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CHAPITRE XII

une plaine Je vapeur, — et puis plus rien; cela n'avait ni horizon^ ni contours.

« La fraîcheur humide de l'air était plus intense, plus pénétrante que du vrai froid, et en respirant, on sentait très fort le goût de sel. Tout était calme, et il ne pleuvait plus; en haut, des nuages informes et incolores semblaient contenir cette lumière latente qui ne s'expliquait pas ; on voyait clair, en ayant cependant conscience de la nuit, et toutes ces pâleurs des choses n'étaient d'aucune nuance pouvant être nommée (1). »

Le vent s'est élevé soudain, annonçant la tempête, et nous voyons se dérouler sur mer les actes du drame oii est en jeu la vie humaine :

« Cela soufflait toujours plus fort, faisant frissonner les hommes et les navires...

« Les lames, frisées en volutes, continuaient de se courir après, de se réunir, de s'agripper les unes les autres pour devenir toujours plus hautes, et entre elles les vides se creusaient.

« En quelques heures, tout était labouré, bouleversé dans cette région la veille si calme, et au lieu du silence d'avant, on était assourdi de bruit. Changement à vue que toute cette agitation d'à présent, inconsciente, inutile, qui s'était faite si

(1) Pécheur d'Islande, p. 10.

vite. Dans quel but tout cela?... Quel mystère de destruction aveugle !...

« Les nuages achevaient de se déplier en l'air, venant toujours de l'ouest, se superposant, empressés, rapides, obscurcissant tout. Quelques déchirures jaunes restaient seules, par lesquelles le soleil envoyait d'en bas ses derniers rayons en gerbes. Et l'eau, verdàtre maintenant, était de plus en plus zébrée de baves blanches (1)...

« En haut, c'était devenu extrêmement sombre, une voûte fermée, écrasante, avec quelques charbonnages plus noirs étendus dessus en taches informes; cela semblait presque un dôme immobile, et il fallait regarder bien pour comprendre que c'était au contraire en plein vertige de mouvement ; grandes nappes grises se dépêchant de passer, et sans cesse remplacées par d'aufres qui venaient du fond de l'horizon ; lentures de ténèbres se dévidant comme un rouleau sans fin...

« ...Cela grossissait toujours. Ces lames se succédaient plus énormes, en longues chaînes de montagnes dont les vallées commençaient à faire peur. Et toute cette folie de mouvement s'accélérait, sous un ciel de plus en plus sombre, au milieu d'un bruit plus immense (2). 5'

(1) Pécheurd'Islaîide. f. 80,S[.

(2) Ibid., p. 82, 85.

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