‹ Propos littérairesChapitre 34 sur 95 · LA BIBLIOTHÈQUE DE MADAME DE SÉVIGX'É · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHÈQUE DE MADAME DE SÉVIGX'É

Que peut-on dire de Aime de Sévigaé qui n'ait déjà été dit? Que resle-t-ii à glaner dans ce champ où Ton a cueilli tant de fleurs? Il semble difficile de renouveler le sujet, tant il est épuisé. 11 continue cependant de porter bonheur, et l'on ne court pas le risque d'ennuyer en parlant de celle qui a le privilège de plaire à toutes les générations.

Celte constante faveur du public, ce triomphe de la durée, cette victoire remportée sur le temps et sur l'inconstance humaine, ne tiennent pas seulement au charme de Tesprit de Mme de Sévigné, aux grâces d'un style incomparable. L'illustre mar-

(i) U'ALCKE.VAER, Mémoires touchant la vie et les écrits de Mme (le Sérigiié. — Saivte-Bkuvk, Causeries du lundi. — (îasloii BoissiER, Mme de Sécigné, collection des «[raods éciiiains français, édit. Hachelte. — L. de la IjRiÈiti;, Mme de Sévigné en Bretagne.

quise a une qualité qui double le prix de toutes celles dont elle est si richement douée : la bonne humeur. Cette bonne humeur se répaud sur son œuvre; elle l'éclairé d'un sourire et se communique au lecteur.

Aime de Sévigué a la santé morale; elle nous montre, dans un parfait équilibre, des facultés brillantes. Ses saillies, son imagination, ses enthousiasmes faciles n'excluent ni le jugement, ni le bon sens. Elle possède un autre privilège plus rare, celui de resler jeune pour tous ceux qui la lisent. Quoiqu'elle ait prolongé sa vie jusqu'à soixante-dix ans, nous n'associons pas son souvenir à l'image de la vieillesse. Elle n'a pas pris une ride, et nous la revoyons toujours, la plume à la main, avec les traits que nous a transmis le pastel de Xanteuil, si connu par la gravure. De longues boucles accompagnent un visage agréable où brillent de beaux yeux qui expriment la bonté. Xous savons qu'à cette bonté s'alliait de la malice, mais une malice sans méchanceté, et qui provenait d'un fonds d'inépuisable gaieté.

Mme de Sévigné aime la plaisanterie. Elle a même, à l'occasion, l'esprit gaulois, et ne se laisse pas effaroucher par des libertés de langage; elle ne recule pas devant le mot hardi. Ce n'était pas seulement l'effet d'une nature prime-sautière, mais

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