéraire, et, soutenu de la faveur du monarque, il a pu tenir tète aux envieux, aux pédants, aux détestables rimeurs, aux parasites de la littérature.

C'est en prêchant les règles du goiit et en s'y conformant lui-même qu'il a triomphé du temps et obtenu le succès le plus rare, celui de la durée^ à travers la mobilité des esprits et l'inconstance de la mode. Sou œuvre offre ce caractère perma-

nent qui est la marque des choses excellentes.

Les entraves apportées par lui ont été salutaires, et la tradition qu'il inaugure s'est continuée, en dépit des changements et des innovations. Elle représente l'alliance de l'esprit classique et de l'esprit français. On s'en éloigne parfois, mais on y revient, comme après les égarements passagers on revient à la raison.

Ne nous brouillons pas avec Boileau. Ce censeur redoutable frappe de mort les livres qu'il maudit. 11 est dangereux d'être du parti de ses adversaires. Ses sentences ont force de loi; ou ne se relève pas de ses condamnations, et tout poète doit craindre son froncement de sourcil, car ce n'est pas impunément qu'il s'attirerait l'analhème de cet impitoyable ennemi des mauvais vers.

Page 1